Magnificat

 

MATTHIEU 16 , 18 +

 

 

Jésus fonde son Eglise sur la foi que Simon-Pierre vient d'exprimer.

Il est indispensable de lire correctement ce texte. Trop de catholiques pensent que Jésus a fondé son Eglise sur l’apôtre Pierre, et donc sur ses successeurs les Papes. Il en découle beaucoup d’erreurs sur le rôle du Pape dans l’Eglise romaine.

( Un exemple tendancieux: le catéchisme des diocèses de France, question 115, édition 1959: "L'Eglise est la société de tous les chrétiens fondée par Jésus-Christ, gouvernée par le Pape et les Evêques unis au Pape").

 

1. Ce que dit exactement le texte (grec et sa traduction latine) : « Tu es Pierre et sur cette-là pierre je bâtirai l’assemblée ( église) de moi et les portes de l’ hadès ne seront pas fortes contre elle».

 

« Tu es PETROS » (le prénom Pierre, masculin, que Jésus a donné à Simon fils de Yonas) – « et sur cette PETRA »(le mot grec féminin, désignant les rocs, les minéraux de toutes sortes : employé dans les évangiles pour parler de l’homme avisé qui a construit sa maison sur le roc, ou de la semence qui tombe dans les endroits pierreux.

Paul aux Romains présente JESUS comme une pierre d’achoppement (Rm 9.33)

Pierre également dans sa lettre aux chrétiens (1 P 2.8). Cette pierre, c’est Jésus, que les uns ont rejeté, mais que Dieu a choisi comme pierre d’angle ou pierre centrale de la clé de voûte.

Pierre le disait clairement aux Autorités du Judaïsme: Actes 4.11" Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle.

12 En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. »

 

En français, la consonance absolue entre Pierre (prénom) et pierre (roc) crée facilement une confusion.

Cependant il est impossible grammaticalement d’identifier Pierre au Roc sur lequel Jésus fonde son Eglise.

Et la relecture du contexte prouve que Jésus ne fonde pas son Eglise sur un humain, l’apôtre Simon-Pierre mais sur la belle profession de foi qu’il vient de faire, inspirée par « le Père » .

 

2. C’est également impossible en bonne logique biblique.

 

- Dieu seul est le ROC, le rocher. Aucun homme n’est roc.

"Yahvé, mon rocher (Cela'), ma forteresse, mon libérateur ! Mon Dieu, mon rocher, où je trouve un abri ! Mon bouclier, la force qui me sauve, ma haute retraite" (Ps 17,2)

Quand Dieu construit (banah, en hébreu) il se préssente comme le Roc, l'assise,la pierre (eben en hébreu) la fondation sur lequel il pose ce qu'il crée.

 

- Jésus, le Fils de Dieu, est également ROC. Il ne peut pas fonder SON église sur un autre que sur lui-même, le Roc, « Fils du Dieu vivant, Messie-Christ »). Impossible d’envisager que Jésus fonde son église sur un simple humain, mortel : et il n’est nullement fait mention de successeurs possibles à ce mortel.

 

- D’ailleurs, aussitôt, Pierre se permet de faire des remarques à Jésus qui annonce sa passion, sa condamnation, sa mort et sa résurrection. Jésus le rabroue vivement en le traitant de Satan, d’Opposant aux pensées de Dieu. L’évangéliste rapporte ainsi deux « prénoms » donnés à Simon : Pierre, quand il dit la Foi de l’Eglise : Satan quand il dit le contraire de la foi.

 

Le même Matthieu rapportera le reniement de Simon-Pierre (Mt 26.73). Jésus s’opposera encore à Pierre quand celui-ci refuse le geste de Jésus-Serviteur lavant les pieds des disciples ( Jean 13). Il lui annonce qu’après son reniement il priera pour qu’il ne perde pas la foi mais que, s’étant retourné (converti à Jésus) il affermisse la foi de ses frères (Luc 22.32).

