Luc

Luc

LUC

 

1, 1 à 4

Luc précise ses intentions: d'abord témoigner des actes, des enseignements et de l'identité de Jésus pour susciter la foi de ses lecteurs (qu'il appelle tous symboliquement "théo-phile"- ce qui signifie "ami de Dieu") - et enraciner dans l'histoire contemporaine l'influence extraordinaire de l'homme de Nazareth.

Luc a mené une enquête sérieuse sur l'enfance et l'adolescence juive de Jésus, sur la date des événements marquants, tel que le début du ministère public de Jésus (Lc 3, 1-4, 25 et 4, 16-30) par rapport à la géopolitique de l'époque. Il sait que d'autres ont déjà publié des témoignages sur Jésus.

 

En le lisant, nous avons le droit de penser qu'il s'agit d'un témoignage authentique, complété d'ailleurs par les grandes lignes de la vie des premières communautés chrétiennes en Palestine, en Samarie, dans l'actuelle Turquie et jusqu'à Rome (Actes 1, 1-3). L'ensemble est rédigé pour l'essentiel avant les années 64/65 (fin des Actes des Apôtres) et, pour l'évangile, avant les lettres de Paul qui commencent vers l'an 51. C'est mon avis personnel sur lequel on peut discuter; mais cela ne change rien à la solidité du texte de Luc.

 

1, 26-38

« Le sixième mois » depuis que la vieille Elisabeth est enceinte. Sixième mois de bonheur pour « celle qu’on appelait stérile ». Son enfant sera appelé Jean, « Dieu a fait grâce ». Il sera cousin de Jésus, « Yahvé sauve ».

Message de bonheur pour la jeune Marie, parente d’Elisabeth :Réjouis-toi, Sois joyeuse, favorisée, le Seigneur est avec toi.

Dieu annonce bonheur et vies à ces deux femmes. Il s’engage dans la personnalité et l’action de Jean et de Jésus. Ils seront proches par l’âge, par les liens de famille et surtout par la mission qu’ils exerceront. Selon la loi juive, Jean est destiné au sacerdoce, puisqu’il est fils de prêtre. Il devra exercer le service du culte dans le temple de Jérusalem. En réalité, il s’éloignera des actions cultuelles pour s’investir totalement dans l’exhortation à changer de vie : Dieu veut que chacun soit en éveil. Pour accueillir le Message du Fils de Marie. Révélation plénière des attentes de Dieu sur chacun.

Jésus, lui, n’est pas prêtre, mais simple fidèle du Judaïsme. Gabriel, messager de Dieu, dit qu’il sera grand, fils du Très Haut, que Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David et qu’il règnera sur la maison de Jacob pour les siècles, sans fin. Exceptionnel !

Marie entend. Elle accueille ces paroles dont elle ne peut pas deviner encore la portée extraordinaire sur le salut de son peuple, et même de l’humanité. Elle va tourner et retourner le Message dans son cœur, le prier, tout en regardant vivre ce Jésus.

Pendant une trentaine d’années, Jésus grandira dans la connaissance des pensées de Dieu, apprenant de Joseph la profession de charpentier, fréquentant la synagogue chaque sabbat, montant à Jérusalem pour la Pâque annuelle. En Juif très fidèle.

Qu’en pensera Marie ? Son « annonciation » a-t-elle été une fausse annonce ?

Qu’en pensera Joseph qui a eu aussi son « annonciation » ? « Ne crains pas Joseph .Marie, ton épouse, mettra au monde un fils, que tu appelleras Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés » (Mt.1,21)

Nazareth. Ville d’une annonce extraordinaire, incroyable: ville de l’attente, de la patience, du quotidien, de l’ouverture à une Foi Juive pleinement renouvelée grâce à Jésus. Ville où, jour après jour, Marie redira « Que tout se passe pour moi selon Ta Parole ».

 

Notre Nazareth, à nous, aujourd’hui ? Imitons celui de Marie : prêter attention à la Parole de Dieu, la méditer, chercher à en découvrir le sens et la mettre en pratique.

Imitons celui de Jésus : accomplir ses tâches quotidiennes, se tenir en relation avec le Père, avec sa propre famille, avec les gens de notre entourage, dans la paix intérieure, la simplicité de cœur, la joie, l’endurance, la disponibilité aux appels venant des événements.

 

1, 26 à 38

Luc compose cette "annonce de naissance" selon le modèle des annonciations utilisées dans l'AT, entre autres pour Isaac, Samuel, Gédéon, etc ...et quelques versets plus haut, pour Jean .

Le porteur de ces annonces est appelé en grec angelos, décalqué en français par Ange. Ici Gabriel "Dieu est fort", le même que pour Jean et, jadis, Daniel.

 

Marie est jeune, vit à Nazareth en Galilée, est aimée de Joseph avec lequel elle est légalement mariée. Mais elle n'a pas encore commencé à vivre avec Joseph. Joseph fait partie de la descendance de David: ceci va faire de Jésus un "fils de David", de la descendance royale (cf. 2 Sam 7)

*

Gabriel commence par souhaiter la joie à Marie: Réjouis-toi ( et non pas un banal salut).

 

suite en cours de composition

1, 39-47

Marie vient d’apprendre qu’elle mettra au monde un fils qu’on appellera Fils de Dieu ; elle devra lui donner le Nom de Jésus, Yeshouah, qui signifie Yahvé sauve. Elle a dit Oui : que tout se passe pour moi comme Dieu l’a dit par son messager Gabriel.

 

Et voici son premier acte de femme enceinte : rendre visite à sa vieille cousine Elisabeth qui va accoucher dans trois mois, là-bas, loin de Nazareth, dans la montagne de Judée. Apparemment, la jeune Marie va rendre service. L’évangéliste Luc rapporte comment les deux futures mères vont découvrir les dimensions exceptionnelles de leur rencontre.

Le fils que porte Elisabeth depuis 6 mois est le premier à réagir : il bouge, il bondit, comme on bondit de joie à l’annonce d’une bonne nouvelle. Façon de dire qu’il est prêt pour la mission qui sera la sienne : annoncer la venue de Dieu en la personne de Yeschouah, tout juste formé dans le ventre de sa jeune maman.

Elisabeth est remplie d’Esprit Saint : « elle élève la voix et proclame que Marie est bénie entre toutes les femmes et que son Jésus est béni ». Marie et Jésus bénis de Dieu, bénis des humains : deux personnes exceptionnelles dont on dira du bien pendant des générations et des générations. Elisabeth proclame une réalité que nous vérifions depuis vingt siècles !

Elisabeth ajoute que Marie est « la mère de son Seigneur », autrement dit « mère de son Dieu ». Elisabeth énonce ainsi deux phrases que répètent d’innombrables « Je vous salue Marie » depuis deux mille ans.

Elisabeth admire la foi, la confiance de Marie : « elle a cru que s’accomplirait ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ». Ce que Dieu promet, il le fait.

 

Luc répète que tout ceci soulève une grande joie, un bondissement d’allégresse. La maternité, la vie, la rencontre, la conversation entre ces deux femmes enceintes profondément croyantes et habitées par l’amour de Dieu : ce n’est que du bonheur ! non pas un bonheur superficiel, mais un bonheur si profond que rien ne peut l’ébranler.

 

Alors Marie se met à chanter : Elisabeth écoute et s’associe à ce que nous appelons depuis ce temps-là le « magnificat ». Marie exalte le Seigneur : son esprit exulte en reconnaissant la présence de celui qu’elle appelle son Sauveur, son Yeschouah.

Imaginons le bonheur de ces deux femmes pendant trois mois : leur enthousiasme quand Jean pousse son premier cri, leurs conversations lorsqu’elles se représentent le destin de Jean et de Jésus, les deux cousins. Associons-nous à leur reconnaissance envers un Dieu si proche des humains, si attentif à leurs désirs, si généreux à les combler.

Et disons avec conviction : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur…Il comble de biens les affamés…sa compassion s’étend de génération en génération. Saint est son Nom ! »

 

1, 39 à 56

 

Luc est le seul évangéliste à évoquer cette première rencontre entre deux femmes enceintes. Marie, la très jeune, se déplace dès les premiers jours de sa grossesse pour rejoindre Elisabeth, la plus ancienne qui en est à son sixième mois. Marie fait route de la Galilée jusqu'à la Judée montagneuse. Elle rend visite à sa cousine, pour s'unir à la joie de celle qu'on appelait "la stérile" et qui cachait sa grossesse depuis cinq mois (v.24-25). Les deux mères vont rester ensemble pendant trois mois. Marie sera présente lorsqu'Elisabeth mettra au monde son fils unique, Jean, celui qui invitera le peuple au retour vers Dieu et à la conversion.

Luc nous présente ainsi deux femmes justes, admirables: deux épouses, l'une mariée à Zacharie, prêtre du Temple, l'autre à Joseph, charpentier. Les deux portent la vie en elles, l'une après des années de stérilité, "honte devant les hommes" (v.25), l'autre avant d'avoir commencé la vie commune avec Joseph, ce qui lui vaut les soupçons de certains et l'humiliation qu'elle évoquera au verset 48.

Tous ces détails, discrètement évoqués par Luc, soulignent que les joies de la maternité sont tempérées par des problèmes avec l'environnement humain.

 

Luc attire notre attention sur la réaction de l'enfant que porte Elisabeth: il semble déjà en relation avec l'enfant que porte Marie. Jean et Jésus: deux petits parents, certes. Mais surtout deux serviteurs de Dieu qui se retrouveront dans plus de trente ans, au bord du Jourdain, pour inaugurer les temps nouveaux, l'Alliance nouvelle entre Dieu et son Peuple.

Luc souligne que l'Esprit Saint comble de joie Elisabeth. Inspirée, elle donne à sa cousine Marie le titre qui lui convient: "Mère de mon Seigneur". Et elle développe: "Tu es bénie plus que toutes les femmes...Tu es heureuse car tu as eu foi en ce qui te fut annoncé de la part du Seigneur".

Et Marie confirme: "Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur".

 

La suite de ce "magnificat" reprend bon nombre d'affirmations ayant jadis constitué le bonheur de la mère de Samuel, Anne, devenue mère après une longue attente durant laquelle elle ne désespéra jamais d'avoir un enfant dont l'influence fut déterminante sur l'histoire du Peuple d'Israël.

Si bien que Anne, Elisabeth et Marie expriment plusieurs certitudes fondamentales de la foi judéo-chrétienne: Dieu est sensible aux attentes humaines, il écoute le cri des oubliés, des méprisés, des opprimés: il les comble de respect, apaise leurs souffrances, leur vient en aide au moment voulu. Par contre, Dieu résiste aux orgueilleux, aux puissants, aux prétentieux, à ceux qui sont pleins d'eux-mêmes.

