Philippiens

Philippiens

PHILIPPIENS

 

 

1, 4-11

 

Imaginons que chaque chrétien, assumant la responsabilité d'une communauté locale ou d'un groupe catholique, participe à l'état d'esprit de Paul envers les croyants de la ville de Philippes !

 

Quel témoignage merveilleux serait rendu par cette harmonie chaleureuse !

 

Et lorsque nous prions pour une communauté, que demandons-nous au Seigneur ?

- que l'amour d'agapè grandisse ?

- qu'une vraie connaissance de la pensée du Christ éclaire chacun ?

- qu'une réelle compréhension soit vécue entre tous ?

- que chaque discernement personnel ou communautaire soit conforme à cet état d'esprit?

 

***

Si nous voulons mieux évangéliser, imitons Paul.

 

 

1, 12 à 27

 

Paul est en prison quand il dicte sa lettre. Il se souvient de son arrivée à Philippes, où il avait déjà été emprisonné: la première communauté chrétienne d'Europe en avait été marquée (Actes, 16)

Paul les invite donc à comprendre que le Seigneur sait tirer un bien de tous les événements négatifs.

Ses juges savent qu'il est emprisonné parce qu'il a témoigné de l'engagement de Dieu pour le Bien des personnes: la Bonne Nouvelle.

Ses détracteurs aussi le savent. Certains se mettent en valeur au lieu de faire connaître le Christ.

Paul le sait. Mais au fond, tout cela le réjouit puisque le Christ est annoncé.

 

Paul exprime ses convictions d'évangélisateur. Il n'exerce pas un métier, il ne cherche pas à gagner de l'argent ou de la considération. Intérieurement saisi par le Christ, illuminé par l'Esprit, il évangélise parce qu'il aime celui dont il parle et parce qu'il aime ceux auxquels il le propose.

Tout est là !

"Pour moi, la vie c'est le Christ et la mort est un gain": autrement dit, lorsque je mourrai, je serai enfin entièrement avec le Christ, mon Bien-Aimé.

En attendant, Paul demeure totalement disponible, livré à ses frères et soeurs chrétiens.

Avec eux, ce qui compte dans l'immédiat, c'est d'agir pour la foi fondée sur la Bonne Nouvelle

"Ayez donc un comportement digne de la Bonne Nouvelle".

*

Ce conseil demeure capital pour chaque communauté chrétienne, quels que soient les événements, favorisants ou difficiles.

2, 5 à 11

 

Paul a-t-il repris un texte connu des Philippiens sur l'humiliation et l'exaltation du Christ ? Possible: même si Paul prouve par toutes ses lettres qu'il est fort capable de composer lui-même de tels textes et hymnes.

Paul repense-t-il aux humiliations subies dans la ville de Philippes en l'an 49-50? (Actes 16, 16 à 40) ou à son statut de prisonnier quand il écrit (1, 12-14)

Il aime d'affection la communauté des Philippiens. Il évoque sa tendresse. Il les exhorte à la Joie de l'Evangile, à l'unité, à une humble considération de soi qui n'a rien à voir avec le mépris de soi.

 

Et l'exemple du Seigneur Jésus vient immédiatement sous sa plume ou dans sa méditation.

D'origine et de condition divine, Jésus-Christ ne revendique rien, aucun privilège, aucun traitement particulier, aucun honneur. Tout au contraire, fidèle à la condition humaine ordinaire, il accepte même d'être traité comme un moins que rien, d'être humilié injustement, condamné, mis à mort comme un esclave sur une croix.

Il a accepté le vide de tout (kénose, disent les théologiens)

 

Mais Dieu veille amoureusement sur un Fils Unique aussi exceptionnel.

Il le réhabilite.

Il le ressuscite.

Il le place au sommet de l'univers des personnalités spirituelles.

Tellement au-dessus d'elles puisqu'il fait resplendir sa valeur mystique, son identité véritable, provisoirement cachée.