- Ceci nous rappelle le rôle de Pierre, ses faiblesses, les erreurs dont il est capable et la nécessité pour lui de revenir toujours à la foi chrétienne et à l’amour du Christ pour exercer sa mission de « faire paître » (et non pas, là encore, selon les mauvaises traductions, de « devenir le pasteur du troupeau » ). En grec, Jésus dit à trois reprises « fais paître » (verbe) : Il ne dit pas « sois le pasteur » (substantif). Impossible d’adopter cette traduction puisque Jésus est l’Unique et définitif Pasteur de son peuple. (Jean 10 et Jean 21).

 

3. La liturgie ne s’y trompe pas.

 

Voici l’oraison du 22 février, fête catholique de la chaire de St Pierre « Nous t’en prions, Dieu tout-puissant : fais que rien ne parvienne à nous ébranler, puisque la pierre sur laquelle tu nous as fondés, c’est la foi de l’Apôtre saint Pierre. Par JC…»

 

4. Et la suite du texte ?

« et tout ce que ( ho éan) tu lieras sur la terre sera l’ayant été lié (c’à-d. d’abord) dans les cieux et tout ce que (ho éan) tu délieras sur la terre sera l’ayant été délié (c.-à-d. d’abord) dans les cieux » (Mt 16.19). Les cieux (Dieu) ne s’aligneront pas sur tout ce qui sera décidé sur terre : c’est à ceux qui sont sur terre de ne décider que ce qui correspond à la volonté du ciel.

Rappelons-nous le « Notre Père » : « que Ta Volonté soit faite sur la terre COMME AU CIEL » (et non pas l’inverse).

 

- De plus, cette promesse n’est pas réservée à Pierre exclusivement. Les mêmes expressions sont redites au pluriel en Mt 18.18 « Je le dis à vous», (à vous qui faites partie de l’église : l’assemblée)

 

C’est le même évangéliste qui reprend la même expression à quelques pages d’intervalle en utilisant le même mot «église » (ecclesia). – Expressions similaires rapportées par Jean au soir de Pâques, au bénéfice de TOUS les présents, après l’envoi symbolique du Souffle du Ressuscité, son Esprit, celui qui soufflera aux disciples les bonnes décisions d’En-Haut.

 

Et en outre, aucun autre évangile n’utilise le mot «Eglise ». Seul Matthieu l’emploie, et deux fois seulement en 16 et 18. Partout ailleurs Jésus parle de son « troupeau », de « ses disciples », « ceux qui croient moi », « ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique » etc…les sarments de la Vigne…Et c'est bien lui, le CHRIST, de qui tout dépend, vers qui tout converge.

 

5. Dans l’ancien testament, en hébreu :

 

- Le prénom Pierre n’existe pas.

- les mots parlant de pierres minéraux sont «even» (traduit en grec par « lithos », ou « petra ») ou l’expression « pierre angulaire » « even pinnah », « kephalè gonias » en grec. (Pensez à «lithographie », « pétrochimie », « céphalè »)

- Les mots désignant le Roc, le rocher sont, outre «even » les mots « çoûr » « sela » et « kef » en hébreu, traduits en grec par « petra » (Pensez à «keffieh », « chef » pour dire « tête », ainsi que «couvre-chef »…)

Ces mots évoquent des « choses », et non pas des « personnes ».

 

En parlant de « pierre », Jésus avait ces mots hébreux en arrière-pensée. Il ne voulait pas attirer l’attention sur Simon-Pierre mais sur l’idée de Roc, réalité solide sur laquelle on peut construire durablement, à savoir la foi en Lui, Jésus, telle que Pierre venait de la formuler.

 

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Catherine Vrignaud ajoute quelques pistes de réflexions

par rapport à l’A.T. et à partir des mots hébreux, des lettres et du grec.

