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TRADITION

 

Quand nous entendons parler de “la tradition”, nous sommes heureux ou malheureux . Heureux? Si nous ne méprisons pas les traditionnels, les traditonalistes, ou encore conformistes, conservateurs, réactionnaires, intégristes. Malheureux; si nous préférons être qualifiés de non classiques, ouverts, novateurs, progressistes..

Vue selon la Bible, la tradition ne suscite pas une telle charge affective. Le mot y est rare, mais l’idée fréquente. Il y a tradition quand des idées, des coutumes ou des règles sont transmises de génération en génération. La transmission crée de la tradition. Le verbe latin correspondant, tradere, équivaut à confier, remettre, abandonner, livrer.

Si la transmission se fait de bouche à oreille, on parle de tradition orale. Vivante, évolutive, cette tradition a besoin d’être authentifiée par des témoins.

Quand la tradition a été mise par écrit, elle acquiert une stabilité, elle devient un dépôt. Elle pose des problèmes de conservation, d’interprétation, de retour à l’état de parole prononcée pour redevenir vivante.

Certains livres de la Bible comportent des traditions orales qui furent mises par écrit après un certain temps de transmission, durant lequel elles ont évolué:il en va ainsi pour les livres concernant l’histoire la plus ancienne du peuple d’Israël.. D’autres livres sont d’abord des compositions écrites: pensons aux livres de sagesse ou aux lettres du nouveau testament..D’autres mélangent des paroles, fidèlement gardées en mémoire, des récits affinés avec le temps, et des témoignages engagés: ainsi en est-il des quatre évangiles, des actes des apôtres et d’un bon nombre de livres des prophètes..

L’ensemble de ces livres fort différents constitue la tradition écrite judéo-chrétienne. Juifs et chrétiens considèrent que leurs auteurs ont fait oeuvre d’écrivains, chacun selon son originalité, mais tous avec une fidélité de croyants désireux de transmettre une expérience spirituelle. Ecrits sous l’influence de l’Esprit de Dieu, ils prennent vie pour celui qui les lit, les médite ou les prêche dans ce même Esprit.Ils revivent, ils parlent, ils deviennent une transmission actualisée de pensées authentiques sur Dieu, sur l’être humain, sur l’histoire que l’Esprit de Dieu ne cesse de conduire aujourd’hui comme hier.

Jésus, dans ses enseignements, a fait revivre les saintes écritures juives. Il en a révélé le sens. Il en a donné une interprétation fidèle, authentique. Il a souvent fait la distinction entre la grande tradition venue de Dieu et les traditions ou interprétations purement humaines transmises par certaines autorités religieuses: par exemple sur les rites de purification, sur le jeûne, sur le respect des parents, sur la mauvaise habitude de la répudiation, sur le culte, sur ce qui est vraiment pur ou impur, etc. Il a repris les paroles d’Isaïe: “Ce peuple, dit Dieu, m’honore en paroles mais, de coeur, il est loin de moi. Le culte que ces gens me rendent est sans valeur, car les doctrines qu’ils enseignenent ne sont que des prescriptions humaines”.(Mat 15. 8-9)

Selon Jésus, tout ce qui est présenté comme traditionnel ne fait pas automatiquement partie de la Tradition.Jésus exclut de la tradition tout ce qui contredit ou annule la parole de Dieu. Par contre, ce qui reprend et développe “en esprit et en vérité” la Loi et les Prophètes est fidèle à la Tradition. Le sermon sur la montagne, rapporté par Matthieu (ch 5-7) constitue un exemple d’interprétation juste des saintes Ecritures.

Les actions de Jésus, sa passion, sa mort et sa résurrection ont été considérées par ses disciples comme une actualisation parfaite de la Loi et des Prophètes. Ils y ont vu l’accomplissement le plus achevé de la Tradition juive. Ils l’ont accueilli, compris, prêché, mis par écrit, comme noyau de la Tradition chrétienne.

Paul écrit aux Galates:”J’étais beaucoup plus zélé que bien des juifs de mon âge pour les traditions de nos ancêtres” (Gal.1.14). Après avoir rappelé comment Dieu lui a révélé son Fils Jésus, il conclut:”Eh bien, si quelqu'un -- même si c'était nous ou un ange venu du ciel -- vous annonçait une Bonne Nouvelle différente de celle que nous vous avons annoncée, qu'il soit maudit!” (Gal 1:8). Paul affirme ainsi, en excellent connaisseur de la grande Tradition, que Jésus est le coeur de la révélation. À ce titre, c’est bien Jésus, mort et ressuscité, sauveur, qui donne le sens ultime de la Tradition.

