Matthieu

Matthieu

MATTHIEU

 

1, 18-24

 

Matthieu vient de terminer la généalogie de Jésus en présentant "Joseph (comme) l'époux de Marie de laquelle est engendré Jésus l'appelé Christ". Après avoir répété 42 fois l'engendrement d'hommes par des hommes, il introduit une nouveauté: ce n'est pas Joseph qui engendre Jésus, mais Marie.(v.16)

*

L'évangéliste nous en dit davantage sur cette "genèse" de Jésus.

1. Joseph est l'époux de Marie mais ils n'ont pas commencé à vivre ensemble. Il constate que son épouse est enceinte. Lui, qui est "juste" et vit selon la Loi de Dieu, réfléchit, discerne et décide d'appliquer la loi religieuse qui lui permet de "répudier" Marie (Dt 24, 1) mais sans la dénoncer publiquement puisqu'elle serait alors lapidée (Dt 22, 20-21).

 

2. Mais Dieu éclaire sa conscience par son "messager" (ange), "en songe" ( façon biblique de parler d'une intervention intérieure de Dieu).

La réalité se manifeste: Marie n'a pas fauté. C'est l'Esprit de Dieu qui la conduit, de façon imprévisible, mystérieuse, mais bien réelle.

 

Joseph doit donc lui maintenir sa confiance et son amour. Une mission lui incombe: donner à l'enfant attendu par Marie un Nom qui résume l'identité et la mission de l'enfant: Yeschouah, en hébreu, autrement dit Yahvé sauve, "en effet, il sauvera son peuple de ses péchés".

 

3. Joseph, ainsi éclairé par le message intérieur reçu de Dieu, fait exactement ce que Dieu lui demande."il prit chez lui son épouse et il ne la connaissait pas jusqu'à ce qu'elle enfantat un fils et il lui donna le nom de Jésus" ( transposition de Yeschouah). (v. 24-25).

*

Et Matthieu , qui connaît bien les Ecritures, voit en cela la pleine réalisation du Signe que Yahvé donna jadis au Roi Achaz ( Esaïe 7,10-16).

*

Appelons ce texte "l'annonce faite à Joseph" et comparons-le à "l'annonce faite à Marie" (Luc 1, 26 à 38 et 2, 1-7)

 

Marie et Joseph sont ainsi présentés comme ceux que Dieu unit pour accueillir, éduquer, élever le Fils qu'Il leur a donné.

 

Les deux "versions" masculine et féminine se complètent. Elles disent la même chose, en s'adaptant à leurs destinataires : des Juifs (Matthieu) ou des Non-Juifs (Luc), qui n'ont pas la même culture mais qui partagent la même foi sur Marie, sur Joseph et sur Jésus..

 

 

2, 1-12

 

Matthieu, en bon connaisseur des Saintes Ecritures juives, utilise trois sources pour composer ce récit.

 

1. L’histoire d’Hérode le grand, né en 73 et mort en 4 avant notre ère. Roi de Juda, il fit construire le Temple de Jérusalem. Il fit assassiner son épouse Mariamne et plusieurs de ses enfants. Cruel et impopulaire. Matthieu le montre plein de jalousie envers le nouveau « roi des juifs » ; sournois dans l’enquête pour trouver l’adresse de ce concurrent ; hypocrite laissant croire qu’il veut l’adorer ; impitoyable envers les garçons de moins de deux ans. Hérode rappelle le Pharaon qui faisait tuer tous les garçons au temps de Moïse. Il représente aussi les autorités du Judaïsme qui s’opposeront au « roi des juifs » à l’heure de la passion du Christ.

 

2. Matthieu fait allusion à des récits bibliques bien connus de ses lecteurs .

- D’abord celui de Balaam, le devin ayant accepté de l’argent pour maudire le peuple de Dieu. Mais … son ânesse lui reproche cette perversité. Et Balaam, au lieu de maudire, bénit le peuple en prophétisant qu’il voit « de Jacob monter une étoile, d’Israël surgir un sceptre » (Nomb. 24,17)

- Ensuite un passage du prophète Michée (5,1) annonçant que le futur guide du peuple naîtrait à Bethléem, également lieu de naissance de David le roi, et de sépulture de Rachel, longtemps stérile, mère de Joseph, qui mourra à Bethléem en mettant au monde son Benjamin (Gen. 35, 16-20).

 

3. Matthieu n’ignore pas ce que connaissent les gens cultivés de son époque. Particulièrement au sujet des savants de la Perse, excellents cosmologues, attentifs aux signes du zodiaque et au mouvement des étoiles. Zoroastre (astre d’or, ou Zarathoustra, celui à la lumière brillante) était leur Sage, Mithra leur dieu, le mithréisme leur culte.

 

En combinant ces trois sources, Matthieu présente la personnalité de Jésus enfant.

-Le ciel et les astres parlent de lui. Ceux qui regardent le ciel et y cherchent les traces de Dieu peuvent découvrir Dieu dans cet enfant.

-Les savants de l’Orient se prosternent devant cet enfant, font acte d’allégeance envers lui. A travers eux, Matthieu présente les non-juifs et païens grecs ou romains comme les croyants de demain. Déjà l’universalisme du christianisme !

-Jésus est la « manifestation » (épiphanie, en grec) du Dieu unique. Pas seulement un être humain. Il vient d’En-Haut. Il est le Soleil levant éclairant la route des hommes.

-Deux groupes prennent position face à Jésus. Le groupe du refus, composé de ceux qui auraient dû l’accueillir puisqu’il était l’un des leurs. Le groupe de l’accueil et de la foi, composé de ceux qui auraient pu l’ignorer puisqu’il n’était pas l’un des leurs. Renversement des positions.

 

Aujourd’hui, chacun peut s’interroger sur la position qu’il a choisie envers Jésus-Christ. Adhérer, en croyant. Le refuser. Plus couramment, l’ignorer : ne jamais regarder le ciel, garder les yeux rivés sur les choses de la terre. Vivre en spirituel ou vivre en matérialiste.

Autre question : comment considérons-nous ceux qui arrivent « de loin » mais qui découvrent la foi chrétienne ? Comme des « étrangers » ou comme des frères et sœurs dans la foi ?

 

2, 1-12

Matthieu n’ignore pas ce que connaissent les gens cultivés de son époque. Particulièrement au sujet des savants de la Perse, excellents cosmologues, attentifs aux signes du zodiaque et au mouvement des étoiles. Zoroastre (astre d’or, ou Zarathoustra, celui à la lumière brillante) était leur Sage, Mithra leur dieu, le mithréisme leur culte.

 

En combinant cette culture avec l'histoire vraie du cruel Hérode le grand et ce que dit la Bible sur Bethléem, Matthieu présente la personnalité de Jésus enfant.

-Le ciel et les astres parlent de lui. Ceux qui regardent le ciel et y cherchent les traces de Dieu peuvent découvrir Dieu dans cet enfant.

-Les savants de l’Orient se prosternent devant cet enfant, font acte d’allégeance envers lui. A travers eux, Matthieu présente les non-juifs et païens grecs ou romains comme les croyants de demain. Déjà l’universalisme du christianisme !

-Jésus est la « manifestation » (épiphanie, en grec) du Dieu unique. Pas seulement un être humain. Il vient d’En-Haut. Il est le Soleil levant éclairant la route des hommes.

-Deux groupes prennent position face à Jésus. Le groupe du refus, composé de ceux qui auraient dû l’accueillir puisqu’il était l’un des leurs. Le groupe de l’accueil et de la foi, composé de ceux qui auraient pu l’ignorer puisqu’il n’était pas l’un des leurs. Renversement des positions.

*******

Aujourd’hui, chacun peut s’interroger sur la position qu’il a choisie envers Jésus-Christ. Adhérer, en croyant. Le refuser. Plus couramment, l’ignorer : ne jamais regarder le ciel, garder les yeux rivés sur les choses de la terre. Vivre en spirituel ou vivre en matérialiste.

 

 

Autre question : comment considérons-nous ceux qui arrivent « de loin » mais qui découvrent la foi chrétienne ? Comme des « étrangers » ou comme des frères et sœurs dans la foi ?

 

2, 13 à 23

 

L'intention de Matthieu transparaît dans les citations qui ponctuent chaque paragraphe.

 

Jésus, dès son enfance, revit les grandes dominantes de l'histoire de son peuple: la vie en Egypte, la domination de Pharaon ordonnant le génocide et l'élimination des garçons, la sortie d'Egypte, la joie de la libération, l'installation dans le pays promis, dont Nazareth et la Galilée font partie.

En filigrane, la permanence de l'opposition des chefs politiques qui surveillent et persécutent

 

*

En prenant chair dans le peuple Juif, le Fils de l'homme ne triche pas. Il entre dans les turbulences de l'histoire de son peuple. Il ne bénéficie pas d'une enfance dorée.

 

Au terme du parcours, Il deviendra cependant le premier-né d'un peuple que Dieu renouvelle sans cesse pour qu'il puisse traverser les souffrances du temps en parvenant à une lumière et à une liberté insoupçonnées.

 

Aucun autre évangéliste ne présente aussi fortement cette incarnation de Jésus dans un peuple précis, le peuple que Dieu s'est choisi et aime comme un vrai père aime son fils unique.

 

 

 

3, 1 à 12

 

 

Fils du prêtre Zacharie, Jean était prêtre et aurait dû s'occuper de culte, d'immolations sacrificielles, de prières et de gestion des choses sacrées dans le Temple de Jérusalem.

 

Matthieu, le rédacteur Juif de cet évangile, le sait parfaitement. Il insiste donc pour faire comprendre l'originalité de ce prêtre qui choisit l'habit et la fonction de prophète, le désert comme lieu où Dieu se fait connaître de ceux qui le cherchent, le Jourdain comme fleuve sacré à traverser pour entrer dans le Monde Nouveau que Dieu promet.

*

Jean prépare ainsi les esprits à voir autrement la religion. Il laboure les coeurs pour les préparer à recevoir le Semeur qui approche, Jésus de Nazareth, l'Agneau et le Pasteur.

Il montre du doigt celui qui vient. Il est la voix qui invite à écouter la Parole faite chair.

*

"Dans le désert, préparez un chemin" pour que passe le Peuple de Dieu, libéré de sa servitude, de son attachement aux mauvaises façons de vivre.

 

Et c'est le petit peuple qui vient en premier.

 

 

Ceux qui résisteront aux Paroles du Christ viennent se renseigner, et peut-être se faire baptiser. Le Baptiseur leur réserve les paroles sévères adaptées à leur endurcissement du coeur et de l'esprit. L'eau du Jourdain est incapable de purifier des gens qui vont passer leur temps à faire de la controverse, du débat, de l'exclusion vis-à-vis de Jésus: l'évangéliste le sait bien, lui qui va rapporter leur opposition envers Jésus et leur hargne à vouloir l'éliminer.

*

Jean le Baptiseur plonge dans l'eau ceux qui acceptent de changer de comportement.

 

Il annonce un autre Envoyé de Dieu qui plongera dans le vent et le feu de l'Esprit Saint.

Jean a conscience d'ouvrir une piste: il sait qu'il n'est pas la Route, la Vérité, la Vie.

Il prépare, il annonce. Il ouvre un espace d'accueil..

Le plus grand des Prophètes de la Première Alliance.

 

3, 13 à 17

 

Matthieu vient d'ouvrir le témoignage sur la vie publique de Jésus adulte. Jean le Baptiste est le premier témoin.

 

"Et voici que survint Jésus".

Phrase solennelle soulignant l'entrée en scène du personnage principal. que Matthieu avait situé à Nazareth (2,23)

 

Jésus entre d'emblée dans la foule humaine, celle qui reconnaît ses fautes mais s'engage dans un mouvement de conversion. Jésus, humain parmi ses frères humains.

 

Le Baptiste témoigne que Jésus n'a jamais péché ; qu'il n'a donc aucun besoin de conversion.

 

Jésus affirme que tous les deux, Jésus et Jean, doivent accomplir un acte pleinement juste dont la signification apparaîtra plus tard.

*

Alors Jean consent à plonger le Juste dans les eaux censées le rendre juste.

*

Dès que Jésus "monte hors de l'eau" sa véritable identité est manifestée.

1. "Les cieux s'ouvrirent": la demeure de Dieu devient accessible, comme jadis dans la vision de Jacob (Gen 28, 10-22). Ciel et terre sont reliés.

2. l'Esprit de Yahvé Créateur "descend comme une colombe": rappel symbolique du premier jour de l'univers (Gen 1, 2).

3. "Une voix venant des cieux" prononce la Parole révélant l'identité de ce Jésus qui inaugure sa mission en faisant ce qui plaît au Père: "Celui-ci est mon fils, le Bien-Aimé en qui je me suis complu" : depuis toujours.

*

L'évangéliste, en quelques mots, nous présente ainsi celui qui va immédiatement entrer en lutte avec "le tentateur", l'Opposant principal à sa mission de salut au bénéfice de la multitude humaine.

 

4, 1 à 11

 

Matthieu compose admirablement le scenario à partir des Saintes Ecritures fort bien connues de ses lecteurs.

 

Le désert ? Un lieu et une durée rappelant le séjour du Peuple de Dieu après la sortie d'esclavage. 40 ans de refus d'avancer vers le Pays promis, de récriminations contre Yahvé, de mises en demeure faites à Yahvé de donner de la nourriture, de l'eau, de la viande, de la sécurité. 40 ans pour essayer d'éduquer ce peuple à la confiance, à la vie selon l'Alliance, à la fidélité envers son Libérateur. Quarante ans finalement inefficaces: les générations entrées au désert périrent toutes: seuls leurs descendants entrèrent dans la Terre Promise.

Les déplacements du désert au temple, puis sur une montagne à partir de laquelle on pouvait voir "tous les royaumes du monde" ? Le prophète Ezéchiel utilisa souvent ce genre de vision intérieure suscitée par l'esprit du Seigneur.

 

Le "diable" ? Mot français décalqué du grec pour parler du grand opposant à Yahvé. Sa spécialité ? Diviser, casser les relations, faire naître le doute, tordre la parole de Dieu pour lui faire dire le contraire de ce qu'elle dit.

 

Matthieu veut nous faire comprendre notamment que:

 

- Jésus est vraiment un être humain, mis à l'épreuve comme tous, testé, sondé, tenté par des hypothèses sur la façon d'accomplir sa mission de libérateur des Humains, ces Humains que Dieu veut arracher à la fascination pour celui qui est Le Mauvais, le Pervers, le Diable.

 

- Jésus rappelle le Peuple "bien-aimé" de Yahvé. Mais, en 40 jours de mise à l'épreuve, il se révèle" Fils Bien Aimé en qui Dieu trouve sa Joie"

 

- Jésus manifeste sa suprême Liberté par rapport aux besoins de consommation, aux idées de succès faisant applaudir les foules, à l'envie de dominer, de s'imposer, d'être adoré.

 

- Jésus écoute, retient, comprend la Parole de Dieu dans son Juste Sens. Il est la Vérité.

 

- Au moment où il va entamer sa Mission, Jésus est bien victorieusement testé comme : Le Fils unique, exceptionnel, fidèle, lucide,n'adorant que Dieu seul.Les Humains peuvent lui faire totalement confiance, le croire sur Parole, le suivre et l'imiter.

 

 

 

4, 12 à 23

 

 

La prédication de Jésus commence par le Nord du pays. Elle éclaire les territoires longtemps occupés, jadis, par l'envahisseur Assyrien à partir des années 730-720, qui leur avait imposé une culture étrangère, idolâtrique, païenne. Il avait même colonisé une partie du pays en y implantant cinq groupes de populations d'Assyrie avec leurs idoles. (voir 2 Rois, chapitre 17). Zabulon, Neftali, l'est du Jourdain, c'était ce passé toujours vivant dans les mentalités.

*

Matthieu pense immédiatement à cette honte historique, évoquée par Esaïe (8,23 et ss). Il voit dans le choix de commencer l'évangélisation par ce Nord du pays une intention délibérée de Jésus: renverser les situations, redonner de la considération à ceux qu'on méprise depuis des siècles, comme étrangers et religieusement incorrects. Le Galiléen n'avait pas bonne presse à Jérusalem, encore moins le Samaritain.

*

Les "privilégiés" de Dieu ne sont pas ceux que certaines opinions courantes présentent comme tels. Dieu corrige ainsi les prétentions de ceux qui se prétendent meilleurs que les autres et n'ont que mépris à leur égard.

*

Matthieu ajoute un autre élément de contraste. Il mentionne le choix des 4 premiers Envoyés de Jésus parmi des gens de ces territoires. Il précise même qu'ils étaient pêcheurs, professionnels, vivant sur "la mer" et sortant leur subsistance de ses fonds qui représentaient alors, pour beaucoup, les réalités troubles, inconnues, proches du mal.

 

Or Jésus anoblit leur profession. Leur mission consistera désormais à suivre Jésus et à sortir les humains de leur environnement trouble pour les rendre lumineux et vivants. Comme Jésus, ils inviteront à un changement radical de pensée et de comportement: la conversion.

 

Le récit de Matthieu pourrait donner à penser que Jésus prend au hasard ses premiers Envoyés (que nous appelons Apôtres, mot dérivé du grec, ou Missionnaires, dérivé du latin). La lecture de l'évangéliste Jean donne une vision plus exacte de ces hommes: ils étaient en recherche religieuse, ils attendaient le Messie, ils étaient descendus près de Jéricho pour rencontrer Jean le Baptiste. André et Simon avaient déjà commencé à suivre Jésus (Jean 1, 35-42).

 

 

Réflexion: Jésus choisit librement. Ses pensées ne sont pas nos pensées. Il opte généralement pour ceux qu'on tient pour peu de choses, y compris pour des gens dont le passé n'a rien de reluisant. En réfléchissant bien, n'est-ce pas le sommet de la Sagesse divine ?

 

 

 

 

 

Le Premier et Grand Enseignement de Jésus

concernant le BONHEUR et la VIE selon le Royaume

Matthieu chapitres 5 à 7

Parallèle en LUC 6

 

5, 1 à 12

 

Voici la première intervention publique de Jésus. Des foules sont venues de Galilée, de Syrie, de la Décapole et de Judée. Jésus réunit ce monde en plein air: un lieu neuf, élevé, digne d'un discours inaugural totalement nouveau, à la dimension du monde.