 

1° Simon

Le nom Simôn est un nom hébreu, Schimé’on, que beaucoup ont porté dans l’A.T. Le sens de Simôn est « il a entendu ». Cela viendrait de la complainte de Léah qui à la naissance de son second fils s’écria : « YHWH a entendu que j’étais haïe », parce que Jacob aimait Rachel. Ce Schime’on - pour venger sa sœur Dinah d’un Sikhimite qui l’a violée – se joint à son frère Lévi pour inciter les habitants de Sikhem( Sichem) à se faire circoncire, afin de profiter de leur convalescence pour les massacrer. Il devient ainsi l’image de la violence aveugle et de la colère, celui qui resta toujours sous la surveillance des autres tribus et ne sera pas béni par son père Jacob. Son étendard représsente la ville de Sikhem sur fond jaune rappelant son caractère maléfique : de la bile, de la haine, de la colère, souvenir des crimes qu’il a commis. Sa direction est le sud, région de l’ignorance .

 

2° La pierre

Sur la porte du tabernacle des hébreux, qui contient les rouleaux des Livres , se trouve gravée la lettre SCHIN , de valeur 300, « la pierre », la pierre de fondation, la pierre qui libère les énergies du Yod (10). Elle est cette réserve et l’explosion cosmique possible qu’elle contient.

 

Cette lettre se trouve au cœur des mots Maschiah ( Messie/Christ/l’Oint ), Yeschua(Jésus), Mosché (Moïse), l'inverse de HaSchem (Le NOM, qui est YHWH). Esch est le feu. Le Schadday est le « Tout-Puissant ». Isch et Ischa sont l’homme et la femme en lien conjugal (waw,6=et, l’humain) Avant ce lien conjugal ils sont appelés mâle et femelle (Gn 1). Qadasch : être saint ; qédéschah : prostitué. ......

Le Nom YHWH est tout-puissant.

 

Le mot Maschia ( lettres mem/Schin/yod/het) veut dire : il « vient de » la « parole ».

Les schamaim sont « les cieux » ! : le Nom ( schem) de chacun non encore accompli dans les profondeurs des eaux (maim) (Gn 1)

Rosch : la tête .

Ascher : Celui , Qui.

Le schin pointé à gauche se prononce « s » , comme dans basar (beit/schin /reich) qui désigne la chair.

 

La besorah ( beit /schin/reisch/hé) , mêmes lettres que "chair" + la lettre hé est la bonne nouvelle , l'ÉVANGILE. !

 

3° Quelques versets de l’A.T. reprenant le mot « pierre »

- Psaume 118,22 .Les textes du N.T. font référence à ce psaume : « la pierre (eben) qu’ont rejetée ceux qui bâtissent est devenu la tête (rosch ) de l’angle. D’ auprès de YHWH a été ceci »

 

-Dt. 6,4 Nous y trouvons la prière du Juif religieux , répétée trois fois par jour : « Schema (écoute, entends) Israël, YHWH Elohim de nous, YHWH est UN . Et tu aimeras YHWH, ton Elohim…. »

 

-Esaïe 8, 14 : « … C’est YHWH que vous devez craindre. Et Il sera (YHWH) pour sanctuaire et pour pierre (eben) de fléau, et pour roc de trébuchement..»

 

- Esaïe 28,16 : « ainsi parle YHWH : voici j’ai mis pour fondement en Sion, une pierre ( eben) , une pierre ( eben) de test, une pierre angulaire de prix, fondation fondée … »

 

4° pierre et brique

 

1/ Eben (lettres aleph/beit/noun final) veut dire « pierre »

Est pierre celui qui est fils ben (beit/noun) de Aleph , le Un, le Père . Cela renvoie à sa Parole en Genèse 1 et 2. : Le Principe .

2/ Lebenah (lettres lamed/beit/nun/he) veut dire « brique ».

 

C’est ce que raconte l’histoire de la tour de Babel : les hommes, parce qu’ils veulent se faire un nom, une renommée, « prennent la brique à la place de la pierre ». Le mot lebenah a perdu la présence de l’Aleph. Le père de ces fils (ben-i) serait-il le diable, comme dit Jésus,( Jn, 8.44) l’antique serpent de Genèse 3, l’adversaire du NOM? Le drame de Babel confirme la perte de la puissance du NOM : YHWH. Celui qui a perdu le Père, LE NOM : YHWH en Genèse 2, perd alors aussi le Fils, YHWH aussi, le :

 

Bar, (beit/Resch), le fils , le grain de blé !