Yahvé, le Dieu unique de l'Univers, lui donne son propre Nom :

Yahvé,

JE SUIS,

LE SEIGNEUR.

 

*

Les Philippiens ne doivent donc jamais s'effondrer lorsqu'ils subissent une humiliation: Dieu veille et fera un jour éclater la vérité.

La seule chose qui compte ? C'est ce que Dieu pense de nos engagements et de nos actes.

Tel fut l'intime conviction de Jésus,

le Yahvé qui nous sauve.

 

2, 6-11

Paul nous emporte ici dans sa vision du Christ et son double rapport à la Gloire et à l'humiliation, à l'abaissement et à l'exaltation.

 

De la condition divine à la condition humaine, de la condition humaine à la situation de serviteur volontaire , et de ce statut de serviteur, choisi par communion avec les plus humbles, jusqu'au courage de ne pas refuser l'avilissement suprême, le traitement réservé à l'esclave le plus méprisé.

 

Paul relit ainsi la vérité de l'Incarnation et le refus de beaucoup face à ce parcours renversant toutes les conventions ou désirs habituels des humains. L'évangéliste Jean se contente de dire: "Il et venu chez les siens et les siens ne l'ont pas reçu": il a été récusé.

 

Mais Paul contemple du même regard la Gloire de Celui qui fut crucifié.

Acceptant d'être abaissé Il a été exalté par Dieu.

N'ayant pas crispé les mains sur ce à quoi il aurait eu droit, il a été comblé par Dieu.

Méconnu et rejeté il est maintenant reconnu et choisi par des foules.

Traité de blasphémateur il porte éternellement désormais le Nom même de Dieu

JE SUIS

YAHVE

L'ETERNEL

LE SEIGNEUR

***

Laissons-nous habiter par la puissance de ce regard de Paul.

Les extrêmes se rencontrent.

 

Quelle lumière et quelle leçon pour nous quand nous nous estimons injustement traités...

Et encore ceci :

 

Les choix de Dieu ne sont pas nos choix. Jésus renverse tout notre système de valeurs. Non par amour de l'humiliation et de ce qui est avili, déprécié, insignifiant.

Mais par amour de la Vérité, de l'Authenticité.

Souvent, les apparences cachent les vraies grandeurs, le véritable Amour.

 

Jésus, le Christ, a donc pris le risque énorme de renoncer aux apparences que nous croyons être celles de Dieu.

Il a choisi de ne pas briller, mais il "fait la Une" depuis deux mille ans. Il a choisi de se faire notre Serviteur mais des multitudes le reconnaissent comme leur Roi, leur Maître, leur Guide, leur Seigneur.

Il a été déshonoré, humilié, rejeté par de hautes autorités religieuses mais Dieu l'exalte éternellement en lui donnant son propre Nom: JE SUIS, JE SUIS et JE SERAI, YHWH, ce Nom propre de l'Unique vrai Dieu que les traducteurs appellent "LE SEIGNEUR".

***

Nous, disciples du Christ, quelle que soit notre responsabilité ecclésiale, faisons-nous les mêmes choix que Jésus le Christ ? Avons-nous définitivement renoncé aux apparences, aux vêtements de richesse, aux titres d'honneur ? Ou sommes-nous tombés dans les pièges du monde: en renforçant nos apparences soit pour motif d'efficacité et d'influence, soit par mauvaise habitude héritée d'une certaine époque, soit par ce que nous y prenons plaisir ?

 

En fait, le monde n'est pas si stupide. Il sait voir les vraies valeurs sous de pauvres apparences - et se méfier des personnalités intérieurement vides même lorsqu'elles sont magnifiquement habillées.

 

 

2, 1 à 11

Non pas le "moi, Je"

Non pas l'exaltation de soi avec obligation d'être reconnu.

 

Ni l'humiliation de soi, le mépris de soi, ni même l'oubli de soi.