Voici quelques phrases du "magnificat" de la mère de Samuel, ANNE, épouse d'Elqana. Le parallèle est saisissant: "« Mon coeur exulte en Yahvé, ...car je me réjouis en ton secours.2 Point de Saint comme Yahvé (car il n'y a personne excepté toi), point de Rocher comme notre Dieu. 3 Ne multipliez pas les paroles hautaines, que l'arrogance ne sorte pas de votre bouche. .. 4 L'arc des puissants est brisé, mais les défaillants se ceignent de force. 5 Les rassasiés s'embauchent pour du pain, mais les affamés cessent de travailler.o La femme stérile enfante sept fois, mais celle qui a de nombreux fils se flétrit... 7 C'est Yahvé qui appauvrit et qui enrichit,

qui abaisse et aussi qui élève. 8 Il retire de la poussière le faible, du fumier il relève le pauvre, pour les faire asseoir avec les nobles et leur assigner un siège d'honneur ..." (I Samuel 2,1-10)

 

Marie ne s'est pas contentée d'une visite rapide. Elle a fait une visitation qui a duré trois mois. Imaginons l'atmosphère joyeuse et spirituelle dans laquelle elles ont vécu l'attente de deux naissances qui vont faire passer une partie du monde croyant de la Première à la Seconde Alliance.

 

Que l'Esprit Saint nous tienne dans la Joie d'Elisabeth et de Marie .

Qu'il enracine notre confiance envers un Dieu prenant toujours partie pour ceux que nous avons tendance à oublier.

Que nos visites soient de véritables visitations marquées par un échange de bonheur.

 

 

1, 39-45

Nous pouvons méditer sur les prises de conscience suscitées par l'Esprit de Dieu et chez Elisabeth et chez Marie.

 

Elisabeth comprend que Marie porte un enfant intimement lié à Dieu: et que son propre enfant sera lié à Celui que Marie porte en elle.

 

Marie comprend que Dieu est en train de réaliser en elle les attentes de son Peuple, le peuple des Juifs fidèles.

 

Elle se laisse envahir par une immense joie intérieure: celle de la maternité, celle de la bonté de Dieu envers ceux qui accueillent chaque événement comme une attention gracieuse du Seigneur. Elle est persuadée que Dieu ne cesse de retourner les situations au bénéfice de ceux qui traversent les heures difficiles ( comme celle qu'elle pressent devant les interrogations de Joseph à son égard) en demeurant sûrs que Dieu tire toujours du bien de ce qui nous fait mal. Traverser une crise débouche sur une renaissance lorsqu'on fait confiance au Seigneur.

 

***

Il n'est pas interdit d'admirer très simplement l'amour familial qui conduit la jeune Marie, en grande hâte, vers son aînée pour s'associer à sa joie et pour l'aider dans les derniers mois de sa grossesse.

D'admirer le respect de la femme aînée envers la toute jeune femme.

D'admirer les merveilles que suscite l'attente d'un enfant, même inattendu.

 

Dieu est bien présent là où chacun vit son quotidien dans l'amour de la Vie, de la dignité de chaque personne,

***

Et Luc nous invite à nourrir une infinie considération pour la femme, comme il le fera de multiples fois dans la suite de son évangile en rappelant le comportement divin de Jésus envers les femmes.

 

 

1, 57-80

 

Luc continue le parallèle entre Jésus et Jean.

Jésus, Yeshua (Yahvé sauve)

Jean, Yohanân (Yahvé a fait grâce).

 

Deux cousins.

Jean, la Voix - Jésus la Parole de Dieu incarnée.

 

Deux destins tragiquement interrompus pour les empêcher de parler.

- Jean parce qu'il rappellera les Dix Paroles de Dieu sur le couple.

- Jésus parce qu'il révèlera le vrai sens de l'Alliance entre Yahvé et son Peuple.

***

Jean qui plongera dans les croyants dans un univers de conversion, de retournement de l'existence

- Jésus qui embrasera les coeurs du feu de l'Esprit d'Amour venant de Dieu

 

***

La Joie de Marie, mère de Jésus, explose dans son Magnificat, annonçant le renversement des valeurs

La reconnaissance de Zacharie s'exprime dans son Benedictus,, prise de conscience que le Peuple de Dieu va entrer profondément dans une libération en accédant à la Lumière d'En-Haut.

***

Jean et Jésus, deux enfants associés dès la rencontre de leurs mères - deux hommes qui se développeront pleinement en taille, en grâce, aux yeux de leurs compatriotes et surtout aux yeux du Dieu Unique

 

2,16-21

Puisque la personne de JESUS

est au coeur de notre foi chrétienne

essayons de formuler ou de prier

ce que nous pensons maintenant

de JESUS-CHRIST

en amorçant notre réflexion à partir de:

1. ce que disent et font les Bergers

2. Ce que fait Marie

3. Ce que fait Joseph

4. Ce que Marie et Joseph font ensemble

5. Ce que fait et dit Siméon

6. Ce que fait et dit Anne

7. Ce que fait Jésus dans cette première phase de son existence terrestre.

***

Luc a pris soin d'enquêter avant de rédiger ce très bref résumé de la naissance et de la croissance de Jésus jusqu'à son entrée en mission.

Tous les mots portent.

Ils nous aident à découvrir Jésus

- comme un être humain semblable à tous les êtres humains

- comme un être humain particulièrement bien entouré par ses proches et inséré dans un peuple de croyants ayant ses rites autour de la naissance et de la croissance humaine et spirituelle

- et comme une personne qui n'est pas seulement humaine mais divine et habitée par l'Esprit du Père céleste.

***

Telle est notre foi chrétienne?

Telle est notre joie chrétienne ?

Tel est notre courage chrétien?

 

2, 22 à 40

 

Luc a enquêté, il rapporte les faits soulignant que Marie et Joseph accomplissent toutes les prescriptions de la loi religieuse: la circoncision de Jésus et son Nom, contenant le Nom même de Yahvé (Yahvé sauve) et la mission qu'il devra accomplir (sauver son peuple).

Jésus, "premier-né" de Marie, appartient à Yahvé, et doit lui être "présenté" avant d'être immédiatement "racheté" et non pas immolé.. A ce titre, Jésus symbolise et rappelle la libération d'Egypte, exactement comme la célébration de la Pâque. (Exode 13, 2-16). Luc fait ainsi entrevoir que Jésus appartient au monde divin dont le propre est de vouloir libérer les humains de leur complicité avec le mal.

 

Marie, la mère, accepte les "rites de purification" du sang ordonnés par la Loi (Lev 2, 1-8). Joseph et Marie sont appelés "les parents de Jésus": des parents ordinaires, pauvres, offrant seulement un couple de tourterelles.

*

Luc laisse alors parler l'Esprit Saint par les gestes et paroles de Siméon et d'Anne, deux personnes aussi âgées que fidèles à Yahvé, consacrant beaucoup de temps à la prière et à la méditation des Ecritures.

 

L'un et l'autre reconnaissent en Jésus et en ses parents trois personnes impliquées dans le Salut du Peuple et de son retour vers Yahvé. Siméon voit encore plus loin: Jésus sera la Lumière du Monde, pour l'ensemble des Peuples. D'innombrables humains prendront position face à Lui, soit en l'accueillant soit en le récusant comme sauveur possible.

 

Marie, sa mère, en sera témoin. La fidélité de son Fils fera d'elle et de lui des personnes spirituellement transpercées par les refus et les rejets des humains.

 

Luc mentionne l'étonnement de Joseph et de Marie. Comment auraient-ils pu comprendre d'emblée le destin universel et imprévisible de l'enfant qu'ils portaient dans leurs bras ?

 

Un enfant apparemment comme les autres, qui va grandir dans leur village, en taille, en sagesse, en connaissance des réalités terrestres, professionnelles et spirituelles.

**

Jésus, un petit Juif, parfaitement inséré dans sa famille, dans son peuple, mais offert en Serviteur du Salut du Monde

 

Luc 2, 36 à 40

 

La scène se déroule dans le temple de Jérusalem. Le roi Hérode le grand en a lancé la construction depuis une quinzaine d'années: ses dimensions sont prestigieuses.

Marie et Joseph en foulent l'esplanade pour présenter à Yahvé

leur garçon premier-né, un bébé apparemment comme les autres

auquel ils ont donné, sur l'ordre du ciel, un Nom signifiant "Yahvé sauve".

 

Et voici qu'une grande priante se trouve sur leur passage.ANNE

Veuve après sept ans de mariage, elle a maintenant 84 ans, chiffre symbolique de son très grand âge (sept fois douze ans) et probablement de sa grande sagesse spirituelle. Luc donne sur elle des précisions dignes de l'enquête minutieuse qu'il a menée avant d'écrire son évangile. Elle s'appelle Anne, nom qui signifie "Grâce", don de Dieu. Et qui rappelle la mère de Samuel qui fut un grand guide du Peuple de Dieu.

Elle est "prophétesse": reconnue donc comme une femme digne d'un grand respect, habitée par l'Esprit de Dieu: ses paroles sont de véritables expressions de la pensée de Yahvé puisque telle est la première mission d'un prophète.

Que fait-elle ? Elle rend grâces à Dieu, disant tout le bien qu'elle pense de Lui. Elle a la certitude que ce petit garçon juif accomplira

une mission de libération au bénéfice de ceux et celles qui attendent une libération. Libération des occupants romains ? pourquoi pas ? Libération de toutes les dépendances intérieures, psychologiques ou spirituelles: probablement est-ce le sens premier auquel pense cette contemplative qui passe l'essentiel de son temps à intercéder pour le Salut de son peuple.

 

 

Une autre personne âgée, SIMEON, vient de déclarer que

- cet enfant sera le Sauveur et la Lumière pour tous les peuples, et non pas seulement pour les habitants de Jérusalem.

- cet enfant lumière qui se révèle aux Nations (païennes)

- cet enfant provoquera chute et relèvement de beaucoup en Israël

- il sera un signe de contradiction: ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du coeur d'un grand nombre...

- que sa mère en aura l'âme comme transpercée par un glaive.

( le glaive de la Parole de Dieu, dont l'Apocalypse 5, présente Jésus, Agneau, comme celui qui tient dans sa bouche le glaive à deux tranchants de la Parole de Dieu: qui approuve l'humain fidèle et qui désapprouve l'humain rejetant Dieu en paroles ou en actes).

 

Le prophète Malachie (aux environs 450 avant notre ère) , dont le Nom signifie "mon messager" avait parlé à ses contemporains, récemment revenus d'exil (vers -539) et ayant reconstruit le Temple de Jérusalem et restauré le culte, que le moment était venu de retrouver l'espérance en revenant spirituellement à YWHW, de tout coeur, âme, esprit. De se convertir.

Il avait dit que "le Jour de YWHW était arrivé.

Que ce jour serait celui d'une grande purification, pour les prêtres et lévites (officiants du culte dans le temple, Ml 2, 1-10) et pour le peuple de Jérusalem (jour effrayant pour les juifs infidèles - jour de lumière et de paix pour les juifs fidèles). (Ml .3, 16-23)

 

 

Il avait annoncé la venue d'un MESSAGER du Seigneur (que le peuple Juif, au temps de Jésus, identifiait à Elie, Ml 23 )

" Il ramènera le coeur des pères vers leurs fils et le coeur des fils vers leurs pères, pour que je ne vienne pas frapper d'anathème le pays" ;

Selon Luc, le prêtre Zacharie, père de Jean-Baptiste, avait déjà reconnu cette fonction à Jean son fils (Luc 1, 76-79) et à tout le peuple fidèle (Luc 1,66-75)

 

et que Matthieu reconnaissait en Jean Baptiste ( Mt 11,10).

