presbyterat

Le Ministère presbytéral

A propos des "viri probati" que le Pape François a évoqués

en avril 2017 dans le journal allemand "die Zeit":

Réflexions, discernements, informations

Du nouveau ou du renouveau

dans le sacerdoce catholique latin ?

( Réflexion de Joseph Proux, avril 2017, rapportée sur ce site par JC Thomas)

 

Le Pape François a récemment répondu à un journal allemand qu’une réflexion sur l’ordination sacerdotale de «viri probati» (hommes mariés ayant fait leurs preuves au plan humain et pastoral) serait « utile ». Il a ajouté, fort judicieusement : « Nous devrions déterminer quelles tâches pourraient leur être confiées ».

 

Ce dont il s’agit dans cette perspective ouverte par le Pape François dépasse largement la question du célibat sacerdotal catholique latin, encore qu’elle mérite certes d’être prise en compte, tant au niveau de sa signification spirituelle et ecclésiale aujourd’hui qu’à celui de ses difficultés psychologiques et sociologiques. Il s’agit d’abord de la prise en charge pastorale de la vie des communautés chrétiennes, de leur soutien de proximité et de leur vitalité missionnaire : ce dont elles ont le plus grand besoin aujourd’hui.

 

On constate dans les Actes des Apôtres et dans les lettres de Pierre, Paul et Jacques, le rôle important des « Anciens de l’Eglise ».

Paul, après avoir annoncé l’Evangile lors des étapes de ses voyages missionnaires, prend soin d’établir des « Anciens » des «Presbuteroi» (nom que l’on a ensuite traduit par « prêtres ») dans chaque communauté, avec une mission de maintien et de soutien de la cellule d’Eglise. Dans sa lettre à Tite, il recommande à son disciple « d’établir dans chaque ville des Anciens ».Leur «ancienneté» n’était sûrement pas en priorité une question d’âge, mais plutôt de maturité dans la foi et la vie en église, dans le sens du terme «viri probati» employé par le Pape François.

Leur présence apparaît pour la première fois, comme membres à part entière, dans l’Assemblée de Jérusalem où furent prises des décisions importantes pour la mission de l’Eglises aux païens. Il faut noter que les «Anciens» y sont à la fois distincts et partenaires des « Apôtres » et des « frères » (Act, 15, 2…)

Paul, dans la 1ère lettre aux Corinthiens, salue la diversité « des dons, des ministères et des modes d’action » comme l’œuvre du Père, du Fils et de l’Esprit. (1 Cor 12, 4…) Les «Apôtres» fondent des communautés et les visitent pour les affermir dans la foi (Paul indique que son célibat le rend disponible à sa mission). Les «Anciens», ont eux, à l’évidence, un rôle de présidence et de maintien de proximité. Il n’est pas fait mention de leur célibat ; ils partageaient la vie des communautés. Ce sont certainement eux qui président à la prière et à «Fraction du pain».

 

Jacques dans sa lettre souligne qu’ils pratiquent l’onction aux malades… Dans l’Eglise, à cette époque, des diacres sont institués pour faire face à des besoins spécifiques de service.(Actes 6)

 

Cette riche organisation des Eglises à la période apostolique, essentiellement missionnaire, a fait ses preuves. Elle a fonctionné, non sans efforts et sans luttes durant les persécutions, mais avec succès dans le monde gréco-romain, pas plus perméable à l’Evangile que l’est notre époque postmoderne.

 

Par la suite de notre histoire chrétienne et selon un processus qu’il serait trop long de détailler ici, le sacerdoce catholique a absorbé cette diversité de ministère, y compris le diaconat, qui a heureusement été rétabli après le Concile Vatican II.

 

Aujourd’hui, la situation est la suivante. Dans l’Eglise catholique latine occidentale, les "prêtres", désormais en petit nombre et avancés en âge, dans la plupart des diocèses, tentent, avec une grande générosité humaine et spirituelle, d’assurer le ministère paroissial sur des territoires de plus en plus vastes. Beaucoup d’entre eux avouent fatigue, épuisement même et en fin de compte perte d’efficacité. Ils se rendent compte qu’ils ne peuvent pas bien assurer une proximité pastorale, avec pour conséquence des communautés locales qui s’affaiblissent faute de rassemblements ecclésiaux, eucharistiques notamment.

 

Pour pallier le manque de prêtres, on entend des voix qui proposent d’ordonner prêtres les diacres; d’ailleurs, la tentation est grande et pas illusoire de les « tirer » vers les fonctions liturgiques et sacramentelles, certes attenantes à leur ordination, «pour soulager les prêtres», au risque d’occulter leur vraie vocation de service des pauvres en tous genres.

 

Certes, depuis le concile Vatican II, les fidèles laïcs prennent leur place efficacement dans la vie des Eglises et assurent de nombreux services appréciés de tous. Mais cela ne résout pas le problème. D’ailleurs, ces baptisés actifs et missionnaires ont besoin d’être formés et soutenus.

 

L’initiative du Pape François correspond à un besoin réel de l’Eglise dont nous prenons une vive conscience aujourd’hui.

Il faut noter le souci du Pape de « déterminer quelles tâches pourraient leur être confiées ». C’est évidemment fondamental que ces ministères «présidents-ministres» (on ne sait pas encore quel serait leur nom !) des communautés chrétiennes soient institués et considérés comme des ministères à part entière, pas ceux de « sous-prêtres » ou de « super-diacres » !

 

Dans le même temps, le ministère des "prêtres", de fait moins nombreux, serait valorisé dans leur rôle spécifique «d’apôtres», collaborateurs directs des évêques successeurs des Apôtres, avec une disponibilité et une mobilité nécessaire, pour la création et le soutien des communautés chrétiennes dans leur variété de ministères.

Abbé Joseph Proux (Vendée).

Précisions données par JC Thomas: Joseph Proux est prêtre ( né en 1934, ordonné en 1961) retraité en Vendée après avoir exercé le ministère dans le diocèse de Limoges et y avoir assuré d'importantes missions diocésaines.. Auteur de plusieurs livres d'homélies pour les sépultures et de prières. Conférencier apprécié.

La formation des "séminaristes" va également changer.

La Ratio fundamentalis du 8 décembre 2016 va remplacer la précédente datant de 1970. Concernant l'Année de discernement et de fondation spirituelle, le Cardinal Stella s'exprime ainsi:

 

« Nous n’insisterons jamais assez sur la nécessité que les séminaristes soient accompagnés dans un processus de croissance qui fasse d’eux des personnes humainement équilibrées, sereines et stables, martèle le cardinal Stella. Seulement ainsi, il sera possible d’avoir des prêtres accueillants, authentiques, loyaux, libres intérieurement, stables affectivement, capables de tisser des relations interpersonnelles paisibles et de vivre les conseils évangéliques sans rigidité, ni hypocrisie ou échappatoires. »

 

Dans cette optique, et dans la logique des insistances du pape François sur le sujet depuis plusieurs mois, l’un des autres mots-clés du texte est sans aucun doute le discernement. La ratio rend désormais obligatoire l’année de propédeutique, cette année de discernement et de fondation spirituelle à l’entrée du séminaire, qui existe déjà dans la plupart des séminaires français. Elle insiste aussi sur l’accompagnement personnel des séminaristes et rappelle – mais il serait dommage de restreindre la nouvelle ratio à cette seule reprise de l’instruction de 2005 sur le sujet – que « l’Église (…) ne peut pas admettre au séminaire et aux ordres sacrés ceux qui (…) présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées ».

