Quirinius

La SAGESSE

 

Ne pensons pas à la sagesse d’un enfant docile et calme, mais à la qualité d’un adulte sage, faisant preuve d’un jugement droit, sûr , averti dans ses décisions et ses actions.Et ajoutons que cette sagesse adulte vient de l’Esprit de Dieu. Et nous comprenons le sens de la sagesse biblique.

Dans les récits les plus anciens de l’AT , la sagesse est avant tout pratique. C’est l’art de réussir et de faire de bons plans pour obtenir les résultats désirés. Joseph , fils de Jacob, gère avec sagesse la société égyptienne, il interprète les songes. Josué prolonge la sagesse de Moïse, David agit en roi très sage; son fils Salomon est présenté comme le modèle de sagesse. Une classe d’hommes sages semble avoir partagé cette sagesse à la même époque..

Tous participent de la sagesse suprême qui appartient au Dieu de l’univers, conduisant l’ensemble de la création..La sagesse humaine vient de Lui qui donne donne perspicacité et efficacité..

Les prophètes mettent la sagesse en relation avec la connaissance de Dieu. L’homme qui ne reconnaît pas Dieu agit comme un insensé.

A partir de l’exil à Babylone, des croyants méditent sur l’histoire et les comportements humains.. Certains, parmi eux, commencent à écrire des récits mettant en valeur la sagesse de tel ou tel fidèle inspiré par la foi. D’autres collectionnent des pensées pleines de sagesse, dont l’origine est propre au peuple de Dieu ou empruntée à la sagesse des nations. Ainsi les livres de Job, Ruth et beaucoup de psaumes.

Lorsque la culture grecque se répand, à partir d’Alexandre le Grand (332 avat JC) des juifs croyants imprègnent de sagesse grecque leur vision de foi résolument fidèle au judaïsme.Le livre des Proverbes, (attribué symboliquement à Salomon) cherche à transmettre l’expérience des sages aux générations à venir. Il en va de même pour les livres de l’Ecclésiaste, de Tobit, d’Esther et du Cantique des Cantiques: guides de pédagogie éducative. Le livre des Proverbes présente la sagesse sous la forme d’une personne qui s’adresse aux humains: “Je suis la Sagesse, l’intelligence même. Conseiller et rendre prévoyant: voilà mon rôle. Le Seigneur m’a conçue il y a très longtemps, avant la formation des montagnes. J’étais déjà là quand il fixa le ciel”. (Prov 8. 12-14; 22-27). Dans cette lignée apparaît le long livre du Siracide, sagesse d’un certain Josué, fils de Sirac.. Il défend l’héritage culturel et religieux du peuple juif.

A l’approche de notre ère, vers les années 63 avant Jésus-Christ, apparaît le grand livre de la Sagesse., rédigé en grec (mais dont on a retrouvé des extraits en hébreu dans la bibliothèque de Qumran).. L’auteur met son expérience au service de la jeunesse pour lui enseigner l’art de se comporter en toutes circonstances selon la volonté de Dieu. Il célèbre Dieu comme créateur, fait l’éloge des ancêtres de Noé jusqu’au grand prêtre Simon Maccabée. On y trouve une belle prière pour demander la sagesse:(9) “J’ai décidé de prendre la sagesse pour compagne de ma vie: je suis devenu amoureux de sa beauté et j’ai décidé de faire d’elle mon épouse”(Sag 8..2 et 9). L’auteur ne présente plus la sagesse comme intermédiaire entre Dieu et le monde, mais comme le signe de la présence de Dieu à l’univers et à l’histoire humaine. Grâce à elle, l’homme devient incorruptible..

 

Le Nouveau Testament prolonge ces perspectives.