 

Malachie avait parlé de l'entrée du Messager dans le Temple:

"Voici que j'envoie mon Messager, pouour qu'il prépare le chemin devant moi.Soudain, il viendra dans son temple le Seigneur que vous cherchez, le Messager de l'Alliance que vous désirez. Le voici qui vient, dit YWHW de l'univers " (Ml, 3,1).

Le jour où Jésus entre dans le temple dans les bras de Marie et de Joseph, pour être présenté à Dieu comme "premier-né" d'une génération renouvelée, fidèle à Dieu, nous pouvons légitimement penser que l'annonce de Malachie se réalise en Jésus.

 

Et l'évangéliste Jean verra dans les noces de Cana l'entrée des fidèles dans la Joie débordante de l'Alliance nouvelle (Jean 2, 1 à 11 )

 

 

 

Dans ce Temple en construction, Luc nous laisse deviner le début d'une autre construction, d'un autre Temple, spirituel celui-là.

 

Plus de trente ans plus tard, Jésus dira qu'il ne restera pas "pierre sur pierre" de la construction matérielle,

celle-ci étant remplacée par le Temple spirituel dont il est la Tête et dont les disciples sont les membres vivants.

Il est le "sanctuaire" , partie sacrée, saint des saints, lieu de la présence de Dieu au coeur du temple. (voir Jean, 2, 13 à 22)

 

Jésus, toi dont le Nom rappelle et la grandeur de Dieu et notre libération du mal, apprends-nous à découvrir les réalités spirituelles, à respecter la sagesse des personnes âgées qui passent l'essentiel de leurs journées à contempler ton action au coeur du Monde. Et donne-moi la joie, aujourd'hui, de te rendre grâces, de te louer pour tout le Bien que tu me fais jour après jour. Béni sois-Tu !

 

 

2, 41-52

 

Luc souligne le réalisme de l'humanité de Jésus: il grandit, se fortifie, se remplit de sagesse, la grâce de Dieu est sur lui.

D'abord enfant, puis adolescent.

 

Grâce à ce que Marie et Joseph lui ont transmis à partir des Saintes Ecritures, il adhère à la foi. Il les accompagne à Jérusalem pour y célébrer la Pâque.

 

Avec une maturité qui dépasse celle des jeunes de 12 ans, il prend la liberté d'entrer en relation avec des adultes spécialistes des Ecritures.

Il les écoute, les questionne. Ceux -ci sont stupéfaits de son intelligence et de ses réponses.

 

A Joseph et Marie qui s'étonnent il répond en évoquant "son Père" et l'intérêt qu'il porte à tout ce qui le concerne.

Luc précise que ses parents ne comprirent pas le sens de sa parole.

***

Et Jésus va continuer à progresser en sagesse, en taille et en grâce jusqu'à l'heure où il proclamera la Bonne Nouvelle.et où , progressivement, il laissera entrevoir son lien de Fils bien-aimé à Yahvé-Dieu Père.

***

En relisant très attentivement ce récit apparemment tout simple et que Luc est le seul à rapporter, essayons de comprendre ce qu'il veut nous dire sur la personne de Jésus...et sur ce que nous en pensons et croyons personnellement.

 

La scène se passe dans l'enceinte du temple. Jésus y parle de son Père céleste: les spécialistes du Judaïsme apprécient la justesse de ce qu'il dit, à 12 ans. Les mêmes, dans le même temple, vingt ans plus tard, seront horrifiés en comprenant que Jésus se présente comme "Fils de Dieu": ils décideront alors de le condamner et de le mettre à mort pour faire cesser ce qu'ils estiment être un blasphème

 

 

3,1-6

Luc situe dans le temps et l'espace l'action de Jean le Baptiste ouvrant l'évangélisation que Jésus va vivre pendant un certain nombre de mois.

Tout cela fit partie de l'histoire humaine.

La Parole de Yahvé a réellement pris chair dans notre Humanité.

 

***

Chaque chrétien a mission d'apporter à son temps la Bonne Nouvelle. De génération en génération, l'évangélisation a existé et continuera d'exister.

On peut la qualifier de "nouvelle" quand elle s'adresse à de "nouvelles" personnes, à de "nouvelles cultures", à de "nouvelles portions d'humanité".

 

3, 10-18

Mini programme pour se préparer à accueillir la Bonne Nouvelle: tel est le régime que propose Jean à ceux qui lui demandent invariablement: "Que faut-il faire ? Quelles actions privilégier ?"

 

- Notons bien qu'il s'agit d'actes et non de paroles ou de pensées.

- que ces actes amorcent un changement.

- que ces actes sont différents selon les professions exercées,

- qu'un geste extérieur accepté ( être plongé, baptisé par Jean dans l'eau du Jourdain) certifie qu'on adhère authentiquement à une décision de changement.

- que cet ensemble est déjà une bonne nouvelle.

 

***

Mais Jean dit clairement qu'il s'agit seulement d'un régime d'entrainement, pour accueillir Celui qui vient: Jésus de Nazareth, Celui que le Peuple attend, celui qui fera naître une nouvelle génération d'humains engendré dans l'eau d'une nouvelle naissance et le feu d'un nouvel esprit.

 

Jean prépare le terrain.

Jésus jette la semence produisant la moisson, le pain de la Vie plénière

 

***

Nos prédications, nos témoignages, nos écrits préparent-ils à accueillir la Parole du Christ ? Proposent-ils des actes concrets de conversion adaptés à nos conditions d'existence?

 

3, 7 à 20

 

Dans le style des prophètes, Jean cherche à percer la carapace des croyants persuadés d'être corrects en matière de religion.

Race de vipères, signifie "fils du serpent" qu'est le diable, l'Opposant à Dieu depuis toujours.

La colère évoquée est celle de Dieu qui n'en peut plus de supporter des personnes qui font le mal.

La seule façon d'apaiser cette colère consiste à faire, enfin, ce que Dieu demande, en portant de bons fruits, en étant de bons arbres: la hache va bientôt abattre les arbres dénaturés. .

Rappeler qu'on fait partie de la descendance d'Abraham est un leurre: seuls sont fils d'Abraham ceux qui croient en Dieu et lui font confiance à la manière d'Abraham.

*

Luc est le seul évangéliste à relater les applications concrètes que Jean suggère aux foules, aux percepteurs des taxes publiques, aux soldats. Conseils très ciblés, dénonçant les abus les plus courants.

Imaginons ce qu'un prédicateur pourrait reprocher aux catégories sociales de notre époque, ou à chacun de nous.

*

En parlant ainsi, Jean pose question: ne serait-il pas l'homme ayant reçu l'onction et la mission attribuées au Messie?

Très clairement, Jean met les choses au point. Je ne suis pas celui que vous imaginez. Je ne fais que l'annoncer, lui préparer le chemin. C'est lui qui vous plongera dans le feu purificateur et dans l'Esprit saint: lui qui séparera le grain de la balle, son enveloppe.

*

Jean met le peuple en éveil, en attente.

Exception faite de ceux qui sont enracinés dans le refus. Par exemple, Hérode, l'Autorité politico-religieuse de la Galilée, qui ne supporte pas d'être critiqué comme vivant avec la femme de son frère. Et qui va bientôt enfermer Jean pour l'empêcher de parler.

*

Jésus rappellera que les prophètes dérangent, suscitent le rejet de gens mauvais qui se vengent en persécutant ou en mettant à mort les vrais porte-parole de Dieu.

 

3, 15 à 22

 

En grec, baptiser, c'est plonger dans les profondeurs soit de l'eau, soit d'une spiritualité, soit d'un feu, soit d'une période dramatique de l'histoire, etc...

 

Jean, le baptiseur, plonge dans les eaux du Jourdain ceux qui écoutent son exhortation au changement, acceptant ce signe de purification et de conversion. Rappel également de la traversée du Jourdain par le peuple qui venait de passer par le désert, pendant 40 ans, pour y être converti, avant d'entrer dans le pays promis par Dieu: c'était au temps de Josué.

 

Jean annonce la proximité d'un autre "baptiseur", plus grand que lui, qui plongera directement dans l'Esprit de Dieu, dans le feu de l'Amour selon Dieu. Cette immersion en Dieu transformera beaucoup plus radicalement ceux qui croiront en Dieu tel que Jésus en décrira le Visage paternel, équilibre de Justice et de Tendresse.

 

Luc résume la prédication de Jean en choisissant le mot évangile: tout ce que Jean dit, fait et annonce constitue déjà une bonne nouvelle, amorce de la Bonne Nouvelle que Jésus va proclamer au monde.

***

Arrive alors Jésus, au milieu de la foule demandant le baptême de Jean. Solidaire de ce peuple en attente, Jésus se fait plonger dans le Jourdain : il prie intensément.

Et la réalité spirituelle devient évidente ("les cieux s'ouvrent" ): ce Jésus n'est pas seulement solidaire des humains, il est "le" Fils bien-aimé en qui le Père céleste trouve joie et bonheur.

 

Authentifiant la Voix , c'est comme une colombe qui prouve la présence de l'Esprit de Dieu. Elle rappelle la Lumière, le Souffle créateur, la fin du monde mauvais que les eaux du déluge viennent d'engloutir, le début de la Paix et du Règne de Dieu.

 

Jean le baptiste comprend. Ill reconnaît en Jésus, son cousin, Celui qui peut sauver les humains et non pas seulement les purifier.

 

Luc reparlera plus loin de la relation entretenue par Jean avec Jésus, originale, à la charnière entre la première et la seconde Alliance de Yahvé avec son peuple.

 

 

4, 1 à 13

 

Luc témoigne:

 

1. Jésus est le Fils "bien-aimé" , celui en qui le Père se complait" et sur lequel repose "l'Esprit": celui qui prie et sur lequel les cieux sont ouverts(baptême)

 

2. On pense qu'il est fils de Joseph, mais la généalogie le proclame "fils d'adam", plus exactement fils d'humain et fils de Dieu (v.3,38)

 

3. Il est conduit au désert par l'Esprit Saint (et non par le Diable) : il y séjourne et y éprouve les pensées qui agitent les humains pendant leur parcours terrestre (symbolisé par le chiffre quarante).. Historiquement, le désert fut pour son peuple un lieu de mise à l'épreuve (vrai mot employé en grec, plus juste que celui de tentation).

4.A la différence de son peuple et des humains, il tient bon devant tous les choix que lui propose le "diable" (celui qui cherche à diviser intérieurement, à couper les relations entre l'homme et Dieu).

 

 

*** Il choisit la Parole de Dieu comme nourriture essentielle, et non pas la consommation de biens terrestres

 

*** Il n'accorde qu'à Dieu son admiration et son adoration, surtout pas à ceux que ronge l'amour du pouvoir et qui des complices pour faire peser sur des faibles leur besoin de puissance

 

*** Il ne met pas Dieu à l'épreuve en lui demandant d'accorder le succès, la gloire, les premières places, l'audimat, ces valeurs éphémères qui ne tiennent jamais toute la durée de la vie.