Paul écrit aux Corinthiens à propos du repas du Seigneur: “.J'ai reçu du Seigneur ce qu'à mon tour je vous ai transmis: le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré, prit du pain et, après avoir rendu grâce, le rompit et dit: "Ceci est mon corps, qui est pour vous; faites ceci en mémoire de moi." De même, après le repas, il prit la coupe, en disant: "Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang; chaque fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi."(1 Cor 11.23-25). Paul,ainsi, proclame qu’il a reçu et qu’il retransmet la tradition chrétienne sur l’Eucharistie.

Les dernières lettres apostoliques du Nouveau testament parlent de la Tradition comme d’un “bon dépôt à garder avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous” (2 Tim.1.14). Le mot souligne qu’il s’agit d’une valeur à ne pas dilapider. Il invite aussi à faire fructifier ce dépôt, au lieu de l’enfouir en terre, comme fit le mauvais serviteur mis en scène par Jésus dans la parabole des talents.

La tradition chrétienne présentée par le Nouveau Testament est composée de trois éléments: l’oeuvre du Christ, son interprétation sous l’influence de l’Esprit qui a parlé par les prophètes, et le changement de vie qui en découle. Cette tradition doit prendre chair et vie au plus intime des chrétiens et de la communauté chrétienne. Reçue du Christ et transmise par ses apôtres, elle a le pouvoir de susciter espérance et amour de génération en génération pour que grandisse l’Humanité selon Dieu..

 

Mots de la Bible

Expressions bibliques

 

 

Timothée

 

Les deux livres consacrés à la résistance juive des fils de Mattathias, surnommés les “maccabées” ou “marteleurs” parlent d’un Timothée, stratège syrien qui fut vaincu, en Transjordanie environ 165 ans avant notre ère. Nous n’en parlerons pas davantage.

Un jeune chrétien porta le même nom grec (signifiant “qui honore Dieu”). Il habitait Lystres, non loin de Konya, ville de Turquie actuellement célèbre par ses derviches tourneurs. Son père était grec, païen, sa mère s’appelait Eunice et sa grand’mère Loïs, toutes deux juives et chrétiennes, connaissant bien les saintes Ecritures et ayant élevé Timothée dans la foi chrétienne. Lors de son deuxième voyage missionnaire, Paul repasse à Lystres et engage Timothée comme collaborateur.

L’existence de ce chrétien va en être complètement transformée. Paul l’appellera “ son véritable enfant dans la foi”, son fils bien-aimé, son compagnon, un frère qui “le suit dans son enseignement, sa conduite, ses projets, sa foi, sa patience, sa charité, sa constance, ses persécutions” (2 Tim 3,10-11).

Timothée était plus jeune que Paul, timide, de santé fragile. Et pourtant ! Il va suivre Paul à travers la Turquie, puis en Macédoine, à Athènes, à Corinthe où il annonce l’Evangile avec Silas, à Jérusalem pour témoigner de l’accueil fait par les non-juifs à la Bonne Nouvelle du Christ. Paul lui confiera des missions particulières: visiter les chrétiens de Thessalonique, puis ceux de Corinthe.

Il pousse jusqu’à Rome où il partage la première captivité de Paul. On retrouve Timothée à Ephèse. Paul lui demande de venir le rejoindre à Rome avant l’hiver, pendant sa seconde captivité, en lui apportant le manteau qu’il a oublié à Troas.

 

Très proche de Paul qui lui accorde toute sa confiance, Timothée reçoit l’imposition des mains qui fait de lui un collaborateur attitré de l’apôtre, avec Barnabé, Silas, Tite, Luc, etc. Les communautés le connaissent bien. Il co-signe plusieurs lettres de Paul.Une tradition (selon Eusèbe) dit qu’il fut, pour terminer, évêque d’Ephèse. Un apocryphe, les Actes de Timothée, décrit son martyre à Ephèse en l’an 97.

C’est en croisant les récits des Actes des Apôtres et les lettres de Paul que nous pouvons assez exactement connaître cet apôtre de l’Evangile selon le coeur de Paul.

Pas étonnant que Paul lui ait écrit deux lettres, souvent appelées Lettres pastorales, très probablement vers la fin de sa vie, l’une depuis la Macédoine, l’autre depuis Rome. Timothée résidait sans doute alors à Ephèse, dont Paul connaissait bien la communauté chrétienne et les responsables locaux appelés les Anciens ou presbytres. Certains exégètes débattent sur l’authenticité de ces lettres; ils pensent qu’elles auraient été écrites par autre que Paul, et vers la fin du premier siècle. D’autres penchent en faveur de leur authenticité paulinienne. Elles nous renseignent sur les problèmes des communautés chrétiennes de Turquie et les conseils que d’authenntiques apôtres du Christ pouvaient alors leur donner.