 

5° bar et ben

Les deux mots se traduisent par fils .

Ici en Matthieu 16, Simon est nommé « fils ( bar) de Yonas » . Dans le 4° évangile : Simon de Jean . (Jn 21)

 

Il me semble que la mission de Pierre est - d’une part, d’amener les humains à croire à YHWH Père, (comme le prophète Yonas-Jonas) - et d’autre part, comme Jean le Baptiste, à croire que Jésus « est le Christ, le Fils (Bar) du Dieu vivant ».

 

Les Actes des apôtres en témoignent. Schimôn est surnommé Pierre parce qu’il a « entendu » d’une part et d’autre part il a « parlé » (le « P » de Petros en hébreu est « bouche » « parole » « tradition » valeur 80, symbole d'ouverture et de libération ). Il a dit de sa bouche, tout en le croyant dans son cœur. Il a reconnu, personnellement et publiquement, que Jésus est l’incarnation de la base, le fondement, la tête angulaire (la pierre principale) qu’on rejetée les constructeurs de la maison. (Actes 4,11-12)

 

Voir aussi la parabole de ceux qui bâtissent leur conscience et alors leur couple sur le sable - la parabole des vierges folles et vierges sages - le parfum de Mariam, geste qui fait que Judas va livrer Jésus aux autorités religieuses. Car schemen (schin/mem/noun final) est « l’huile » et le « parfum » : c’est encore le NOM : schem dans la puissance de l’accomplissement total.

 

6° les clefs

 

C’est pour cela que Jésus « promet » à Simon Pierre, sur sa profession de foi et à quiconque qui sera pierre, de donner ce qui ouvrira les champs de la conscience : les clefs.

Il s’agira d’écouter, d’entendre Jésus : schama. De « l’accompagner » et jusqu’au bout dans le mouvement, l’évolution, signification de la lettre Schin (300) comme ses homologues le « chameau » (la lettre Gimel , 3) lettre à lettre : la tête du chameau mise en mouvement et l’enseignement ( la lettre lamed, 30)

 

7° lier délier

 

Et alors de « lier et de délier sur terre « quoi que ce soit qui » ou « tout ce qui », (ho éan en grec) aura été lié et délié dans la conscience ». Il me semble que ceci vaut pour tous ceux qui adhèrent à la profession de foi en Jésus. (ils sont alors « pierre »). A chacun il est demandé de poser ses actes en conformité avec l’évolution de sa conscience (Mt. 18,18)

 

8° « pierres vivantes »

 

Dans sa première lettre Pierre s’appelle « co-ancien » des « anciens » et nomme « pierres vivantes » ceux à qui il s’adresse. Il les appelle «race élue, royale, communauté sacerdotale, nation sainte, peuple que Dieu s’est acquis…. » (I Pierre 2.4-9). Autrement dit TOUS les disciples du Christ

Voir http://thomasjch.free.fr/ministeres.html

 

9° Eglise

 

Le mot grec ekklesia (Eglise) signifie prioritairement « assemblée ».

Le verbe grec oikodomeo (constuire) singifie également au figuratif « amasser ». On peut alors traduire : «sur cette foi j’amasserai mon assemblée ». Ce qui évoque la moisson, la fête de Pentecôte.

 

En conclusion personnelle

 

Pentecôte est l’inverse de Babel.

La tradition est le chemin du NOM : YHWH, ultime but de notre pèlerinage sur terre.

La grande équation biblique se dit en trois mots commençant chacun par le « Un », Aleph, et dont le troisième mot est égal au premier .

 

« Je Serai Celui Je Serai » ou au présent : « Je Suis Qui Je Suis » .