 

Mais le choix libre, très conscient, de mettre en valeur les qualités des autres, pour que chacun se sache reconnu, s'apprécie, et en soit reconnaissant envers tous ceux qui ont participé à cette grandeur de l'être humain.

Cette attitude intérieure change radicalement toutes les relations quotidiennes. Elle suscite une incroyable communion entre les humains.

*

 

Jésus fait ce choix, libre et très conscient

de ne pas se soucier d'abord d'être connu, glorifié pour ce qu'il est vraiment, Dieu Homme, Homme Dieu.

Il y avait droit.

 

Connaissant la psychologie humaine, ayant observé à quel point les humains désirent être reconnus, ou se désolent de ne pas être reconnus, en jalousant et parfois méprisant intérieurement ceux que le monde apprécie, Jésus a choisi de renoncer à cet attachement à lui-même.

Il est allé jusqu'à l'extrême contraire.

 

Non par oubli ou mépris de lui-même, mais par amour inconditionnel des humains.

Il a choisi la voie opposée à celle que les humains empruntent afin de toucher l'esprit et le coeur de beaucoup.

*

Le Père a reconnu ce choix de son Fils. Il s'y est reconnu. Il l'a exalté, glorifié, en lui donnant son nom Propre: Yahvé, LE SUIS.

Il a fait comprendre que Jésus était L'HUMAIN par excellence, l'Homme-Dieu, LE FILS unique, le Bien-Aimé, le Moi divin..

*

Ceux et celles qui se laissent toucher par ce choix aimant du Christ se prosternent devant un tel Amour et une telle Sagesse.

Et s'efforcent de l'accompagner sur la même Route.

3, 8 -14

 

Paul dit et redit ses plus intimes convictions

 

1 La fidélité à la loi élaborée par Moïse ne sauve pas la conscience profonde de celui qui la pratique.

 

2. Paul rappelle son expérience. Alors qu'il était un champion d'obéissance aux lois et traditions de ses pères, il était violent, persécuteur; il s'opposait à la Loi de Dieu, il tournait le dos au salut.

 

3. L'adhésion au Seigneur Jésus fut le début de son retournement intérieur et de son changement de comportement.

 

4. Désormais tout son système de valeurs religieuses a été remis à l'endroit. Donner au Christ toute sa confiance est devenu son unique désir spirituel. L'imiter est sa unique Loi. L'aimer et vivre dans cet amour son unique bonheur.

 

5. Rien n'est définitivement joué. L'existence est un parcours. Elle suppose qu'on garde le cap, sans dériver sous la pression des événements, des épreuves, des oppositions.

Jamais personne ne peut se considérer comme parfait, déjà arrivé au but.

 

6. Le Christ soutient ceux qui veulent "le saisir" et l'aimer plus que tout. Il est toujours "là". Pourquoi craindre ?

 

***

Quel exemple donne Paul ! Il invite carrément et simplement les chrétiens de la communauté de Philippes à penser comme lui, à agir comme lui.

 

3, 17 à 4, 1

 

 

Paul exprime à ses frères chrétiens de Philippes les grandes lignes de sa spiritualité.

 

1. Jadis, il pensait que la pratique de la Loi religieuse rendait juste et sauvait du mal. Tout a changé depuis qu'il a découvert le Christ.

 

2. Désormais, la relation au Christ constitue pour lui le coeur de la religion qui sauve.

 

3. Connaître le Christ de mieux en mieux et vivre dans son intimité: voilà ce qui rend juste et qui sauve dès à présent.

 

4. "Pour moi, vivre c'est le Christ" et aimer comme il a aimé: en travaillant pour faire connaître l'amour insurpassable du Père et des humains qui explique son endurance et sa fidélité, y compris lorsque ses opposants l'ont condamné à mort.