 

Oui, Jésus a traversé ces "tests" tout au long de sa vie terrestre. Mis à l'épreuve, il a été fidèle. Tenté, il a résisté. Questionné, il a donné les réponses venant du Ciel.

 

Tel est l'homme Juste et Fidèle qui entame sa vie publique en se rendant à Nazareth pour y lire le texte d'Isaïe résumant ce que va être son action: éclairer, guérir, libérer, remettre en marche.

 

Luc témoigne. Il a enquêté. Du début jusqu'à la passion, Jésus à connu les épreuves sans jamais distendre son lien d'Amour filial envers le Père

 

4, 21 à 30

 

Jésus commence sa mission par ses compatriotes de Nazareth parmi lesquels se trouvent certainement des gens de sa parenté.

 

- Il présente d'emblée sa véritable personnalité, non pas d'abord d'artisan à Nazareth mais d'Envoyé du Seigneur ayant une mission à accomplir. Il cherche et cite le prophète Isaïe, pour situer son "ministère" dans une perspective de libération des personnes, de guérison, de transformation des relations. Son rôle va consister à faire voir, entendre, marcher, se remettre debout, physiquement et spirituellement.

 

- Ses compatriotes s'intéressent surtout à l'aspect spectaculaire des guérisons. Ils en voudraient davantage, pour le rayonnement de leur cité. Jésus les déçoit : il ne fait aucun miracle chez lui.

 

- Et surtout, il annonce que son rôle va largement déborder l'univers qu'il a fréquenté jusqu'à présent, depuis environ 35 ans. Il se doit de penser à des personnes qui ne font même pas partie des fidèles du Judaïsme. Là est la cause du "scandale", et du rejet qui en découle. Il a beau évoquer les "grands " prophètes Elie et Elisée, sa position est jugée hérétique, beaucoup trop "ouverte".

 

- La critique devient cinglante. Après tout, il n'est que le fils de Joseph, le charpentier. De quel droit se proclame-t-il prophète, envoyé par Dieu ?

 

Luc témoigne ainsi que Jésus ne cessera pas de rencontrer l'opposition de ses coreligionnaires; même en disant la Vérité ou en faisant le Bien.

 

 

***

Le ministère de Jésus verra donc alterner les jours d'approbation et les heures de rejet.

"Il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas accueilli". (Jean 1, 11)

 

***

Il en va encore ainsi. Accueillons-nous le Seigneur Jésus tel qu'il est, tel qu'il fut, tel qu'il sera ? Ou seulement celui que nous imaginons et dont nous retenons les aspects qui nous plaisent ?

 

Chaque chrétien ressemble à Jean le Baptiste. Il est le doigt qui désigne Jésus, la main qui renvoie au Christ, l'humble porte-voix de la Parole venant de Dieu.

 

Tout chrétien - toute communauté chrétienne - qui se met en scène, qui cherche à se faire valoir, qui annonce ses propres valeurs et non la doctrine du Christ est un contre-évangélisateur.

 

Et le "public" s'en rend compte: il ne suit pas longtemps les faux-témoins.

 

Préparer le chemin du Seigneur, ce fut l'oeuvre de Jean, après Isaïe et tant d'autres prophètes inspirés.

Voilà nos modèles.

 

 

5, 1 à 11

Le récit de Luc (tout comme ceux de Matthieu et de Marc) peut nous donner à penser que Jésus a choisi par hasard la barque de Simon, qui fit lui-même appel aux fils de Zébédée. Et que Jésus les a appelés, et qu'ils l'ont suivi sans autre réflexion préalable: un vrai coup de foudre, de Jésus et des quatre pêcheurs.

 

Le quatrième évangile complète et corrige ce que nous imaginons peut-être. Relisons Jean 1, 35 à 51.Nous voyons que ces quatre étaient "en recherche spirituelle", qu'ils avaient déjà quitté le lac de Galilée pour rejoindre Jean le Baptiste et devenir ses disciples. Et que le Baptiste les avait orientés vers Jésus. Et qu'ils avaient déjà fait l'expérience de la rencontre avec Jésus. Et qu'ils avaient décidé d'accompagner Jésus et de demeurer avec lui , en devenant ses proches.

 

C'est donc "un jour", au bord du lac, que Jésus les retrouve au retour de la pêche - qu'il monte dans la barque de Simon, pour mieux se faire entendre - qu'il les renvoie à la pêche en plein jour (ce qui n'a aucun sens pour un professionnel de la pêche) ...

Mais l'inattendu se produit: la pêche est miraculeuse (relire et comparer avec Jean 21) et qu'elle va faire passer quatre "proches de Jésus "au statut de "disciples" qui, demain seront appelés à devenir "apôtres", ou "envoyés", ou "pêcheurs d'hommes".

***

Nous comprenons mieux ainsi comment Jésus lance l'appel parmi ceux qui, déjà, l’accompagnent, le suivent, demeurent proches de lui, et acceptent finalement de devenir des "pêcheurs d'hommes" quand Jésus le leur demande expressément.

***

Les évangiles s'éclairent mutuellement. Leur lecture comparée (synoptique) nous éclaire.

 

 

 

 

6,20-26

 

Ainsi parlait Jésus à ses disciples pour commencer un enseignement capital.

Au principe de tout Jésus mentionne le bonheur. Il y voit une priorité. Matthieu confirme : Jésus commença son sermon sur la montagne en prononçant 8 fois de suite ce fameux « bienheureux !»

Apprécions cette insistance de Jésus sur le bonheur, premier mot de la « Bonne Nouvelle » qu’il va développer : bonheur de la guérison, bonheur de la vérité, bonheur de la lumière, bonheur d’aimer et d’être tous appelés à aimer. Nous sommes tellement abreuvés de mauvaises nouvelles ou invités prioritairement aux plaisirs de la vie !

 

Le bonheur selon Jésus va plus loin. Il s’enracine plus profondément - dans l’esprit qui comprend le sens de la vie- dans le cœur qui palpite pour des valeurs durables - dans la conscience habitée par la paix et l’harmonie avec la nature, avec Dieu, avec les autres, avec soi-même.

Ce bonheur est réaliste : il tient compte du temps : demain sera différent, aujourd’hui ne dure que 24 heures. Jésus propose un bonheur durable et non pas des satisfactions jetables.

Ce bonheur dépasse largement les « petits bonheurs » sans les critiquer pour autant.

Ce bonheur peut grandir jusqu’à la plénitude intérieure.

 

Ce bonheur interpelle et retourne nos raisonnements habituels. Nous pensons tellement que les gens heureux sont ceux qui possèdent de grandes richesses, qui ont plus à manger qu’ils ne pourront manger, qui passent leur temps à rire et se divertir, et surtout qui sont applaudis, admirés, célèbres, présents sur tous les medias et réseaux sociaux.

Jésus est beaucoup plus perspicace que ces opinions courantes. Il sait que le malheur habite aussi la maison des riches, que le rire de certains cache parfois de grands désespoirs, et que la célébrité ou le succès ne sont pas synonymes de bonheur profond. Il en allait ainsi du temps de Jésus. Il en va de même à notre époque. Nous en avons de multiples preuves.

 

Et Jésus ose dire à ceux qui veulent être ses disciples : cultivez d’abord l’attention aux valeurs éternelles de Vérité dans la relation, de Beauté, d’Amour des autres et de Dieu, de Confiance et de respect pour vous-mêmes, de Générosité envers ceux que vous pouvez aider, d’Harmonie intérieure, de Paix de la conscience. Alors, vous serez stabilisés dans le bonheur du cœur, quoi qu’il vous arrive, quels que soient les moments désagréables que vous devrez traverser.

 

Seigneur Jésus, donne-moi faim et soif du bonheur que tu proposes.

Rends-moi heureux. Et fais que beaucoup de malheureux deviennent enfin heureux.

 

6, 36 à 38

 

A la question: quel genre d'humain devrais-je être ? Jésus répond.

 

1. Avant tout, apprends à compatir aux malheurs de tes proches, cultive le sens de la miséricorde, ouvre les yeux sur les grands maux de ton époque. Comme Dieu le Père, sois sensible à ce qui ne va pas et décidé à faire ce que tu peux pour diminuer les misères du temps.

 

2. Ne te pose pas en juge. Ne passe pas ton temps à enfermer les autres dans tes jugements. Abstiens-toi des verdicts définitifs et à l'emporte-pièce. Ceci ne t'empêche pas de faire des discernements, d'émettre des avis, de penser avec intelligence et lucidité.

 

3. Ne condamne pas. Dieu seul peut condamner parce qu'il est seul à connaître le fond des coeurs. Tu es le gardien de ton frère, pas son juge.

 

4. N'entre pas dans des querelles interminables. Sache clore les débats. Laisse un peu respirer les autres, même coupables. Laisse-les aller, se reprendre: donne-leur de nouvelles chances.

 

5. En tout sois généreux. Donne, au lieu de tout retenir. N'exige pas le dernier centime mais ouvre tes mains. Ne sois pas mesquin, radin, rigide, à peine correct. Sois fraternel, indulgent, désintéressé, magnanime, bienveillant, bienfaisant.

 

6. Et si te comportes ainsi, tu verras que probablement d'autres se comporteront envers toi avec magnanimité, bienveillance, compassion, compréhension. Et même si personne n'agit envers toi comme tu agis envers les autres, sois certain que le Père céleste, Lui, te voit. Il est déjà magnanime avec toi: prends-en conscience et sois heureux.

 

Jésus, tels furent tes conseils aux humains parce que tel était ton attitude envers tous: tes proches, tes disciples et même ceux qui s'opposaient à toi en allant jusqu'à désirer ta mort. Donne-moi un peu de ton esprit. Merci.

 

 

Le Grand Enseignement de Jésus à la foule

Discours inaugural sur le Bonheur et la Vie

Luc 6 - 12 à 49.

Le texte intégral selon Luc (cf Matthieu chapitres 5 à 7)

 

12 En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu.

 

13 Le jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’Apôtres :

14 Simon, auquel il donna le nom de Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy,

15 Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Simon appelé le Zélote,

16 Jude fils de Jacques, et Judas Iscariote, qui devint un traître.

 

17 Jésus descendit de la montagne avec eux et s’arrêta sur un terrain plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon.

18 Ils étaient venus l’entendre et se faire guérir de leurs maladies ; ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs retrouvaient la santé.

19 Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous.

 

 

20 Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara :

 

« Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous.

21 Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés.

Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.

22 Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent,

quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable,

à cause du Fils de l’homme.

23 Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie,

car alors votre récompense est grande dans le ciel ;

c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.

 

 

24 Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation !

25 Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim !

Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et vous pleurerez !

26 Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous !

C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes.

 

 

27 Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez :

Aimez vos ennemis,

faites du bien à ceux qui vous haïssent.

28 Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent,

priez pour ceux qui vous calomnient.

 

29 À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique.

30 Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas.

 

31 Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous,

faites-le aussi pour eux.

 

32 Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment.

33 Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs en font autant.

34 Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent.

 

35 Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants.

 

36 Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.

 

37 Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ;

ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés.

Pardonnez, et vous serez pardonnés.