Ehié ACHER Ehié. « hé/yod/hé/Aleph » « reisch/schin/Aleph» « hé/yod/hé/Aleph », lu de droite à gauche en hébreu.

 

De Aleph (un, 1) à l’Aleph final (1000) par le Schin au milieu , en hébreu.

De l’Alpha à l’ ô-méga en grec . « JE SUIS l’Alpha et l’Ômega. »

L’accent circonflexe détaché me fait penser à la tête angulaire .

 

Je considère le WAW ( l’humain , valeur 6, la conjonction, la conjugalité , le lien; la valeur pleine est égale à 13 comme UN et Amour ) pointé en haut (à l’instar du point sur le i et prononcé "ou" ) comme l'humain portant la cruche d’eau sur la tête : « Voici L’HOMME »

( Tout ceci correspond au dernier point de ma méthode de lectio divina,

voir http://catherine.vrignaud.free.fr/methodesld.html )

 

Mots de la Bible

Expressions bibliques

 

Magnificat

 

Sans doute le mot latin le plus connu! Le premier mot d’un texte plein d’enthousiasme que l’évangéliste Luc met sur les lèvres de Marie lors de sa rencontre avec sa cousine Elisabeth.(Luc 1.46-55)

Les deux femmes attendent une naissance. Elisabeth était stérile - et elle porte le futur Jean le Baptiste. Marie est toute jeune,- mais elle porte un garçon dont l’ange du Seigneur lui a dit qu’il serait grand, appelé fils du Très haut, et qu’il règnerait sur le trône de David, que son règne n’aurait pas de fin, et que son nom serait Jésus, ce qui signifie Dieu sauve.

Les deux mères étaient comblées de joie par la vie présente en elle, mais aussi parce qu’elles avaient souffert des regards de commisération ou de mépris portés sur elles.

En effet. Elisabeth se cachait depuis cinq mois en se disant:”Voilà ce que le Seigneur a fait pour moi au temps où il a décidé de retirer ma honte parmi les humains” (Lc 1.25) La stérilité resemblait plus à une tare qu’à une incapacité bien involontaire . Marie, elle, devenue enceinte sans avoir eu de relations avec Joseph son époux avait traversé (ou traversait?) une période pendant laquelle Joseph avait résolu de la répudier, mais sans la dénoncer publiquement comme adultère, ce qui lui aurait valu l’humiliation publique et la condamnation à être lapidée. L’opinion des gens de Nazareth à son sujet? Bonne ou franchement mauvaise? .

D’où l’immense bonheur de ces deux femmes, qui exultent dans la lumière de l’Esprit saint en comprenant que leur maternité plaît vraiment à Dieu, que leurs enfants auront un destin capital pour le peuple d’Israël, et qu’ils accompliront une oeuvre de salut digne du Messie attendu. Deux femmes pressentant l’histoire sainte de l’Humanité.

Alors, Elisabeth, la plus âgée, commence à féliciter la jeune Marie: “Bienheureuse toi qui as cru que le Seigneur accomplira ce qu’il t’a annoncé”. Mais Marie, la toute sainte, reporte l’honneur sur Dieu en disant:”Magnificat, oui, magniifie le Seigneur, mon âme, sois rempli d’allégresse mon esprit , à cause de Dieu mon sauveur, car il a porté sur moi son regard et compris l’humiliation de sa servante” (Lc 1.45-47)

Et les strophes de ce chant de joie vont se remplir de citations . Marie, pétrie des saintes Ecritures, enchaîne les paroles bibliques prophétisant l’attitude permanente de Dieu envers les petits, ceux que le monde ne remarque même pas: Dieu les élève, les comble, les rassasie, les fait connaître de génération en génération. Par contre, Dieu essaie de faire réfléchir ceux qui se prennent pour des personnalités importantes: il les disperse, il les renvoie les mains vides, il les fait descendre du trône sur lequel ils se croyaient définitivement installés. En tout cela, Dieu se souvient de ceux qui, depuis Abranham, placent en lui leur confiance: il les comble de tendresse, il les chérit avec sa compassion.

