ThessaloniciensPremiere

THESSALONICIENS Première Lettre

1,1 à 5

 

Année 51: 20 ans après la mort et la résurrection du Christ.

Paul est en train d'évangéliser les Corinthiens avec Silas, Timothée et le couple Aquilas et Priscille (Actes 18).

Il n'a pas oublié les oppositions rencontrées à Thessalonique (Actes 17, 1 à 16) : les Juifs locaux l'accusaient devant les Autorités civiles de présenter Jésus comme un autre roi, opposé à l'empereur ( cf Jean 19,12).

Il n'a pas oublié que le chef local de la synagogue dut payer une caution pour être relâché.

Il n'a pas oublié que lui, Paul, dut fuir à Bérée pendant la nuit...et que les Juifs de Thessalonique vinrent à Bérée pour agiter la foule et l'obliger à quitter cette ville.

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C'est depuis Corinthe que, pour la première fois, Paul prend la plume (en fait, il dicte) pour soutenir les chrétiens de Thessalonique. Voici le plus ancien écrit du Nouveau Testament. (même si déjà circulent des collections écrites de paroles du Christ, utilisées pour présenter l'enseignement de Jésus).

Cet écrit a la forme d'une lettre fraternelle dans laquelle Paul expose sa vision du christianisme, de l'activité missionnaire, de l'existence qui plaît à Dieu, de la résurrection.

Il s'adresse à ses frères chrétiens, tous et chacun (4,27). Ensemble, ils constituent la communauté chrétienne locale: Paul lui donne d'emblée le nom d'église (1,1) que Jésus n'a pratiquement pas utilisé, sauf à deux reprises et selon Matthieu seulement (Mat 16,18 et 18,17).

Paul a conscience de vivre pour et selon le Christ, pleinement frère des autres, notamment de ceux avec lesquels il annonce l'évangile, la "Bonne Nouvelle".

*

Paul exprime son "fond de conscience". Il remercie Dieu. Il rend grâces. Il se souvient. Il évoque la foi, la joie, la conviction des frères de Thessalonique. Il se réjouit de voir combien la foi chrétienne est en train de se répandre en Europe et bien au-delà, "partout". Il constate que des liens se tissent entre communautés locales.

Il souligne combien l'existence chrétienne consiste à se tourner vers Dieu, l'Unique Vivant, à espérer l'accueil du Ressuscité dans la conscience de beaucoup, à se laisser envahir la paix avec Dieu en échappant ainsi à un jugement négatif de sa part.

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Nous voici devant un écrit authentique, daté, témoin des origines chrétiennes. Passionnant comme point de repère historique et comme référence concernant les mots choisis par Paul pour exprimer sa première élaboration théologique.

 

2, 1 à 16

 

Paul réfléchit sur le ministère de l'Evangile tel qu'il l'a vécu à Thessalonique.

Voici plusieurs éléments qui l'ont visiblement marqué; ils lui semblent caractériser toute action d'évangélisation:

- il faut se lancer avec courage: sans ce courage, le moment favorable ne semble jamais arrivé,

-il y a toujours des opposants, soit des gens dont les intentions ne sont pas pures, soit des opposants radicaux, adhérant à une tout autre vision de l'histoire ou de la religion,

- beaucoup d'affection et nécessaire envers ceux à qui on propose la Bonne Nouvelle. Paul dit qu'il les aime à la façon d'une mère, à la façon d'un père,

- il faut s'efforcer de ne pas être à charge ou de ne pas tirer profit de ce ministère: se contenter du nécessaire pour une existence honnête,

-il faut renoncer à se faire applaudir ou même apprécier par tout le monde: pour éviter les pièges du conformisme, de l'audimat ou des compromissions,

- renoncer à l'autoritarisme, à l'ambition ou à l'orgueil du pouvoir spirituel,

-Se réjouir de la façon dont un certain nombre de personnes adhèrent à la Parole de Dieu ,

- et en remercier le Seigneur qui seul peut toucher les esprits et les coeurs.

 

De toutes façons, l'évangélisation est oeuvre de l'Esprit auquel collabore très modestement l'annonceur de la Bonne Nouvelle..