 

« Ni un leader, un organisateur religieux ou un fonctionnaire du sacré »

Plus largement, il s’agit de bien discerner ceux qui auront, plus tard, à discerner avec les fidèles qui leur seront confiés.

«Le discernement est un don que les pasteurs doivent exercer envers eux-mêmes, mais encore plus sur le terrain pastoral, pour accompagner et interpréter en profondeur surtout ces situations existentielles plus complexes qui pèsent souvent sur les personnes blessées qui nous sont confiées », reconnaît le cardinal Stella. Pour lui, «celui qui suit la voie de l’Évangile et s’immerge dans la vie de l’Esprit, va au-delà d’une approche tant idéologique que rigoriste, en découvrant que les évolutions et les situations de la vie ne peuvent pas être classifiées au moyen de schémas inflexibles ou de normes abstraites ».

 

Et c’est finalement cet ancrage évangélique qui peut résumer toute la ratio promulguée le 8 décembre, avec l’ambition de former des prêtres «configurés au Christ Bon Pasteur», image qui revient régulièrement dans le texte. «Le prêtre n’est pas l’homme du ‘’faire”, ni un leader, un organisateur religieux ou un fonctionnaire du sacré, mais un disciple épris du Seigneur, dont la vie et le ministère sont enracinés dans une relation intime avec Dieu et dans la configuration au Christ Bon Pasteur», insiste le cardinal Stella qui, dans la lignée d’un pape François, farouche adversaire du cléricalisme, appelle à dépasser « une vision ‘’sacrale” ou bureaucratique du ministère », loin des « tentations liées à l’argent, à l’exercice autoritaire du pouvoir, à une rigidité légaliste ou à la vanité ».

A propos du MINISTERE PRESBYTERAL,

l'abbé Louis-Michel RENIER, théologien, a déjà écrit ce qui suit:

 

Presbytérat RENIER Jonas - p .1-( Partie d'une conférence de Louis-Michel RENIER, doyen de la Faculté de Théologie d'Angers, résumée dans un dossier publié par la revue "Jonas")

1. Un chemin historique

1.1 -II n'a rien à voir avec la conception du prêtre dans l'Ancien Testament. Cette conception épouse celle des autres religions : la figure du prêtre ou le statut du sacerdoce sont vus comme personnels, cultuels, en lien avec un sanctuaire déterminé, ceci sur la base d'une capacité particulière reçue par un don ou par une mission. Il s'agit de maintenir intact le rapport à la divinité ou à des puissances célestes. Ce sont des spécialistes qui ont le savoir, le pouvoir et la sainteté. Le prêtre est donc ordonné au domaine du sacré, ayant pour tâche de maintenir la concorde entre ciel et terre, entre la divinité et la communauté.

Ce qui est un peu différent dans l'Ancien Testament, c'est le type de rapport à Dieu:celui-là s'exprime par un rapport privilégié entre Yahvé et Israel. Yahvé est le seul saint, l'homme ne peut que participer à... ; Yahvé est le Bon, ce qui pousse à une vie morale bonne.

Tout se concentre sur le Temple où sont offerts les sacrifices, centre cultuel du Judaïsme jusqu'en 70 après Jésus-Christ. Le prêtre est le "hiereus", l'homme du sacré.

 

1.2 -La formule « Prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisédech » remonte à cette époque

et se joue dans cette tradition. Mais ceci est dit par l'auteur de l'Épître aux Hébreux à l'intention de Jésus-Christ (Hébreux 5, 6). On utilise encore le terme hiereus, mais parce que l'épître se réfère explicitement au rituel du Yom Kippour (Lévitique 16) dans lequel le grand prêtre (archihiereus) joue un rôle

important et central.

Ceci veut dire qu'avec la mort expiatoire de Jésus sur la croix, le rituel expiatoire de l'Ancien Testament est dépassé. Dire que Jésus est le grand prêtre eschatologique signifie fondamentalement la fin du sacerdoce cultuel. Le Yom Kippour proprement chrétien, son accomplissement, consiste dans le salut accompli par le Christ et donc, d'une certaine manière, devient en Jésus-Christ négation de ce qu'il fut hier.

Il est possible de percevoir la dérive sérieuse que l'on a provoquée lorsqu'on a appliqué

cette phrase visant le Christ au ministère presbytéral

- déplacement du Christ aux ministres,

- le "pour toujours" : déplacement de l'eschatologique à I'aujourd'hui.

 

1.3 -Le Nouveau Testament situe toute sa réflexion théologique sur le Christ mort

et ressuscité ; et, de ce fait, abandonne le Temple comme institution du salut. Il s'agit d'une

rupture fondamentale, de la rupture. La mort de Jésus et le repas du Seigneur deviennent donc le centre nouveau du culte, lequel se situe à côté du Temple, puis en prend la place.

De ce fait, la compréhension du culte et du sacerdoce est profondément modifiée.

Les auteurs du Nouveau Testament n'utilisent plus les concepts cultuels, liés au culte, ni la

terminologie sacerdotale.., ou, tout au moins, ils en modifient le sens. Les expressions : prêtre, grand-prêtre, sacerdoce ne sont plus employées que dans deux directions:

- le sacerdoce suprême du Christ (hiereus) qui supprime le sacerdoce juif et vétérotestamentaire;

- le sacerdoce commun de tous les croyants (1 Pierre 2, 5 et suiv. ; Apocalypse 5, 10).

Sont donc prêtres: le Christ et tous les croyants en tant qu'ils constituent le peuple sacerdotal de Dieu.

Ensuite, l'apostolat est le ministère néotestamentaire fondamental : les apôtres et d'autres avec, qui se réfèrent au Ressuscité (Romains 1, 1). D'autres ministères apparaissent, les prophètes, les docteurs, les épiscopes, les diacres. Mais on ne parle plus de Hiereus, mais

de presbuteros: l'ancien. Ces ministères se mettent en place au service de la communauté pour

qu'avec elle puisse se célébrer le sacrifice de louange : culte nouveau de la communauté

chrétienne.

 

1.4 -Je passe sur l'histoire comme telle. Mais je voudrais manifester que nous assistons progressivement à une nouvelle sacerdotalisation à partir du IV siècle où le presbuteros va redevenir

hiereus. Ceci est clairement manifesté au Concile de Trente lorsque ce dernier réagit au renouvellement

de la conception des ministères proposé par la Réforme. Aux trois thèses théologiques principales de la Réforme, le concile de Trente ( 1545-1563) répond

• « Avec le sacrifice de l'Eucharistie fut fondé un sacerdoce nouveau visible et extérieur»(Dentzinger 1764).

• « En référence à l'Écriture et à la Tradition, le sacerdoce fut déclaré sacrement de l'ordre »

(Ibidem 1766).

• «La hiérarchie ecclésiastique est fondée une fois pour toutes dans le caractère sacramentel

du sacrement de l'ordre » (Ibidem 176).

Ainsi, dans leur fonction indépassable, les évêques et les prêtres «sont appelés à juste litre

non seulement des anges, mais aussi des dieux parce qu'ils représentent auprès de nous la

puissance et la majesté du Dieu immortel » (Catéchisme du concile de Trente II, 7, 2.).

 

1.5 -Ceci nous amène à dire que la recherche d'un projet théologique sur un point de

départ plausible pour comprendre le ministère des prêtres à partir de l'histoire des dogmes n'est pas possible aussi longtemps que les données incontestables du Nouveau Testament cèdent le pas à la volonté idéologique (tactique ou politique) de la direction de l'Église.