38 Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. »

 

39 Il leur dit encore en parabole : « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?

 

40 Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître.

 

41 Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ?

42 Comment peux-tu dire à ton frère : “Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil”, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.

43 Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit.

44 Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.

45 L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur.

 

46 Et pourquoi m’appelez-vous en disant : “Seigneur ! Seigneur !” et ne faites-vous pas ce que je dis ?

 

 

47 Quiconque vient à moi,

écoute mes paroles

et les met en pratique,

je vais vous montrer à qui il ressemble.

48 Il ressemble à celui qui construit une maison. Il a creusé très profond et il a posé les fondations sur le roc. Quand est venue l’inondation, le torrent s’est précipité sur cette maison, mais il n’a pas pu l’ébranler parce qu’elle était bien construite.

 

49 Mais celui qui a écouté et n’a pas mis en pratique ressemble à celui qui a construit sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est précipité sur elle, et aussitôt elle s’est effondrée ; la destruction de cette maison a été complète. » (fin du texte de Luc)

 

 

7, 11 à 17

Jésus se comporte comme Yahvé, protecteur attitré de la veuve et de l'orphelin selon toutes les affirmations des saintes Ecritures.

 

Comme Dieu, donc, il est touché par les larmes de la veuve qui n'a plus personne pour l'aider, pour parler avec elle, pour la réconforter.

 

Comme le dit en grec le verset 13, il fut bouleversé jusqu'aux entrailles. Il ressentit en lui ce que les entrailles d'une mère ressentent lorsqu'elle perdent leur fils unique.

 

Autre traduction proche du grec: Jésus dit au jeune homme "réveille-toi" ! Réveille-toi du sommeil de la mort. Ce verbe sera choisi pour dire: "ressuscite", reviens à la vie, reprends conscience, deviens un éveillé.

 

Aussitôt, le jeune homme "s'assit", "se mit à parler": deux attitudes significatives de celui qui entretient une relation avec ses proches.

 

Et enfin "Jésus le donna à sa mère": il le lui remit, il restaura sa relation de fils chargé d'honorer sa mère et de lui venir en aide.

 

*

 

Jésus agit à la fois comme Maître de la Vie et comme Fils d'humain semblable à nous, compatissant, miséricordieux, attentif aux détresses des femmes et des mères.

Luc est le seul à rapporter cet événement significatif tout comme il rapporte la proximité d'un groupe de femmes avec Jésus.

et le groupe de femmes de Jérusalem

quand lui-même franchira les portes de la ville

en portant sa croix.

 

 

7, 36 à 8, 3

 

L'audace de Jésus !

Non par inconscience naïve mais par fidélité à la Vérité des personnes.

-

Quelle audace d'accepter les gestes de cette femme ! Même aujourd'hui, où nous acceptons l'inhabituel, quelle personnalité accepterait un comportement similaire ?

 

Quelle audace de comparer ces gestes de respect, d'affection et de conversion aux attitudes distantes de celui qui l'a invité à table !

 

Quelle clarté dans l'enseignement proposé à tous !

- L'essentiel réside dans la décision de faire la lumière sur soi-même et ses erreurs ou fautes ou péchés (en hébreu pécher c'est d'abord manquer la cible qu'on visait).

- Le principal commandement c'est d'aimer Dieu et son prochain. Une existence sans cet amour est un comportement vide et creux.

- C'est aux fruits qu'on doit juger la qualité de l'arbre. Si quelqu'un se met à aimer vraiment, c'est qu'il a vraiment compris ce que Dieu demande, y compris dans le Judaïsme.

 

Aujourd'hui encore, celui qui se met à aimer vraiment prouve qu'il a compris ce que Dieu attend depuis toujours, ce que le Christ attend de ceux qui prétendent être ses disciples fidèles.

 

 

Celui qui aime peu pense probablement qu'il est parfait et qu'il n'a rien à se faire pardonner. Celui qui a conscience d'être faible et pécheur est sans doute plus proche de la Vérité.

 

Ne pas confondre cette femme pécheresse avec la soeur de Lazare et de Marthe, MARIE, qui honore Jésus en lui versant du parfum de grand prix à Béthanie (Jean 12 )

*

 

Jésus et le monde féminin

Luc mentionne ici la présence d'un certain nombre de femmes dans l'environnement immédiat de Jésus. Sera mentionnée également la Mère de Jacques et Jean, épouse de Zébédée.

Et d'autres présentes au pied de la croix ou au matin de la résurrection sans compter les femmes de Jérusalem qui pleurent sur Jésus portant sa croix en sortant de Jérusalem.

En plus des Douze, en ajoutant Marie, mère de Jésus, on arrive à un nombre presque aussi important de femmes que d'hommes autour de Jésus, depuis la Galilée jusqu'à Jérusalem. Jésus innove radicalement pôur son époque.

 

 

9, 1-6

 

Jésus fait confiance à cette poignée d’hommes. Ils marchent avec lui depuis quelques mois. Ils l’ont écouté, questionné. Ils l’admirent.

Et les voici choisis, sélectionnés, embauchés.

Pas question de salaire, de CV, de statut, d’examen. Seulement la bonne volonté dont témoigne leur fidélité à écouter l’enseignement du Christ. Et donc un premier essai : une sorte de stage, d’immersion dans la peau d’un annonceur de Bonnes Nouvelles pour qui voudra bien les accueillir.

Leur message ? Celui que Jésus essaie de transmettre depuis qu’il a quitté son atelier de charpentier à Nazareth. Il tient en peu de mots : Dieu désire que vous soyez en bonne santé, heureux, pacifiques, ouverts les uns aux autres. Faites confiance à cette Bonne Nouvelle et beaucoup de choses vont changer dans votre vie. Vous ne serez plus d’abord préoccupés d’argent, de succès, de pouvoir. Vous ne serez plus rongés intérieurement par des dépendances qui vous découragent.

 

Ce message est absolument gratuit. Vous n’avez pas à l’acheter. Vous n’aurez pas non plus à le vendre.

 

Ce message est à saisir maintenant. Laissez-vous toucher. Ne dites pas « bof ! ». Ne soyez pas des blasés.

Et cette douzaine d’hommes, disciples de Jésus, s’en vont, en mission selon les orientations qu’ils acceptent. Ils se sentent appelés, choisis, envoyés. Ils ne s’installent pas : ils partent, allant de village en village, mangeant ce qu’on leur donne à manger. Mis à la porte ou injuriés, ils restent confiants, sachant que ce n’est pas eux qu’on récuse mais la Parole venant de Dieu.

Douze hommes libres, détachés de ce qui faisait leur vie et leur profession jusqu’à présent. Douze hommes à l’essai pour annoncer un message inédit.

Ils vont revenir dans quelques jours. Ils raconteront avec émerveillement l’accueil des gens très simples, et les refus de gens qui ne veulent rien changer.

 

Et si j’étais choisi à mon tour, pour un essai, pour un engagement de disciple missionné ? Quelle serait ma réaction ? Bof ? Joie ? Enthousiasme ? Refus ?

Bonne question pour aujourd’hui.

 

9, 10 à 17

Les nourritures qui font vivre

 

- Ce sont d'abord les paroles et enseignements de Jésus. Les secrets du bonheur: les raisons de vivre, les réalités importantes. A écouter, accueillir et mettre en pratique.

 

- Les guérisons dont les humains ont besoin pour ne pas rester paralysés par de multiples peurs.

 

- Sans oublier la nécessité quotidienne de se nourrir et donc d'avoir quelque chose à manger.

 

- Ceci implique la cohésion entre tous. Jésus le rappelle: "donnez-leur vous-mêmes à manger". Préoccupez-vous des faims qui tourmentent les gens: faims matérielles, faims spirituelles.

 

- Que chacun apprenne le partage, la mise en commun du peu qu'il a.. Cela peut faire des miracles !

 

- Lorsque le Christ constate nos faims, y compris très matérielles, il ne reste pas insensible. Il intervient, mais pas seul. Il implique ses apôtres et disciples en les amenant à donner et redistribuer ce qu'ils ont eux-mêmes reçu de lui.

 

- Lorsque tout le monde applique cette solidarité, la faim est éradiquée. Chacun peut manger à sa faim.

 

- Et puisqu'alors il en reste encore pour d'autres, il faut apprendre à ne rien gaspiller afin que ceux qui manquent encore de l'essentiel puissent accéder à leur part des biens de ce monde.

 

Ce récit de Luc doit être lu avec toutes ces applications en filigrane et comme une invitation toujours actuelle à nous préoccuper de toutes les faims qui marquent malheureusement encore une grande partie de la population mondiale.

 

 

9, 18-24

Jésus consulte ses disciples pour savoir ce que les foules pensent de lui; Mais il les interpelle pour savoir ce que chacun d'eux pense de lui.

 

Aujourd'hui aussi, nous enquêtons périodiquement pour connaître les opinions sur Jésus. Globalement, d'ailleurs, elles sont positives, et même très positives. Jésus a bonne réputation.

 

Mais nous devons sans cesse nous demander ce qu'est le Christ pour nous: quelle influence il exerce sur nos choix, nos engagements, nos prises de position en politique, dans la vie sociale, face aux grandes questions agitées à travers les medias.

 

**

 

Comprenons bien le sens des mots "Messie" et "vie" dans les affirmations du Christ.

 

La plupart des gens attendaient un "Messie" politiquement engagé pour renverser la domination romaine. Pour éviter la propagation de ce malentendu, Jésus interdit pratiquement d'employer le mot Messie. Il se présente comme un fils d'humain qui sera rejeté par ceux qui ne veulent pas de son message de conversion, de courage dans la compassion, de serviteur des hommes par la Vérité, la Justice. C'est tout cela le Royaume de Dieu dès maintenant.

 

Beaucoup pensent encore aujourd'hui que le mot "vie" désigne le contraire de la mort:. Or Jésus choisit un mot qui désigne d'abord les pensées , les convictions, les valeurs.

 

Il demande à ses disciples non pas de mourir, en renonçant à vivre, mais de vivre en accueillant les convictions de Dieu, les valeurs proposées et vécues par Jésus.

 

Il faut renoncer à certaines de nos convictions trop humaines, trop égoïstes, parfois perverses.

 

Sans quoi nous perdrons notre "âme", le sens de notre existence.

 

"Il n'y a pas de plus grand amour que de donner à ses amis ce qui constitue nos raisons de vivre" afin qu'ils puissent eux-mêmes y adhérer en devenant disciples du Seigneur.

 

Luc 9, 22 à 25

 

Jésus vient de poser à ses disciples la question très personnelle: "Vous, qui dites-vous que je suis?". Ou encore: "Pour vous, qui suis-je?" Simon Pierre a répondu :"Tu es le Christ de Dieu", autrement dit: "Tu as reçu de Dieu une mission à accomplir" (comme les rois, les prêtres, les prophètes qui recevaient une onction (chrisme) d'huile comme signe de consécration à leur mission).