Dans la première lettre à Timothée, Paul met en garde contre certains mélanges d’idées juives ou païennes prétendant que le monde matériel serait mauvais et qu’il faudrait surtout s’intéresser à une culture d’élite qui ouvrirait, seule, la route du salut. Bavardages et prétentions, réplique Paul qui donne des instructions sur la juste façonde prier car “Dieu veut que tous les humains soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité” (2.4) Fort intéressants sont les paragraphes concernant les dirigeants des communautés locales, appelés épiscopes, diacres, ou presbytres ainsi que leurs épouses.. Egalement intéressants ceux qui règlent l’attitude de la communauté envers les vraies veuves, celles de plus 60 ans, envers les jeunes veuves (que Paul invite à se remarier au plus vite), les esclaves, les riches.

Dans la seconde lettre, Paul invite Timothée à “rendre témoignage à notre Seigneur...Prends comme modèle les paroles véritables que je t’ai communiquées, tiens bon dans la foi et l’amour que nous avons dans la communion avec Jésus-Christ...Ce que tu as entendu, confie-le à des hommes de confiance, qui seront eux-mêmes capables de l’enseigner encore à d’autres...Souviens-toi de Jésus-Christ...Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui...Evite les bavardages vides et contraires à la foi, car ceux qui s’y livrent s’éloigneront de plus en plus de Dieu...Ce sont des hommes à l’esprit faussé et dont la foi ne vaut rien. Mais ils n’iront pas très loin, car tout le monde se rendra compte de leur stupidité”. “Je te le demande solennellement...prêche la Parole de Dieu avec insistance, que l’occasion soit favorable ou non; sois persuasif, adresse des reproches ou des encouragements, en enseignant avec une patience parfaite...Garde la tête froide en toute circonstance, supporte la souffrance, travaille activement à la diffusion de la Bonne Nouvelle et remplis ton devoir de serviteur de Dieu”. Paul fait allusion à sa mort probable. Il dit, non sans tristesse, que lors de son procès à Rome, personne ne l’a soutenu. “Mais le Seigneur m’a soutenu et fortifié, de sorte que j’ai pu pleinement proclamer son message et le faire entendre à tous les païens”.

Paul et Timothée: deux merveilleux apôtres du Seigneur, associés dans un même ministère, modèles pour tous ceux qui annoncent l’Evangile et vivent une responsabilité au coeur des églises locales.

 

 

Tite

 

 

Un disciple très cher de l’apôtre Paul s’appelait Tite, Titus en latin.Il faisait partie de l’univers païen. Il fut probablement évangélisé et baptisé par Paul qui dit de lui:”Tite, mon véritable fils dans la foi qui nous est commune” (Ti 1.4); mon associé, mon coopérateur, mon frère très aimé, un apôtre généreux et désintéressé (2 Cor).

Particularité: le livre des Actes des Apôtres ne le mentionne pas alors qu’il fut associé de très près à l’activité missionnaire de Paul. Pour quelle raison? Certains ont pensé qu’il aurait fourni à Luc, rédacteur des Actes, bon nombre de renseignements de première main sur les missions de Paul, qu’il aurait même été parent ou frère de Luc, ce qui aurait amené ce dernier à taire le nom de Tite.

C’est donc uniquement à travers les lettres de Paul que nous découvrons ce chrétien solide avec lequel Paul aima collaborer.

Dès l’année 46, après avoir vécu 14 ans en Syrie et dans les environs de Tarse depuis sa conversion, Paul monte à Jérusalem pour la seconde fois. Il amène Tite avec lui. Aussi peut-on imaginer que Tite avait découvert la foi dans les lieux où Paul assimila sa foi chrétienne, déjà en relation avec des chrétiens non-juifs, comme Tite.