En tant que concept théologique fondamental, le ministère, dans l'Église, fait partie du contexte néotestamentaire qui le fonde ; et c'est à partir de là seulement qu'il est possible de développer une théologie praticable du ministère dans l'Église. Or le discours du Nouveau Testament est "anti-hiereus".

En effet, une telle dérive a un certain nombre de conséquences:

• Le déplacement de ce qui revenait au grand-prêtre Jésus-Christ à tous les ministres ordonnés par la suite (dont le « sacerdos in a!ternum secundum Melchisedech »).

• Mais aussi une autonomisation des prêtres par rapport à l'ecclesia : fixant l'attention sur la personne des ministres, le "caractère" a contribué à l'enlacement de la notion de service eaffaibli la perception du rôle de l'ecclesia en même temps que de l'objet même du ministère.

 

Le prêtre est alors regardé "en soi" et non plus au sein, au service d'une communauté.

En fait, l'insistance mise sur "l'ordination absolue" (c'est-à-dire sans siège) qui ne date que de 1215 - auparavant elle était combattue au profit d'une destination précise -amène à confondre la vie presbytérale avec la vie monastique (ceci est aussi vrai pour les évêques sans lien de communion avec une Église)... Ce n'est plus du tout la fonction, le service qui importent, mais l'état de prêtre en soi.

 

• Autre conséquence, celle qui a provoqué la conception courante de la vocation auministère, fondée sur la décision du sujet... Une conception qui, pourtant, n'a rien de traditionnel. La Tradition, en effet, insiste sur l'appel des responsables selon les besoins et non pas sur "soi-même ayant la vocation de...". Qu'on se réfère à la manière dont on appelle les diacres aujourd'hui.

 

1.6 -Le concile Vatican II a récupéré tout le poids des problèmes inextricables, nés de

l'histoire des dogmes et des doctrines, spécialement la structure hiérarchique de cette Église de

prêtres.

La nouveauté décisive de Vatican II fut de renoncer à la théologie exclusivement juridique du sacerdoce : au lieu de la construction pyramidale, antérieure, de l'Église avec un clergé placé au sommet et un peuple de Dieu subordonné, le concile a soumis les différentes structures jusqu'ici existantes au concept plus englobant de Peuple de Dieu.

 

Ceci amène à retrouver deux structures anciennes sur une base commune : le sacerdoce du Christ auquel on a part sur la base du baptême (P0 9). Les croyants demeurent au niveau du sacerdoce commun (Lumen Gentium n° 10). Une partie seulement participe au sacerdoce ministériel ou hiérarchique (il serait préférable de parler de ministère sacerdotal au sens où il englobe les trois ministères: presbytéral, diaconal, épiscopal).

Et, d'autre part, toujours au coeur du ministère baptismal, existent des ministères non ordonnés. Les deux seules différences saisissables sont alors la présidence de l'Eucharistie (in personna Christi) et la fonction de gouvernement.

 

En fait, le concile n'est pas allé jusqu'au bout et n'a donc pas posé de manière claire les questions brûlantes concernant l'existence du prêtre aujourd'hui et, de ce fait, ne les a pas résolues. Sans doute est-ce une des raisons pour lesquelles, trente ans après le concile, on a de nouveau restauré l'image traditionnelle du prêtre.

Ainsi ne prend-on toujours pas au sérieux l'existence des prêtres ni les situations concrètes des ministères, déterminées qu'elles sont par des contraintes intérieures à l'Église (comme le célibat) au lieu d'opérer à partir du Nouveau Testament.

 

L'édification néotestamentaire de la communauté qui seule fonde l'existence des ministères

de l'Église est sacrifiée à un modèle de prêtre "individualisé", fondé idéologiquement et non pas

théologiquement.

Une réflexion théologique à nouveaux frais découvrirait, à la suite du Nouveau Testament,

les ministères dans la vie concrète de la communauté, comme autant de charismes de service

et les reconnaîtrait à partir de la communauté de base.

Dès lors on ne se poserait plus de questions du type:

• Comment prier pour les vocations. On "appellerait" autrement.

• On ne penserait pas la même réalité pour tous puisque les communautés de chaque continent sont différentes.

• On ne se bloquerait pas sur certaines contraintes, dont le mariage, car il est plus important pour l'Église d'avoir des prêtres.

• On accepterait des manières différentes d'être prêtre en fonction des communautés et deleurs besoins.

2. Que dit-on du prêtre ? Ou les passages obligés qui peuvent aider à le comprendre

2.1 La tradition patristique met globalement l'accent sur la présidence des communautés ecclésiales et sur la diversité des tâches exercées par les évêques, les prêtres et les diacres.

C'est au coeur de cela que la fonction liturgique des personnes fut mise en relief. Celui qui préside à la communauté préside à l'Eucharistie.

 

Le concile de Trente définit le prêtre par rapport à la célébration des sacrements «Le pouvoir de célébrer et d'offrir l'Eucharistie et de pardonner les péchés». Par contre, le concile Vatican II donne comme première fonction d'annoncer l'Évangile de Dieu à tous les hommes (P0 4). Et seulement comme seconde fonction d'être les ministres des sacrements et de l'Eucharistie. Cela est une grande avancée car il s'agit d'une retrouvaille avec le Nouveau Testament. En effet la fonction du prêtre est dès lors inscrite dans une vision globale de la Parole de Dieu faite chair et non dans le souci premier de vivre ou de donner des sacrements (or ceci peut avoir des répercussions sur la retraite.)

 

2.2 Le concile Vatican II s'est beaucoup servi de la triple fonction : prêtre, prophète et roi, pour présenter, en référence aux trois offices du Christ, la mission de l'Église dans son ensemble, c'est-à-dire le Peuple de Dieu. Mais le plus souvent, elle est devenue une manière de déterminer les fonctions des évêques, des prêtres et des diacres. Il est sans doute meilleur d'articuler la spécificité du ministère pastoral autour des trois fonctions suivantes et indissociables: le partage de la Parole de Dieu, la célébration des sacrements, la mission d'évangélisation en responsabilité.

Chacune de ces fonctions peut se réaliser à la fois dans:

- un ministère de présidence,

- un service de l'apostolicité dans la communion ecclésiale,

- une fonction ordonnée à la construction de l'Église (au nom du Christ tête et pasteur de son peuple).

 

2.3 Ceci, souligne que le ministère ordonné n'est pas au-dessus, ni à côté, mais à l'intérieur du sacerdoce baptismal et à son service.

Ce qui veut dire:

- Que les ministres sont d'abord des baptisés, croyants vivant, avec d'autres croyants, un sacerdoce dont ils sont devenus, par leur baptême, responsables.

- Que les ministres ont à mettre leurs ministères en relation avec leur propre sacerdoce baptismal. Ils sont donc invités à comprendre et à vivre leur service sur le fond de leur propre sacerdoce baptismal. Et, à ce sujet, on peut comprendre que parfois la différence de degré notée par le concile puisse induire en erreur, car les ministres deviennent ainsi le sommet de la vie chrétienne et ecclésiale. Ce qui est dommageable.- Une conversion est donc nécessaire. (Et ceci aura de l'importance dans le cadre de la retraite).

-Que les ministres se décentrent d'eux-mêmes, puisqu'ils sont au service de la communauté et du sacerdoce des baptisés.

- Qu'ils croient fermement à la présence de l'Esprit de Jésus dans la vie des croyants et des communautés. Le ministre ne donne pas Jésus-Christ ; il part à la rencontre de celui qui est déjà présent en ceux qui en sont déjà habités, c'est-à-dire tous.