Jésus grandit “en sagesse devant Dieu et devant les hommes”(Lc 2.52). Ses paroles et ses actes sont “remplis de sagesse”. Il affirme que le Père rend sages tous ceux qui accueillent ses paroles avec un coeur droit et humble. (Luc 10.21).Il invite tous ses disciples à devenir des gens avisés, sensés,prévoyants et confiants. Il fustige ceux qui déforment ses paroles au mépris des évidences et du bon sens. Il promet la sagesse à ceux qui seront menés devant les tribunaux; alors personne ne pourra les contredire car lui-même les inspirera (Luc 21.15). Sagesse, prudence, intelligence du sens de ses paroles et de ses actes: voilà ce que donne Jésus. Il reproche souvent à ses disciples de manquer de cette intelligence dans la compréhension des Ecritures et de ses paroles (Lc 24.25)

Selon les évangiles Jésus incarne la sagesse de Dieu qui confond la soi-disant sagesse de ses détracteurs. Et l’Apocalypse chantera::”Digne est l’agneau de recevoir la sagesse....Louange, gloire et sagesse à notre Dieu” (Apoc. 5.12 et 7.12)

L’apôtre Paul souligne fortement le contraste entre la Sagesse de Dieu et la folie de ceux qui récusent le Christ. Le rejet et la mort de Jésus apparaissent comme une folie à vues humaines. Mais Dieu n’avait pas d’autre moyen pour démontrer la folie des humains qui croient seulement au succès, à la puissance, à leur culture. “Dans leur prétention à être sages, les hommes sont devenus fous. O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu” (Rom 1.22 et 11.13) “Christ Jésus est devenu pour nous sagesse, justice et sanctification...C’est bien de sagesse que nous parlons, mais non d’une sagesse de ce monde: c’est d’une sagesse de Dieu! “ (1 Cor 1.30 et 2.6-7).

“Que Dieu vous fasse parvenir à la pleine connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle” car “ c’est en Christ que se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance” ( Col. 1.9 et 2.3).

 

Puisse la sagesse de Dieu , resplendissant en Jésus, rendre notre vie rayonnante de sagesse.

 

Mots de la Bible

Expressions bibliques

 

PRÊTRE

 

Voici un mot biblique extrêmement piégé, notamment pour les catholiques lisant la Bible. S’ils pensent aux prêtres desservant actuellement les paroisses catholiques, ils vont aller de contresens en contresens. Jugez-en plutôt.

Plus de 900 fois, la Bible emploie le mot prêtre, toujours pour désigner un personnage en relation avec le culte dans le Judaïsme. Le prêtre est né dans la tribu de Lévi; il fait partie de la descendance d’Aaron, frère de Moïse. C’est un homme marié qui enfante d’autres prêtres: on est prêtre par la naissance.

Dans les récits relatifs à la période des patriarches et à celle des Juges, tout chef de famille est habilité à intervenir dans le culte. A partir de Moïse, le rôle des prêtres est progressivement réservé aux descendants d’Aaron: ce dernier reçoit l’investiture de son frère Moïse, sur ordre du Seigneur. Le prêtre est chargé de “rendre l’oracle” au nom du Seigneur, pour guider les princes et les fidèles dans la conduite de leur vie. Il interprète la Torah, il l’enseigne , mais il sera peu à peu distancé dans cette fonction par les scribes, à partir des années 550 avant JC Le prêtre réintègre les lépreux dans la communauté après avoir constaté leur guérison.

Le prêtre conserve l’exclusivité de tout ce qui relève du temple de Jérusalem, point de passage obligé entre Dieu et les fidèles, surtout à partir de la réforme de Josias (622 avant Jésus-Christ). Il est alors seul habilité à offrir les divers sacrifices : l’offrande quotidienne d’agneaux, immolés et consumés entièrement ( ou holocauste) , les sacrifices de réparation pour les fautes envers Dieu et le prochain, et les sacrifices de paix où la graisse est brûlée tandis que la viande revient au commanditaire du sacrifice pour un joyeux repas de fête et de communion..

Chaque jour, le prêtre offre et fait brûler l’encens sur l’autel réservé à cette fonction..

La sonnerie des trompettes d’argent était exécutée par les prêtres, ainsi que l’entretien de la ménora, le porte lumière à sept branches.