 

 

Huit fois de suite il invite au bonheur.

Huit fois de suite il annonce de bonnes nouvelles.

Huit fois, autrement dit, le bonheur sans limite, selon la symbolique de l'époque.

Ceux qui s'attendaient à un enseignement classique dressent l'oreille.

Voici du tout neuf. Enfin une Bonne Nouvelle.

 

 

Mais, à la réflexion, le bonheur que Jésus proclame ne correspond pas à l'idée que chacun s'en fait.

La vraie richesse est celle du coeur libre, généreux, prêt à partager. Richesse de l'être, sans proportion avec les avoirs. Riches comme pauvres peuvent connaître ce bonheur du coeur libéré.

Mettez de la douceur dans vos relations, et votre entourage s'élargira.

Pleurez devant les malheurs des autres et non pas par mélancolie. Laissez-vous toucher par la détresse et le mépris injustement imposés aux autres. Cette empathie intérieure vous fera bouger; vous saurez consoler, réconforter: et vous deviendrez heureux.

Ayez faim et soif de la justice que Dieu aime: respect des personnes en difficulté, priorité à ceux que personne ne remarque. Cette justice finira par se frayer un chemin dans un monde impitoyable.

Soyez compatissants, miséricordieux et les autres seront compatissants à votre égard.

Ayez un coeur et un regard transparents, honnêtes, limpides: vous verrez tout le bien qui se fait, grâce à Dieu.

Engagez-vous au bénéfice de la paix, des réconciliations, des médiations, des pardons. Vous serez des signes de la présence de Dieu.

Si on vous persécute à cause de votre amour pour ce qui est bon, juste, authentique: ne vous inquiétez pas ! Les juste ont presque toujours été persécutés: c'est signe que vous êtes des Justes.

Si on vous insulte à cause de la confiance que vous mettez en moi, si on vous calomnie à cause de votre foi, sautez de joie et d'allégresse.

 

Seigneur Jésus, tu renverses nos façons de voir. Tu nous proposes un regard neuf sur le monde, un meilleur jugement sur les événements, un discernement plus subtil. Touche nos esprits et nos coeurs par cette sagesse nouvelle , et donne-nous envie de la suivre jusqu'à en devenir heureux. Merci..

 

 

5, 13-19

Jésus donne ici trois avertissements à ses disciples. Il faut nous les appliquer si nous prétendons faire partie des croyants chrétiens.

 

« Vous êtes le sel de la terre ». Vous devez donner de la saveur à l’existence, mettre en valeur les bonnes idées, les empêcher de pourrir en dégageant une odeur pestilentielle. C’est votre mission, votre raison d’être.

A ce titre vous êtes indispensables, partout et toujours.

Car si vous devenez des gens fades, passifs, endormis, silencieux : si vous perdez votre saveur spécifique de chrétiens, tout le monde aura le droit de vous jeter dehors, de vous exclure, de vous piétiner. Ne venez pas alors vous plaindre. Vous l’aurez bien mérité.

Cet avertissement vaut pour chaque chrétien, pour chaque communauté chrétienne, pour chaque Eglise.

 

« Vous êtes la lumière du monde ». Vous êtes chargés de transmettre les lumières que vous avez vous-mêmes reçues en accueillant par la foi le Créateur de la Lumière. Ne soyez donc pas stupides comme celui qui allumerait une lampe et la recouvrirait immédiatement d’un seau. Ne soyez pas des lumières éteintes alors qu’il fait grand noir autour de vous. Restez branchés sur les sources de Lumière venant d’En-Haut, à commencer par la Parole de Dieu et la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Soyez comme le phare indiquant la bonne direction. Beaucoup de gens n’y voient plus clair pour avancer dans la vie. Beaucoup sont prêts à entendre de bonnes nouvelles, désireux de rencontrer des personnes lumineuses, transparentes, joyeuses, toniques.

C’est votre mission. Nul ne l’accomplira à votre place.

Ne vous cachez donc pas. Faites au grand jour ce que l’Esprit de Dieu vous invite à faire. Ne soyez pas honteux. Ne rasez pas les murs pour que personne ne puisse vous observer, vous questionner. Mais ne vous montrez pas dans le but de vous mettre en valeur, de vous faire valoir, de vous faire applaudir. Vous n’êtes pas la source de la lumière : vous la reflétez, vous en êtes le miroir. Il faut qu’en voyant vos belles œuvres les gens pensent immédiatement à Dieu et admirent ce pouvoir qu’il a donné aux humains de refléter sa Lumière.

 

Et si vous enseignez la Loi et les Prophètes, ne trompez pas ceux qui vous écoutent. Enseignez ce qui se trouve dans la Loi et les Prophètes, autrement dit dans les saintes écritures, dans la Bible. N’enseignez pas vos propres théories, vos constructions mentales ou idéologiques en faisant croire que vous les tirez de la Bible, que c’est Dieu qui vous les inspire. Ne soyez jamais de faux témoins. Soyez fidèles à ce que Dieu a révélé : commentez ce que vous lisez et lisez-le correctement, sans ajouter ni retrancher. Soyez fidèles à l’enseignement des Apôtres sur le Christ.

Et si vous n’essayez pas de mettre en pratique ce que vous enseignez, commencez par vous taire. Prenez le temps de reprendre la bonne direction. Vous parlez plus tard.

Sinon, le Maître de la Vérité vous mettra à la dernière place : il fera comprendre à vos auditeurs que vous ne méritez pas leur confiance.

 

Tes Paroles, Seigneur, sont Lumière et vérité, saveur et fidélité.

Ne me laisse jamais les déformer.

Que ton Souffle saint me fasse aimer ta Parole pour mieux l’annoncer

 

5, 17 à 37

 

Matthieu a rassemblé dans ces chapitres 5 à 7 un certain nombre d'enseignements de Jésus à ses disciples, à ceux qui cherchent à "apprendre de lui".

Le style est direct, "brut de décoffrage": celui d'un Juif s'adressant à des Juifs, faisant allusion à des citations des Saintes Ecritures. Aussi avons-nous quelques difficultés, nous Français des années 2.000, à comprendre correctement le sens de certaines phrases ou de certains mots.

*

Cherchons au moins à comprendre le sens évident que Jésus veut nous faire retenir pour guider nos pensées aujourd'hui.

*

Je m'aventure à résumer certaines de ses propositions.

- La Loi et les Prophètes expriment la pensée de Dieu sur Lui-même et sur les êtres humains. Jésus entend bien la mettre en pratique, l'accomplir, lui donner tout son sens. Quiconque agit ainsi entre déjà dans le "Royaume des Cieux" (manière juive de dire : être conforme à ce que Dieu approuve).

 

- La relation que nous entretenons avec nos semblables est importante. Si on se laisse emporter par la colère, si on injurie délibérément, si on rejette complètement les autres comme étant des racailles, d'une part on mérite d'être condamné- et surtout on n'est pas dans les disposition pour prier Dieu correctement. Avant donc de prier, de participer au culte, il est indispensable de se remettre en relation avec ceux qu'on méprise, injurie ou traite avec colère.

 

- Celui qui entretient volontairement en lui le désir d'avoir des relations sexuelles avec une femme et cherche l'occasion de passer à l'acte a déjà basculé intérieurement dans l'adultère. Il a perdu sa fidélité: il a laissé le désir mauvais le corrompre intérieurement. Il mérite d'être jeté dans la vallée de la gehenne ( là où on brûlait les ordures, au sud de la ville de Jérusalem du temps de Jésus)

 

- Celui qui renvoie la femme qu'il a légitimement épousée en son âme et conscience, selon la pensée de Dieu, met cette femme dans une situation qui la pousse à contracter un nouvelle union: il en porte la responsabilité. Et lui-même, en répudiant ou divorçant, pour prendre une autre épouse, se met en contradiction avec le commandement "Tu ne commettras pas d'adultère".

(Matthieu complète cet enseignement au chapitre 19, 3 à 12)

 

- Quand vous vous engagez envers quelqu'un, que votre engagement soit clair et sans arrière-pensée. Alors, vous n'aurez pas besoin de "jurer" que votre engagement est sincère et véritable.

 

5, 38 à 48

 

Jésus donne un conseil que nous estimons généralement inapplicable ou carrément naïf: refuser la vengeance, le coup pour coup, afin de désarmer l'esprit et la conscience de l'adversaire.

 

Pourquoi donc faire du bien à celui qui nous fait du mal ?

Parce que l'équilibre de la terreur ne dure qu'un temps. D'un côté ou de l'autre, les violents recommencent toujours à "réclamer vengeance": et les guerres renaissent, avec leurs destructions matérielles, leurs mépris des vies humains, la contamination des esprits par les haines tenaces. C'est un fait constatable à travers les siècles et les peuples.

 

Or le Christ voit plus loin. Il vise les résultats durables. Il veut enclencher un avenir de paix. Il appelle au désarmement des esprits, au stop immédiat des explosions en chaîne. Il invite à renoncer à la vengeance, y compris la vengeance maîtrisée selon le vieux principe qui constituait déjà un progrès par rapport à la vengeance sans limite: seulement un oeil pour chaque oeil crevé, une seule personne tuée pour chaque personne tuée.

*

Jésus en vient alors à sa proposition la plus originale: "aimer ses ennemis".

Attention ! Il choisit le mot "agapè" pour faire comprendre de quel amour il s'agit. Non pas l'amour d'amitié, de relations réciproques et agréables.

L'amour d'agapè, l'amour des ennemis est (seulement) une décision de bienveillance, de bienfaisance. Un refus de malveillance et de destruction.

Aimer d'agapè, c'est vouloir pour l'ennemi ce qui serait bon pour lui, et d'abord qu'il renonce à faire le mal, à mépriser, à répandre la haine. Aimer d'agapè, c'est prier pour qu'il se convertisse, qu'il change d'attitude.

 

C'est ainsi que Dieu aime , y compris ceux qui ne l'aiment pas et qui l'injurient ou même le détestent. Il veut le bien de tous, de chacun. Patiemment, il donne, il offre, il attend les changements d'attitude. Ceux de nos propres ennemis. Et même nos propres changements d'attitude de bien mauvais disciples (parfois)

*

Jésus exprime la une de ses pensées les plus originales. Nous pouvons le croire car il a pratiqué cet amour d'amour d'agapè, envers ceux qui le condamnaient et voulaient sa mort.

Cet amour d'agapè, vraiment "divin", unique, durable, équitable, c'est le "signe" du chrétien authentique et fidèle.

Le plus difficile ! Le plus impossible?

 

6, 1 à 18

« Gardez-vous de pratiquer votre religion dans le but d’être remarqués des humains ». Jésus est formel ! La religion est relation directe avec Dieu et non pas un concours de beauté. Si tu donnes pour te faire estimer, si tu pries pour te faire admirer, si tu jeûnes pour faire des économies: ta religion est vide, fausse, nulle, hypocrite. Dieu ne t’approuve pas car il sait bien, lui, que tu fais tout cela pour ta propre satisfaction. Tout cela a le mérite d’être clair.

 

Très claires également toutes les demandes qui doivent structurer notre prière.

Pour commencer, c’est un Dieu Père que nous devons prier. Un vrai Père, plein d’amour, qui nous connaît parfaitement. On ne s’adresse ni à un distributeur automatique, ni à quelqu’un de violent qu’il faudrait amadouer. Et ce Dieu est le Père de tous les humains. Inutile donc de lui demander de punir tel ou telle de ses autres enfants sous prétexte qu’ils nous déplaisent : le Père universel est juste et tendre envers tous, bons et méchants.

 

On ne commence pas par parler de soi, de ses misères, de ses désirs, de ses envies. Un peu de largeur de vues ! Oui, je suis important aux yeux de Dieu : mais les autres aussi, tous les autres, toute l’humanité. On commence donc par s’intéresser à ce qui intéresse Dieu : parce que Dieu connaît les vrais besoins des humains. On demande donc que la volonté très bienveillante de Dieu s’accomplisse : que les humains ne soient pas en rébellion contre la bienveillance de Dieu, qu’ils ne passent pas leur temps à penser ou à dire du mal de Dieu, à déformer son Nom. On demande que le plus grand nombre possible de personnes soient heureuses d’apprécier Dieu et de faire partie de son peuple, de son Royaume.

On pourrait d’ailleurs en rester à ces trois premières demandes. Car, si elles étaient pleinement réalisées, ce serait le ciel sur la terre, l’amour entre tous, le bonheur de Dieu et celui des humains. Et donc aussi mon propre bonheur !

J’aurai alors les idées bien ajustées aux pensées de Dieu pour aborder la seconde partie de la prière. En tout premier lieu, que la faim ne règne pas sur la planète : faim de pain, soif d’eau, désir d’être respecté, protégé, réconforté. Que les faims spirituelles soient largement apaisées par les Paroles qui sortent de la bouche de Dieu et par le Pain du Christ.

En second lieu, que les armistices, les réconciliations et les pardons passent au premier rang des préoccupations mondiales: dans les couples, les familles, les peuples, les institutions. Car Dieu veut la paix entre ses enfants. Il pardonne à qui reconnaît ses torts. Il veut que ses enfants agissent comme lui, en pardonnant à quiconque les offense et prend conscience d’avoir offensé.

Et enfin, que personne ne traverse des épreuves insurmontables ou soit affronté à la perversité des méchants, des hommes qui veulent délibérément faire le Mal.

Oui, prier, c’est utile, indispensable. C’est la santé quotidienne.

Impossible de bien vivre sans prier comme Jésus le demande.

Toute l’Humanité a besoin de notre prière.

 

6, 1 à 18

Jésus redonne trois fois le même conseil, preuve qu'il lui accorde grande importance! Faites avec discrétion les actes justes comme prier, jeûner, faire l'aumône. Ne vous donnez pas en spectacle. Agissez uniquement sous le regard du Père des Cieux. Vous avez tellement tendance à faire remarquer vos bonnes actions ! Je vous avertis: si votre cherchez à faire votre pub, le Père ne prêtera pas attention à votre prière, à votre jeûne, à votre aumône.

La bonne aumône, c'est un partage réel qui vous prive de quelque chose dont un pauvre a besoin et que vous lui donnez de bon gré.

Le vrai jeûne, consiste à renoncer à un bien de consommation pour se libérer du besoin compulsif de consommer. Cette joie mérite bien l'odeur d'un bon parfum!

Prier en esprit et en vérité, c'est passer du temps sous le regard du Père et désirer vraiment qu'il soit reconnu pour ce qu'il est, le Saint, le Parfait.

C'est désirer que beaucoup d'humains se laissent conduire par des pensées justes , par exemple celles que Jésus fait connaître ou que l'Esprit suscite dans la conscience. C'est s'engager pour que les choses se passent sur terre comme Dieu le demande.

Pas besoin de noyer Dieu sous des déferlantes de paroles ! Pas besoin de lui répéter ce qu'il devrait faire ! Le Père est intelligent: il sait mieux que vous ce dont vous avez besoin. Et il est tellement Bon qu'il travaille déjà pour que cela vous arrive. Il attend seulement que vous deveniez disponibles au lieu de lui mettre des bâtons dans les roues.

Quel est le pain dont vous avez besoin ? Certes, celui du boulanger ! Mais surtout le Pain de toute Parole sortant de la bouche de Dieu. Le Pain qui vient du Ciel. Le pain qui nourrit l'âme et pas seulement le corps. Chaque humain, chaque jour, a besoin de ce pain substantiel.

Et voici une demande capitale: pardonnez comme le Père pardonne. Ne refusez jamais de pardonner. Soyez toujours prêts à pardonner à ceux qui sollicitent votre pardon. Jésus emploie une expression très concrète: déchirez la facture de ceux qui vous doivent quelque chose, faites cet acte de gratuité et de générosité à laquelle rien ne vous oblige. Observez que cette demande vous engage. Vous acceptons d'être pardonnés par Dieu à la manière dont vous pardonnez aux autres. Si donc vous ne pardonnez pas aux autres, vous demandez au Père de ne pas vous pardonner! Réfléchissez bien avant d'exprimer cette demande.

Vient ensuite une supplication: que le Père vous évite les situations d'épreuves dont vous sortiriez battus. Qu'Il ne vous laisse jamais entrer dans le processus de la tentation.

La septième et dernière demande insiste pour que le Père vous délivre de l'influence du Mauvais, du Malin, du Pervers, de l'Opposant permanent, de l'antique serpent dont font mention le premier et le dernier livre de la Bible, la Genèse et l'Apocalypse. En grec, c'est bien lui que Jésus désigne: le Mauvais, le Pervers et non pas le mal. Il a fallu 40 ans pour changer la sixième demande. Devrons-nous attendre 50 ans pour que la septième soit correctement traduite ?

 

Notre Père, toi le Père de tous les humains, délivre-nous de l'influence de celui qui personnifie ceux et celles qui s'acharnent à te contredire , qui personnifie les institutions inhumaines rabaissant ou détruisant la grandeur des personnes que tu as créées à Ton image. Alors nous désirerons et réaliserons ce que Tu veux pour la grandeur et le bonheur de l'Humanité.

 

 

6, 24 à 34

 

Sur Le rapport à l'argent et aux biens

L'argent et les biens sont faits pour être utilisés, non pour nous dominer. Ils ne doivent jamais devenir nos maîtres: ce sont des maîtres dangereux. Dieu , Lui, est toujours un bon Maître ou Seigneur car il ne nous vole jamais notre liberté: il la respecte, il la développe. Le choix est clair.

*

Sur l'inquiétude et le stress

Le mot clé ce passage est l'inquiétude, le stress, l'obsession, l'agitation intérieure, la préoccupation envahissante..

Simples conseils de bonne conduite dans le quotidien: avec un gros zeste de confiance en Dieu.

Faisons ce qu'il y a à faire: courses, cuisine, habillement, soins du corps. Jésus ne conseille pas de rester les bras croisés, d'attendre que Dieu mette à notre disposition tout ce qui est nécessaire pour vivre.