Une chose est certaine, partout et toujours le Seigneur veille à ce que la Bonne Nouvelle soit annoncée aux humains, où il faut, quand il faut et comme il faut.

 

Superbe lucidité d'un Paul rempli de Sagesse.

Toutes ses autres lettres le confirmeront.

 

3,12 à 4,8

 

Paul vient de rappeler les liens très personnels qui l'unissent aux chrétiens de Thessalonique. Il désire les revoir même si Timothée vient de lui rapporter la qualité de vie spirituelle de la communauté locale.

 

Paul désire revoir les chrétiens de Thessalonique. Il demeure persuadé qu'ils peuvent faire mieux. Il prie pour leur progrès sur quelques points: approfondissement de la foi, amour fraternel, solidité spirituelle, comportement agréable à Dieu.

Cette prière était peut-être déjà utilisée dans les liturgies locales: le Amen final, présent dans certains manuscrits, en serait la preuve.

 

***

Nous sommes l'Eglise.

Nous pouvons faire mieux. Nous pouvons progresser, voire nous convertir pour devenir ce que le Christ attend de ceux qui croient en lui.

Approfondir notre connaissance de la pensée de Dieu telle que Jésus l'a révélée. Retrouver l'unité entre disciples du Christ éparpillées en tant de branches qui s'ignorent ou se critiquent les unes les autres.

Donner priorité à l'amour fraternel et cesser de juger, de condamner, d'exclure.

Vivre en couple selon la volonté du Créateur sur le couple, sans se laisser emporter uniquement par le désir au détriment de l'amour bienveillant et constructif

La miséricorde doit l'emporter sur tout le reste: doctrines, prescriptions et organisations mises au point au long des siècles par les différentes branches chrétiennes. Le moment est venu..

Ne résistons pas plus longtemps aux appels du Seigneur relancés par ceux et celles qui méditent sa Parole et écoutent les cris de détresse de ceux qu'on opprime injustement.

 

 

4, 13 à 18

 

 

Que deviennent les croyants après leur mort?

Paul aborde cette question avant de terminer sa première lettre aux chrétiens.

Il le fait avec les mots et la culture de son temps.

1. Le Christ a connu la vie terrestre, ensuite la mort physique et désormais il demeure Vivant. Il s'est réveillé du sommeil de la mort ( expression traduite par le verbe français ressusciter inexistant dans le grec). D'autres textes du NT préfèrent le verbe "se relever" d'entre les morts, ceux-ci étant couchés dans la mort, comme les cadavres dans le tombeau).

 

Paul commence par transmettre sa conviction et son expérience de croyant: il a été saisi par ce Vivant, qui lui a parlé sur le chemin de Damas, et avec lequel il est en relation, preuve que ce Jésus vit encore aujourd'hui, agit, influence, touche les coeurs.

Telle est sa première réponse aux gens de Thessalonique.Un témoignage personnel, en paroles et en actes quotidiens.

 

2.Paul en déduit logiquement que ceux qui sont morts dans la foi au Ressuscité demeurent sous son influence: ils sont donc vivants eux aussi, aussi bien que le Christ, sans qu'il soit possible de rie où ni comment.

 

3. Paul réutilise alors les expressions culturelles fréquentes dans le Judaïsme pour essayer d'ajouter quelques bribes d'explications. Manifestement, il s'inspire de ce que Jésus a essayé de dire sur le même sujet. L'action de ressusciter est un fait étonnant, singulier, d'une grande puissance. Dieu s'y manifeste comme jadis au Sinaï: nuages et nuées, voix énorme, son de trompette. Mystérieusement, l'homme terrestre est alors élevé et transporté dans le monde céleste: il connaît son ascension et finit pr disparaître au-delà des nuages pour entrer dans l'Univers de Dieu, le monde céleste.

Résultat :" et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur"

 

*

A la question: où sont les morts ? La réponse est: ils sont avec le Seigneur, avec le Ressuscité, grâce à l'action du Père et de l'Esprit.

Telle est l'espérance proclamée par Paul. Entrée dans le Credo par la suite:" J'attends la Résurrection des morts et la Vie du Monde à venir".