 

5. Paul tend son énergie spirituelle dans le but de "saisir le Christ", de le rejoindre et de vivre chaque instant avec lui, dès avant de mourir et par-delà la mort terrestre.

 

***

Toutes les spiritualités chrétiennes doivent intégrer ces dimensions.

 

Une spiritualité fondée sur des principes totalement différents, ne peut pas prétendre être chrétienne.

 

A tout âge, le chrétien doit faire le point sur la spiritualité qui le motive; et, comme Paul, changer de spiritualité, s'il le faut afin de pouvoir dire en vérité: "pour moi, vivre, c'est le Christ".

 

4, 1 à 9

Paul redit sa fierté devant le comportement exemplaire de la communauté de Philippes. Cependant, elle peut faire encore mieux. -

Deux excellentes collaboratrices, Evodie et Syntyché doivent passer à des relations plus chaleureuses: tout le monde en bénéficiera. -

- Chaque fidèle du Christ doit cultiver la joie d'appartenir au Seigneur, maîtriser angoisse ou stress, prier pour mieux se comporter et vivre dans la paix intérieure.

- Chaque jour, préférer ce qui est bon et fait du bien, ce qui est agréable à Dieu et aux autres. Comme le fit Jésus durant sa vie terrestre.

 

Paul n'hésite pas à dire qu'il a lui-même toujours agi ainsi. Il est en prison: il espère en sortir prochainement. Il a expérimenté les états d'âme qui "positivent".

Il les propose à ses amis très chers de la ville de Philippes:

faire confiance au Seigneur,

croire que le Christ nous fait passer d'une vie terne à un épanouissement plénier,

laisser déborder cette joie intérieure au lieu de la retenir.

 

En cultivant ces attitudes, on crée de la concorde et de la fraternité.

 

 

4, 12 à 20

 

 

Paul réserve pour la fin de sa lettre cette manière très originale de remercier les Philippiens de l'aide qu'ils lui ont apportée quand il était dans le besoin.

 

Paul a été sensible au fait qu'ils ont "perçu" ses difficultés, sa détresse: il n'a pas été obligé de se faire pressant. Avec délicatesse, ils ont compris et ont envoyé de l'argent. Ils ont fait preuve de générosité, redressant la situation désastreuse de Paul.

Cependant, qu'ils se gardent bien de croire que Paul les remercierait chaleureusement pour bénéficier encore et encore de leur générosité. L'indispensable lui suffit depuis longtemps. Il ne cherche absolument pas à s'enrichir, à profiter. Il rappelle qu'il a toujours vécu entre pauvreté et abondance, satisfait des réalités matérielles bonnes ou mauvaises. "Grâce au Christ qui lui en donne la force".

*

Très bel exemple du véritable "détachement" évangélique, lequel n'est ni "attachement" aux meilleures conditions de vie, ni "mépris" ou "indifférence" face aux conditions de vie satisfaisantes.

 

Attitude du Sage, libéré intérieurement, non par insensibilité aux réalités mais par confiance envers le Dieu de Jésus-Christ qui veille toujours à ce que l'humain ne tombe pas dans une pauvreté qui le dégraderait.

 

Zen et évangélique.

 

*

Il ne reste plus à Paul qu'à signer sa lettre, sans oublier personne. Il mentionne ceux qui vivent actuellement comme ses proches ( Timothée, quelques épiscopes et diacres, et notamment les fonctionnaires romains de la maison de César) . Il pense à ceux et celles qui constituent la communauté chrétienne de Philippes.

Paul ne vit, écrit ou agit qu'en relations avec des personnes concrètes, jamais comme un personnage au-dessus ou en dehors des autres.

 

Superbe correspondance à l'une des premières communautés chrétiennes d'Europe (Macédoine) qu'il a évangélisée dans les années 49/50. Communauté composée essentiellement de "latins", Macédoniens bénéficiant des droits en usage dans les cités romaines depuis les années 30 avant l'ère chrétienne.