Les oiseaux? Ils volent pour chercher leur nourriture, pour nourrir leurs petits. Mais à eux comme aux humains est donné un beau capital: une nature bien organisée, des capacités étonnantes, le goût de vivre, l'instinct de survie.

 

Nous devons en remercier Celui qu'on appelle "la Providence" , celui qui "pourvoit", qui "prévoit".

Nous sommes invités à ne pas viser en chaque réalité quotidienne le plus exceptionnel, le plus coûteux. La simplicité, ça existe: ça ne rend pas malheureux.

De même que le courage pour traverser les moments difficiles où nous frôlons la pauvreté, où nous connaissons la maladie.

Mais ne faisons pas de chaque choix quotidien, de chaque heure à vivre, un temps de stress envahissant.

*

En tout cela choisissons la hiérarchie des valeurs. Travaillons d'abord pour assurer l'essentiel, l'humain, ce qui fait de nous des personnes intérieurement vivantes, cherchant le meilleur pour les autres et pour elles-mêmes: le meilleur humainement, spirituellement: ce que Jésus appelle "le Royaume de Dieu et sa Justice".

*

Ne soyons pas des gens inquiets mais des personnes conscientes ayant choisi les réalités importantes et durables.

*

Et n'essayons pas de tout organiser dès à présent. Nous n'avons pas les moyens de savoir ce qui arrivera. Alors pourquoi nous laisser paralyser maintenant en imaginant ce qui pourrait nous arriver de pire demain?

Mais soyons aussi prévoyants et sages que possible.

" A chaque jour suffit sa peine".

 

 

8, 28 à 34

Voici l’un des passages étonnants de l’évangile. Jésus vient d’affronter une tempête pour aborder au pays des Gadaréniens. Sans doute veut-il nouer relation avec ces païens ?

Deux hommes viennent à sa rencontre. Matthieu les décrit comme ayant de grosses difficultés psychiques, vivant à l’écart de la population, dans les cavernes tenant lieu de tombeaux. Extrêmement farouches, ils crient à l’adresse de Jésus, affirmant qu’ils n’ont rien de commun avec lui à cause de sa relation avec Dieu. Selon eux, le moment n’est pas venu d’être tourmentés : les croyances populaires de l’époque affirmaient qu’un jour les hommes de cette sorte seraient en proie à des tourments.

Pour les lecteurs juifs de Matthieu, en tout cas, ces deux hommes symbolisent ce qu’il y de plus discutable puisqu’ils vivent à proximité des sépultures humaines et d’un troupeau de porcs. En théorie, Jésus, Juif fidèle aux prescriptions du judaïsme, devrait éviter toute relation avec eux.

En fait, Jésus ne semble pas avoir peur. Il ne fuit pas. A tel point que les deux hommes le « prient » de bien vouloir les maintenir sur ce territoire en les expédiant dans le troupeau de porcs.

Et Jésus écoute leur demande. Il les délivre de leurs démons intérieurs et de la violence qui les isole de leurs compatriotes. Il les guérit, les apaise, leur restitue la part d’humanité à laquelle ils ont droit comme tout le monde. Les voici redevenus normaux. Tandis que le troupeau de porcs se précipite dans les eaux du lac, illustrant la débâcle des esprit mauvais à l’approche de Jésus.

Matthieu ne dit rien sur l’apaisement des deux hommes. Ont-ils apprécié leur guérison ? Ont-ils remercié leur guérisseur ? Les évangélistes Marc (5,1) et Luc (8,26) présentent les choses autrement.

Matthieu s’intéresse à un détail assez piquant pour clore son récit. Les gens de Gadara, mis au courant des faits par les gardiens de porcs, viennent en délégation près de Jésus pour le « prier » de se retirer et de quitter leur région. S’ils ont retrouvé deux habitants sains et saufs, ils sont surtout sensibles aux dégâts subis par leur troupeau.

Réflexions ! Les deux hommes considérés comme vraiment « dérangés intérieurement » ont discerné en Jésus quelqu’un de différent, un être proche de Dieu, se faisant proche de leur misère, sachant écouter et compatir.

Les Gadaréniens, eux, n’ont pas apprécié que Jésus se mêle de leurs problèmes.

 

L’attitude de Jésus suscite ainsi des réactions contrastées.

 

Le même événement, aujourd’hui, peut être interprété de plusieurs façons.

Avons-nous le regard assez lucide et transparent pour voir la part de bien en toute personne ? et lui donner toutes ses chances ?

 

9, 14-15

Jésus sort d’un repas chez Matthieu, le taxateur publicain qu’il vient d’inviter à faire partie de ses apôtres. Fou de joie pour cet appel dont il ne se sentait pas digne, Matthieu invite les gens de sa profession et un certain nombre d’amis qui n’avaient pas bonne réputation : corruption, collaboration avec les occupants romains. Les pharisiens murmurent. Certains iront même jusqu’à dire que Jésus est un glouton et un ivrogne. N’oublions pas que les évangiles nous rapportent beaucoup d’interventions de Jésus autour d’un repas…

D’où la question en forme de critique posée à Jésus par des disciples de Jean-le Baptiste, excellents fidèles de la religion : « Nous, nous jeûnons, les pharisiens jeûnent. Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ? »

Et Jésus répond : « Pensez-vous que les invités d’une noce peuvent être tristes pendant que le marié est avec eux ? Bien sûr que non ! ». Jésus énonce une évidence qui s’appuie sur l’expérience constante. Un jour de noces, on est joyeux. On a le cœur en fête. Et le repas se doit d’être festif.

Ce que je trouve inattendu c’est l’idée que Jésus se présente ainsi comme un époux, un marié – et que ses disciples doivent vivre chaque jour passé avec lui comme un jour de fête, un jour de noces. Jésus signera cette perspective en inventant la parabole des invités au repas de noces du fils du roi (Mt 22,2-10) où il se présente comme le fils du Roi des Cieux, invitant largement y compris les boiteux et estropiés pour remplir la salle de noces car les premiers invités ont décliné l’invitation.

 

Avez-vous remarqué le mot choisi par Jésus pour définir la raison du jeûne ? L’enlèvement de l’époux ! Une situation violente ! Un enlèvement suivi d’un meurtre ! Jésus évoque ainsi le jour où les Autorités condamneront Jésus et le feront exécuter sur la croix. Alors, oui, ce jour-là et devant cet incroyable rejet du Juste, de l’Epoux aimant l’humanité, il faudra jeûner : ce sera un jour de tristesse, de deuil et d’affliction.

 

Je retiens deux questions.

La première : l’ambiance de notre existence quotidienne est-elle celle d’un jour de noces ? Tout disciple du Christ est un invité de l’époux. Quelqu’un ayant conscience d’être aimé, choisi, proche de l’Epoux, proche du Fils du Roi des Cieux. – Si le christianisme nous rend triste, c’est qu’il n’est pas authentique.

Seconde question : considérons-nous le meurtre de Jésus comme une effroyable injustice commanditée par les Autorités de l’époque? Et sommes-nous attentifs à toutes les grandes injustices de notre époque ?

 

10, 34-39

 

Comprenons bien ce que Jésus dit et veut dire.

Il s’adresse à ses douze disciples, avant de les envoyer dans les villages voisins pour annoncer les points importants de sa Bonne Nouvelle, de ses propositions pour vivre mieux.

Connaissant bien les réactions spontanées des gens, Jésus avertit ses porte-parole pour qu’ils ne soient pas déstabilisés. Beaucoup ne les écouteront pas, certains les mettront à la porte. Un petit nombre acceptera ce message.

Jésus termine par des phrases choc…dont le style accentue les contrastes pour mieux frapper les esprits. Si nous les comprenons au sens brut de notre français courant, sans tenir compte de leur tournure, nous allons les déformer, les rendre insupportables, finalement les rejeter, et récuser en même temps celui qui les a prononcées.

 

Voici donc les avertissements que Jésus donne à ses porte-parole, ou apôtres.

Ne croyez pas que tout le monde sera d’accord. Soyez plutôt certains que mon message suscitera le débats. Il engendrera des prises de position différentes à l’intérieur de la même famille. Le père et le fils, la mère et la fille ne feront pas les mêmes choix; l’un croira, l’autre non. On sera divisé à mon sujet.

Mon message, continue Jésus, n’est pas un message parmi beaucoup d’autres. Il n’est pas du même ordre que vos choix quotidiens. Il engage le sens qu’on donne à sa vie. Il est premier, prioritaire, fondateur d’une façon de vivre. Si vous choisissez de penser, d’aimer, de vivre d’abord comme votre père ou votre mère, vous n’arriverez jamais à penser, à vivre et à aimer comme je vous le propose.

Si vous choisissez de faire route avec moi, vous traverserez inévitablement des heures extrêmement pénibles. Alors, avant de décider de marcher à ma suite, n’oubliez jamais qu’un jour j’ai porté une croix. Soyez certains qu’un jour ou l’autre, pour me suivre, vous devrez aussi porter votre propre croix, traverser vos épreuves, endurer, tenir bon, persévérer.

Si vous prenez la décision de me faire confiance, de penser comme je vous le propose, vous devrez parfois renoncer à vos propres idées, abandonner vos certitudes, perdre la direction de votre existence. Vous aurez l’impression de perdre votre personnalité, votre âme, votre spécificité. Cela vous sera insupportable, comme une sorte de mort intérieure. Mais, en réalité, si vous me faites confiance, vous grandirez et vous épanouirez : devenant meilleurs vous gagnerez. Renoncer à vos perspectives pour adopter mes perspectives de vie ; vous serez alors les grands victorieux car je vous proposerai toujours le chemin qui vous convient.

Voilà les avertissements donnés par Jésus à ses apôtres.

 

Mais s’il avait parlé de cette façon, qui aurait retenu ses conseils ?

En parfait communicateur, Jésus a choisi de parler autrement pour frapper nos esprits et nous faire réagir ! Et il a dit : « Ne pensez pas que je suis venu apporter la paix sur la terre ; je suis venu apporter le glaive », le glaive de la Parole de Dieu qui pénètre au plus profond de votre conscience, qui tranche dans le vif, et qui ne vous laisse jamais en paix.

Et il a dit : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ! »

Et encore : « Si vous trouvez le sens de la vie sans moi, vous perdrez. Mais si vous le perdez à cause de moi, vous le trouverez ».

 

Seigneur, je pressens que tu peux demander beaucoup si je veux marcher à ta suite. Cela me fait hésiter. Donne-moi lumière et courage pour faire au moins le premier pas.

 

11, 1 à 11

 

Jésus a donné ses instructions à ses Douze Envoyés (apôtres, missionnaires). Lui-même parcourt villes et villages.

*

Jean le Baptiste, de son côté, a ses propres envoyés: lui-même est en prison

. Les deux groupes s'observent-ils ?

La mission de conversion est-elle terminée ?

Jésus est-il le Messie que beaucoup attendent ?

*

Jésus répond en actes.

Ce qu'il fait dit ce qu'il est. Il guérit, il libère, il donne à voir, les gens ordinaires et le peuple accueillent son message, sans en être scandalisés. Jean devrait comprendre quel type de Messie est Jésus.

*

Pour sa part, Jésus dit sa pensée profonde sur Jean .

S'il est en prison, c'est pour avoir exprimé la pensée de Dieu: il honore Dieu comme les grands prophètes qui furent tous contestés ou mis en prison.

Jean est même le plus grand de tous les prophètes, le plus fidèle.

Il est le prophète charnière entre deux grands moments de l'histoire du peuple croyant. Avec lui, l'humanité peut entrer dans l'ère de l'Alliance définitive..

*

Ce basculement de l'histoire est arrivé. Jean l'a préparé: il en a été le précurseur.

*

Mais beaucoup ne comprennent pas. Ils regardent l'extérieur, les apparences: celle de Jean, l'ascète, l'homme du désert - celle de Jésus, l'homme des foules et du dialogue, l'homme de la Miséricorde.

 

Oui, beaucoup sont tellement imbus d'eux-mêmes et de leurs certitudes qu'ils ne verront jamais la vérité de Dieu. Les gens sans prétention, eux, comprennent .

Telle est la sagesse de Dieu: il a choisi sa méthode pour se faire accueillir.: se mettre à la portée des humbles de coeur, au lieu de s'imposer par des actions spectaculaires.

 

11, 16-19

 

 

Jésus se lâche à propos de ses contemporains: jamais contents, toujours râleurs. Il essaie de les faire réfléchir en inventant une petite histoire qui les met en scène et laisse apparaître leur attitude ridicule. Vous me faites penser, leur dit-il, à des gamins mimant des comportements d'adultes qui tombent à plat: normalement, quand on entend les rythmes endiablés de la flûte, on se met à danser, et quand on entend des lamentations sur les malheurs des temps, on se frappe la poitrine pour reconnaître sa responsabilité.

Mais vous, vous demeurez insensibles à toutes les invitations.

Jean le Baptiste mène une vie stricte pour vous inviter à vous convertir et vous l'accusez d'être psychiquement refoulé.

Le Fils de l'homme - autrement dit Jésus lui-même- participe à vos repas pour débattre avec vous, et vous l'accusez d'être un pique-assiette glouton et ivrogne.

Continuez ainsi! Mais vous n'arriverez pas à convaincre les personnes sensées que Jean était un refoulé ou que le fils de l'homme est un ivrogne. Tous les deux, en actes et en paroles, manifestent la Sagesse de Dieu qui prend tous les moyens possibles pour faire réfléchir les gens aussi obtus que vous. Et ça, beaucoup le perçoivent très bien, tout spontanément.

 

Imaginons la même comparaison appliquée à nos contemporains: vous passez votre temps à critiquer tout le monde, en économie, en religion, en politique, en philosophie, et la droite et la gauche et le centre. Pendant ce temps-là, regardez à quoi aboutit votre comportement de gamins stupides: des événements gravissimes se produisent, vous pleurez pendant un temps, mais vous ne réfléchissez pas à ce que vous devriez faire changer en vous unissant.

Le prophète Isaïe disait déjà: "Nous étions devant toi, Seigneur, comme la femme enceinte sur le point d’enfanter, qui se tord et crie dans les douleurs. Nous avons conçu, nous avons été dans les douleurs, mais nous n’avons enfanté que du vent : nous n’apportons pas le salut à la terre, nul habitant du monde ne vient à la vie. ... Va, mon peuple, rentre dans tes maisons, ferme sur toi les deux battants. Cache-toi un instant, pendant que passe la colère. Car le Seigneur sort pour demander compte de leurs crimes aux habitants de la terre. Et la terre laissera paraître le sang versé, elle cessera de dissimuler les victimes". ( Is 26,17-21)

L'heure n'est-elle pas arrivée de dialoguer comme des sages pour élaborer les grandes lignes de comportements nouveaux? De faire silence dans l'intimité de nos consciences avant de chercher ensemble des solutions plus justes? De comprendre que les humains, malgré toutes leurs techniques et leur intelligence, se trompent lorsqu'ils ne tiennent pas compte d'une Sagesse supérieure, celle de Celui qui veille pour sortir l'Humanité des drames qu'elle enfante.

Seigneur, envoie ton Esprit de perspicacité pour que nous nous comportions en adultes raisonnables, justes et religieux, et non plus comme des gamins stupides.

 

 

 

11,25-27

Jésus a connu de grands moments de bonheur. Il a vécu les huit composantes du bonheur que nous appelons les « béatitudes » : créer de la paix, garder un regard transparent, éprouver de la compassion, désirer que tout soit aussi juste que Dieu le désire, etc . Il a proposé huit chemins vers le bonheur. (Mat 5,1-10)

Matthieu relate aussi qu’un jour Jésus a explosé de joie en constatant que sa parole touchait les personnes très ordinaires alors qu’elle laissait insensibles des gens importants, considérés comme intelligents et sages. Oui, ce jour-là, Jésus a été soulevé par un grand bonheur qu’il a partagé avec ses proches : non pas avec un déluge de paroles – car les grandes joies sont muettes – mais simplement, en parlant tout haut à Dieu son Père.

En le félicitant pour son excellente idée de privilégier ceux auxquels on n’accorde généralement ni prestige, ni privilège. A la limite, les gens simples, ceux qu’on ne remarque pas, ceux qu’on ne remercie pas, ceux dont l’opinion ne compte pas.

Jésus se réjouit de cette grande révolution, de ce renversement des valeurs courantes. Les petits sont élevés, les grands sont renvoyés les mains vides. Marie, la mère de Jésus, avait tressailli d’allégresse pour la même raison. Jésus reprend les idées de sa mère très sainte, autrement dit les idées de Dieu.

Voilà un bon sujet de réflexion. Pour connaître Dieu comme Père, il faut et il suffit d’écouter ce que Jésus en dit. Nul besoin de faire de longues études, d’être bardé de diplômes théologiques.

Le bon plaisir du Père c’est tout simplement que nous ouvrions nos oreilles pour entendre les paroles du Christ, que nous ouvrions notre cœur avec le désir de l’aimer. Alors s’établit la communication entre Dieu et l’homme, entre le ciel et la terre. L’être humain se sent compris par Dieu : il accueille pleinement son Esprit Saint. Il comprend le sens de l’Evangile : il reçoit le bonheur de croire, le courage d’espérer et la force d’aimer.

 

Et il commence à tressaillir de bonheur intérieur, à la suite du Christ et de Marie sa mère : il entonne son Magnificat. Et il ne cessera de le chanter.

Jésus nous indique cette route du bonheur.

Allons-nous le suivre aujourd’hui ?

 

13, 1 à 23

 

Matthieu rassemble dans ce chapitre 13 l'enseignement donné par Jésus sous forme d'histoires inventées (paraboles) destinées à faire réfléchir et réagir la foule.

L'évangéliste situe ces entretiens au bord du Lac de Galilée, lieu parfaitement adapté à une telle conversation de proximité.

*

L'enjeu est important. On aime écouter Jésus, pédagogue génial. Mais que retiennent les foules sur ce que révèle cet homme concernant les pensées de Dieu sur les relations qu'il désire avoir avec son peuple, dont il désire bénéficier de la part de son peuple, qu'il voudrait voir s'instaurer entre les humains? C'est tout cela que désigne "le Royaume des Cieux". Ni un régime politique, ni un espace accessible aux défunts seulement, mais une façon de penser et de vivre pour les vivants de toutes les époques.