*

Hier comme aujourd'hui le chrétien ne dit pas autre chose. Il n'en dit ni plus ni moins. Il lui demeure toujours aussi difficile de croire ce qu'il ne voit pas, d'espérer ce qu'il ne peut pas imaginer.

Les chrétiens ne sont pas les seuls à penser que l'humain ne sombre pas totalement dans le rien mais qu'il demeure quelqu'un, mystérieusement absent et invisible. Et personne ne leur a jamais scientifiquement prouvé le contraire. Lumière et obscurité. Silence et conviction.

 

5, 1 à 11

 

Paul vient de résumer sa pensée sur la Résurrection du Christ, fondement de la Vie après la mort biologique.

Il relie maintenant cette conviction à ce que la Bible appelle "Le Jour du Seigneur".

Ce Jour est celui de la réalisation du dessein de Dieu sur l'humanité: jour où sa Volonté prend forme, où Justice et Vérité s'embrassent, où la Lumière fait reculer les ténèbres, où ce qui est Bon remplace ce qui fait du mal aux personnes.

Ce Jour sera redoutable pour ceux et celles qui résisteront consciemment et librement à Dieu: la lumière sur leurs oeuvres les brûlera intérieurement comme un feu purificateur.

Ce Jour sera grande joie pour ceux et celles qui auront cherché à vivre selon leur conscience ou selon ce qu'ils connaissaient de Dieu et du Christ Jésus.

Ce Jour permettra un grand discernement, un jugement, une évaluation des responsabilités et des culpabilités.

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Quand est-ce que cela se produira ?

- Impossible de le dater s'il s'agit d'un événement marquant la fin des temps, la fin de l'ère en cours: ce jour "vient comme un voleur dans la nuit".

- Par contre, s'il s'agit de l'événement qui touche chaque personne, on peut le dater du moment de la mort physique de chacun, elle-même impossible à dater.

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D'où la conclusion logique: Veiller, être éveillé intérieurement, ne pas s'endormir dans l'inconscience, agir selon la foi et la responsabilité, s'encourager mutuellement, et principalement aimer comme le Christ le demande.

Et surtout pas d'affolement ni de crédulité envers ceux qui annoncent périodiquement la fin du monde. Il y a tellement mieux à faire.

 

 

5, 12 à 28, finale de lettre

 

Paul va terminer sa première lettre. Spontanément, il donne une série d'avis et de conseils: il fera de même dans toutes ses prochaines lettres.

Il se comporte très humainement et pastoralement, comme un frère, un père attentif, un co-disciple du Christ.

Rien de compliqué dans ces phrases. Beaucoup de bon sens et de chaleur relationnelle.

 

Quelques précisions ?

- Ceux qui se donnent du mal, veillent et vous reprennent peuvent être les responsables désignés pour la communauté, ou tout simplement ceux qui agissent ainsi, en égaux, selon leur charisme particulier. (v.12).Ces personnes sont dignes d'estime et d'agapè. Aucune raison d'entrer en querelle avec eux.

- L'attitude globale à entretenir ? Ne pas se contenter de penser à soi mais entretenir avec ses proches une juste relation: réconforter, soutenir, discerner avec eux, garder la paix, rendre grâce ensemble, accueillir les paroles inspirées par l'Esprit à chacun ( alors désigné comme prophète, porte-parole du Seigneur).

- Priorité à la relation personnalisée avec Dieu pour qu'elle imprègne toute la personnalité.

- Pourquoi cette recommandation de lire la lettre dans l'assemblée ? Pour éviter que les dirigeants la gardent jalousement pour eux ? Ou tout simplement parce qu'elle est destinée à l'ensemble de la communauté, sans distinction entre les frères et soeurs ?

 

Et la dernière phrase de salutation ressemble à une prière que nos liturgies retiennent depuis des siècles comme entrée dans l'eucharistie.

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Voici ce qu'un apôtre écrivait vers l'année 51, au moment où d'autres annonçaient la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, en s'aidant de collections de paroles de Jésus, déjà mises par écrit et circulant dans les premières communautés chrétiennes. Ne l'oublions jamais: on écrivait beaucoup dès ces années-là.