A Jérusalem, Paul présente son collègue chrétien à des personnes influentes de la commuauté judéo-chrétienne de Jérusalem pour voir comment il y serait accueilli. Une question se posait : faut-il circoncire, et donc soumettre à la loi de Moïse, tous les nouveaux chrétiens ? Paul avait accepté qu’un autre jeune chrétien, Timothée, soit circoncis et non pas seulement baptisé au Nom du Seigneur Jésus. Il s’y était résolu pour avoir la paix avec certains judéo-chrétiens et parce que Timothée avait une mère et une grand’mère juives. Ce qui n’était pas le cas de Tite. D’où le test réalisé à Jérusalem : “Dans une réunion privée que j’ai eue avec les personnes les plus influentes, je leur ai expliqué la Bonne Nouvelle que je prêchc aux non-juifs...Eh bien, Tite, mon compagnon, qui est grec, n’a pas même été obligé de se faire circoncire, malgré de faux frères qui s’étaient mêlés à nous et voulaient le circoncire...Ils s’étaient glissés dans notre groupe pour espionner la liberté qui nous vient de Jésus-Christ et nous asservir à la Tora. Pas un seul instant nours ne leur avons cédé, afin de maintenir pour vous la vérité de la Bonne Nouvelle...Jacques, Pierre et Jean, qui étaient considérés comme les colonnes de l’Eglise, reconnurent que Dieu m’avait confié cette tâche particulière...Nous avons convenu tous ensemble que, pour notre part, nous irions travailler parmi les non-juifs et qu’ils iraient, eux, parmi les juifs”. (Gal 2.1-10)

Ainsi reconnu au plus haut niveau, Tite accompagne Paul dans l’évangélisation des non-juifs. Il incarne la nouveauté chrétienne, libérée d’un grand nombre de prescriptions du judaïsme. Pendant près de vingt ans, de 46 à 66, Tite ne cessera pas de collaborer avec Paul. Au cours du troisième voyage missionnaire, alors qu’il se trouve à Ephèse, Paul reçoit de mauvaises nouvelles concernant la communauté chrétienne de Corinthe. Il commence par envoyer Timothée, qui ne semble pas avoir réussi cette mission difficile.

Paul dépêche alors Tite, dont le tempérament vigoureux est plus adapté aux turbulents Corinthiens.Tite rejoindra ensuite Paul et son équipe apostolique en Macédoine pour témoigner du sincère retournement de la communauté, prête à tisser de nouveaux liens avec Paul.

Tite repart donc à Corinthe pour organiser la collecte en faveur des pauvres de la communauté judeo-chrétienne de Jérusalem: signe de la solidarité capable de relier tous les chrétiens. Paul en témoigne dans sa seconde lettre aux Corinthiens : “Nous n’avons pas seulement reçu du réconfort; nous avons ressenti une joie bien plus grande encore en voyant combien Tite était heureux de la façon dont vous l’avez rassuré”. ( 2 Cor 7.13-14)

Paul demandera ensuite à Tite d’achever l’organisation de la communauté chrétienne de l’île de Crète. Il précise par écrit cette mission, dans une lettre probablement rédigée en Macédoine, vers l’année 63-64. “Etablis des Anciens dans chaque ville. Rappelle-toi les instructions que je t’ai données: un Ancien (ou presbytre) doit être irréprochable et mari d’une seule femme; il faut que ses enfants soient croyants et qu’on n’ait pas à l’accuser de mauvaise conduite ou d’insubordination. En effet, un dirigeant d’Eglise (ou épiscope) étant chargé de s’occuper des affaires de Dieu, doit être irréprochable; qu’il ne soit ni arrogant, ni coléreux, ni buveur ou violent, ni avide de gains malhonnêtes. Qu’il soit hospitalier, ami du bien,pondéré, juste, saint et maître de lui, fermement attaché à la Parole digne de foi.” (Tite 1.5-9) Nous savons ainsi quels discernements devait opérer une communauté chrétienne locale avant de choisir tel ou tel homme marié pour lui imposer les mains et lui confier un ministère. Paul répète et développe ces consignes dans les deux lettres à Timothée. Sages conseils de valeur parfaitement actualisables aujourd’hui.

Tite se rendra en Dalmatie pour une mission d’évangélisation ( 2 Tim.4.10).

Une tradition (Eusèbe) présente Tite comme le premier évêque de Crète.

“Dieu nous a sauvés, non point parce que nous aurions accompli des actions justes, mais parce qu’il a eu pitié de nous”, écrivait Paul à Tite. “Ainsi, par grâce, il nous rend justes à ses yeux et nous permet de recevoir la vie éternelle...C’est là une parole certaine. Je veux que tu insistes beaucoup sur ces points-là, afin que ceux qui croient en Dieu veillent à s’engager à fond dans des actions bonnes...Mais évite les folles spéculations, les querelles et polémiques au sujet de la Tora...elles sont inutiles et sans valeur...Que la grâce de Dieu soit avec vous tous” (Tite 3.5-15)

 

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