Bien évidemment, Luc n’était pas là pour entendre et noter l’exultation de Marie. Mais, après s’être bien renseigné, il met sur les lèvres de Marie ce qu’on appellerait aujourd’hui sa spiritualité: une confiance pleine de jeunesse, un amour de la vie, la conviction que Dieu aime et veut le bonheur des croyants, la certitude que Dieu est fidèle et ne laissera jamais le mal ou la mort l’emporter. Le magnificat ? un concentré des prophètes et des sages.

Le Magnificat ? Un chant de victoire au sortir de la détresse, mis en musique par les plus célèbres compositeurs, récité par les fidèles, célébré chaque jour par les communautés priantes. Vous le connaissez par coeur? - Parfait ! Redites-le jour après jour. C’est du christianisme à l’état pur, lumineux comme le cristal.

 

MARIE

 

La Bible parle de plusieurs femmes appelées Marie.

 

La première était la soeur de Moïse et d’Aaron: on l’appelait Miryam, en hébreu (nom qui peut signifier “la rebelle”, ou “la voyante” ou “la goutte d’eau de la mer”). Miryam est dite prophétesse quand elle entraîne les femmes pour chanter la traversée de la mer rouge. Mais, dans le désert, elle critique Moïse parce qu’il a épousé une femme étrangère: pendant une semaine elle sera rejetée hors du camp en raison de la lèpre présentée comme une punition infligée par Dieu.

 

Le Nouveau Testament mentionne plusieurs Marie: la mère de Jésus, bien sûr, mais aussi Marie de Magdala, Marie, la mère de Jacques et de José, et Marie, la soeur de Marthe et de Lazare.

 

Ces “Marie” sont liées à la passion et à la résurrection..

 

La soeur de Lazare voit Jésus ramener son frère à la vie et proclamer:”Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi ne mourra jamais”.Jésus accepte qu’elle le couvre de parfum . Il proclame qu’elle anticipe ainsi sa mise au tombeau.

 

Marie de Magdala accompagne fidèlement Jésus, écoutant sa parole et lui accordant une confiance pleine d’amour. Présente au Golgotha, elle court au tombeau dès l’aube de Pâques et avertit Pierre et l’autre disciple qu’on a enlevé le corps de son Seigneur. Jésus ressuscité se manifeste à celle qui le cherche..Il l’appelle par son nom. Retournée, elle reçoit mission de dire:”Va dire à mes frères:’Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu”.Et, la première, cette femme pleine d’amour: témoigne: “J’ai vu le Seigneur: voici ce qu’il m’a dit”. Voilà celle que Jésus a choisie comme premier témoin de sa résurrection: totale innovation dans le monde masculin du Judaïsme.

 

Quant à Marie, la mère de Jésus, les évangiles la présentent comme la femme comblée de la bienveillance de Dieu.

 

Elle incarne la fidélité plénière envers Dieu. Epouse de Joseph qu’elle aime, selon le dessein de Dieu, elle constitue le couple modèle que Dieu veut depuis la création de l’homme et de la femme.

Avec Joseph, elle accueille l’enfant que Dieu donne aux humains pour les conduire et les sauver. Ils lui donnent son nom, Jésus, “Dieu-Sauve”. Ils l’élèvent dans la foi du Judaïsme, l’accompagnent chaque sabbat à la synagogue, l’éduquent dans l’alliance d’amour annoncée par les prophètes. Avec Jésus, quand il a 12 ans, ils montent au temple de Jérusalem pour sa bar mitzva: ils voient en lui un jeune juif, fidèle aux Ecritures, à la prière, à l’offrande de lui-même. Marie et Joseph sont persuadés de sa maturité spirituelle en l’entendant dire: “Ne saviez-vous pas que je me dois aux intérêts de mon Père?” .

Pendant toute sa croissance à Nazareth, ils acceptent que Jésus se consacre intérieurement à la mission spéciale reçue d’en-haut.