Immédiatement, Jésus ordonne à son petit groupe de fidèles de ne pas employer cette expression. Pourquoi donc? Parce que le mot "christ" évoquait la mission du"messie" et , qu'à l'époque, la plupart des gens pensaient que le "messie" serait un chef politique libérant le peuple de la tutelle romaine. Or Jésus n'a aucunement l'intention de s'engager en politique. Il s'engage résolument dans un combat de type spirituel, humaniste, religieux: il veut libérer les personnes humaines des dépendances psychologiques ou spirituelles qui limitent leur liberté intérieure.

Pour se faire encore mieux comprendre, Jésus ajoute que, loin d'être un brillant libérateur populaire, il sera récusé, rejeté, condamné à mort par les hautes Autorités religieuses de son peuple. Loin de s'imposer, il sera mis en échec. Ces expressions, ces annonces, Jésus les répètera désormais périodiquement, jusqu'à leur réalisation.

On peut imaginer le choc ressenti par les disciples, sa garde rapprochée, qui espèrent bien participer aux futurs succès de leur leader, en obtenant des places importantes dans le gouvernement qu'il constituera. N'est-ce pas ainsi qu'aujourd'hui encore beaucoup se comportent ?

Jésus ajoute un avertissement capital: si vous gardez cette perspective de succès, si vous persistez à désirer le pouvoir, vous vous trompez lourdement. Je ne suis pas le leader que vous imaginez. Je ne suis pas venu pour vivre en seigneur mais en serviteur: je le sais, et je l'ai accepté intérieurement.

Vous, de même, si vous voulez marcher avec moi, faire partie de mes fidèles, attendez-vous à être critiqués, rejetés, condamnés. Renoncez à vos désirs de puissance, à votre amour des honneurs. Mettez-vous à mon école, venez à ma suite. Recherchez les valeurs durables, celles qui peuvent améliorer les humains sur le long terme.

Une phrase à l'emporte-pièce résume alors la pensée de Jésus: si vous voulez sauver votre existence, acceptez de perdre, dans un premier temps. Si vous le refusez, vous perdrez tout. Vous passerez à côté du sens de votre existence. Acceptez de prendre des risques, à ma suite et comme moi; alors, au total, en fin de compte, vous gagnerez. Vous et ceux qui feront comme moi. La croix, celle que vous n'aurez pas choisie, vous la porterez certainement. Acceptez-la et alors elle ne sera pas la fin de votre vie, elle en constituera un moment pénible mais après l'avoir traversée - comme une sorte de mort- elle vous introduira dans la Vie plénière et durable. Vous aurez vraiment gagné.

Jésus, rends-nous lucides sur les valeurs qui nous mobilisent. Et si nos valeurs sont le pouvoir, le succès, l'approbation de notre "public", fais-nous comprendre qu'il s'agit là de valeurs non durables, provisoires, volatiles qui feront de notre existence un gâchis.

Dès maintenant fais-nous adhérer aux valeurs les meilleures, durables, épanouissantes, éternelles. Pour nous y engager à ta suite dès maintenant. Et merci de vous avoir avertis clairement.

 

 

Quelques précisions sur la traduction des mots grecs choisis par Luc

(Profession de foi demandée aux disciples)

20 Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Pierre prit la parole et dit : « Le Christ de Dieu. »

21 Mais Jésus, avec autorité, leur défendit vivement de le dire à personne,

enseignement de Jésus sur son rejet

22 et déclara :

« Il faut (il est inévitable, il convient)

que le Fils de l’homme

souffre beaucoup,( nombreuses souffrances...)

qu’il soit rejeté ( récusé, repoussé )

par les anciens, les grands prêtres et les scribes, (autorités officielles religieuses)

qu’il soit tué, (mis à mort)

et que, le troisième jour, il soit réveillé (du sommeil de la mort). »

 

23 Il leur disait à tous :

« Celui qui veut ( désire, décide de..) marcher ( aller) derrière moi,

qu’il (renonce à lui-même),qu'il se renie lui-même

qu’il porte (prenne) sa croix

chaque jour ( jour après jour)

et qu’il m'accompagne (acolouthein , me suive.)

 

24 Car (en effet)

quiconque voudrait

sauver son âme (psychè, sauver lui-même sa propre âme, pensée, sa vie)

la perdra ;

quiconque perdrait son âme (consentirait à risquer son âme, à renoncer à ses pensées)

à cause de moi

la sauvera.

 

25 Quel avantage ( profit ) un homme a-t-il à gagner le monde entier,

s’il se perd ou se ruine (se dépouille ) lui-même ?

 

26 Quiconque aurait honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire, la sienne, celle du Père et des saints anges.

 

27 Je vous le dis en vérité : quelques uns qui sont ici présents ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le royaume de Dieu. »

 

Transfiguration de Jésus, anticipation de sa Résurrection

28 Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier.

29 Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre

 

 

 

9, 28 à 36

 

Les grandes "manifestations" de Jésus sont:

le baptême, la transfiguration, la passion, la résurrection

Les lieux : Jourdain, Montagne, Golgotha, Jardin de la résurrection

Les éléments : Eau, Lumière, Ténèbres, Gloire

Ainsi se laisse percevoir La Parole Incarnée de Dieu.

***

Luc souligne

1. le lien qui relie la transfiguration et l'adhésion à sa personne dont il vient de parler (v 23-27)

 

2. l'union entre la prière et le rayonnement spirituel, notamment celui du Visage.

 

3. les éléments de la Première et de la Seconde Alliance: Dieu parle toujours en premier, il garde le dernier mot ( Elie ) - Dieu détermine les lignes de conduite à suivre ( Moïse, celui a reçu et retransmis le décalogue que nous appelons les Dix commandements).

 

4. Jésus récapitule tout ce qu'est Yahvé. Il est le Visage, la Lumière, la Parole de Dieu. Sans cesse en relation avec le Père, LE Fils, celui qu'Il a choisi pour se faire entendre et comprendre.

 

5. Les attitudes principales demandées aux disciples: - être avec Jésus, l'accompagner, - témoigner de son rayonnement (sa Gloire, son poids, sa valeur) lorsque celui-ci n'est plus visible, pire, contredit par le mépris dont les autorités religieuses vont l'entourer durant la passion.

 

***

Peu nombreux furent les disciples qui virent Jésus transfiguré ou ressuscité.

La foi ne s'impose pas comme une vision éclatante: elle est adhésion et confiance intérieure.

 

9, 51 à 62

Le moment est dramatique. Jésus sait qu'il va être violemment rejeté, retranché du monde des fidèles à la religion de son peuple.

Au même moment, les fils de Zébédée réagissent avec violence intérieure contre des gens de Samarie. Jésus les désapprouve. Il choisit la non-violence, quoi qu'on lui fasse. Et il s'y tiendra jusqu'au bout.

**

 

Non violence ne signifie ni mollesse, ni lâcheté mais plutôt courage et fermeté.

Et Jésus avertit ceux qui veulent marcher avec lui.

Choisir d'être disciple, c'est

- choisir de faire vivre en annonçant la Bonne Nouvelle de la Vie

- regarder l'avenir à susciter et non pas évoquer le passé

- se détacher de ce qui n'est pas indispensable matériellement pour garder la liberté d'annoncer l'indispensable spirituellement.

 

*

Ces trois discernements de Jésus s'appuient sur sa pratique personnelle. Nous en avons l'assurance.

Nous sommes invités à y adhérer dans nos engagements de chrétiens. Ne les réservons pas à quelques-uns qui devraient être les champions de courage, de priorité à l'avenir et à la liberté intérieure.

Jésus parle pour chacun de ceux qui veulent se comporter en vrais disciples.

 

 

 

 

Luc 10,1 à 9

 

Savourons les nuances de cet envoi en mission.

Soixante dix disciples de Jésus: comme jadis les collaborateurs de Moïse. Luc a déjà mentionné l'envoi des Douze Apôtres (Lc 9). Envoyés deux par deux: pas de solitaires mais des témoins solidaires.

Ils précèdent la venue de Jésus, la préparent; c'est lui qui compte et non pas eux.

Ils partent moissonner, et non pas semer; récolter ce que d'autres ont semé; bénéficier du travail de leurs prédécesseurs, prendre leur place dans la chaîne des ouvriers: il y en eut avant eux et il y en aura après eux. Ils doivent se tenir à leur juste place.

La moisson est mûre, abondante, les conditions sont favorables. Bonheur annoncé.

Un problème cependant: ils sont trop peu nombreux, débordés, minoritaires.

Une demande permanente: prier pour que le Maître de la moisson envoie plus de moissonneurs. Mais c'est Lui le Maître: il décide comme il l'entend. Partir à la moisson sans commencer par se plaindre ou critiquer.

S'attendre à rencontrer de la résistance, de l'opposition, de la critique, du rejet. Rester zen: le refus concerne le Maître et non pas l'ouvrier. Ne pas insister exagérément, ne pas s'imposer, ne pas devenir agressif, inopportun ou violent. Mais nommer clairement le refus. Et s'éloigner, sans rien emporter de ce qui appartient à ceux qui refusent, même pas leur poussière: c'est le Maître de la moisson qui jugera en finale et sanctionnera avec justice et miséricorde.

Puisque la moisson est mûre et n'attend pas, ne pas perdre de temps en vains débats. Aller droit au but, à l'essentiel du Message.

Ne pas s'encombrer de choses inutiles, de prévisions à long terme: l'avenir appartient au Maître de la moisson: tu n'es qu'un modeste intervenant.

Qu'y a-t-il à moissonner ? Ni argent, ni succès, ni pouvoir, mais des personnes qui sont mûres pour progresser, devenir plus heureuses, désireuses de renoncer à leurs maux ou à leurs détresses.

Deux réalités sont importantes

- annoncer la paix, la paix d'une bonne conscience, la paix des relations, la fin des discordes ou des divisions inutiles.

- guérir les blessures, faire oeuvre de thérapeute; redonner courage aux asthéniques (c'est la bonne traduction des mots grecs).

Que rapporte ce travail? Aucun enrichissement matériel, mais des moyens de subsistance: c'est normal, l'ouvrier mérite salaire. Mais il ne fera pas fortune.

Quelles conditions faut-il remplir? Etre disciple du Christ, être disponible, se sentir appelé et accepter en toute liberté.

Très concrètement aujourd'hui: apprécier d'être chrétien et penser que d'autres attendent une guérison, une libération, un dynamisme spirituel, un vrai bonheur de croire et vivre.

 

Je m'adresse à toi, Maître de la Moisson humaine. Je suis disponible pour cette moisson, au moins là où je vis. Fais-moi signe. Maintenant ou demain. Fais que jamais je ne laisse passer cette chance de faire oeuvre utile là où tu veux appeler à la foi et à la joie de l'évangile

 

10, 1 à 20

Jésus ne réserve pas la mission aux Douze apôtres. Il l'étend aux disciples.

Et à beaucoup d'entre eux .

*

Tous les "ouvriers" du Seigneur sont invités à

 

- aller vers les autres, au lieu d'attendre que les autres viennent à eux,

 

- prier pour que soient plus nombreux ceux qui acceptent de travailler pour l'oeuvre de Dieu, c'est-à-dire la proposition et l'accueil de la foi,

 

- garder une âme respectueuse de l'autre sans riposter au mal par le mal,

 

- faire prendre conscience que le royaume de Dieu se propose ainsi à tout le monde un jour ou l'autre: chacun garde la liberté d'accueillir ou de refuser. Dieu ne vole à personne la liberté.