*

Jésus connaît bien le coeur humain: ses doutes, ses heures de fidélité et d'inertie, sa soif de bonheur et ses capitulations, sa capacité de générosité et ses grandes limites. Jésus choisit donc les "histoires" qui en disent beaucoup mais sans blesser. Que chacun doit s'appliquer personnellement pour faire un discernement capable de remettre en question toute une orientation de vie.

La sagesse juive connaît bien le problème. Jésus y fait clairement allusion en citant Isaïe 6, 9-10 qui dut affronter un peuple à la nuque raide, aux oreilles bouchées qui ne voulaient pas entendre un message qui aurait pu les convertir: parce que leur coeur préférait les pratiques cultuelles, rituelles, n'engageant pas la façon de vivre selon la vérité, la justice, l'amour des veuves et des humbles.

Jésus cite Isaïe que connaissent ses auditeurs en espérant les inviter ainsi à ne pas imiter leurs ancêtres.

*

Jésus essaie d'explique pourquoi certains ont la foi et d'autres non. Pourquoi certains adhèrent spontanément à des propositions qu'ils approuvent mais ne tiennent pas longtemps, manquant de profondeur. Pourquoi certains zappent sans arrêt, butinant les idées que proposent les modes et les conformismes, sans rien construire dans la durée. Pourquoi certains laissent des contre-valeurs étouffer leurs bonnes intentions: amour du plaisir facile, des richesse, angoisses de toutes sortes qui les paralysent.

Il ne manque pas non plus de personnes au coeur généreux, fidèles dans la durée, développant leurs dons et les mettant au service des autres.

*

Jésus explique tout cela parfaitement, moins intellectuellement que je viens de le faire. En paraboles.

Mais cela n'est accessible qu'à ceux qui sont en attente, en recherche, ouverts, désireux de comprendre la Parole de Dieu pour la mettre en pratique.

 

"Jusqu'à ce jour, Yahvé ne vous a pas donné un coeur pour savoir, des yeux pour voir, et des oreilles pour entendre" (Dt 29,3)

Il faut donc "vouloir découvrir le secret des proverbes, tourner et retourner l'énigme des paraboles " (Sir 39, 3)

 

Et alors, enfin "comprendre ce qu'ils n'avaient pas entendu" (Es.52,15)

 

"Bienheureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent" (v.16)

 

13, 24 à 43

 

 

Jésus invente et raconte plusieurs paraboles, ou comparaisons imagées pour faire comprendre ce qu'est "le Royaume des Cieux" (autrement dit les relations entre Dieu et les humains qui vivent selon Dieu: ou encore les relations entre humains).

*

Le monde - et chaque personne est aussi un "petit monde"- n'est jamais tout blanc ou tout noir, tout bon ou tout mauvais. Le blé côtoie la mauvaise herbe (en grec la zizanie, en français la discorde, l'herbe qui enivre et fait perdre la tête).

La zizanie ne pousse pas spontanément: elle est semée, elle aussi, comme la bonne graine à blé, mais par l'Opposant à Dieu, son Ennemi. Elle ressemble d'abord au blé, grandissant à la même vitesse.

Une seule attitude est sage: garder patience, attendre l'époque de la moisson qui permet de bien distinguer la zizanie et le blé. Et alors, avec attention et discernement, couper la zizanie et la brûler: elle n'est bonne à rien. Et récolter le bon blé pour en tirer sa nourriture.

Quiconque écoute Jésus sans le prendre pour un farfelu peut tirer de multiples enseignements de cette parabole. Jésus en donne un aperçu à ses disciples (versets 36 à 43). Le semeur de zizanie c'est l'Opposant (Satan en hébreu, Diable en grec) et ceux qui marchent avec lui, qui se laissent influencer par son idéologie négative, destructrice.

Le Semeur du bon blé c'est Le Fils et ceux qui se laissent guider par lui. Ils cultivent les relations avec Dieu et entre les gens selon des principes de paix, de compréhension, de respect, de développement. Ils s'efforcent de créer un Monde viable, humanisé. Ils voient ce qui va mal et sont toujours tentés d'intervenir prématurément, d'éliminer. Patience et discernement doivent caractériser leur regard sur eux-mêmes, sur les autres, sur leurs enfants et adolescents, sur ceux qu'ils désapprouvent. Ce ne sont pas des mous mais des clairvoyants.. Ils suscitent alors une Humanité et une histoire selon Dieu qui ne perd jamais des yeux la qualité de son Champ terrestre.

*

Une toute petite graine contient une dynamique de développement incroyable. Comme la graine capable de devenir l'arbre à moutarde. Les "graines du Royaume" paraissent bien petites, minoritaires, invisibles. Mais les pensées et actions conformes aux pensées et actions du Christ peuvent soulever des millions de personnes.

*

De même pour le levain. La pâte en contient une petite quantité. Mais avec la chaleur adéquate et la durée, la pâte devient un superbe pain que beaucoup partageront. Quelques personnes imprégnées de foi, d'amour et d'espérance peuvent susciter des adhésions multiples et soulever des foules.

*

En inventant ces histoires symboliques Jésus réalisait ce qu'avait dit l'auteur du psaume 77/78, v.2 . Matthieu ne peut s'empêcher de citer ce passage que ses lecteurs Juifs connaissent bien et qu'ils prient (v.35). Jésus parle selon sa propre culture de Juif fidèle. Normalement, ses auditeurs devraient le comprendre...sauf s'ils se bouchent les oreilles pour que leur esprit et leur coeur ne soient pas touchés, interpellés.

*

A notre tour, ouvrons nos oreilles, notre esprit et notre coeur.

 

 

13, 44 à 50

 

Voici trois paraboles propres à Matthieu.

*

Deux, très brèves, soulignent l'enthousiasme suscité par la découverte de la vie selon les propositions de Jésus (appelées "Royaume des Cieux"). C'est une perle, un trésor !

Quiconque les trouve les préfère à toutes les autres sagesses de vie, à toutes les philosophies, à toutes les valeurs. Vite, il les choisit, même s'il doit abandonner certaines de ses habitudes anciennes.

 

Le comportement du chercheur de perles superbes ou du découvreur émerveillé d'un trésor caché fait ressentir la joie de celui qui découvre la Foi, la Sagesse et la Vie selon la Bonne Nouvelle du Royaume. Rien d'astreignant, rien de fastidieux: rien que du bonheur!

*

La troisième parabole, celle du filet, ressemble beaucoup à celle de l'ivraie, également rapportée seulement par Matthieu (v.24 à 30).

Il y est question de mélange: le bon et le mauvais se côtoient.

Il y est question de discernement entre ce qui mérite d'être conservé et ce qu'il faut bien jeter un jour.

Il y est question d'un moment ultime (la fin d'un monde, la fin d'une ère, d'une durée de vie) où interviennent des messagers de Dieu ( les "anges") chargés d'opérer le discernement, de trier ce qui est mauvais et ce qui est Bon, ce qui relève des principes de l'adversaire de Dieu (le Mauvais, le Pervers, le Satan) et ce qui a été produit par l'Esprit Saint de Dieu.

Il y est question de fournaise de feu (v.30 et v.50) et de "pleurs et grincements de dents" (expression que Matthieu rapporte 6 fois dans son évangile, et Luc, une fois, en 13,28 ). Nous sommes en présence d'une expression que Jésus devait employer couramment.

 

La parabole de l'ivraie mélangée au blé touche particulièrement le monde des agriculteurs du temps de Jésus: celle du filet convient bien au monde des pêcheurs de la mer de Galilée.

Chaque personne est une histoire, un processus de développement où s'entrecroisent du bon et du mauvais, de la qualité et du sans valeur. Toute histoire mérite un bilan final dont se charge Dieu avec ses envoyés, ses messagers.

 

Cette parabole invite à faire des discernements sans attendre le dernier moment.

*

Et, pour finir, Jésus invite ses disciples à inventer, à imaginer, à développer, à créer du nouveau au lieu de se contenter de conserver en l'état. Le disciple du royaume est un être plein d'initiatives pour s'adapter à chaque terrain, à chaque situation, à chaque époque, à chaque culture.

 

13, 44-46

Imaginons la scène : l’ouvrier agricole, en labourant un champ dont il n’est pas propriétaire, découvre un trésor, le recouvre de terre, vend ce qu’il possède pour devenir propriétaire du trésor. Dans un grand bonheur intérieur, car il est persuadé d’avoir fait un choix excellent.

Tout comme le marchand qui cherche depuis longtemps des perles fines pour sa collection. Dès qu’il en trouve une répondant à son désir il l’achète, quitte à investir l’essentiel de ses biens.

Deux différences : le marchand cherche et découvre, le laboureur ne cherchait pas mais il trouve. Un grand point commun : les deux investissent tout ce qu’ils possèdent pour se procurer ce qu’ils considèrent comme le grand et unique trésor…le royaume de Dieu.

 

Peu de mots suffisent à Jésus pour rendre désirable l’entrée dans ce royaume. Jésus désigne ainsi l’univers de Dieu, ce que Dieu propose à ceux qui veulent être vraiment heureux.

On fait partie de ce royaume dès qu’on adhère à ce que Dieu pense, dès qu’on s’attache à faire ce que Dieu aime. Et si tu entres en harmonie avec Dieu, tu deviens heureux car le bon plaisir de Dieu c’est ton bonheur et ton épanouissement plénier.

Bien évidemment qu’il s’agit là d’un grand trésor ! Le bonheur intérieur n’est-il pas le plus grand trésor qu’on puisse désirer ?

 

Ce qui signifie : si tu cherches le bonheur, cherche la façon de vivre qui te rendra pleinement heureux. Dès que tu auras trouvé ce qui te rend pleinement épanoui, préfère-le à tout ! Investis alors toutes tes capacités pour le conserver et le développer.

 

Autrement dit, cherche le royaume de Dieu et tu trouveras la Vie.

Préfère la Vie selon Dieu à tous les petits plaisirs ou bonheurs.

Si tu cherches le sens de la vie c’est en Dieu que tu le trouveras.

Frappe à la porte du Royaume de Dieu, et elle s’ouvrira.

Entre alors dans l’univers de Dieu.

 

 

 

13, 54 à 58

Les quatre évangélistes mentionnent une visite de Jésus à Nazareth, la patrie ou pays où il fut élevé. Il y rencontre ses compatriotes dans la synagogue, "un jour de sabbat" précise Marc (6,2), "selon sa coutume" ajoute Luc (4,16). Il y prend la parole.

Dans un premier temps, ses auditeurs sont émerveillés, frappés d'étonnement devant la sagesse de ses propos et sa réputation de guérisseur, fondée sur ce que des Galiléens ont constaté lors de la précédente fête de Pâque à Jérusalem (Jean le précise en 4,44).

Dans un second temps, les questions et rumeurs circulent. Comment cela est-il possible ? Nous le connaissons parfaitement - lui, récemment charpentier et fils du charpentier Joseph - lui, fils de Marie - lui et ses quatre frères, Jacques, Joseph, Simon et Judas - lui et ses soeurs qui vivent ici. Dans quel sens les gens entendent-ils les mots frères et soeurs ? Le débat demeure entre spécialistes.

Le vrai problème vient de l'origine de Jésus, de son environnement familial et de son passé récent de charpentier: cela n'explique absolument pas l'étonnante transformation de Jésus. Tout au contraire. Qui donc est-il en vérité ? Un mystificateur ? Un nouveau gourou ? Un prétentieux? Un parano ? Un véritable homme de Dieu dans la ligne des grands prophètes de jadis?

Ses compatriotes sont donc divisés. Jésus s'en rend parfaitement compte. Il interpelle ses auditeurs en citant le dicton sur le prophète méprisé par ses compatriotes (et même dans sa parenté et dans sa propre maison, ajoute Marc 6,4). Il suscite le tumulte en évoquant Elie, reconnu seulement par la veuve étrangère de Sarepta, ainsi qu'Elisée reconnu seulement par le Syrien Naaman. On crie au scandale, au mépris de la vraie religion, à la publicité faite aux païens. Apparemment, fort peu de gens de Nazareth soutiennent Jésus, la majorité, furieuse, cherche à le faire disparaître (Luc 4, 28-29).

Matthieu explique ainsi le manque de foi des gens de Nazareth. Loin de s'y installer, Jésus va préférer Capharnaüm, le village de Simon Pierre et les bords du Lac de Galilée, pays plus ouverts sur l'extérieur et les peuples n'adhérant pas au Judaïsme.

Est-ce à cause du rejet par ses proches que Jésus deviendra de plus en plus sévère à l'égard d'une religion repliée sur elle-même, méprisante envers ceux du "dehors", des périphéries, les pécheurs ?

Nous pouvons nous demander aussi: dans quelle mesure une certaine connaissance extérieure des autres peut-elle fausser nos jugements ? nous empêcher de découvrir leur vraie personnalité ?

 

Jésus, tu n'as jamais caché ton passé, jamais camouflé tes intentions, jamais joué un personnage, jamais couru après les succès faciles. Donne-moi un peu de ta sagesse pour t'imiter.

 

14, 13 à 21

 

Les quatre évangélistes ont rapporté ce repas au désert. Preuve de son importance !

 

Matthieu choisit ses expressions pour centrer notre attention sur ce nous devons retenir.

1.Le désert rappelle la parcimonie de nourriture et la façon dont le Seigneur a pris son peuple en charge pour apaiser sa faim.

2. Les foules qui "suivent Jésus" et sa réaction montrent le rapport du bon Pasteur envers les Humains: il éprouve de compassion envers leurs difficultés, limites de santé, dépendances intérieures. Jésus entend , voit, guérit, prend soin et il enseigne les choses essentielles.

 

3.Tout particulièrement, Jésus offre à l'Humanité, ce qui devrait la nourrir spirituellement. Le pain est nécessaire, le corps doit être respecté: mais l'esprit, le coeur et la conscience doivent être alimentés sous peine de défaillance mortelle.

 

4. Jésus fait dans le désert les gestes significatifs de toute Eucharistie: il "prend" du pain, "lève les yeux au ciel", ("prononce la bénédiction" ou , plus exactement selon le grec),"rend grâces" au Père, il "rompt le pain", "le donne aux disciples" et les "disciples le donnent à la foule".

Le Pain du Repas du Seigneur est donné par Dieu, accueilli avec reconnaissance et action de grâces, rompu pour être partagé et non pas accaparé par quelques-uns. Il devient nourriture de Vie Eternelle.

Le Seigneur l'offre avec générosité, constamment, à tous, jusqu'à la fin des temps. Il y en a pour tout le monde: il en reste toujours.

 

5. Les proches du Seigneur, ses Envoyés (apôtres) , ses Disciples (les croyants) sont nourris comme la foule; mais ils doivent se soucier des faims de la foule, y apporter des solutions, partager à tous ce que le Seigneur donne pour tous, sans le réserver à certains de leurs amis.

Ce n'est pas leur parole qui nourrit l'humanité, mais la Parole de Dieu.

*

Dans nos Eucharisties, avons-nous conscience de refaire ce que fit le Seigneur pour nourrir ceux qui croient en Lui ?

Et le recevons-nous comme le plus grand Don de Dieu pour chaque génération humaine ?

 

 

 

14, 22 à 33

 

 

Matthieu relate cette nuit sur la mer de Tibériade après le repas présidé par Jésus dans un lieu désert. Marc et Jean composent leur récit avec des points communs: c'est dans la nuit qui suit la multiplication des pains - Jésus reste seul et prie jusqu'à la fin de la nuit - il les "rejoint" alors - calme leurs peurs en disant "Confiance ! n'ayez pas peur ! Je Suis (c'est moi)".

*

Prenons le temps de comparer le récit de Marc 6, 45-52 et celui de Jean 6,15-21. Plus brefs, moins "spectaculaires". Matthieu amplifie: la barque est battue par les vagues -les disciples prennent Jésus pour un fantôme et se mettent à crier. Pierre se met en avant et demande à Jésus de prouver que c'est bien lui - "Viens" - Pierre est saisi de peur, s'enfonce et crie à Jésus "Sauve-moi". Jésus souligne la faiblesse de sa foi et ses doutes. Par contre, ceux qui étaient dans la barque se prosternent et disent à Jésus: "Vraiment, tu es Fils de Dieu".

*

Matthieu fait de cet événement un enseignement sur la foi de Pierre (encore bien faible, mais que le Père va amplifier en Mat 16,16) et sur la première profession de foi des quelques disciples présents dans la barque ( dont Pierre fait partie, meilleur au milieu des autres que seul, présomptueux, comme dans la nuit de la Passion (Mat 26, 69-75).

 

La "mer" était alors considérée comme un lieu plein de risques et de dangers: mais Jésus n'en a pas peur, il est maître des éléments, comme le Créateur.

La nuit, le vent contraire et la mer symbolisent en plus, les doutes et le risque de ne pas croire, de ne plus faire confiance à Jésus. Mais, dès que l'humain accueille Jésus, il est sauvé, à l'image de Pierre.

Et enfin la profession de foi est ici présentée comme un acte communautaire et non pas comme un acte solitaire.

Elle est plus réaliste et enracinée lorsqu'elle survient après des événements qui auraient pu la faire sombrer.

 

 

14. 22 à 33

 

Matthieu a rédigé ce texte après la résurrection et la pentecôte et non pas à l’aube de ce que nous appelons souvent la tempête apaisée. Il ne veut pas faire le récit d’une nuit agitée mais plutôt faire jaillir du sens valable pour tous les disciples du Ressuscité.

Le Christ est d’abord celui qui les nourrit par l’Eucharistie : tous les évangiles mettent en relation la multiplication des pains et la marche sur la mer. Jésus ne veut pas que ses disciples se laissent piéger par le succès, par l’enthousiasme de ceux qui ont été rassasiés grâce au Christ. Il leur demande de prendre de la distance. Quant à lui, il est toujours avec son Père, en communion d’esprit et de mission.