- Du côté des baptisés, la conversion est aussi nécessaire. - Les ministres ne sont pas des pères, mais des frères.- Ainsi, si les ministres s'effacent pour qu'adviennent des personnes et des communautés libres, et si les baptisés ne donnent pas aux ministres un rôle qui n'est pas le leur, un avenir est possible. Et on pourra trouver des manières nouvelles de vivre ensemble en Église au coeur du monde pour faire advenir le Royaume.

- Ce qui veut dire que l'ordination n'est pas un degré supérieur du baptême, une sorte de super-baptême, une sorte de plus d'être. En redécouvrant le sacerdoce baptismal, rien ne peut plus être situé en termes de plus ou de moins. Donc nous devons dire non à une différence de degré, mais oui à une différence essentielle entre sacerdoce baptismal et ministère ordonné ; non à un dépassement, à une consécration surajoutée (problématique du manque), et oui à une différence qui se manifeste par des fonctions, des statuts, des rôles, des tâches différentes selon les temps, les lieux, les âges...( Et c'est ici que vient s'inscrire la retraite).

 

Des concepts à réfléchir:

- Non à "Alter Christus" (Vatican II s'en est abstenu), car il comporte le risque de

l'identification immédiate des prêtres avec le Christ, ce qui revient à les situer seulement "en face de...", alors qu'ils sont aussi "dans...".

- Oui à "in persona Christi", qui, même si elle est refusée par nos frères protestants, est une formule heureuse car elle veut signifier que le Christ et non pas le prêtre est l'auteur des sacrements dans la célébration. Mais il faut l'articuler avec "in persona Ecclesiae", car on ne saurait représenter le Christ si l'on n'est pas inséré dans la communion de l'Église.

- Non à l'action au nom du Christ-Tête : il s'agit d'une expression récente (Encyclique Mediator Dei) qui veut souligner que le prêtre n'agit pas comme un fonctionnaire délégué du peuple. Mais s'il est à la tête de l'Église, il n'en est pas la Tête ... Le risque est grand pourtant qu'il le devienne.

- Le caractère indélébile de l'Ordre : cela veut dire que celui qui a été ordonné ne pourra jamais être considéré comme ne l'ayant pas été. L'ordination produit un état permanent... qui fait qu'il n'aura jamais à être réordonné. Mais il faut ici faire une distinction entre les énoncés doctrinaux relatifs au "caractère" du sacrement de l'ordre et les conséquences ecclésiologiques diverses qu'on peut en tirer:

• perrnanence doctrinale qui amène à ne pas réordonner,

• non permanence absolue, dans le fait qu'il existe des situatins et des motifs légitimes de quitter ou de ne plus rendre certains services presbytéraux.

Il y a donc des possibilités diversifiées de vivre le caractère indélébile. Peut-être la retraite se situe-t-elle à ce niveau. On est toujours prêtre. Mais cela ne se manifeste pas toujours de manière visibilisée, pouvant aller jusqu'à ne plus se manifester du tout.

III -Qu'est-ce que cela donne par rapport à un prêtre qui prend sa retraite? (Cette partie de la conférence n'est pas ici rapportée) Presbytérat RENIER Jonas - p .6-

 

 

Les MOTS bibliques du SACERDOCE

 

Hébreu: kohen (sacrificateur, prêtre) Qorban (offrande), Qodesh,Qadesh (sanctifié, consacré)

 

Grec: hiereus, archihiereus (sacrificateur, prêtre, grand prêtre) - hagion (saint, sanctuaire) - hieron (temple) - thusia (sacrifice)- thuein (sacrifier, immoler)

 

Latin : sacerdos (prêtre) - sacer (sacré) - sacerdotale- sacrificare, sacrificium (sacrifier, sacrifice) - sanctus (saint)-

 

Trois faits indiscutables dans le NT

 

1. Ces mots sont appliqués exclusivement aux prêtres ou sacrificateurs du temple de Jérusalem (descendance d'Aaron)

 

2. Les mots désignant le sacerdoce sont appliqués exclusivement au peuple de Dieu -ou réservés à Jésus Christ et seulement dans la lettre aux Hébreux.

( I Pierre 2, 5, 9-10 et Apoc 5,10 et 20, 6)

 

3. Aucun de ces mots n'est appliqué à Jésus ni à ses apôtres dans les textes du NT

 

 

Un constat historique: en l'an 70, les armées de Titus détruisent le Temple de Jérusalem.

Le sacerdoce et les prêtres chargés d'offrir les sacrifices disparaissent du Judaïsme.

 

***

Au fil des siècles, les textes de l'Eglise latine

- respecteront la différence entre "sacerdoce" et "presbyterat"

jusqu'à la séparation de 1054 entre l'Orthodoxie et la Latinité.

- et, progressivement, dans la latinité, la confusion se glissera entre "sacerdoce" et "presbyterat".

 

Le Concile de Trente (1545/1563) utilise de plus en plus souvent le mot "sacerdos" pour désigner les "presbytres" ou anciens, (avec rares exceptions, voir Alberigo, tome 3, p. 1513, pour initier une réforme du ministère presbytéral - et p.1523, canons 14 et 15)

 

Vatican II, 1965, reviendra au juste emploi du mot "presbyter" et non pas "sacerdos" dans son décret "presbyterorum ordinis".

 

Par contre, les traducteurs français, ne disposant pas du mot français "presbytre", et n'osant pas revenir au mot exact: "Ancien", feront systématiquement l'erreur de traduire "presbyter" par "prêtre". Toutefois ils respecteront la traduction de l'adjectif "presbytéral", et des substantifs "presbyterat" et "presbyterium".

 

La version française du Code de Droit canonique de 1983 recopiera ces mêmes erreurs (canons 757 et 759, par exemple) alors que la version originale latine utilise à bon escient le mot "presbyter".

Le Code multiplie des expressions nouvelles comme "ministère sacré", "ministres sacrés"...

 

Le Catéchisme de l'Eglise catholique de 1992 recopie ces erreurs de traduction française (entre autres n° 1553, 1554, 1562, 1563): et pourtant le sous-titre français qui précède le n° 1562 respecte le vrai sens des mots en parlant de "l'ordination des presbytres ".

 

On relève le même mélange de traductions exacte et de traductions erronnées dans la version française du Rituel de l'ordination au ministère "presbytéral".

***

 

Il faudra probablement encore de longues années avant que cesse la confusion entre les mots grecs ou latins du SACERDOCE

et les mots français du MINISTERE PREBYTERAL.

 

Mais, déjà, nous pouvons faire l'effort de ne pas confondre

ce qui relève du SACERDOCE

et ce qui relève du MINISTERE:

non pas par scrupule de linguiste

mais par fidélité envers ce que le Christ ressuscité attend de ses Apôtres, Anciens, Envoyés, Missionnaires

au bénéfice du Salut de l'Humanité.

 

Les MOTS bibliques du MINISTERE

 

Hébreu:zaqen (ancien) -Zabach (offrir) -

Ra'ah (berger, pasteur)

 

Grec:presbyteros (ancien, plus ancien) - presbyterium (ensemble d'anciens) - episkopos (veillant sur) - diakonos (serviteur) - diakonia (service) -

poimen, poimanô (berger, faire paître) - boskein ( faire paître) -

apostolos (envoyé, apôtre)

 

Latin : presbyter (ancien, presbytre) - presbyterium (groupe d'anciens) -episcopus (veillant sur, évêque) - diaconus (serviteur, diacre) -

pastor (pasteur)- missus (envoyé) -

ministerium (service, ministère)

 

Constat indiscutable dans le NT

 

Les textes du NT choisissent exclusivement parmi ces mots grecs et latins pour désigner

 

1. Jésus-Christ comme "envoyé du Père" ou "Pasteur" ou "Berger" dans l'accomplissement de sa mission d'évangélisation et de sauveur au bénéfice des humains.