Chaque sabbat, le prêtre renouvelle l’offrande des douze pains, signe de l’alliance perpétuelle. La bénédiction prononcée sur les fidèles au nom du Seigneur est une prérogative sacerdotale, ainsi que la gestion du Trésor.

L’organisation de la fonction sacerdotale a évolué constamment. Egalement les règles de pureté concernant - les épouses qu’ils peuvent choisir - les vêtements qu’ils portent durant le culte.

.Vingt quatre classes sacerdotales apparaissent: chacune officie pendant une semaine, la relève étant assurée chaque sabbat après le sacrifice du matin. Cette organisation stricte fut rendue nécessaire par la multiplication du nombre de prêtres, fils de prêtres. Après l’exil à Babylone, à l’époque du second temple (520-515 avant JC, voir 1 Chr 24) , l’organisation de la classe sacerdotale atteint sa complexité maximale.

Au sommet de la hiérarchie sacerdotale apparaît le Grand prêtre: une autre émission lui est réservée.

Les prêtres ont pour ressources une partie des viandes de sacrifice et de la dîme.

 

Le Nouveau testament parle des prêtres, par exemple Zacharie qui reçoit l’annonce de la naissance de son fils Jean-Baptiste lorsqu’il fait brûler l’encens dans le Temple: “L’ange Gabriel lui apparut, debout à la droite de l’autel de l’encens...Toute la multitude du peuple était dehors, en prière...Le peuple attendait Zacharie et s’étonnait qu’il s’attarde dans le sanctuaire; A sa sortie, il ne put leur parler, et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le sanctuaire”. (Luc 1. 10-11 & 21-22)

Jean-Baptiste, prêtre par sa naissance, n’exercera pas la mission sacerdotale mais celle de prophète annonçant, hors du temple, la nécessité d’une conversion , retournement des pensées et des actes, pour se préparer à l’accueil du Messie.

Les Actes des apôtres mentionnent qu’une “multitude de prêtres” du temple devinrent disciples du Christ après la Pentecôte.(Actes 6.7)

Le rôle des prêtres du judaïsme disparaîtra en même temps que le Temple de Jérusalem, en l’an 70 de notre ère.

 

Jamais, pas une seule fois, le nouveau testament n’emploie le mot grec iereus, équivalent du mot hébreu kohen, pour désigner les Douze disciples.

Chaque fois que les évangiles parlent des prêtres, il s’agit exclusivement des prêtres du Judaïsme exerçant leur fonction dans le Temple de Jérusalem, et tout particulièrement des Grands Prêtres fortement impliqués dans l’opposition contre Jésus.

• Jésus n’était pas prêtre-hiereus car il n’était pas de la descendance d’Aaron.. Un seul livre du Nouveau Testament, la Lettre aux Hébreux, le désigne comme Grand Prêtre.

Jésus n’a pas fondé des “prêtres” mais choisi des “envoyés”, des “apôtres”. Les lettres de Paul et de Pierre affirment que le sacerdoce appartient à l’ensemble du peuple chrétien:”peuple de prêtres” La fonction précise dévolue à ceux que nous appelons “prêtres” correspond à celle d’Anciens, celui qui porte une responsabilité vis-à-vis de la communauté:. C’est par une erreur de traduction que les disciples que Jésus envoie en mission sont parfois appelés “prêtres”, par décalque du mot “presbuteros”, qui signifie Ancien. On devrait traduire “presbytre”

 

Tel est le langage biblique à propos du mot “prêtre-hiereus”, homme du sacré officiant dans le lieu sacré, ieron.

Vous voyez à quel point nous pouvons nous tromper si nous pensons à nos prêtres actuels quand nous lisons le mot “prêtre” plus de 900 fois dans la Bible.

 

Quirinius

 

La Bible mentionne une seule fois ce gouverneur romain. Nous connaissons bien le contexte: situant la naissance de Jésus à Bethléem: Ecoutons ce passage de Luc

 

“2:1 Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité. 2:2 Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. 2:3 Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. 2:4 Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem, - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David - 2:5 afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte. 2:6 Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter...”