Lorsque prend fin la nuit, le Ressuscité apparaît : il se montre à ceux qui le croyaient définitivement disparu de leur univers. Il leur apparaît marchant sur la mer, expression fréquente dans la Bible pour parler de la maîtrise de Dieu sur les eaux qui symbolisent le séjour de la mort et la puissance des ténèbres. Comme à l’aube de Pâques, les disciples sont d’abord effrayés et le Ressuscité se fait immédiatement identifier : c’est moi, littéralement en grec Je Suis, le nom propre de Dieu dans la Bible. Et il ajoute « N’ayez pas peur »

Matthieu présente Pierre comme celui qui veut lever ses propres doutes : « Si c’est bien toi, ordonne que je vienne vers toi sur la mer ». Et Jésus répète invariablement « Viens ! » Mais, aussi invariablement, les angoisses prennent le dessus et le disciple commence à s’enfoncer dans le monde d’en-bas jusqu’à ce qu’il lance le cri du croyant dont le foi est en danger : « Sauve-moi ». Et le Ressuscité sauve quiconque fait appel à lui : il est fidèle à son Nom de Jésus, Yeshouah, Yahvé sauve.

Gagnés par ce salut de Pierre, les autres disciples sont présentés par Matthieu comme se prosternant devant Jésus et prononçant ensemble leur acte de foi.

A travers eux, contemplons la foule des disciples, depuis vingt siècles, réunis dans « la barque de la communauté chrétienne » pour faire l’expérience du salut, dominer leurs doutes, vaincre leurs peurs et reconnaître dans le Christ le vainqueur de la mort et des ténèbres, celui qui a traversé la dure réalité de la mort injuste et qui vit éternellement dans le Souffle de l’Esprit de Dieu.

.

Seigneur Jésus, comme l’apôtre Pierre, il m’arrive de douter, d’avoir peur lorsque des questions m’assaillent dans le domaine religieux. Sois alors Lumière pour moi, sauve-moi de ce qui pourrait me conduire à te renier. Resserre mes liens avec les autres disciples de ton unique Communauté, de ton Unique Eglise à travers l’espace et le temps. Pour que je puisse dire avec conviction : « Oui, je crois, mais viens au secours de ma trop faible foi ». Que je répète cette prière pour compte et celui de mes frères et sœurs dans la foi. Amen

 

Matthieu 15

21-28

Matthieu vient de rapporter un jugement sévère sur certains spécialistes de la religion:

il leur reproche de donner plus d'importance au respect

des traditions qu'à l'attention

aux choix de conscience

conformes à ce que Dieu aime.

*

Jésus prend alors du recul:

il s'éloigne physiquement du petit monde clos de cette religion tatillonne.

Il part en pays païen,

au bord de la Méditerranée,

cette région qui commerce avec le monde connu.

Une mère de famille

affrontée aux graves problèmes d'équilibre psychique de sa fille

(un démon, un esprit mauvais comme on disait alors)

ose spontanément prendre

contact avec ce Juif

dont elle a entendu dire du bien.

Matthieu décrit les personnages

à travers un dialogue

qui "fait mouche".

- Les disciples veulent

protéger leur calme

et celui de Jésus désireux

de rester "incognito".

Mais Jésus a inventé

la parabole de l'ami importun

qui finit par obtenir satisfaction

(Luc 11, 5 à 8) .

Il se l'applique donc.

- La mère de famille ose importuner Jésus car, elle aussi,

voudrait bien retrouver

le calme dans les relations avec sa fille.

Alors, elle ose:

d'abord crier vers Jésus,

ensuite se prosterner

pour mieux le supplier,

et enfin répliquer

et argumenter sans se laisser démonter

par le silence de Jésus

et surtout par sa comparaison

des enfants et des petits chiens.

- Et Jésus se laisse toucher

par cette mère en détresse,

par son authenticité

acceptant le risque d'être éconduite.

Il riposte d'abord avec spontanéité

(il n'est pas venu ici en mission mais pour être au calme - il se doit d'abord aux brebis perdues de son peuple - et il ne peut pas "accueillir toute la misère du monde").

Mais, au lieu de se sentir

blessé par la réplique de la femme,

il l'admire,

l'approuve,

la met en valeur

et exauce sa demande

dont il comprend le bien fondé.

*

Imaginons la suite:

- la réaction des disciples

- le dialogue de la mère

avec sa fille guérie

et avec ses amies lui demandant comment ça s'est passé

- la révision de vie de Jésus,

le soir, dans sa prière

au Père qui veut

sauver toutes les personnes

se tournant vers Lui.

 

 

15, 21-28

 

Matthieu vient de rapporter un jugement sévère sur certains spécialistes de la religion: il leur reproche de donner plus d'importance au respect des traditions qu'à l'attention aux choix de conscience conformes à ce que Dieu aime.

*

Jésus prend alors du recul: il s'éloigne physiquement du petit monde clos de cette religion tatillonne. Il part en pays païen, au bord de la Méditerranée, cette région qui commerce avec le monde connu.

 

Une mère de famille affrontée aux graves problèmes d'équilibre psychique de sa fille (un démon, un esprit mauvais comme on disait alors) ose spontanément prendre contact avec ce Juif dont elle a entendu dire du bien.

Matthieu décrit les personnages à travers un dialogue qui "fait mouche".

 

- Les disciples veulent protéger leur calme et celui de Jésus désireux de rester "incognito". Mais Jésus a inventé la parabole de l'ami importun qui finit par obtenir satisfaction (Luc 11, 5 à 8) . Il se l'applique donc.

 

- La mère de famille ose importuner Jésus car, elle aussi, voudrait bien retrouver le calme dans les relations avec sa fille. Alors, elle ose: d'abord crier vers Jésus, ensuite se prosterner pour mieux le supplier, et enfin répliquer et argumenter sans se laisser démonter par le silence de Jésus et surtout par sa comparaison des enfants et des petits chiens.

 

- Et Jésus se laisse toucher par cette mère en détresse, par son authenticité acceptant le risque d'être éconduite. Il riposte avec spontanéité (il n'est pas venu ici en mission mais pour être au calme - il se doit d'abord aux brebis perdues de son peuple - et il ne peut pas "accueillir toute la misère du monde").

Mais, au lieu de se sentir blessé par la réplique de la femme, il l'admire, l'approuve, la met en valeur et exauce sa demande dont il comprend le bien fondé.

*

Imaginons la suite: la réaction des disciples - le dialogue de la mère avec sa fille guérie et avec ses amies lui demandant comment ça s'est passé - la révision de vie de Jésus, le soir, dans sa prière au Père qui veut sauver toutes les personnes se tournant vers Lui.

 

 

 

16,13 à 20

 

La profession de foi de Simon-Pierre est mentionnée dans les quatre évangiles: mais les expressions et contextes en sont variables ( Mc 8, 27-30; Lc 9,18-21; Jn 6, 67-70).

Simon Pierre s'exprime au milieu des disciples qui rapportent les opinions des foules sur le Fils de l'Homme.

Selon Matthieu, plusieurs ont déjà proclamé qu'il était "fils de Dieu" ( non pas LE fils de Dieu) (Mt 14, 33).

*

Matthieu est le seul à rapporter ce qui suit.

1. "Tu es Le Christ (Oint, Messie) Le Fils du Dieu Le Vivant", Profession de foi complète de Simon-Pierre

2. Cette profession de foi lui a été révélée par le Père: elle n'a pas une origine purement humaine, une déduction intellectuelle.

3. Cette profession de foi constitue le Roc sur lequel Jésus bâtira l'assemblée de ceux qui croiront en lui. Matthieu emploie ici le mot Eglise (aucun autre évangéliste ne dit que Jésus a employé ce mot Eglise ! )

4. La solidité indestructible de l'assemblée du Seigneur sera fondée sur cette profession de foi envers le Christ. Sans elle, rien ne pourra tenir face aux attaques de ses adversaires.

5. Jésus fait un jeu de mots à partir du surnom qu'il a donné à Simon: Pierre /pierre, Roc. La langue française identifie totalement à l'écoute Pierre ( prénom) à pierre (le roc, le fondement, la profession de foi). Ceci engendre une erreur d'interprétation: Jésus aurait fondé l'Eglise sur l'homme Pierre. Il est évidemment impossible que Dieu fonde son assemblée sur un humain, sur un mortel, qui plus est tellement limité que Jésus le qualifie immédiatement de Satan parce qu'il s'oppose aux pensées du Père (Mt 16,23). Pierre a parfaitement compris: relisez ce qu'il en écrit aux chrétiens (I Pierre, 2, 4-10). Pierre n'a jamais cru que Jésus fondait son Eglise sur sa petite personne ! Et aucun Pape n'a jamais cru que l'Eglise était fondée sur sa petite personne !

6. Jésus prouve sa confiance envers les humains en remettant entre leurs mains fragiles le gouvernement de Son assemblée: les clés qui ouvrent et ferment. Ici, Jésus confie les clés à Simon, plus loin il les confie également aux disciples (Mt 18,18; voir aussi Jn 20,22).

*

Les quatre évangiles situent cette profession de foi vers le milieu de la vie publique de Jésus, printemps de l'année 29 probablement.

Elle est immédiatement suivie de l'annonce du rejet de Jésus, de sa passion et de sa résurrection.

Jésus insiste pour que, dans l'immédiat, ses disciples ne l'appellent pas "Christ", Oint, Messie puisque ces termes, dans le langage de l'époque, années 29, désignaient un personnage de type politique s'engageant dans des actions de libération contre le pouvoir politique des occupants Romains.

Seigneur, tu accordes ta confiance aux humains qui gouvernent l’assemblée chrétienne à travers le monde. Donne-leur la Joie d’annoncer Ta Bonne Nouvelle et la lucidité pour prendre leur juste place de serviteurs dans Ton Eglise.

Explications et justifications complémentaires en cliquant sur ce lien ( colonne de droite)

http://www.thomasjch.com/magnificat.html

 

 

16, 21-27

Jésus vient tout juste d'approuver la profession de foi de Simon Pierre et de le traiter d'opposant à Dieu, de 'Satan" (en hébreu).

Il s'en explique pour la première fois, mais il y reviendra ensuite à deux reprises.

 

Les quatre évangiles rapportent cette conviction profonde de Jésus.

Le Père veut libérer tous les humains de leur propension à choisir souvent ce qui n'est pas bon, ce qui fait du mal, et parfois ce qui est le plus pervers et destructeur.

 

Jésus, son Fils Bien-Aimé, investit toutes ses capacités pour faire aboutir le dessein bienveillant du Père. Il n'hésite pas à heurter de plein fouet la résistance de ceux qui préfèrent leurs mauvais choix au bons choix que Dieu propose.

 

D'où le combat spirituel entre ces deux propositions: de bonheur et de vie, ou de malheur et de mort (Lire Deut. 30, 15-20)

Quiconque veut accompagner Jésus dans cet engagement contre le mal sera critiqué, rejeté, parfois jusqu'à être mis à mort.

 

Mais la mort n'aura jamais le dernier mot. La Vie l'emportera.

 

Celui qui adhère à cette perspective sera crucifié intérieurement: il devra préférer le triomphe final de la Vie ( sauver sa Vie, son âme, sa psychè en grec - et non pas sa bios) à son éventuelle propension en faveur de mauvais choix (perdre le sens de sa vie, perdre son âme, psychè en grec).

Compléments sur le sens de "donner sa vie", "perdre sa vie"

http://www.thomasjch.com/vies.html

 

Ne déformons pas la pensée de Jésus.

Il ne propose pas de choisir ce qui crucifie,

ce qui fait souffrir.

Il ne demande pas de préférer la mort physique. (bios, en grec ).

Il constate - et sait par expérience- que le combat pour la Vie et la Libération du mal demande courage, fidélité et endurance pour ne pas gâcher sa Vie (psychè en grec) en cherchant à gagner le monde.

 

Matthieu relate immédiatement après cette première annonce de la Passion, de la Mort et de la Résurrection, qu'il s'agit là d'une Transfiguration, d'une vision transfigurée de l'existence chrétienne, d'une métamorphose à vivre.

Quiconque le comprend et l'accepte est déjà sauvé, libéré.

Le Père donne cette "grâce" et ce bonheur à ceux qui le lui demandent: "Que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel".

 

 

 

 

 

17, 1 à 9

Jésus vient d'annoncer que les autorités religieuses de son peuple vont le rejeter et le mettre à mort.

Il a traité Pierre de Satan, parce qu'il s'opposait aux choix de Dieu.

Il a averti la foule: pour le suivre, il faut préférer les idées qui viennent de Lui et donc renoncer à ses propres idées dans la mesure où elles ne viennent pas de Dieu.

*.

Qui donc est-il pour parler ainsi?

Six jours plus tard, (jour six: celui de la création de l'humain comme image de Dieu) Jésus fait monter trois disciples sur une montagne "élevée",

à l'écart.

Pour y recevoir une réponse inattendue.

Jésus leur apparaît "métamorphosé",

vêtements blancs resplendissants "comme la Lumière".

Sa "Face brille comme le Soleil".

Toutes ces expressions désignent Yahvé Créateur.

 

Moïse et Elie sont là,

deux personnalités qui ont rencontré

Yahvé sur "la montagne",

comme dans le feu pour Moïse,

comme un souffle paisible pour Elie.

Pierre veut prolonger ce moment de bonheur.

*

Et la révélation devient encore plus précise.

La voix de Yahvé, l'Unique Dieu,

retentit au milieu de la nuée,

preuve évidente que c'est bien Dieu qui parle.

Il déclare: "Celui-ci est mon Fils bien-Aimé. En Lui je me plais. Ecoutez-le".

 

Jésus est proclamé Fils de Dieu.

Il dit les mêmes Vérités que son Père.

 

Les trois disciples comprennent:

ils éprouvent un immense respect au milieu de cette évidente Présence divine.

Jésus les touche, les invitant à s'éveiller,

à ouvrir les yeux:

ils voient, Jésus, seulement Lui,

comme dans le quotidien.

Mais intérieurement,

ils le voient avec un nouveau regard intérieur.

 

 

* Matthieu a repris tous les signes et symboles attestant la présence de Yahvé dans les Ecritures du Judaïsme.

 

Le récit de la Résurrection les réutilisera.

La Transfiguration annonce la Résurrection.

 

Mais les trois disciples ne peuvent encore

ni les comprendre. ni les interpréter correctement.

 

D'où le silence que Jésus leur demande d'observer jusqu'à ce que le Fils de l'homme

soit "réveillé" d'entre les morts.

( Réveillé, l'un des deux mots utilisés par le NT pour parler de "résurrection": réveil et relèvement)

 

Ce moment historique de Résurrection approche

car déjà Elie est revenu;

il a été mis à mort en la personne de Jean Baptiste. Les trois le comprennent.

*

 

 

 

Par moment, nous avons l'intuition lumineuse

que Jésus est véritablement le Fils de Dieu.

 

Rares heures de bonheur dans la Foi.

Expériences exceptionnelles,

réservées à quelques uns,

non données à tous,

non livrées en public.

 

 

 

Demeurons en silence,

à l'écart, au plus profonde

de notre conscience

 

pour mieux écouter

la Voix du Père

et celle de Jésus

qui nous enseigne

la Route de la Vérité,

de la Lumière,

de la Résurrection

et de la Vie.

 

 

 

 

17, 1 à 13

 

Jésus vient d'annoncer que les autorités religieuses de son peuple vont le rejeter et le mettre à mort. Il a traité Pierre de Satan, parce qu'il s'opposait aux choix de Dieu. Il avertit la foule: pour le suivre, il faut préférer les idées qui viennent de lui et donc renoncer à ses propres idées dans la mesure où elles ne viennent pas de Dieu.

*.

Qui donc est-il pour parler ainsi?

Six jours plus tard, (jour six: celui de la création de l'humain comme image de Dieu) Jésus fait monter trois disciples sur une montagne "élevée", à l'écart. Pour y recevoir une réponse inattendue.

Jésus leur apparaît "métamorphosé", vêtements blancs resplendissants "comme la Lumière". Sa "Face brille comme le Soleil". Toutes ces expressions désignent Yahvé Créateur.

Moïse et Elie sont là, deux personnalité qui ont rencontré Yahvé sur "la montagne", comme dans le feu pour Moïse, comme un souffle paisible pour Elie.

Pierre veut prolonger ce moment de bonheur.

*

Et la révélation devient encore plus précise. La voix de Yahvé, l'Unique Dieu, retentit au milieu de la nuée, preuve évidente que c'est bien Dieu qui parle. Il déclare: "Celui-ci est mon Fils bien-Aimé. En Lui je me plais. Ecoutez-le".

 

Jésus est proclamé Fils de Dieu. Il dit les mêmes Vérités que son Père.

Les trois disciples comprennent: ils éprouvent un immense respect au milieu de cette évidente Présence divine.

Jésus les touche, les invitant à s'éveiller, à ouvrir les yeux: ils voient, Jésus, seulement Lui, comme dans le quotidien. Mais intérieurement, ils le voient avec un nouveau regard intérieur.

*

Matthieu a repris tous les signes et symboles attestant la présence de Yahvé dans les Ecritures du Judaïsme. Le récit de la Résurrection les réutilisera. La Transfiguration annonce la Résurrection.

Mais les trois disciples ne peuvent encore ni les comprendre. ni les interpréter correctement. D'où le silence que Jésus leur demande d'observer jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit "réveillé" d'entre les morts.

Ce moment approche car déjà Elie est revenu; il a été mis à mort en la personne de Jean Baptiste. Les trois le comprennent.

*

Par moment, nous avons l'intuition lumineuse que Jésus est véritablement le Fils de Dieu. Rares heures de bonheur dans la Foi. Expériences rares, réservées à quelques uns, non données à tous, non livrées en public.

 

Demeurons en silence, à l'écart, pour mieux écouter la Voix du Père et celle de Jésus qui nous enseigne la Route de la Vérité, de la Lumière, de la Résurrection et de la Vie.

 

 

18, 15-20

 

Voici quatre affirmations de Jésus concernant les relations entre ses disciples.