 

2. les Anciens, Apôtres ou Envoyés du Christ,

les ministres du NT et leurs ministères au bénéfice des humains et dans l'Eglise de Jésus Christ

 

***

 

En lisant attentivement les textes des Conciles

d'avant 1054 et d'après 1054,

on observe des évolutions du vocabulaire latin et français (voir colonne ci-contre).

 

Du Concile de Trente au concile Vatican II, le vocabulaire privilégie la famille des mots du SACERDOCE, du Sacré, du Sacrifice, du Sacrificateur,

caractéristiques des Prêtres de la descendance d'Aaron.

Ceux-ci étaient prêtres de père en fils, mariés, et assuraient à tour de rôle le service dans le Temple de Jérusalem.

 

Le NT les mentionne souvent.

Ils représentent l'autorité religieuse dans le Judaïsme.

Le Lévitique définit leurs fonctions principales.

Ils feront partie de l'Autorité s'opposant

à Jésus de Nazareth et le condamnant pour blasphèmre.

 

Jésus n'était pas "prêtre" puisqu'il n'était pas de la descendance d'Aaron.

 

Jean le Baptiste, par contre, était prêtre, fils du prêtre Zacharie. Mais il n'assura pas le service dans le Temple de Jérusalem, en fidélité à une mission de préparation à l'accueil du Sauveur par la conversion personelle et le baptême d'eau.

 

 

Les prêtres ont disparu du Judaïsme

avec la destruction du temple de Jérusalem

en l'an 70

par l'armée romaine de Titus.

 

Jésus n'a pas fondé un nouveau "sacerdoce".

C'est toute son "assemblée", son "église",

qui est "sacerdotale",

chaque chrétien étant chargé de s'offrir au Père,

de se "consacrer à son oeuvre, la foi et l'Amour".

Ministère presbytéral et mariage

Question abordée depuis longtemps sous le titre "MARIAGE des PRETRES"

Réflexions sur diverses hypothèses

Ceci n'est pas une enquête, mais un simple guide de discernement

pour une réflexion personnelle des catholiques romains.

Les églises chrétiennes (orthodoxe, anglicane, protestantes, évangéliques, etc...) ont des pratiques différentes. Certaines rejoignent l'une ou l'autre des hypothèses élaborées ci-dessous.

Le Pape François, pour sa part, réaffirme que le « célibat optionnel » pour les prêtres n’est pas une solution à la pénurie des vocations; il ouvre la réflexion sur la possibilité de confier des tâches sacerdotales à des hommes mariés. Face à la pénurie de prêtres dans de nombreux pays, la question revient régulièrement à l’ordre du jour. « il ne faut pas avoir peur».« Les craintes ferment des portes, ajoute-t-il, la liberté en ouvre ».

 

Voici donc les questions que vous pourriez vous poser, comme catholiques romains, en répondant pour votre part, et sans communiquer vos réponses (avantages, inconvénients) à qui que ce soit.

 

Pour exercer le Ministère presbytéral (ministère de "prêtre", dans le langage courant, par déformation du mot grec presbuteros, "plus ancien" ) dans l'Eglise catholique latine romaine:

 

1. Il faut être célibataire (ou veuf)

Avantages ( raisons d'être pour )

 

Inconvénients (raisons d'être contre)

 

2. On peut être marié religieusement (avoir célébré son mariage religieux sacramentel) avant d'être ordonné au ministère presbytéral.

Avantages (raisons d'être pour )

 

Inconvénients (raisons d'être contre )

 

 

3. Avant d'être ordonné au ministère presbytéral on doit s'engager à rester célibataire.

Avantages

 

 

Inconvénients

 

 

 

4. Avant d'être ordonné au ministère presbytéral il n'est pas nécessaire de s'engager à rester célibataire.

Il n'existe pas de lien définitif et absolu entre ministère et célibat.

 

Avantages

 

 

Inconvénients

 

5. Celui qui exerce le ministère presbytéral garde la liberté de choisir entre le célibat ou le mariage.

Il peut rester célibataire, ou se marier ( demander de recevoir alors le sacrement de mariage).

Il continue à exercer le ministère presbytéral, quel que soit son choix.

 

Avantages

 

Inconvénients

 

 

6. Celui qui devient veuf ne peut pas exercer le ministère presbytéral

s'il demande à contracter un second mariage sacramentel.

 

Avantages

 

Inconvénients

 

7. Celui qui se sépare ou divorce peut continuer à exercer le ministère presbytéral.

Celui qui divorce et se remarie civilement doit vivre un temps de reconstruction spirituelle comme tous les chrétiens (selon "Amoris Laetitia") pendant lequel il lui est demandé de ne pas exercer le ministère presbytéral.

Avantages

 

 

Inconvénients

 

 

8. Un prêtre qui s'est marié religieusement après avoir exercé le ministère ( en renonçant alors à l'exercice du ministère selon la règle disciplinaire de l'Eglise romaine) peut être réintégré dans le ministère tout en continuant à vivre avec son épouse et enfants.

 

Avantages

 

 

 

Regards actuels sur le MINISTERE .

 

Le siècle dernier a montré l'étonnante variété de mise en pratique du ministère dans l'Eglise catholique. On a vu le prêtre curé de paroisse et le prêtre enseignant, le prêtre engagé dans les missions hors de France et le prêtre membre de sociétés de vie apostolique en France, le prêtre ouvrier et le prêtre dans les monastères où des activités lui étaient confiées selon les besoins, de la gestion d'une ferme aux travaux de comptabilité ou d'imprimerie, le prêtre chercheur et le prêtre spécialiste de sciences, de littérature, d'histoire, le prêtre écrivain et le vicaire de grandes paroisses auquel était confiée la gestion des mariages ou l'accueil des pénitents, etc....Rares furent les prêtres engagés en politique.

 

Pour certains l'activité quotidienne la plus caractéristique était la célébration de la messe et la prière du bréviaire. Aux yeux des chrétiens, la célébration de la messe demeurait le signe typique, ainsi que le port de la soutane comme moyen public d'identification. On l'appelait monsieur le curé ou monsieur le recteur, mon père ou monsieur l'abbé.Il était célibataire et vivait soit en communauté, soit seul dans un presbytère. Il prenait sa retraite généralement dans des communautés réservées aux autres prêtres.

 

Vers la fin du siècle dernier, en France du moins, des évolutions se sont manifestées suscitant souvent des débats, notamment depuis la fin du Concile Vatican II et les années 1968. Qu'est-ce qu'un prêtre ? Les prêtres ont-ils toujours été célbataires ? peuvent-ils être mariés ? syndiqués ? engagés en politique? maires ? peuvent-ils exercer une activité professionnelle dont ils tirent leurs ressources? En France, peuvent-ils adhérer au régime général de sécurité sociale ou doivent-ils adhérer à un régime spécial comme ministres du culte catholique? doivent-ils toujours porter la soutane? etc; etc...Et trop souvent les débats, dans l'opinion, tournent autour des questions secondaires et non sur ce qui constitue le coeur même du ministère voulu par le Christ.