Aux noces de Cana, Marie invite Jésus à intervenir. Sa réponse au sujet de son “heure” lui donne à penser que cette mission prend une dimension nouvelle: faire découvrir aux humains que l’alliance n’est plus fondée sur des purifications extérieures, avec de l’eau mais sur l’adhésion de coeur envers Dieu, source de joie, capiteuse comme un vin excellent.

Ayant dit :”Faites tout ce qu’il vous dira”, Marie met en pratique ce conseil. Elle accompagne Jésus, l’écoute, croit ce qu’il dit. Elle devient disciple de son fils, la première chrétienne.

Tout ce qui le concerne la touche profondément. Entendant les critiques formulées par ses adversaires, elle se souvient des paroles de Siméon:”Cet enfant est lumière et révélation pour les païens: il est un signe pour faire prendre position entre le relèvement ou la chute. Le glaive de sa parole transpercera ton coeur; il révèlera ce qui habite le coeur de beaucoup”..

La voici à Jérusalem pour la Pâque. Elle entend certainement le “disciple bien-aimé” lui rapporter la dernière cène, l’arrestation, la condamnation de Jésus comme “malfaiteur”. le reniement de Pierre, les souffrances de la flagellation, du couronnement d’épines, les scènes de dérision.

Forte et courageuse, elle assiste à l’agonie de Jésus sur la croix. Ses dernières paroles s’incrustent dans son coeur: Elle l’entend prier le psaume qui commence par “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?”, ce psaume dont elle connait bien la suite, exprime la souffrance du serviteur fidèle écrasé par les hommes de péché et sa fidélité à reconnaître que Dieu n’abandonne jamais ceux qui croient en lui.

Elle admire la manière dont Jésus demeure fidèle à sa mission de salut quand il prie ainsi: “Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font” - “Toi, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis”- ”J’ai soif” - “Femme, voici ton fils”et toi, disciple bien-aimé, voici ta mère”..

Elle éprouve l’indicible souffrance d’une mère voyant son enfant rejeté, tourné en dérision, alors qu’elle connaît si parfaitement les pensées pleines d’amour qui le font vivre. Elle voit les soldats tirer au sort la tunique qu’elle lui a sans doute donnée. Elle demeure debout quand il pousse son dernier soupir en disant:”Tout est accompli”.

La parole du centurion, “Cet homme était un homme juste, le fils de Dieu” illumine sa conscience dans les ténèbres du Golgotha..

 

Nous pouvons imaginer sa grandeur d’âme quand on lui demande de raconter les derniers instants de Jésus: puis son bonheur sans mélange quand Marie de Magdala proclame qu’elle a vu Jésus vivant.

C’est avec elle que les apôtres se retrouvent au cénacle, dans la prière et l’attente de l’Esprit Saint: cet Esprit Saint dont elle connaît la puissance de Vie depuis qu’il a formé en elle ce Jésus maintenant ressuscité.

Elle est certainement là quand l’Esprit Saint s’empare de Pierre et des apôtres pour annoncer le sens de la vie, des paroles, de la mort et de la résurrection de Jésus.

Elle est le coeur, le modèle, celle qui encourage et garde une espérance sans faille au sein de la communauté chrétienne dans laquelle elle vivra jusqu’à la fin de son existence terrestre, priant avec cette communauté, vivant de l’eucharistie et de la communion fraternelle, écoutant les apôtres et le disciple bien-aimé proclamer les paroles de Jésus pour susciter la renaissance qui sauve les croyants.

 

Marie a enfanté Jésus, le Fils de Dieu. Elle a eu foi en lui..

“Bienheureuse, toi qui as cru que s’accomplirait la parole du Seigneur”.

“Mon âme exalte le Seigneur: mon esprit tressaille d’allégresse en Dieu mon sauveur.Il a jeté un regard sur l’humiliation de sa servante. Le Puissant fit pour moi des merveilles. Saint est son Nom. Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse ”.

 

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