César Auguste fut le premier empereur romain (depuis l’an 27 avant JC jusqu’à l’an 14 après JC).Tibère fut son successeur. Luc mentionne les deux avec précision. Il ajoute le nom de Quirinius..

Effectivement, en l’an 12 avant notre ère, Publius Sulpicius Quirinius fut nommé consul par César Auguste. Il résidait alors à Rome. Il mena ensuite une campagne victorieuse en Cilicie (actuelle Turquie). L’empereur le récompensa en le nommant gouverneur de Syrie, province impériale. C’était entre les années 7 et 2 avant notre ère.

Un papyrus dévouvert à Tivoli laisse entendre que Quirinius fut une seconde fois gouverneur de Syrie, légat d’Auguste, entre les années 6 et 9 de notre ère.L’historien Flavius Josèphe mentionne pour la même fonction et à la même date un certain “Cyrénius”, facilement identifiable à Cirinus, Quirinius.

Ce gouverneur arrivait en Syrie au moment où l’Empereur venait de déposer pour incompétence le roi de Judée, Archélaüs (fils d’Hérode le Grand). L’autorité romaine sur la Judée fut donc confiée à ce Quirinius. En bon administrateur, il ordonna un recensement de la population de Judée. Il le réalisa avec l’aide du procurateur de Judée, Coponius. Toujours selon Flavius Josèphe:( Antiquités juives XVIII,1). En cette année 6, Judas le Galiléen, prit la tête d’une campagne de refus de l’impôt. Ses partisans furent écrasés par les Légions romaines. Les Actes des Apôtres en parlent (Ac 5.37)

 

Nous sommes donc certains que Quirinius conduisit un recensement de la Judée, alors qu’il était gouverneur de Syrie.entre l’an 6 et l’an 9 de notre ère. Cette date fait problème par rapport à Luc car Jésus est né vers l’année 6 avant notre ère.

Où réside la solution? Probablement dans ce double mandat confié à Quirinius, une première fois entre l’an 7 et l’an 2 avant notre ère: une seconde fois entre les 6 et 9 de notre ère, avec mention explicite du recensement pendant ce second mandat. Luc a-t-il cru que Quirinius avait fait un recensement lors de son premier mandat ? C’est à ce premier recensement que Luc ferait allusion pour situer à cette époque la naissance de Jésus à Bethléem.: ce qui correspond parfaitement à toutes les autres données historiques.

On comprend mieux alors la précision apparemment anodine donnée par Luc: “Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie”..

Quelques mots pour en finir avec Quirinius. Nous le retrouvons à Rome en l’an 16. Quatre ans plus tard, il accuse se femme Lépida, semble-t-il pour malversations. Celle-ci est condamnée à l’exil. Mais Quirinius va mourir en l’an 21, sans laisser de descendance.

Tibère, empereur depuis l’année 14, toujours débordant de gratitude pour les services qu’il lui avait rendus lors de son exil à Rhodes, lui accorda des funérailles nationales.

Luc date de la quinzième année de Tibère l’entrée en scène de Jean Baptiste et de Jésus.(Luc 3.1) Tibère vient de nommer Ponce Pilate procurateur en l’an 26 avant de s’exiler lui-même à Capri en l’an 27. Il mourut en 37, considéré comme un tyran, lui qui disait de ses sujets:” Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent”

Quant à Ponce Pilate, procurateur de la Judée, de 26 à 36, il n’hésita pas à employer la manière forte, notamment contre des émeutiers galiléens venus au temple de Jérusalem pour offrir leurs sacrifices ; ils furent exécutés sur ordre de Pilate pendant cet acte religieux . Luc rapporte ce fait en 13.1.

Sous Tibère et Ponce Pilate , les pouvoirs civils et religieux livrèrent à la mort deux parfaits disciples du Judaïsme: Jean Baptiste et Jésus.

 

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