 

Plus récemment, en France, les débats portent sur la diminution du nombre de prêtres et les moyens de mettre l'eucharistie à la portée des fidèles chaque dimanche - sur la mobilité des prêtres entre les diocèses ou les paroisses - sur la façon de les rétribuer correctement - sur la façon de répondre aux demandes de mariage de la part des prêtres - sur les crimes de pédophilie - sur les relations entre certains évêques diocésains et leur presbyterium - sur la pouvoir de décision en tout ce qui concerne la collaboration des fidèles, femmes et hommes, à l'activité pastorale, à la mission des laïcs en pastorale, à la gestion financière des paroisses et la formation chrétienne des laïcs.

 

Le vieillissement des prêtres, les limites de l'âge qui les affectent: comment y faire face? Peut-on confier à des hommes et à des femmes non-prêtres la célébration des obsèques ? des mariages ? des baptêmes ? de l'onction des malades? notamment dans les aumôneries d'hôpitaux, y compris autour de la confession? Les prêtres, de moins en moins nombreux, vont-ils devenir essentiellement des célébrants de la messe ? Ceux qui sont devenus prioritairement des célébrants de la messe expriment souvent leurs questions devant ce "ressèrement" de la mission qui leur fut confiée par l'ordination.

 

Les tensions entre prêtres et laïcs dans la conception de l'action pastorale, de l'évangélisation, de la gestion des sacrements, de la prédication, de la relation avec les laïcs, de la relaton avec les non chrétiens, non croyants, non pratiquants...avec les autres monothéismes...avec les opinions publiques...avec le laïcisme ambiant et la perte d'influence de l'Eglise romaine...avec la réforme de la Curie..

 

 

Le "ministère presbytéral"

dans la Tradition catholique latine

 

Jésus-Christ a voulu donner au monde des Apôtres, des Serviteurs, des Anciens, des Missionnaires...

Il a formé les Douze et les Soixante dix pour cette mission ( voir tout l'évangile)

Simon Pierre, Paul, Jacques, Jean l'ont parfaitement compris. Ils savaient très bien qu'ils n'étaient pas les successeurs des "prêtres" du Temple de Jérusalem et que leur ministère relevait d'une tout autre perspective. (voir Paul à Tite et Timothée)

 

 

 

Jésus a repris l'image biblique du Pasteur pour parler de lui et de ses apôtres.

Jean 10, Jean 21, dans l'esprit d'Ezéchiel 34 ( Dieu fait des reproches aux responsables du peuple - et aux membres du peuple. Il annonce qu'il reprendra directement le pastorat de son peuple )

Simon-Pierre commente: " 01 Quant aux anciens en fonction parmi vous, je les exhorte, moi qui suis ancien comme eux et témoin des souffrances du Christ, communiant à la gloire qui va se révéler :

02 soyez les pasteurs du troupeau de Dieu qui se trouve chez vous ; veillez sur lui, non par contrainte mais de plein gré, selon Dieu ; non par cupidité mais par dévouement ;

03 non pas en commandant en maîtres à ceux qui vous sont confiés, mais en devenant les modèles du troupeau.

04 Et, quand se manifestera le Chef des pasteurs, vous recevrez la couronne de gloire qui ne se flétrit pas". ( I Pierre 5, 1 et ss)

 

Jésus a envoyé ses Messagers préparer sa venue:

Luc 10. 01 Après cela, parmi les disciples le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre.

02 Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

03 Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.04 Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin.05 Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : “Paix à cette maison.”06 S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.

07 Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.08 Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté.

09 Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.”

(...)

16 Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous rejette me rejette ; et celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé. »

17 Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. »

18 Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair.19 Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire.

20 Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »

 

21 À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit :

« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. 22 Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »

23 Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !

24 Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »

 

Jésus a envoyé ses messagers pour une mission universelle:

Matthieu 28.16 Les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.

17 Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.

18 Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.

19 Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,

20 apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

 

Paul commente: I Corinthiens 1. 14 "Je remercie Dieu de n’avoir baptisé aucun de vous, sauf Crispus et Gaïus :15 ainsi on ne pourra pas dire que vous avez été baptisés en mon nom. 16 En fait, j’ai aussi baptisé Stéphanas et les gens de sa maison ; et je ne sais plus si j’ai baptisé quelqu’un d’autre.

17 Le Christ, en effet, ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et cela sans avoir recours au langage de la sagesse humaine, ce qui rendrait vaine la croix du Christ.

18 Car le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu.

 

Paul aux "Anciens " d'Ephèse ( Presbytres)

 

Actes 20. 18 Quand ils furent arrivés auprès de lui, il leur adressa la parole : « Vous savez comment je me suis toujours comporté avec vous, depuis le premier jour où j’ai mis le pied en Asie :

19 j’ai servi le Seigneur en toute humilité, dans les larmes et les épreuves que m’ont values les complots des Juifs ;

20 je n’ai rien négligé de ce qui était utile, pour vous annoncer l’Évangile et vous donner un enseignement en public ou de maison en maison.

21 Je rendais témoignage devant Juifs et Grecs pour qu’ils se convertissent à Dieu et croient en notre Seigneur Jésus.

22 Et maintenant, voici que je suis contraint par l’Esprit de me rendre à Jérusalem, sans savoir ce qui va m’arriver là-bas.

23 Je sais seulement que l’Esprit Saint témoigne, de ville en ville, que les chaînes et les épreuves m’attendent.

24 Mais en aucun cas, je n’accorde du prix à ma vie, pourvu que j’achève ma course et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus : rendre témoignage à l’évangile de la grâce de Dieu.

25 Et maintenant, je sais que vous ne reverrez plus mon visage, vous tous chez qui je suis passé en proclamant le Royaume.

26 C’est pourquoi j’atteste aujourd’hui devant vous que je suis pur du sang de tous,

27 car je n’ai rien négligé pour vous annoncer tout le dessein de Dieu.

28 Veillez sur vous-mêmes, et sur tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis responsables, pour être les pasteurs de l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang. ....

32 Et maintenant, je vous confie à Dieu et à la parole de sa grâce, lui qui a le pouvoir de construire l’édifice et de donner à chacun l’héritage en compagnie de tous ceux qui ont été sanctifiés.

33 Je n’ai convoité ni l’argent ni l’or ni le vêtement de personne.

34 Vous le savez bien vous-mêmes : les mains que voici ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons.

35 En toutes choses, je vous ai montré qu’en se donnant ainsi de la peine, il faut secourir les faibles et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, car lui-même a dit : Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. »

 

 

L'évêque Boniface (un moine anglais du nom de Winfrid, auquel Grégoire II donna le nom de Boniface, fut l'apôtre de la Germanie et le réorganisateur de l'Eglise franque. Evêque pendant 32 ans, de 722 à 754, il parcourut la Germanie, établissant des diocèses et fondant des monastères. Il écrivit dans une Lettre n° 78 :

" Ne soyons pas des chiens muets, ne soyons pas des guetteurs silencieux, ne soyons pas des mercenaires qui fuient devant le loup, mais des pasteurs attentifs, veillant sur le troupeau du Christ, prêchant aux grands et aux petits, aux pauvres et aux riches, le dessein de Dieu, aux hommes de toute condition et de tout âge, autant que Dieu nous en donnera le pouvoir, à temps et à contre-tems, ainsi que saint Grégoire nous l'a prescrit dans son livre sur la charge pastorale".

 

On peut trouver des centaines de développements identiques dans les écrits des évêques, des papes ou des conciles.

 

Le Concile Vatican II, dans le décret sur la charge pastorale des évêques, ( octobre 1965) résume ainsi la mission:

 

" Le Christ Seigneur, Fils du Dieu vivant, est venu pour sauver son peuple du péché et pour sanctifier tous les hommes: comme il fut lui-même envoyé par le Père, ainsi envoya-t-il ses apôtres; il les sanctifia, en leur donnant le Saint-Esprit, pour qu'eux aussi ils glorifient le Père sur la terre et fassent que les hommes soient sauvés "en vue de l'édification du Corps du Christ " (Eph 4,12)

 

Le même Concile Vatican II, dans le décret "presbyterorum ordinis" (7 décembre 1965) rédigé et adopté en latin.