 

Premièrement. Tous doivent s’aider à progresser. En tenant compte des psychologies (commence par faire le point seul à seul avec l’intéressé), en respectant l’objectivité (deux ou trois témoins sont utiles), en se faisant vérifier par la communauté locale, ici appelée église, et en changeant le type de relation avec le frère qui refuse toute remarque : (considère-le désormais comme un païen ou un publicain). Attention ! Cela ne signifie aucunement la rupture de relation avec lui. Jésus a toujours gardé contact avec des pécheurs, des brebis perdues, des percepteurs collaborant avec les occupants romains. Si mon frère persiste à rejeter toute remarque fondée, je prie pour lui, je garder contact avec lui pour faciliter sa réflexion, j’accompagne son amélioration.

Les disciples du Christ ont-ils spontanément cette juste attitude ? Deux comportements fréquents la contredisent : soit le silence complice vis-à-vis des frères qui s’opposent à l’évangile, soit la rupture de relation additionnée de critiques assassines dans le dos du pécheur.

 

Seconde affirmation de Jésus. Vous avez pouvoir de lier ou de délier, de maintenir ou de supprimer, de pardonner ou non. Mais commencez toujours par ajuster votre décision à la pensée de Dieu : pardonnez ce que le Ciel pardonne, déliez ce que Dieu délie, libérez la conscience de ceux et celles dont Dieu libère la conscience. Ne vous mettez pas en contradiction avec la pensée de Dieu révélée par le Christ.

 

Troisième affirmation. Le Père des Cieux répond toujours aux demandes sur lesquelles se sont accordés préalablement deux disciples. Superbe façon de souligner l’efficacité de la prière en couple, de la prière communautaire. Et carton rouge contre les prières contradictoires entre groupes de disciples séparés.

 

Pour terminer une quatrième certitude : « Là où deux ou trois sont rassemblés en mon Nom, je suis au milieu d’eux ». Le Nom de Jésus est le Nom même de Dieu, celui qui peut dire « Je suis, Je suis qui je suis, Je suis et serai toujours » avec vous dès lors et tant que vous serez avec moi.

 

Dieu notre Père, illumine le cœur de tous les chrétiens pour que leurs relations deviennent réellement plus fidèles à ce que ton Fils Jésus en a dit.

 

 

18, 15 à 22

 

 

Matthieu est le seul à rapporter les conseils de Jésus concernant la gestions des conflits et/ou des fautes publiques.

 

La délicatesse et la psychologie imposent une gradation: d'abord seul à seul, en direct, puis avec deux témoins supplémentaires (selon la pratique traditionnelle (Dt 19,15) et enfin avec un certain nombre de membres de la communauté locale.

 

Le but recherché est l'amélioration du responsable, origine du conflit ou la faute publique.

 

Le moyen utilisé est le dialogue pour s'expliquer, convaincre et parfois confondre, obliger à reconnaître et à avouer.

 

Le fondement de cette pratique se trouve dans le Lévitique (19, 15-18) disant notamment: "Tu ne haïras pas ton frère dans ton coeur. Mais tu devras réprimander ton compatriote et tu ne tolèreras pas la faute qui est en lui". Le silence pourrait devenir complicité, approbation du mal.

 

Et si le coupable persiste dans son attitude ?

Prie pour lui afin qu'il change de comportement, qu'il se convertisse et redevienne fidèle au Seigneur.

Mais ne lui fais pas de mal: souhaite qu'il lui arrive du bien, le plus grand bien étant de retrouver la fidélité envers le Seigneur et la réconciliation avec ses frères et soeurs (Luc 6,27 à 36)

*

Matthieu rappelle une phrase de Jésus, dite à Pierre personnellement (Mt 16, 19) et redite à l'ensemble des disciples: Dieu s'engage et est engagé par les décisions prises par l'assemblée des disciples et ceux qui la gouvernent selon la pensée de Dieu.

*

La communauté en prière est assurée de la présence du Christ pour la conduire.

*

Matthieu met en scène Pierre s'interrogeant sur les limites du pardon à octroyer: une fois, trois fois? Soixante dix fois sept fois répond Jésus. (Mt18,21-23).

 

Luc précise une condition: "s'il se repent": Le pardon n'est pas une sorte de nettoyage extérieur ne touchant pas l'intérieur de la conscience; celle-ci doit s'engager, se repentir, faire un chemin de conversion. " Si ton frère pèche contre toi, reprends-le, et s'il se repent, pardonne-lui. Et s'il pèche sept fois par jour toi, alors sept fois du lui pardonneras" (Luc 17, 3-4)

 

Matthieu 18, 21 à 35

Matthieu termine ce chapitre 18 consacré aux enseignements destinés aux disciples du Christ (qu'il appelle exceptionnellement église).

Il rapporte la terrible parabole du serviteur impitoyable, refusant le pardon à ses frères. Dieu lui appliquera le même refus lorsqu'il sollicitera son pardon. Il le traitera de " serviteur méchant ": méchant et illogique car il refuse d'annuler les dettes minuscules de ses proches alors qu'il supplie Dieu de lui accorder un long délai pour rembourser la dette énorme qu'il a contractée par son comportement injuste, inconsidéré, contraire aux règles fondamentales de l'Alliance, ou décalogue que nous appelons les dix commandements.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit finalement dans l'histoire mise en scène par Jésus.

Il choisit le mot "dette" pour caractériser le "péché". Exactement comme dans le "Notre Père" dont il ponctue la dernière demande par deux principes incontournables et parfaitement logiques:

" Si vous pardonnez aux autres le mal qu'ils vous ont fait, votre Père...vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux autres, votre Père ne vous pardonnera pas non plus le mal que vous avez fait" (Mat 6, 14-15).

Pardonner, accorder son pardon, ce n'est pas oublier ( ni amnésie, ni trouble de la mémoire). Pardonner, c'est ne plus tenir compte d'une dette réelle: c'est déchirer une facture justifiée.

Le pardon est une décision gratuite, libre, généreuse. Celui qui pardonne fait plus que donner: il annule une dette. L'homme normal remercie celui qui vient d'annuler sa dette. Il sait que ce fut un cadeau.

Il pardonne véritablement celui qui ne rappelle pas périodiquement à son débiteur qu'il a déchiré la facture...lui imposant ainsi une nouvelle dette, celle de remercier une fois encore à chaque évocation de la remise de dettes.

Celui-là ressemble vraiment à Dieu se définissant ainsi depuis toujours: "Je suis un Dieu compatissant et bienveillant, patient, d'une immense et fidèle bonté. Je manifeste ma bonté envers les hommes jusqu'à mille générations, supportant les péchés, les désobéissances et les fautes. Mais je ne tiens pas le coupable pour innocent, j'interviens contre celui qui a péché...jusqu'à la troisième ou à la quatrième génération". ( Ex 34, 6-7).

Pesons bien l'énorme différence entre la bonté jusqu'à mille générations, et la rigueur seulement jusqu'à la quatrième génération.

Personne ne peut exiger la remise de dette.

Nous ne devrions jamais dire: pardonne-moi !

Cela ressemble à un ordre !

Nous devrions toujours dire: "Si tu le veux, mais rien ne t'y oblige, sois assez bon pour me pardonner! "

Se contenter du mot "pardon", après la remise faute, c'est vraiment trop court: trop automatique, conformiste, seulement poli. C'est un début.

C'est déjà mieux que l'absence totale de demande de pardon, qui caractérise ceux qui ne reconnaissent jamais leurs torts, leurs fautes, le mal qu'ils ont fait.

Où en suis-je donc par rapport aux pardons ? Pardons refusés aux autres ?

Pardon toujours octroyé ?

Pardon du bout des lèvres ?

Pardon souligné par des gestes d'amour et de tendresse ?

Un couple dont l'un ne pardonne jamais ou ne reconnaît jamais ses torts, explosera nécessairement un jour ou l'autre.

Une société dans laquelle personne ne consent à pardonner ni à reconnaître ses torts explosera nécessairement un jour ou l'autre.

Une institution refusant de reconnaître ses torts, passés ou présents, connaîtra nécessairement un jour ou l'autre les divisions, les séparations, les schismes, et bien souvent les guerres, les violences, les meurtres.

Les chrétiens en savent quelque chose qui se sont séparés depuis 1054 entre Orient et Occident, puis en 1521 entre réformés et refusant la réforme, puis...encore récemment entre traditionnalistes et conciliaires, etc...Jusqu'à quand ?

Jusqu'à ce que de grands hommes courageux renversent la logique du refus de pardon et s'impliquent, en précurseurs, dans les dialogues en vue des réconciliations allant jusqu'aux pardons.

L'Europe politique en sait quelque chose.

D'autres nations de l'Afrique ou des Amériques en savent quelque chose.

 

 

 

20, 1 à 16

 

Voici un chef d'oeuvre de psychologie qui nous piège tous, au point parfois de nous révolter comme les ouvriers de la première heure.

*

Si le propriétaire avait distribué la paye en commençant par eux, tout se serait passé correctement, selon le contrat du matin: une journée, un denier. Circulez ! Tout est correct. Deutéronome 24, 14-15 est respecté.

.

Si le propriétaire leur avait demandé de rester en place jusqu'au paiement des ouvriers arrivés en dernier: l'étonnement, puis la critique et enfin la colère se seraient amplifiés. Tous auraient progressivement crié à l'injustice. Les derniers auraient-ils savouré leur chance et remercié le généreux donateur ?

 

Jésus invente donc cette parabole pour interpeller notre inconscient dont voici quelques principes:

- Nous estimons que le mérite est proportionnel à la difficulté.

- La justice se mesure à l'égalité des droits: même travail, même rétribution.

- En matière de relations commerciales la générosité n'a pas sa place. Sinon, c'est du n'importe quoi!

- Le salaire doit être proportionnel à la durée travaillée.

*

Ce qui donne, en matière de rétribution de la fidélité religieuse:

- Si j'ai été fidèle toute ma vie, je mérite plus que celui qui se convertit au dernier moment,

-Si j'ai dû affronter de grandes difficultés pour rester fidèle à Dieu, j'ai droit à un supplément par rapport à celui dont la vie fut paisible.

- La souffrance supportée donne des droits.

- Si Dieu est juste, qu'il commence par respecter nos droits.

- La générosité envers les uns peut blesser le sentiment d'égalité. Dieu doit pratiquer exactement la même générosité envers tous: sinon, il devient injuste et arbitraire.

*

Par cette parabole insolite, Jésus essaie de montrer que le Père est d'abord généreux, prioritairement magnanime, encore plus attentif à ceux qu'on risque d'oublier, encore plus prompt à pardonner à ceux qui ont beaucoup péché, toujours prêt à donner sans limite. Toutefois, jamais il ne blesse la justice: il donne toujours ce qu'il a promis de donner. Mais il "fonctionne" autrement que nous. Et de quel droit pourrions-nous le lui reprocher ? Sa Sagesse n'est-elle pas supérieure à nos petits calculs?

*

Finalement, Dieu nous invite à passer de relations humaines de type commercial à des relations typiquement "divines", semblables aux siennes. Et si nous pratiquons ce type de relations, nous comprenons la parabole: elle ne nous offusque pas: elle nous réjouit et nous aimons un Dieu qui aime ainsi.

*

Jésus présente le Père comme celui qui ne cesse de proposer aux humains missions et travaux: il embauche à toute heure. Il sait que chômage et inactivité entraînent quantité de maux, et notamment le sentiment d'inexistence, de non-valeur. En gardant le contact avec tous les humains disponibles, il prouve qu'il les apprécie, qu'il a besoin d'eux Dans le monde comme dans la communauté croyante. Il veut donner à chacun toutes les chances de mettre ses qualités au service de tous. Superbe message pour aujourd'hui.

*.

 

Si le Maître de la Vigne nous choque, c'est que notre oeil n'est pas encore foncièrement bon et qu'il a besoin d'un examen approfondi avec ordonnance de correction visuelle.*

Le principe affirmé au verset 16 est bien ancré dans les mémoires, mais souvent appliqué n'importe comment. Allons voir les autres contextes pour mieux le comprendre:Mat 19,30; Marc 10,31; Luc 13,30. Jésus a dû souvent répéter cette phrase qui fait toujours réfléchir.

 

 

 

21, 1 à 11

 

Matthieu situe l'événement après la demande prétentieuse de la mère de Jacques et Jean, après la traversée de Jéricho où Jésus a guéri deux aveugles - et avant l'entrée dans le Temple où les grands-prêtres et les scribes reprochent à Jésus de laisser les enfants chanter "Hosanna au fils de David". En fait , les autorités cherchent le moyen de faire taire Jésus en l'éliminant physiquement.

 

L'évangéliste glisse rapidement sur l'acte fort et symbolique de Jésus purifiant le temple en chassant le commerce organisé pour le culte des sacrifices, avec la complicité des Autorités du Temple et leurs pourcentages....

 

Matthieu ne développe pas la solennité de cette entrée royale de Jésus à Jérusalem quelques jours avant la célébration de la Pâque.

 

Il va à l'essentiel !

" Toute la ville de Jérusalem fut en émoi" ( s'agita) en disant: "Qui est celui-ci?". Effectivement, selon Matthieu, Jésus arrive de Galilée où il est bien plus connu qu'à Jérusalem où la question est posée par ce cortège bruyant, populaire, improbable: "Qui est-ce?". (rappel de l'arrivée des Mages à Jérusalem )

 

Une foule en grande joie, agitant des branches, étendant les manteaux pour en faire un tapis, clamant "Hosanna, (sauve, s'il te plaît), fils de David, Béni et venant au Nom du Seigneur!".

 

Au coeur de cette foule populaire, un homme monté sur un ânon ! Matthieu décode cette mise en scène clairement organisée et voulue par Jésus pour rappeler la joie de Jérusalem accueillant son Roi, un jour de victoire , en le déclarant juste, victorieux et humble (Zacharie 9,9-10).

 

Qui donc est cet homme ?

" C'est le prophète Jésus, de Nazareth,

de Galilée".

Autrement dit, un homme sans gloire, de basse extraction, aux limites de la bonne religion!

 

La foule proclame l'essentiel:

- voici un homme aux antipodes du guerrier terrassant ses ennemis (il chevaucherait un cheval ou dirigerait un char de guerre),

- voici un porte-parole de Dieu et non pas quelqu'un s'auto proclamant maître à penser,

- voici un personnage à l'aise au milieu des humains et ne cherchant pas à les dominer.

- voici une personne accomplissant des actes de guérison en faveur de ceux qui ne voient pas ou qui boitent ( physiquement et spirituellement).

- voici quelqu'un qui vient sauver.

 

Tel est bien le Fils d'homme qui entre à Jérusalem.

Les foules sont dans le vrai.

Et les Autorités n'ont pas la moindre idée

sur sa véritable mission: sauver des personnes et réformer la religion qui a trop oublié Abraham, Moïse et les Prophètes.

 

 

 

 

21, 28 à 32

 

 

Matthieu rapporte cette parabole dans le contexte des controverses entre Jésus et ses opposants, à Jérusalem, après les Rameaux.

La tension est forte. Jésus risque sa condamnation.

Il ne s'agit donc pas seulement d'une histoire banale. Se profile ici un élément fondamental de la religion que Dieu le Père aime.

 

Non pas une religion de paroles exactes, de proclamations de foi. Mais un engagement de la personne, incarné dans des actes.

Car les paroles volent, les actes demeurent. On dit tant de choses qu'on ne pense pas vraiment; seul, le comportement stable, répété, révèle les pensées et les décisions profondes.

Au soir de notre vie nous serons jugés sur nos actes, notamment sur la façon dont nous aurons aimé Dieu et les autres. Même les actes cultuels auront moins d'importance que les actes de la vie quotidienne. La compassion vécue vaut plus qu'une multitude de sacrifices offerts.

*

Ayant rappelé cette priorité de l'engagement en actes, Jésus en fait une application immédiate visant explicitement ceux qui avaient refusé de croire le message de Jean Baptiste. (Mt 3,1-12). Au premier rang beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens traités d'engeance de vipères par le Baptiste. Ils sont probablement là, parmi les auditeurs de Jésus

Jean leur avait demandé de "produire un fruit de la conversion", autrement dit de changer leur façon de penser et de vivre.

 

Jésus enfonce le clou. Il attaque en les rabaissant en-dessous des personnes qu'ils méprisaient le plus: prostituées et collecteurs d'impôts. Ces gens-là ont adhéré au message de Jean, malgré leurs comportements discutables: tandis que des Pharisiens et Sadducéens n'ont même pas approuvé le message de Jean et n'en ont fait aucun cas.

*

Terrible accusation publique rapportée par Matthieu seulement.

Et Jésus va enchaîner sur la parabole des vignerons homicides.

Et par la grande accusation contre les scribes et les Pharisiens (Mt23).

*

Nul n'est à l'abri de ces réquisitoires. Contre qui Jésus les prononcerait-il aujourd'hui ? Vous ? moi ?

 

 

 

21, 33 à 46

Matthieu rapporte ici plusieurs paraboles où Jésus dénonce les intentions homicides de certaines Autorités religieuses du Judaïsme.

Voici la première.

Elle commence par évoquer un poème du prophète Isaïe: Yahvé aime le Peuple qu'il a choisi et choyé comme un propriétaire aime sa vigne. Mais la déception de Yahvé est immense puisque son peuple fournit de très mauvais produits: injustice, crimes, mensonges etc...

Le ton est donné: celui de l'amour déçu.

* Mais Jésus amplifie. Le propriétaire (Yahvé) a confié le soin de sa Vigne à des vignerons chargés de l'élever et de la cultiver (les autorités religieuses). Ceux-ci font toute autre chose: ils se comportent en mauvais propriétaires, exploitant la vigne à leur profit, méprisant tous les envoyés du vrai propriétaire (les prophètes)..

Comble de l'horreur: quand le fils ( le Fils Bien-Aimé de Dieu) se présente pour rappeler aux vignerons leur devoir de respecter le propriétaire et son peuple (le Peuple de l'Alliance), les vignerons vont jusqu'au bout de leurs intentions perverses: ils tuent le Fils, l'héritier, en espérant ainsi se débarrasser définitivement de leur rapport à Yahvé, et s'arroger impunément le pouvoir absolu sur le Peuple de Dieu afin de l'exploiter à leur guise.

*

Les accusations pleuvent, les phrases font mouche. Les autorités religieuses comprennent que Jésus connaît leurs intentions homicides. Mais, dans l'immédiat, les foules soutiennent Jésus. Encore quelques jours, quelques autres accusations perfides, et les foules seront retournées. Les autorités religieuses pourront alors tuer le Fils.