 

- sans s'imaginer que les refus de croire ou l'accueil de la foi sont des réactions vis-à-vis du porteur de message: en réalité, si le messager agit en vrai précurseur de Dieu, c'est Dieu qui est accueilli ou rejeté.

*

 

Bethsaïde:c'était le village d'origine de Simon-Pierre, d'André, son frère, et de Philippe (Jn 1, 44). Ces deux portent des noms grecs, Andreas et Philippos. C'est à eux que s'adressent des Grecs qui veulent voir Jésus le jour des Rameaux (Jn 12, 22)

Capharnaüm, ce fut le village où s'installa Simon-Pierre et où Jésus fit de nombreux séjours chez lui.

*

 

En réalité, les messagers sont témoins d'adhésions merveilleuses ou de refus spectaculaires..

Et le Christ les invite à un discernement: accordez priorité non pas à ce que vous estimez "vos" réussites ou "vos" échecs mais à la façon dont vous-mêmes, personnellement, vous vous attachez plus radicalement au Seigneur que vous annoncez.

*

 

Voyons d'abord l'Esprit de Dieu à l'oeuvre chez les autres et en nous.

Soyons fidèles à servir et à proposer ce qui peut faire grandir les autres selon Dieu.

Ne nous comportons pas en propagandistes.

Et laissons à Dieu le jugement final sur la façon dont les humains accueillent ou refusent son Dessein bienveillant.

 

10, 25 à 37

Quel génie pédagogique du Christ !

Partant d'une question piégée il conduit son interlocuteur à deux évidences:

- toute la Religion tient en deux commandements : Aimer Dieu, aimer son prochain.

- et l'amour se mesure aux actes qu'on fait au bénéfice de ceux qu'on rencontre sur son chemin (et non pas aux belles déclarations d'amour envers ceux qu'on ne rencontrera jamais), spécialement ceux qui sont abîmés, cabossés, délaissés, blessés.

 

L'humanité entière ne peut pas être mon prochain: trop, c'est trop !

C'est à moi de me rendre proche

de ceux que les événements placent sur ma route, font entrer dans mes relations,

particulièrement lorsqu'ils sont en situation de besoin, blessés, méprisés, rejetés

*

Jésus ponctue ces deux évidences par un unique principe:

" Fais ceci et tu vivras...Va et fais de même"

*

Au passage, Jésus ose une comparaison entre le Samaritain donné en modèle - et deux ministres du culte qui ne mettent pas en pratique ce qu'ils doivent enseigner dans leur ministère.

 

*

Imaginons, comprenons bien que Jésus ose donner en modèle un piètre "catholique" - et tacler un super catho.

Parce que l'habit ne fait pas le moine. Parce que les bons fruits signalent les bons arbres. Parce que certains loups se déguisent en agneaux.

 

10, 38 à 42

Deux lectures possibles ?

 

L'une fondée plutôt sur la traduction latine de "optimam partem".:Marthe en fait trop, elle s'agite. Jésus lui en fait la remarque: une seule chose suffit (on peut se contenter d'une seule chose, de l'essentiel d'un repas ?). Marie a choisi "la meilleure part" , elle ne lui sera pas enlevée. Certains commentaires y voient une opposition entre l'action et la contemplation, celle-ci étant la meilleure part, la plus sainte

*

Autre version, plus fidèle au grec: Marie a choisi la "bonne part". C'est la traduction la plus courante parmi une vingtaine en français.

Marie écoute la Parole du Seigneur, elle s'en nourrit. Elle a choisi la réalité fondamentale pour bien vivre. Parce que la relation au Seigneur est la bonne attitude tout au long de l'existence.

Bien sûr, il faut agir, accomplir les travaux indispensables: mais sans leur donner priorité, sans se laisser emporter intérieurement par la préoccupation du vêtement, du manger, de l'apparence.

Le juste choix réside dans ce calme intérieur qui permet d'être sans cesse branché sur le Guide intérieur.

*

Lorsque les deux soeurs pleurent Lazare, c'est Marthe qui dialogue avec Jésus: et c'est à elle qu'il révèle "Je suis la Résurrection et la Vie". ( Jean 11)

*

N'opposons donc pas les deux soeurs.

Ne choisissons pas l'une comme si elle était supérieure à l'autre.

*

Par son récit, Luc nous fait comprendre symboliquement que le sens de l'existence se découvre dans l'attention au Seigneur, à sa Parole, et sa mise en oeuvre dans la vie quotidienne et les relations avec les autres..

Aimer Dieu de toutes ses forces et son prochain comme soi-même: voici les deux grands commandements, l'Amour envers Dieu étant inséparable de l'amour pour les autres

 

 

 

 

 

 

11, 1 à 4

« Jésus priait, un jour, en un certain lieu ». Façon de dire que Jésus priait régulièrement, tous les jours, ici ou là. C’était un homme de prière. Les disciples l’observaient. Comment était-il lorsqu’il priait ? Assis ? Marchant ? Prosterné ? Toutes les attitudes sont bonnes pour prier. Toutes les heures du jour et de la nuit sont bonnes.

 

Les proches de Jésus sont impressionnés. Ils voudraient bien savoir prier. Comme lui. Et ils osent lui demander comment il fait.

 

Et Jésus répond.

- Pour commencer, pensez que c’est à un Dieu Père que vous vous adressez. C’est avec lui que vous essayez d’entrer en relation : comme des fils, en confiance, en direct. Dès que vous êtes intérieurement en connexion avec lui, le contact est établi puisque lui, le Père, il est toujours branché, à votre écoute. Il n’attend que cela. Il s’intéresse à vous.

- N’oubliez jamais que vous n’êtes pas tout seuls au monde. Dieu s’occupe de tout le monde. Alors, parlez-lui « au pluriel » : notre Père. Pensez à ceux et celles que vous connaissez, avec qui vous vivez. Même s’ils ne sont pas croyants. D’ailleurs, qu’en savez-vous s’ils ne sont pas croyants ? Peut-être qu’eux aussi sont en relation avec Dieu ? A leur façon, à leur rythme, avec leurs mots, pas les mêmes que les vôtres. Regardez bien les hommes et les femmes de ce temps : il y en a des millions qui prient, peut-être plus et mieux que vous. Entrez dans cette prière des hommes et des femmes de ce temps. Vous n’êtes pas une exception.

- Tout naturellement, puisque vous n’êtes pas le centre du monde, sortez un peu de vous. Adoptez les désirs de Dieu. Désirez ce que Dieu désire. Aimez ce qu’il aime. Sa volonté est bienveillante, extrêmement sainte, la meilleure de toutes les volontés depuis des siècles et pour les siècles. Désirez donc en tout premier lieu que Dieu soit reconnu pour ce qu’il est et non pas bafoué, injurié, traité de tous les noms, méprisé.

- Et demandez que sa volonté soit faite. Sa volonté centrale ? Que tous les humains aient de quoi manger : qu’aucun ne périsse de faim. Que chacun fasse ce qu’il peut pour que ses proches aient de quoi vivre, se loger, s’habiller. Pour qu’il en soit ainsi au-delà de ses proches, pour les gens de tous les horizons. Que tous les hommes aient une vraie nourriture pour leur esprit, pour leurs pensées, pour leur cœur, pour leurs affections.

- Une demande capitale : accepter de pardonner pour être pardonné. Ne pas se laisser emporter dans les tentations de violence, de mépris, de haine.

 

Prier ainsi, dire et redire la prière de Jésus, ça demande peu de temps.

On peut prier vraiment une minute par jour (mais c’est vraiment un minimum ! Le fais-tu déjà ?) On peut aussi prier pendant des heures, y compris en circulant, parfois en faisant des travaux qui n’occupent pas complètement notre esprit.

On devient alors, comme Jésus, un être de prière.

 

11, 1 à 13

 

L'exemple de Jean le Baptiste et celui de Jésus suscitent la prière.

*

Jésus livre le schéma de toute prière.

- On s'adresse à Dieu comme au Père universel. La prière ne nous isole jamais car elle nous unit à Celui qui est constamment attentif à tous les humains.

- On demande que les humains tiennent compte de Dieu, non pas d'abord pour la Gloire de Dieu mais parce que les humains s'épanouissent lorsqu'ils reconnaissent la sainteté de Dieu, et le prennent comme Guide spirituel.

- On demande pour tous, et non pas égoïstement chacun pour soi,

* la nourriture quotidienne indispensable, matérielle et spirituelle-

*le courage de s'ouvrir au pardon, reçu, offert et donné

*la certitude que Dieu ne nous expose pas aux épreuves.

**

Jésus invente une comparaison pour nous inviter à prendre des initiatives dans la prière: demander - chercher - solliciter.

Et quand nous nous adressons à Dieu , et lorsque nous nous adressons à nos proches.

**

L'audace et la confiance sont toujours gagnants.

Avec Dieu, évidemment, lorsque nous lui demandons un peu de son esprit,.

Avec nos proches, puisqu'ils ont toujours un coeur capable de les ouvrir à la générosité.

**

Instruits par cet enseignement et cet exemple du Christ, passons aux actes. Prions chaque jour, au moins en disant, ou mieux, en méditant le "Notre Père".

Et, si possible, en passant un moment avec notre Père : peu importe le lieu - dans le silence ou dans le bruit de la foule - quelle que soit la durée de ce coeur à coeur avec Dieu. Ce temps passé avec le Père Universel changera notre manière de vivre le temps présent.

 

 

12, 8 à 12

 

 

Je retiens des paroles de Jésus trois convictions.

 

1. Celui qui choisit de faire confiance au Christ pour conduire sa vie ne sera jamais déçu. Le Christ se fera son témoin en toutes circonstances, dès maintenant et y compris lors du jugement final (devant les anges de Dieu).

Celui qui renie sa foi sera renié: mais l'exemple de Pierre, qui renia Jésus par crainte pendant la passion, montre que le reniement est pardonné dès qu'on revient vers lui.

 

2. Toute personne humaine dit un tas de choses chaque jour. Elle peut, à certaines heures, dire de choses non fondées sur Dieu, sur le Fils de l'homme, sur la religion, etc. Toutes ces paroles irréfléchies peuvent être pardonnées.

Par contre, celui qui dira et maintiendra des affirmations mensongères contre l'évidence, alors qu'il sait clairement qu'il est en train de soutenir des idées contraires à l'objectivité, il ne lui sera pas pardonné, tant qu'il persistera dans cette attitude perverse. Par exemple, dire que Jésus est un démon, un être profondément mauvais, alors que tout son comportement prouve le contraire, et qu'on en a l'évidence, c'est cela le blasphème contre l'Esprit Saint. Aucun pardon ne peut effacer la mauvaise foi : celle-ci doit d'abord être reconnue pour être pardonnée.