Le mot "presbyter" y est systématiquement employé pour désigner le ministère "presbytéral": malheureusement, les traductions françaises, ne disposant pas du mot "presbytres", ont systématiquement déformé le sens du mot latin en le remplaçant par "prêtres": seules sont correctement traduites les expressions "ministère presbyteral" , ou "presbyterium" pour désigner l'ensemble des "presbytres" d'un diocèse.

En hébreu, grec ou latin les mots choisis désignent des Anciens, assumant une fonction de bon jugement, de communion, d'apaisement, de sagesse au sein de la communauté locale.

Le Nouveau Testament n'emploie jamais le mot "prêtre" pour parler des Apôtres ou des hommes assurant le rôle et la fonction d"Ancien" dans l'Eglise du Christ. Quand le NT emploie le mot "prêtre" c'est exclusivement pour parler des "prêtres du Judaïsme", des sacrificateurs officiant dans le Temple, des descendants de la tribu de Lévi et de la famille d'Aaron (kohen en hébreu, hiereus en grec, sacerdos en latin).(voir plus bas un développement à ce propos)

 

Jamais le Christ n'a dit à Pierre, Jacques ou Jean qu'ils devaient être des "prêtres":

il leur a demandé de se comporter en Anciens, en Sages, en Pasteurs,

en Serviteurs de leurs frères et soeurs chrétiens

pour les aider à devenir ensemble un "peuple sacerdotal",

ce que Pierre a fort bien compris en écrivant aux chrétiens: "2. 09 Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. 10 Autrefois vous n’étiez pas un peuple, mais maintenant vous êtes le peuple de Dieu ; vous n’aviez pas obtenu miséricorde, mais maintenant vous avez obtenu miséricorde". (I Pierre 2, 5, 9-10)

 

Le ministère presbytéral selon Vatican II:

" Exerçant, pour la part d'autorité qui est la leur, la charge du Christ Chef et Pasteur, les "presbytres" (Anciens), au nom de l'évêque,

rassemblent la famille de Dieu, fraternité qui n'a qu'une âme,

et par le Christ dans l'Esprit ils la conduisent à Dieu le Père...

Dans cette oeuvre de construction, la conduite des "presbytres",

à l'exemple de celle du Seigneur,

doit être d'une grande humanité envers tous les hommes...

Ils ont à veiller, par eux-mêmes ou par d'autres,

à ce que chaque chrétien parvienne,

dans le Saint Esprit,

à l'épanouissement de sa vocation personnelle selon l'Evangile,

à une charité sincère et active

et à la liberté par laquelle le Christ nous a libérés...

Pour arriver à cette maturité,

les "presbytres" sauront les aider

à devenir capables de lire dans les événements,

petits ou grands, ce que réclame une situation,

ce que Dieu attend d'eux.

On formera encore les chrétiens à ne pas vivre pour eux seuls,

(et) selon les exigences de la Loi Nouvelle de Charité,

à mettre au service des autres le don reçu par chacun,

afin que tous remplissent en chrétiens le rôle

qui leur revient dans la communauté des hommes."

(Decret sur le ministère, n° 6 - PO. 7 décembre 1965)

 

Fin 1973, dans le livre "Eglise et Ministères", Jean Charles Thomas développait alors quatre dominantes du ministère presbytéral:

1. Service... de l'initiative permanente de Dieu : être signe du Christ Tête de l'Eglise, notamment dans la célébration des sacrements

2. ...de l'universalité dans l'unité: veiller à la communion fraternelle

3. ...de la participation active des membres de l'Eglise: dans l'esprit des lettres de Paul, de Pierre, et selon la pratique de Jésus avec ceux qui le suivent.

4. ...de la collaboration au salut du monde: "Allez dans le monde entier", l'Esprit de Pentecôte "met au monde" l'Eglise du Christ

("Eglise et Ministères", J.C. Thomas, évêque d'Ajaccio, Fleurus, 1974, pages 129-139)

 

 

En 2011, Jean Rigal, théologien rappelle:

"Dans une perspective relationnelle, les prêtres ne sauraient être définis seulement ni d'abord comme les hommes du sacrifice eucharistique. Ils sont plus globalement, les serviteurs du peuple de Dieu:

dans le triple service de la Parole de Dieu, de la vie sacramentelle et de la conduite pastorale.

Ces trois fonctions ne sont pas indépendantes, elles s'interpénètrent et renvoient l'une à l'autre. C'est l'une des insistances de Vatican II comme l'a souligné le théologien Joseph Ratzinger: le décret conciliaire sur le ministère des prêtres " présente un fait remarquable et surprenant: ce n'est pas en premier lieu le sacrifice qui rend raison du ministère des prêtres, c'est le rassemblement du peuple de Dieu" (Ces questions qui remuent les croyants, p. 288-289)

 

 

 

Le Pape François insiste sur plusieurs convictions que devraient partager tous les chrétiens, notamment tous les ministres d'une Eglise en mission:

(La Joie de l'Evangile, 2013)

 

46. L’Église “en sortie” est une Église aux portes ouvertes. Sortir vers les autres pour aller aux périphéries humaines ne veut pas dire courir vers le monde sans direction et dans n’importe quel sens. Souvent il vaut mieux ralentir le pas, mettre de côté l’appréhension pour regarder dans les yeux et écouter, ou renoncer aux urgences pour accompagner celui qui est resté sur le bord de la route. Parfois c’est être comme le père du fils prodigue, qui laisse les portes ouvertes pour qu’il puisse entrer sans difficultés quand il reviendra.

 

47. L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. ... et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est “ la porte”, le Baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles.[51] Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace. Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs.

Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile.

 

48. Si l’Église entière assume ce dynamisme missionnaire, elle doit parvenir à tous, sans exception. Mais qui devrait-elle privilégier ?

Quand quelqu’un lit l’Évangile, il trouve une orientation très claire : pas tant les amis et voisins riches, mais surtout les pauvres et les infirmes, ceux qui sont souvent méprisés et oubliés, « ceux qui n’ont pas de quoi te le rendre » (Lc 14, 14). Aucun doute ni aucune explication, qui affaiblissent ce message si clair, ne doivent subsister. Aujourd’hui et toujours, « les pauvres sont les destinataires privilégiés de l’Évangile »,[52] et l’évangélisation, adressée gratuitement à eux, est le signe du Royaume que Jésus est venu apporter. Il faut affirmer sans détour qu’il existe un lien inséparable entre notre foi et les pauvres. Ne les laissons jamais seuls.

 

49. Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ. Je répète ici pour toute l’Église ... : je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités.

Je ne veux pas une Église préoccupée d’être le centre et qui finit renfermée dans un enchevêtrement de fixations et de procédures.

Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie.

Plus que la peur de se tromper j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude affamée, et Jésus qui nous répète sans arrêt : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6, 37).

 

 

Le Pape François disait aux séminaristes du Collège espagnol, Rome,

125 ans de sa fondation 1 avril 2017

 

« Et s’il vous plaît – et cela en tant que frère, en tant que père et en tant qu’ami -, fuyez le carriérisme ecclésiastique : c’est une peste ! »

Il a aussi rappelé que « le diable entre par les poches » – il faut cultiver « un esprit de pauvreté enraciné dans le cœur du Christ » – et il a fustigé « l’académisme clérical » qui ne cherche que les diplômes. Mais surtout, le pape François a souligné que la vocation du prêtre s’ancre dans le premier commandement, celui de l’amour et que les prêtres ont le devoir de témoigner de Dieu par leur unité.