*

Mais la parabole ne sera pas terminée pour autant. L'Histoire rétablira la Justice et la Vérité. Les autorités perdront leur pouvoir oppressif. La Vigne leur sera enlevée. Dieu choisira d'autres vignerons, les collaborateurs de son Fils Bien-Aimé. Et ceux-ci prendront en charge la Vigne Bien-Aimée, y feront entrer des peuples et des Nations prises dans toute l'Humanité. Avec l'espoir que les nouveaux vignerons n'exploitent jamais le Peuple de Dieu et qu'ils ne se comportent jamais en maîtres prétentieux, dominateurs et finalement pervers et pervertisseurs.

*

Parabole facile à décrypter encore aujourd'hui.

Les Vignerons sont les personnes auxquelles fut confiée la responsabilité du peuple, des petites gens, au plan religieux et, pourquoi pas, dans les domaines sociaux, politiques, internationaux: le Maître de l'Histoire s'intéresse à tous sans exclusive.

Tant que se déroule l'Histoire humaine les personnes en responsabilité doivent s'interroger ou se laisser interpeller sur la façon dont elles respectent leur mandat.

Un avertissement leur est adressé: convertissez-vous ou laissez la place.

 

 

 

22, 1 à 14

 

Les éléments clés:

1. Il s'agit d'une Noce, d'un festin célébrant l'Alliance du Fils Bien-Aimé avec le Père de tous les humains. Pas un simple festin (point de vue choisi par Luc, 14,15+25). Matthieu rédige prioritairement pour ses frères du Judaïsme: il choisit les éléments soulignant leur responsabilité. ( Luc pense aux communautés de culture grecque ou romaine)

2. Les premiers invités sont les membres du Peuple de l'Alliance historique, celle de Yahvé avec son peuple, choisi parmi tous les peuples. Des gens du monde juif.

3. Mais ces invités ne veulent pas participer au repas de l'Alliance du Fils Bien-Aimé. Ils vaquent à leurs occupations ordinaires, méprisant la proposition exceptionnelle et prioritaire que Dieu leur fait.

4. Bien plus, ils maltraitent et tuent les messagers portant l'invitation (ce à quoi Luc ne fait aucune allusion).

5.Le Roi en est vivement éprouvé, déçu, irrité. Comme jadis devant les refus de son peuple, longuement rapportés par les prophètes, Dieu-Roi se met en colère: il fait périr les invités persistant dans le refus d'entrer dans le Royaume. Les prophètes choisissent des expressions montrant que Yahvé s'implique personnellement dans les malheurs qui frappent son peuple: il espère qu'ils feront réfléchir le peuple et le décideront à revenir vers Lui, ne serait-ce que pour échapper aux malheurs. Parmi ces malheurs, Matthieu cite les incendies qui ont ravagé Jérusalem. On peut y voir une allusion à la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70 et à l'incendie détruisit le Temple et mit une fin définitive au culte sacrificiel que le Judaïsme y célébrait depuis des siècles à la demande de Yahvé. (Luc n'en dit rien).

6.Comme le Roi persiste à désirer la participation la plus large possible à l'Alliance, il envoie de nouveaux messagers (les envoyés du Fils, appelés apôtres?) à travers le monde pour que la fête des Noces soit ouverte à TOUS, "bons ou mauvais". (Luc détaille: pauvres, estropiés, aveugles, boiteux, et même ceux qui n'ont pas vraiment envie de participer).

7. Le verdict tombe: "les invités historiques n'en étaient pas dignes". Pas plus, d'ailleurs, que ce convive qui ne fait rien pour participer à la fête de l'Alliance, à la communion joyeuse avec tous. ( Luc ne mentionne pas ce convive). Lui aussi va être expulsé, rejoignant ceux qui ont refusé de participer à l'Alliance, préférant "rester dehors, là où il y a regrets, grincements de dents. Matthieu souligne volontairement la culpabilité des personnes du monde Juif qui ont choisi de refuser la proposition d'entrer dans le Royaume de Dieu ( que Matthieu appelle Royaume des Cieux, selon les mots du Notre Père...qui es aux cieux)

*

Les applications sont multiples:- historiques, concernant une partie du peuple choisi: - permanentes, le désir de Dieu de voir tous les humains entrer dans l'Alliance avec le Christ - et exigeantes, on ne fait pas semblant de vivre selon l'Alliance sans changer quelque chose dans son comportement.

*

Et nous aujourd'hui ? Quelles invitations du Seigneur refusons-nous ? Sommes-nous reconnaissants d'être invités malgré nos faiblesses, erreurs ou pauvretés ? Quels changements acceptons-nous pour que notre coeur vibre à l'unisson de l'Alliance du Christ avec l'Humanité entière?

*

Comparer la version de Luc (14, 15-24) avec celle de Matthieu. Luc mentionne un contexte moins dramatique: Matthieu situe la parabole à l'approche de la Passion du Christ, insistant sur le refus des autorités religieuses qui vont aller jusqu'à tuer l'Epoux, le Fils Unique.

 

Tout le monde connait la phrase finale " Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus", traduction fidèle au texte grec. La TOB traduit: "Certes, la multitude est appelée, mais peu sont élus". Et la BFC traduit: " En effet, ajouta Jésus, beaucoup sont invités, mais peu sont admis". Luc ne cite pas cette phrase: il termine en constatant la tristesse de l'organisateur du Repas: " Je vous le dis, aucun de ceux-là qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner".

 

Matthieu situe la parabole à l'approche de la Passion du Christ, insistant sur le refus des autorités religieuses qui vont aller jusqu'à tuer l'Epoux, le Fils Unique.

 

 

22, 15 à 22

 

Les Pharisiens, désormais certains que Jésus a percé leur intention de se débarrasser de lui, envoient leurs disciples avec quelques partisans d'Hérode, responsable politique de la Galilée.

Les compliments qu'ils adressent à Jésus sont un modèle d'hypocrisie. Ils l'appellent "enseignant " (didaskalos, maître) ils le flattent, imaginant que Jésus va apprécier et se laisser aller à des paroles politiquement compromettantes.

La question était perfide et même redoutable. En effet, tous les Juifs devaient payer à l'Empire romain le tribut, signe infamant de leur soumission à Rome. Certains extrémistes Juifs refusaient de payer pour manifester leur mépris de l'Occupant.

Jésus allait-il conseiller de les imiter, prônant ainsi une sorte de rébellion?

Jésus montre d'abord qu'il est conscient de leur fourberie destinée à le mettre à l'épreuve.

Il contre attaque immédiatement en leur demandant de sortir de leurs poches la monnaie romaine qui servait à payer tribut à Rome (le denier). Preuve qu'eux-mêmes se soumettaient à l'occupant.

Astucieusement, Jésus les oblige à décrire cette monnaie: effigie et inscription.

Et il prononce sa réponse imparable en deux phrases:

1. Rendez donc à César ce qui est à César. Continuez à reconnaître son pouvoir sur vous, à commercer avec sa monnaie, le denier, reproduisant le visage de l'Empereur ( icone, en grec).

2. A propos de l'inscription Jésus affirme: Rendez à Dieu ce qui est à Dieu. Reconnaissez ce que Dieu ne cesse de faire pour vous. Vivez selon l'Alliance à laquelle il est fidèle: imitez-le. Vous avez été créés à son image, vous avez reçu ce cadeau inestimable, n'oubliez pas de cultiver votre ressemblance avec Dieu.

* Tout le monde connaît la première partie de la réponse de Jésus. Les croyants ne vivent pas hors du monde concret, réel, civil, politique. Qu'ils agissent donc au mieux dans cet univers.

 

Mais que ceux qui cherchent du sens à leur existence n'oublient pas la seconde partie de la réponse ! Qu'ils cultivent donc en eux l'effigie de Dieu, son icone. Qu'ils vivent en relation respectueuse et confiante avec Lui *

Résultat ?

"Ils furent tout étonnés et, le laissant, ils s'en allèrent."

Encore une mise à l'épreuve victorieusement surmontée par Jésus.

 

 

22, 34 à 40

 

Encore un piège tendu à Jésus !

Les spécialistes du droit religieux savent que ce Galiléen n'a pas fréquenté les hautes écoles de Jérusalem où on débattait doctement sur les 613 prescriptions tirées des cinq premiers Livres Saints (Pentateuque, ou Tora, ou Loi).

Ils sont persuadés que Jésus ne va pas répondre correctement à la question: "Quel est le grand commandement ?". LE commandement, le "premier" (Marc 12, 28).

*

Sans hésiter, Jésus cite ce que dit le Deutéronome, 6,5: "Tu aimeras Yahvé ton Dieu en tout ton coeur, en toute ton âme, et en toute ta pensée". Et il ponctue: "C'est là, LE grand, LE premier commandement". Non pas une prescription noyée au milieu des autres: mais l'essentiel, la première chose que Dieu commande vraiment.

Selon Marc 12,29, Jésus commence par la phrase que chaque Juif pieux doit dire en se réveillant: "Ecoute, Israël, Yahvé notre Dieu est le seul Yahvé". Ecoute, aujourd'hui. Avant toute autre activité. Laisse la Parole à Dieu. Lui seul te dira ce qui est important! N'écoute pas les autres voix qui pourraient t'éloigner de l'Unique Seigneur.

*

"Le second (commandement) est semblable à celui-ci", ajoute Jésus. Il cite alors un passage du Lévitique, 19,18: "Tu aimeras don prochain comme toi-même". Ton proche, celui que tu rencontres effectivement, bien réel. Ne lui fais pas ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse. Respecte-le. Fais-lui du bien. Pense à lui. Tiens compte de lui..

 

Les deux commandements ne sont pas identiques, seulement semblables. Tous les deux sont importants, très au-dessus des innombrables prescriptions inventées par des autorités humaines, des commentateurs de la Loi, qui ne sont pas toujours bien inspirés..

Le premier concerne la relation à Dieu, à l'Unique. Il doit prendre la première place (et non la seconde). Il est le principal, le chef. Ne te contente donc pas du second: agis d'abord selon LE commandement qui fonde tout. Mais n'oublie jamais le second puisqu'il est "semblable" au premier. Fidèle à ces deux commandements, tu seras fidèle à toute la Loi d'Alliance.

*

Et Jésus conclut avec une autorité spirituelle indéniable: "A ces deux commandements se rattachent toute la

Loi et les Prophètes".

 

L'évangéliste Matthieu terminera en écrivant:: "Et personne ne pouvait lui répondre un mot. Et personne n'osa plus, à partir de ce jour, l'interroger" (v. 46)

 

 

 

 

23, 1 à 12

 

Après avoir rapporté les débats entre Jésus et ses opposants,(chapitres 21 et 22) Matthieu récapitule dans ce chapitre 23 les reproches que leur fait. le Christ.

 

- Ils faussent radicalement le sens du Judaïsme

 

- Leur façon de vivre est une négation de ce qu'ils enseignent: ne les imitez donc pas !

 

- Ils débattent à n'en plus finir sur l'interprétation de la Loi, sans jamais tenir compte de la psychologie des gens. Ils n'hésitent pas à édicter des prescriptions impossibles à respecter.

 

- Qu'est-ce qui les pousse à parler, à écrire ? Le besoin de se faire valoir et admirer. Voilà leur hypocrisie.

 

- Ce sont des prétentieux, des orgueilleux. Et toute la Bible dit que Dieu résiste aux orgueilleux.

 

- Ils se prennent pour des gens importants, des V.I.P en religion ! Il vont jusqu'à s'arroger des titres réservés à Dieu: père, maître.

 

- Alors qu'ils devraient d'abord se comporter en serviteurs des Paroles de Dieu, ils se font servir.

*

Et ce n'est pas fini. Le ton monte à chaque paragraphe..

*

Nous ne pouvons pas approuver cette volée de bois vert en pensant qu'elle vise seulement les opposants historiques à Jésus.

Chaque génération chrétienne, chaque organisme religieux doit périodiquement se demander en quoi ils sont concernés par cette critique acerbe. N'avons-nous pas créé des titres ronflants complètement étrangers à l'esprit chrétien ? Eminence, monseigneur, très saint père ?

Ne cédons-nous jamais au besoin de bénéficier de notre statut de "ministre" pour nous faire servir ? Que d'obséquiosité dans les relations avec certaines autorités ecclésiastiques ! Que d'amour stupide des vêtements pompeux inventés pour se faire remarquer au temps des empereurs et des rois...qui les ont souvent abandonnés depuis!.

Que de prescriptions sans justification imposées au petit peuple chrétien et qui semblent impossibles à rapporter par les autorités humaines qui les ont inventées !

 

Un moment de silence et de réflexion devant ces paroles du Christ devrait susciter un vrai désir de conversion communautaire.

 

23, 27 à 32

 

Jésus ne maudit pas ; il déclare malheureux, oui, très malheureux ceux dont les apparences ne correspondent pas à la réalité. Ils manquent d’harmonie. Ils sont divisés. Ils trompent les autres : mais ça ne durera pas car beaucoup s’en apercevront, tôt ou tard, et personne ne leur accordera plus confiance. Un jour, ils se retrouveront seuls, sans personne à qui parler, sans personne pour les aimer.

Oui ! Ils sont en train de faire leur propre malheur. Quel dommage ! Quelle erreur ! Ouai, en grec, qu’on pourrait traduire par aïe, aïe, aïe ! Jésus souffre pour eux : il s’efforce de les avertir en les comparant à de superbes tombeaux, parfaitement propres et ornés de fleurs mais dont on ne peut pas oublier qu’ils recouvrent des ossements et de la pourriture.

Qu’est-ce qu’ils font donc de si grave, ces pauvres gens ?

Ils commettent l’iniquité, ils font des choses totalement contraires aux lois, et d’abord à la Loi de Dieu, à la loi fondamentale dont la majeure partie des humains accepte le bien-fondé. A ce titre déjà, ils sont malheureux ; on devrait les traiter de pourris et de corrompus. Et les honnêtes gens, qui constituent la majeure partie de l’humanité, détestent les corrompus.

Plus grave encore : ils camouflent leurs mauvaises actions, ils cherchent à tromper leur entourage, en se donnant des apparences aux antipodes de leur vérité intérieure. Ils savent qu’ils sont pires que beaucoup mais ils essaient de se faire passer pour les meilleurs. Etant infidèles à Dieu, réellement sans religion, ils font avec ostentation des gestes religieux. Etant des mécréants, ils se donnent l’apparence de grands saints. Tartuffe, ou imposteur, disait Molière ! Hypocrite, dit Jésus.

 

Les hypocrites ont-ils disparu de la surface de la terre ? Certes non !

Où sont-ils aujourd’hui ? Qui sont-ils ?

 

Jésus ne nous invite pas à les pourchasser pour les détruire. Selon son habitude, il nous retourne la vraie question : toi, qui m’écoutes, n’as tu pas encore quelques traces d’hypocrisie dans ton comportement ? N’y a-t-il pas des actions répréhensibles que tu commets tout en les cachant, ou, pire, en disant des paroles ou en affichant des attitudes destinées à faire croire que tu es impeccable sur ce point-là ?

 

Seigneur, donne-moi la lucidité pour découvrir les traces d’hypocrisie qui me perturbent. Les ayant découvertes, aide-moi à les reconnaître intérieurement. Les ayant reconnues en vérité, remplis-moi de ton Esprit pour que je puisse être intérieurement ce que je parais extérieurement. Et merci pour ta parole qui réveille ma conscience.

 

24, 29 à 44

 

Jésus vient d'annoncer l'avènement d'heures pénibles pour les gens de Jérusalem (le temple souillé, la ville mise sens dessus dessous). Autres heures sombres: les persécutions, malheurs, guerres, fausses annonces de salut, tromperies sur le sens du bon et du mauvais.

*

Une certaine logique explique l'enchaînement des événements: celle du figuier qui se prépare à produire son fruit succulent. Autre logique: celle d'un enfantement qui commence par les douleurs avant l'apparition d'un être nouveau.

*

Quand est-ce que cela arrivera ?

Jésus ne répond pas: ce n'est pas de son ressort, dit-il.

Par contre, il propose la seule attitude qui sauve: rester en éveil, attentif aux signes d'éclosion d'un monde nouveau qui commence toujours par l'ébranlement des choses anciennes.

 

Quand advient le Fils de l'Homme, quand la nouveauté va renouveler les situations, il faut bien que les situations en place soient ébranlées, que certaines s'écroulent. Avant de guérir, le blessé éprouve les désordres de la maladie.

Avant d'entrer dans le Salut qu'apporte la Foi au Fils de l'homme, le croyant prend conscience de son besoin de salut: il peut même être effrayé en découvrant son état.

*

Est-ce pour cela que Jésus ne donne aucune date ? Parce qu'il en sera ainsi à toutes les époques de l'histoire ? A tous les moments de bouleversement des âges de la vie ?

*

Veillez donc. Soyez debout, courageux. Espérez. Dieu n'est pas loin. Il approche. Ouvrez-lui la porte de votre conscience..

 

25, 1 à 13

 

Matthieu seul rapporte cette parabole. En voici les insistances

- La rencontre de l'époux constitue le but à atteindre. Toutes sont invitées.

- Mais l'Epoux tarde à venir. Il se fait attendre.

- L'attente est si longue que toutes s'endorment. Mais cela ne leur sera pas reproché. Comme s'il agissait d'une attitude compréhensible.

- Par contre, avant de s'endormir, les comportements sont différents. La moitié des jeunes filles sont prévoyantes, organisées: elles ont pris de l'huile en quantité suffisante pour la fête des Noces. Les autres n'ont rien anticipé: l'histoire les qualifie d'insensées, folles, imprévoyantes, inorganisées.

- Toutes se réveillent lorsque l'arrivée de l'Epoux est signalée, au plein coeur de la nuit. L'Epoux se manifeste comme un événement de Lumière au milieu des ténèbres de l'existence.

- La rencontre des Noces peut commencer. Les prévoyantes y participent: les autres sont obligées d'aller ailleurs, là où elles auraient dû aller. Les Noces commencent sans elles, sans leur participation. Dommage pour elles !

*

- Que veut enseigner l'histoire ainsi racontée ? Qu'il faut veiller "car vous ne savez ni le jour ni l'heure" de l'arrivée de l'Epoux et de l'entrée dans la salle des Noces (éternelles).

Cette finale est-elle absolument logique par rapport à l'histoire ? Toutes se sont endormies: aucune n'a pu vaincre le sommeil, mais cinq participent à la Noce.

L'histoire suggère donc des sens complémentaires:

1. A la vigilance (veillez et priez) il faut ajouter la prise de conscience qu'on est invité et qu'il faut en tenir compte intelligemment, tout prévoir et organiser en vue de la participation à la fête des Noces.

2. Il y a toujours des imprévus dans la vie: ici le retard de l'époux, l'attente plus éprouvante que prévu.

3. Et si les prévoyantes avaient partagé avec les imprévoyantes ?

*

Nous n'en avons pas fini avec cette parabole qui nous invite à un comportement sage et responsable de personnes conscientes que leur existence les prépare à une Fête de Noces et non à une catastrophe.

 

25, 14 à 30

 

L'homme qui part en voyage ?

C'est quelqu'un qui n'est plus là, qu'on ne voit plus, qui n'intervient pas à chaque instant pour faire tourner la maison. Il ressemble bien à Dieu qu'on ne voit pas et qui laisse aux humains le soin de prendre leurs responsabilités.

 

Cependant, il reviendra: il n'abandonne personne, il s'intéresse à ce qui se passe et fera connaître son discernement.

*

Il leur confia ses biens.

Ce qui suppose de sa part une grande confiance envers ses serviteurs, et une grande liberté par rapport à ses biens, à ses avoirs. Voici un être libre, riche, confiant, ouvert à la participation. Facile à identifier, n'est-ce pas? Encore Dieu.

 

Ses biens ?

Ce qu'il y a de plus important pour Dieu ? C'est sa pensée, ses paroles, la bonne nouvelle du salut qu'il désire pour chaque personne. Sa Parole faite chair, le Christ, livré entre nos mains. Son Bien-Aimé. Et Son image présente comme l'ADN de chaque personne humaine créée "à son image et en vue de sa ressemblance".

 

Un énorme Trésor:

Son évaluation matérielle ? 8 talents, soit pour l'époque 8 fois six mille francs-or

 

A chacun selon ses capacités.

Cet homme sait ce qu'il y a dans l'homme! Tous méritent un égal respect, mais tous ne sont pas identiques. Chacun possède son propre capital santé, éducatif reçu en famille, capacités d'intelligence, d'imagination, de résistance, d'endurance, d'amour, etc.

*

D'où le discernement final.

1.Ceux qui ont travaillé, qui ont développé, multiplié, sont approuvés, relancés dans la confiance en recevant de nouvelles valeurs. Et surtout ils "entrent dans la joie de leur maître", ils participent à son bonheur, ce Bonheur de Dieu que rien n'altère. Parce qu'ils sont passés de l'image à la ressemblance, de la capacité à la mise en oeuvre, de l'évangile reçu à l'évangile vécu et annoncé,

Bons en tout: pleinement humains et pleinement divinisés.

 

2. Celui qui a gardé en lui une image dégradée de Dieu, celle d'un maître abusif, exploiteur, méprisant, injuste - un maître évidemment redoutable dont il faut se méfier ou avoir peur. Celui qui ne s'est pas investi, qui n'a pas travaillé, et qui, de plus, accuse Dieu.

Le "bon à rien". Celui-là n'entre pas dans la joie mais dans les ténèbres du dehors, là où on pleure en grinçant des dents.

*

Méditons cet appel

-à la culture de l'image divine présente au coeur de notre être;

- à la reconnaissance et à l'amour envers le Seigneur Jésus, le plus grand Bien que le Père nous a confié,

- au témoignage et à l'annonce de l'Evangile

- à l'engagement pour aider l'Humanité à devenir Peuple et Communauté de frères et de soeurs conforme au désir éternel de Dieu

 

25, 31 à 46

 

Matthieu est le seul à rapporter cette description du Jugement que prononce le Fils de l'Homme sur l'ensemble des Humains. Ce n'est pas une parabole: Matthieu place juste avant le récit de la Passion et Résurrection cette Parole de Jésus comme conclusion de son enseignement: référence pour tout discernement.

- Le Fils de l'Homme vient, accompagné de tous les messagers de Dieu (anges), siégeant sur son trône de Gloire. Réplique du Dieu Unique, connaissant pleinement la condition humaine pour l'avoir vécue: Affirmation de la divinité de Jésus.

-Toute les nations, tous les humains devant lui, à découvert. Les populations croyantes et les autres. Les non-juifs et les juifs. Ainsi que chaque personne. Nul n'échappera à la Lumière projetée sur ses pensées, ses actes, ses intentions.

-Il séparera, distinguera, mettra fin aux confusions entre ivraie et bon grain. Heure de la moisson. De la différenciation. Fin du débat, proclamation de ce qui fut bon ou mauvais.

-Le bon ? six oeuvres capitales envers les humains manquant des biens essentiels, ou privés de ces biens pour une raison quelconque.

Le mauvais ? prioritairement l'abstention, le non-engagement, l'ignorance de l'autre, proche, repérable comme ayant faim, soif, étant nu, malade ou en prison.

- Question sur la prise de conscience. Nul n'est jugé sur ses prises de conscience, ses déclarations de foi ou de non foi, ses jugements intérieurs. Tous et chacun sont jugés sur les actes - ou non actes. Parce que les actes témoignent des intentions profondes.

-Le grand principe ? Jésus récapitule tout ce qu'il y a d'humain: il a vécu en chair et en os la vérité de la condition humaine. Ce que chacun fait ou refuse "au plus petit" (superlatif), le refuse ou le fait au Fils de l'Humain, qui a choisi de considérer tous les humains comme des frères et des soeurs et non pas comme des étrangers, des adversaires, des gêneurs ou des pauvres types méprisables.

-Le résultat ? Venez à moi, ou allez loin de moi. Entrez dans le bonheur ou soyez marqués par le malheur que vous avez créé par votre comportement.

- Bonheur vécu dans l'Amour partagé en réciprocité avec les "bénis de mon Père" et avec le Père. Le ciel, le paradis. Le malheur absolu ? La vie avec les gens du refus, qui ne vous regardent pas, qui ne vous aident pas, qui vous considèrent sans bienveillance, qui vous laissent croupir dans vos propres maux ou qui vous achèvent impitoyablement.

*

Tout cela dès maintenant et demain.

Le jugement: c'est aujourd'hui.

Au Jour de Dieu, il sera définitif, universel, global, mondial.

 

 

Matthieu 26, 14 à 25

 

Jésus vient de proclamer bienheureuse une femme qui a dépensé une fortune pour lui parfumer la tête, anticipant ainsi sa sépulture. En contraste saisissant, Judas, l'un des Douze, prend contact avec les autorités religieuses pour leur livrer Jésus contre trente pièces d'argent. Le prix d'un esclave, le salaire versé à un berger insensé pour avoir gardé un troupeau de moutons destinés à l'abattoir (Zacharie 11,12). Le prix du sang, la valeur d'une vie, une somme dérisoire, le dixième de la valeur du parfum.

Jésus dira que cet homme fut bien malheureux, à la différence de la femme "bienheureuse".

Judas faisait partie des proches de Jésus, mangeait à sa table. Il avait entendu son message de générosité envers tous. Malgré sa décision de livrer celui qui l'aimait sans limite, est à table pour le repas pascal. Il entend le Christ annoncer la trahison de l'un de ses proches. Comme les autres, il pose la question "serait-ce moi?"- " Tu as dit". Il participe au repas du Seigneur: Il entend Jésus proclamer: "Ce pain est mon corps", offert à tous. " Cette coupe est le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude en vue de la rémission des péchés".

Judas savait que Jésus pardonnait à quiconque regrettait ses fautes et sollicitait son pardon. Mais son rapport personnel au Seigneur n'intégrait pas cette dimension de confiance totale. Etait-il déçu de ne pas voir Jésus se lancer dans une action publique d'envergure contre les occupants romains? Aimait-il trop l'argent ? Volait-il dans la caisse des Douze ? Etait-il contrarié de ne pas être suffisamment valorisé ? A-t-il voulu pousser Jésus à se livrer en sacrifice en le livrant à ceux qui voulaient le mettre à mort ? Toutes ces hypothèses et beaucoup d'autres sont plausibles. On étudiera toujours la psychologie de Judas. On a même écrit jadis un évangile (apocryphe) de Judas, copie découverte en Egypte en 1983 et qui continue à faire couler beaucoup d'encre. Judas y est justifié, présenté comme le meilleur des Douze, celui qui avait le mieux compris Jésus.

Matthieu souligne que Jésus l'appellera « ami, compagnon », lorsque il l'embrassera. Ce geste d'amour, choisi pour désigner et livrer d'un même acte, est devenu le signe typique de la trahison, le baiser de Judas.

Oui, bien malheureux cet homme envahi par un remords insurmontable. Il rejoint les Autorités religieuses dès qu'elles ont condamné Jésus à mort. Il reconnaît devant elles qu'il a péché, en livrant un innocent à la mort. Il jette ses trente pièces d'argent dans le sanctuaire, comme une sorte d'offrande compensatoire de sa faute. Il se retire de la scène publique et va se pendre, avant même la mort de Jésus. (27,3-6)

Oui, infiniment malheureux cet homme dont Jésus dit : « Il eut mieux valu pour lui ne pas voir le jour ! » (26,24). Il est allé d'erreur en erreur, de faute en faute.

Simon-Pierre a gravement fauté en reniant Jésus : mais, bouleversé par l'amour transparaissant dans le regard de Jésus, il ne s'est pas laissé emporter par le remords . Il a pris conscience de sa faiblesse, a pleuré sur son acte et compris que Jésus s'adressait divinement à lui en lui demandant: « Pierre, m'aimes-tu ? »

Judas et Simon-Pierre, deux parmi les Douze. Tous les deux choisis et appréciés par Jésus qui voulait en faire ses Envoyés. Le premier, faute de comprendre l'amour extrême de Jésus, s'est anéanti. Le second, d'abord déconcerté par la force paisible de cet amour, a finalement été structuré par lui.

 

Toi seul, Seigneur, peux les juger. Tant mieux pour eux.

Toi seul peux comprendre ce qui se passe au plus intime de notre conscience lorsque notre liberté se conjugue avec nos fautes, nos regrets et notre besoin de pardon.

Que Ta miséricorde ait toujours le dernier mot.

 

 

 

28, 1 à 10

 

Matthieu transmet le message pascal en choisissant les expressions et les personnes susceptibles de faire réfléchir ses lecteurs.

- C'est le premier jour d'une semaine nouvelle, celui d'une nouvelle création, d'un nouveau début du monde.

- Deux femmes, témoins de la mort et de l'ensevelissement de Jésus, viennent regarder le tombeau, méditer, pleurer le disparu qu'elles avaient suivi depuis la Galilée. Devoir de mémoire, entrée dans le deuil, prendre acte d'une séparation irrémédiable.

- Un "ange", plus exactement un porteur de message venant de Dieu, du ciel, fait irruption dans ce contexte de mortelle tristesse: il y a un "grand séisme", la terre est ébranlée, le messager roule la pierre, s'assied dessus, lumineux comme un éclair fulgurant. Rappelant les manifestations de Yahvé au Sinaï, de Jésus à la transfiguration, suscitant les mêmes réactions de stupeur, de déstabilisation intérieure de la part des témoins, jadis le peuple choisi, aujourd'hui deux femmes choisies, deux femmes "cherchant" à rester en relation avec "le crucifié".

- Ceux qui ne cherchent pas le crucifié, les gardes payés pour l'enfermer dans la mort, eux, deviennent "comme morts".. Ils n'entendent rien du message.

- Les femmes, elles, comprennent parfaitement le Message inouï, inattendu, bouleversant l'ordre des choses.

1. Le crucifié n'est plus ici: ce n'est pas dans un tombeau qu'il faut le chercher. D'ailleurs, constatez par vous-mêmes qu'il n'est plus endormi dans le sommeil de la mort.

2. Celui qui a bien été crucifié, le même, il "a été réveillé comme il l'a dit", comme il l'avait annoncé à trois reprises rapportées par le même évangéliste. Dieu ne trompe jamais: il réalise ce qu'il promet: sa Parole est Réalité.

3.Retournez dans votre Galilée, dans votre univers habituel: il vous y précède jour après jour: là, vous le verrez, là vous comprendrez, là il sera avec vous. "Voilà, je vous l'ai dit"!

4. Et ces deux femmes témoins, habitées par une "grande joie" et stupeur intérieure, courent, bondissent, pour relayer le message près des disciples hommes, toujours plus absents que les disciples femmes aux heures importantes.

*

Et voici ! C'est Jésus lui-même qui vient au devant d'elles, qui les "rencontre", là, maintenant, dès qu'elles croient et accomplissent avec fidélité la mission reçue. Elles se prosternent avec respect et lui saisissent les pieds avec immense affection, pour ne plus quitter le Vivant qu'elles ont trouvé sur leur chemin de foi.

1. Cessez de craindre, n'ayez plus peur, vivez en paix, leur demande le Ressuscité.

2. Partez ! Allez! Ne restez pas sur place, immobiles ! Ordre de mission

3. Annoncez "à mes frères": tous les humains sont les frères du fils de l'homme. Le Ressuscité, en tout cas, se considère comme leur frère.

4. Dites-leur de vivre dans leur Galilée, leurs conditions d'existence, aux frontières de la foi et de l'incroyance, des questions posées et des réponses insatisfaisantes. Qu'ils ne désertent pas.

5. "Là, ils me verront! ". S'ils sont fidèles chercheurs de Dieu dans leurs vie quotidienne, ils verront, comprendront que Je Suis avec eux tous les jours, jusqu'à la fin , sans fin.

*

Matthieu a dit l'essentiel. A travers deux femmes disciples, chargées de le dire et de le rappeler sans cesse à leurs frères humains.

Voici les nouveaux frères et soeurs de Jésus, le Ressuscité: sa famille nouvelle, ceux qu'on appellera son Eglise, les porteurs du Message de Résurrection

 

28, 8-15

 

Deux femmes, proches de Jésus, viennent d’apprendre un message inattendu, imprévisible, incroyable : le Jésus que vous cherchez est réveillé du sommeil de la mort ! Allez l’annoncer à ses disciples. Effrayées mais heureuses, elles courent pour transmettre le message.

Superbe exemple de rapidité et de fidélité à la mission reçue.

Elles ont fait confiance au messager du ciel.

Et le Ressuscité est là, bien là. Elles ont eu foi et maintenant elles voient.

Sans crainte, car c’est bien lui. Depuis plus de deux ans elles ont apprécié ses paroles, aimé sa présence. Il y a trois jours elles étaient au pied de la croix.

Et maintenant, il les envoie en mission, elles, deux femmes, comme témoins près des hommes disciples tellement absents au moment de sa mort et de son ensevelissement.

 

Jésus redit exactement le message de l’ange : allez en Galilée, là vous me verrez ! Là où vous m’avez vu pour la première fois.

Elles ont certainement transmis le message puisque, selon Matthieu, les Onze disciples se rendirent en Galilée et entendirent le Ressuscité confirmer leur Mission d’annoncer la Bonne Nouvelle à toutes les Nations.

 

Quel contraste avec la réaction de certains gardiens du tombeau venant annoncer le désastre du tombeau vide aux Autorités religieuses qui avaient décidé d’éliminer Jésus. La magouille commence. Avec un peu d’argent les gardes pourront inventer leur vérité pour essayer de faire taire La Vérité vivante. En évitant le clash avec les Autorités romaines.

Matthieu juxtapose ainsi deux types de témoins : les faux et les vrais. Le message inventé, commandité et payé ne marchera pas ! Le témoignage des femmes et des disciples, conforme au Réel, se répandra jusqu’aux extrémités de la terre. Il touchera des millions de personnes qui, sans avoir vu, s’ouvriront à la Foi.

 

Hommes ou femmes, aujourd’hui, quel crédit accordons-nous au message de la Vie et de la Résurrection ? Préférons-nous croire ceux qui nous invitent à ne pas croire à la Vie et à la Résurrection ? Cherchons-nous la Vérité ? Ou préférons-nous ne pas y penser ?

 

28, 16-20

 

Matthieu termine sa "Bonne Nouvelle de Jésus-Christ" en reprenant plusieurs idées capitales.

 

1. Jésus est vraiment "Dieu avec nous" (Emmanuel, en hébreu). JE SUIS.

Ressuscité il n'est plus enfermé dans le tombeau ni dans les limites de son existence en Galilée et en Judée durant plus de trente années. Ressuscité, Il est devenu le contemporain de tous ceux qui se tournent vers Lui.

 

2. Jésus ne fait qu'un avec le Père et l'Esprit Saint. Il a reçu pouvoir de donner des ordres, de conduire ses disciples. Sa demande principale ? Evangéliser, génération après génération: inviter tous les humains à devenir ses disciples.

 

3. Le sceau attestant le Oui donné à Dieu sera le baptême, littéralement une "plongée" dans le Nom , dans la nature de Dieu : un Dieu Paternel, Filial, Spirituel. Un Dieu de relations et non pas un Dieu solitaire et inaccessible.

 

4. La suite logique de cette profession de foi sera une transformation de l'existence selon le commandement du Christ: aimer Dieu comme un Père, et les humains comme Jésus les a aimés et continue de les aimer.

 

5. La fidélité chrétienne sera toujours limitée, hésitante. Les Douze ont douté : ils se sont posé des questions tout en accordant totale confiance au Christ avec grande assurance: "Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les Paroles de Vie éternelle".

 

La Galilée c'est la frontière ouverte vers les périphéries du monde croyant : agnostiques, non-croyants, cultures allergiques à l'évangile ou aux évangélisateurs et à leurs institutions.

L'évangélisation ne sera jamais terminée tant que de nouveaux humains viendront au monde.

 

Seigneur Jésus-Christ, nous croyons, mais renforce notre espérance. Fais de nous des Témoins de ta Vie et de Ton Amour inconditionnel.