La charité pastorale et l’unité

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme de toute ta force » : cette réponse de Jésus au scribe constituent la réponse à la question adressée à Dieu par celui qui se met en route vers le sacerdoce : « Que veux-tu de moi ? »

Première réponse : « Aimer de tout son coeur» signifie, a commenté le pape, le faire « sans réserve»; « sans ambiguïté», « sans faux intérêts », « sans chercher le succès personnel ou la carrière ».

 

Et la « charité pastorale » implique « d’entrer en contact avec l’autre, pour le comprendre, l’accepter lui pardonner de tout son cœur ». Mais tout seul, « on ne grandit pas dans cette charité, c’est pourquoi Dieu a appelé les chrétiens futurs prêtres à être « une communauté », de façon à ce que cette charité puisse «unir tous les prêtres par le lien spécial du ministère et de la fraternité ». Et pour cela, ils ont « besoin de l’aide de l’Esprit Saint, mais aussi du combat spirituel personnel ». Ce dernier « n’est pas passé de mode, il est toujours actuel, comme aux premiers temps de l’Eglise ».

 

Le défi, a diagnostiqué le pape, c’est de « surmonter l’individualisme et de vivre la diversité comme un don, à la recherche de l’unité du presbytérium, qui est le signe de la « présence de Dieu dans la vie de la communauté».

Le prebytérium qui ne maintient pas son unité chasse de fait Dieu de son témoignage, a averti le pape. Il n’est pas témoin de la présence de Dieu, il le chasse. »

 

Deuxième réponse de Jésus : « Aimer de toute ton âme » signifie, a ajouté le pape, « être prêts à offrir sa vie » : « Cette attitude doit persister dans le temps, et embrasser tout notre être. »

C’est la raison pour laquelle la formation du prêtre « ne peut pas être qu’académique, pourtant si importante et nécessaire », a fait observer le pape : « ce doit être un processus intégral qui comprenne tous les aspects de la vie ».

« La formation doit servir pour grandit et en même temps pour se rapprocher de Dieu et des frères » :

« S’il vous plaît, a exhorté le pape, ne vous contentez pas d’obtenir un diplôme, mais soyez des disciples à temps plein. »

Et ainsi, a poursuivi le pape, ils pourront à leur tour former d’autres personnes « à ce discernement qui conduit à la résurrection et à la vie » et qui « permet de donner une réponse consciente et généreuse à Dieu et aux frères ».

Le pape a fait observer que c’est dans « l’académisme clérical » que naissent les « idéologies qui empoisonnent l’Eglise ».

 

L’authentique liberté des enfants de Dieu

Au contraire, pour le pape François, la formation au sacerdoce s’appuie sur quatre piliers : académique, spirituel, communautaire et apostolique. «Tous les quatre doivent interagir, a précisé le pape François : si l’un manque, la formation commence à boiter, et le prêtre finit paralytique. »

 

Troisième réponse de Jésus : « Aimer de toute ta force ». Cela rappelle, a dit le pape, « que là où est notre trésor là sera aussi notre cœur et que c’est dans les petites choses, dans nos certitudes, et dans nos affections que nous sommes en mesure de dire « Oui » au Seigneur, ou de nous éloigner comme le jeune homme riche. »

« On ne peut plus se contenter d’une vie confortable et qui permet de vivre sans préoccupations, sans ressentir l’exigence de cultiver un esprit de pauvreté enraciné dans le cœur du Christ qui de riche s’est fait pauvre par amour pour nous. »

Ce qui nous est demandé c’est d’acquérir, a expliqué le pape, « l’authentique liberté des enfants de Dieu par une relation correcte avec le monde et avec les biens terrestres, à l’exemple des apôtres, invités par Jésus à avoir confiance dans la Providence et à le suivre sans poids ni liens ».

 

« N’oubliez pas, a insisté le pape, que le diable entre toujours par la poche, toujours » : « Apprenez à rendre grâce pour ce que nous avons, en renonçant généreusement et volontairement au superflu pour être plus proches des pauvres et des faibles. »

 

 

 

Suggestions pour nous, aujourd'hui .

 

Pour ceux qui assument un MINISTERE ordonné: épiscopat, presbytérat, diaconat - ou une MISSION pastorale déterminée

** Se poser périodiquement les questions suivantes, seul et avec d'autres:

- ai-je évolué dans la façon dont je conçois le ministère qui m'a été confié ? En quoi ? Particulièrement sur mon rapport au "sacré" et mon rapport au "souci de l'évangélisation" ? Suis-je d'abord soucieux de célébrer ou d'abord soucieux d'évangéliser ?

- est-ce que je suis prioritairement ou exclusivement en relation avec des chrétiens pratiquants pour répondre à leurs demandes ? ou prioritairement en relation avec les hommes et les femmes de mon temps, tels qu'ils sont, en portant toujours le souci de témoigner de ce que je crois et de leur proposer l'espérance chrétienne dans la mesure où ils n'y sont pas absolument hostiles actuellement?

- est-ce que je réfléchis avec d'autres sur la façon de vivre le ministère?

- à quels textes est-ce que je me réfère ordinairement pour mieux comprendre les axes majeurs du ministère chrétien? Bible ? Ecrits spirituels ? controverses théologiques? Concile de Trente ? Concile Vatican II ?

 

Pour les chrétiens

** Est-ce je suis globalement satisfait ou insatisfait des prêtres de ma paroisse ? de mon mouvement d'AC ? de mon diocèse ? de mon évêque ?

- Qu'est-ce que j'aime et approuve dans la façon dont vivent, parlen, prêchent, ou célèbrent les prêtres que je connais ? que j'ai connus ?

- Qu'est-ce je n'aime pas et désapprouve dans la façon dont vivent, parlen, prêchent, ou célèbrent les prêtres que je connais ? que j'ai connus ?

- Est-ce que ce sont des raisons fondées ou seulement des réactions épidermiques ? Sur quoi est-ce que je m'appuie pour réagir ainsi?

- Est-ce j'ai essayé d'en parler avec eux?

- Si un prêtre et un laïc donnent la communion qu'est-ce qui me guide pour aller vers l'un ou l'autre?

- Est-ce que je suis disponible pour assurer une mission dans ma communauté locale ? Est-ce que je refuserais? et pourquoi?

- Si un de nos fils voulait devenir "prêtre" quelle serait ma réaction ?

- Est-ce que je demande aux prêtres de me consacrer leur temps, parfois bcp de temps, pour s'occuper de moi ?

- Les "prêtres" sont-ils taillables et corvéables à merci, tous les jours de l'année ? Sont-ils exploitables jusqu'à la mort ?

- M'arrive-t-il de me soucier de leur solitude ? de leur santé ? de leur vie relationnelle ? de leurs moyens financiers ?

- Est-ce que je suis plus prompt à parler de leur habillement, de leur apparence, de leur tempérament - que de leur fidélité au ministère qui leur a été confié ?

 

 

 

 

Voir aussi le document simplifié distribué par JC Thomas dans la cathédrale de Versailles

pour les ordinations de juin-juillet 1992

Lien dropbox ci-dessous pour ouvrir le PDF intitulé "Qui est prêtre? "

https://www.dropbox.com/s/tumcm574vh9xodb/Qui%20est%20pr%C3%AAtre.pdf?dl=0