 

3. Et enfin, dit Jésus, restez paisibles intérieurement quand on vous pose des questions en vous menaçant, en vous traînant devant des autorités humaines ou religieuses dont les intentions sont mauvaises à votre égard. Ne soyez pas perturbés. Ne tremblez pas, même si vous ne savez pas ce qu'il faudrait dire pour vous justifier. Ne stressez pas: au bon moment, vous direz ce qu'il convient de dire: l'Esprit de Dieu vous éclairera.

 

Trois convictions qui sont autant de raisons de faire toujours confiance, dans la paix intérieure. Dieu veille. Croyez-le.

 

 

 

 

12, 13 à 21

 

Une fois encore Jésus part d'un fait concret pour développer sa pensée, ici, sur l'absence de sagesse que peut entraîner la richesse.

 

Les discordes naissent souvent des héritages, ces biens qui ne nous ont coûté aucune peine. Ces cadeaux peuvent nous pourrir l'existence et briser des familles.

 

Pour éviter cette attitude stupide Jésus invente une petite histoire facile à comprendre mais qui devrait faire mouche.

La gestion des biens occupe l'esprit: ce qui est normal. Elle demande un vrai travail de prévision, de prudence, d'imagination, ce qui est encore normal.

 

Mais si notre seul horizon est envahi par ce travail, si nous en perdons la tête, si nous en venons à penser que le but de la vie consiste à gérer, à travailler, à accumuler des avoirs pour en jouir personnellement, alors nous devenons des "insensés": nous perdons le "sens" de l'existence.

 

Ne serait-ce que pour une raison: notre vie étant éphémère, le fruit de notre travail sera dépensé par d'autres qui en profiteront peut-être bien mal, par exemple pour se disputer ou pur se laisser envahir par l'avidité matérielle.

( Lire le livre de l'Ecclésiaste sur ce genre de stupide attitude).

 

Amasser pour soi-même, c'est faire un mauvais placement.

Amasser pour partager, pour améliorer la vie d'autres personnes, pour aider ceux qui sont vraiment dépourvus, telle est la "sage attitude" aux yeux de Dieu.

 

Facile à comprendre !

 

Joie pour ceux qui décident de faire confiance à la divine Sagesse du Christ.

 

12, 32 à 48

 

Jésus invite chacun à examiner son rapport aux biens.

- Il s'adresse au petit troupeau de ceux et celles qui lui font confiance.

- Tenez compte des valeurs durables et impérissables. Choisissez un bon placement. La meilleure "banque', c'est la banque céleste: celle qui ne fait jamais faillite, elle réside dans le coeur de l'humain branché sur Dieu. On accède à cette banque dès la vie terrestre, dès qu'on choisit les valeurs éternelles.

- Tout le bien que vous faites aux autres les enrichit et vous enrichit. On ne s'appauvrit jamais en donnant.

*

Vivez comme des Sages, des gens "éveillés", toujours attentifs aux réalités essentielles. Le Seigneur est en approche: il vient vous guider: ne prenez pas le risque de passer à côté de sa venue en vous investissant dans des occupations de moindre importance.

*

Vous êtes tous comme des serviteurs ayant une mission à remplir. Oui, Tous ! Il n'y a pas deux catégories de disciples: ceux qui auraient tout à faire et ceux qui n'auraient rien à faire. Le Monde a besoin de chacun.

Cherchez donc à comprendre ce que les autres attendent de vous. Essentiellement que vous mettiez vos capacités au service des autres et non pas seulement au service de votre réussite.

 

Et accomplissez votre tâche, professionnelle, familiale, conjugale, éducative, spirituelle, ecclésiale.

Ne choisissez ni la futilité, ni l'absentéisme, ni la paresse, ni la fuite. Et surtout, ne pervertissez pas votre mission: un jour, vous devrez en rendre compte.

*

Les missions sont aussi variées que les personnes. Une seule règle semble tout régir: plus on a reçu, plus on doit donner. Mieux on a compris, mieux on doit faire. Le plus mal jugé sera celui qui a compris ce qu'on attendait de lui et qui n'en aura rien fait.

 

Tout cela est d'une étonnante sagesse,

celle que Jésus pratiquait, celle qu'il conseille à tous ses disciples.

 

 

 

 

12, 39 à 48

 

Bien faire chaque jour ce qu’on a à faire, voilà une belle façon de vivre. Une belle façon d’être en relation avec celui qui nous a confié cette tâche. Celui que Jésus appelle Dieu.

 

Car c’est Dieu qui a demandé aux humains de maîtriser l’univers, de cultiver le jardin qu’est la planète terre, de vivre en couple et de s’aimer, de mettre au monde des enfants et de les élever jusqu’à ce qu’ils soient capables, à leur tour, d’entrer dans le grand dessein de Dieu pour le monde.

 

Aucune action humaine n’est étrangère à cette perspective. Accomplir cette tâche, en ayant conscience qu’elle nous a été confiée par Dieu, c’est être fidèle, veiller, attendre, préparer le royaume de Dieu.

 

Mais si on dénature le service à accomplir, si on essaie de le retourner contre Dieu et contre les autres, si on se comporte en mauvais maître de maison, en mauvais père ou mère de famille, en laissant en jachère le jardin à cultiver, en cassant ce que la nature nous offre, en vivant n’importe comment : alors viendra le jour où nous serons jugés, condamnés.

 

Vivre comme des personnes conscientes et responsables, c’est agir au mieux et pour le bien commun. C’est imaginer et mettre en oeuvre ce qui fait du bien à tous. C’est respecter la vie, la santé, la croissance, le développement durable.

 

Pierre a demandé si ce genre de parabole était valable seulement pour lui ou pour tous ? Evidemment, Jésus pensait à tous les humains, puisque la création a été remise par Dieu à l’ensemble des humains. Mais ceux à qui on confie la responsabilité des autres sont tenus, encore plus que les autres, d’y penser, de veiller, d’accomplir fidèlement sa mission.

 

Aujourd’hui, essayez de voir comment tout ce que vous allez faire, met en valeur la création et développe les valeurs que Dieu aime. Vous serez surpris de comprendre à quel point votre vie et vos occupations ne sont pas neutres. Et vous vous aimerez, et vous aimerez la place que vous occupez dans l’histoire de l’humanité et de la création.

 

12, 49 à 59

 

Jésus n'apporte pas la guerre qui détruit en imposant la soumission à l'adversaire. Mais sa présence vient bouleverser les consciences. Elle allume un feu au plus profond de chacun.

Elle opère des discernements, elle lance des débats, elle impose des prises de position, elle conduit à des discernements parfois douloureux.

Dans une même famille, les débats sur la foi peuvent provoquer des divisions. Jésus l'a observé de son vivant: il n'a pas eu que des amis, il a vu grandir la décision de le faire disparaître.

*

Il en témoigne. Tout cela est pour lui comme un "baptême de feu".

Il avertit donc ses disciples qu'il en sera ainsi pour eux. Et pourtant, la question de la foi demeurera posée à toutes les générations, à chaque personne. La réponse de foi entraînera une vraie paix intérieure chez ceux qui croiront, une lumière éclairant le sens de la vie.

 

**

C'est pourquoi chacun doit scruter les signes permettant de comprendre les choix à faire et les directions à suivre. Il y en a: mais il faut les observer, s'y intéresser. On le fait bien pour les réalités météorologiques, chaque jour, presque à l'excès. Pourquoi ne pas le faire pour des réalités bien plus importantes ?

 

De même quand il s'agit de trouver des solutions aux conflits. Pourquoi ne pas les aborder avec sagesse, intelligence, sens des réalités ?

Qu'il s'agisse de conflits culturels, religieux, politiques, sociologiques !

L'observation du quotidien prouve que les humains, bien malheureusement, manquent souvent d'intelligence pour en finir avec les conflits qu'ils suscitent !

 

13, 1 à 9

Jésus vient de faire un reproche: "Pourquoi ne jugez-vous pas par vous-même de (ce qui est) juste?"

 

Séance tenante, il fait deux discernements concernant l'actualité.

L'opinion courante affirme que tous les malheurs ont des péchés pour origine : parce que Dieu passe son temps à surveiller les humains en les punissant immédiatement dès qu'ils lui désobéissent.

 

Cette opinion est fausse et totalement injuste vis-à-vis de Dieu. Notons en passant que Pilate, lui, punissait de mort même des non-coupables: il le fit en Galilée et récidivera envers le Juste par excellence, Jésus.

 

Décision beaucoup plus fondée: vous, les humains, changez vos façons de pensée et vos comportements, autrement dit "convertissez-vous", laissez-vous transformer . Sinon, c'est votre refus de changement qui vous perdra.

 

**

Quand tout va mal, aujourd'hui, l'opinion cherche d'abord des responsables coupables. Et, quand elle les a nommés, elle oublie et passe à autre chose.

Elle invite rarement à réfléchir, à faire un discernement, à suggérer des "conversions".

 

Jésus, par contre, ne dénonce pas, ne condamne pas, ne décourage pas. Il invite à mieux faire.

Avec Lui, on peut avancer sur la route de la Sagesse et de la Lumière.

Luc relie cet enseignement de Jésus à la montée de Jésus vers Jérusalem où il sera rejeté.

 

- On lui pose une question sur le nombre de ceux qui seront sauvés. Il répond en affirmant qu'il faut s'investir, faire des choix, s'engager car le salut n'est pas automatique. Il faut au moins chercher la bonne porte, détecter le passage relativement étroit qui mène à la Vie. "Car large est la porte et spacieux le chemin qui mène à la ruine; nombreux passent par là" (Mat 7,13).Quiconque se contente de se conformer à la majorité risque fort de se perdre.

 

- Et Jésus ajoute une petite parabole pour susciter la bonne attitude dès maintenant: sans délai cherchez le bon passage vers la Vie. Arrivez à la porte du Royaume avant qu'elle soit fermée.

 

- Jésus énonce alors un principe visant ses compatriotes juifs: si vous pensez que votre appartenance au Judaïsme vous donne l'assurance d'entrer dans le Royaume, vous vous trompez lourdement. L'entrée dans le Royaume est réservée à ceux qui vivent de manière juste aux yeux de Dieu: quelles que soient leur origine ou leur religion, qu'ils soient du nord, du sud, de l'ouest ou de l'est.

 

Par contre, les "ouvriers d'iniquité", ceux qui agissent de manière injuste, n'ont pas de place à la Table du Royaume. Il se lamenteront quand ils comprendront qu'ils ont fait le mauvais choix. Avoir passé quelques moments à proximité du Maître de maison, l'avoir écouté, avoir pris un repas avec lui ne donnera aucun droit d'entrée: seuls compteront le comportement de Juste et la pratique de la compassion et de la miséricorde.

(cf. Luc 10, 25-37, la parabole du bon Samaritain - et Matthieu 25, 31-46, parabole du jugement dernier).

 

Tous ceux qui font partie d'une religion doivent méditer cet enseignement de Jésus. L'appartenance à un groupe religieux n'est pas le premier critère du Salut: les actes quotidiens sont la clé indispensable ouvrant la porte du Royaume.

 

On peut se tromper lourdement, imaginer qu'on est en bonne position pour entrer alors qu'on est en queue de liste !

On peut aussi croire que Dieu ne s'intéresse pas à nous alors qu'il nous juge dignes d'entrer.

 

Ecoutons, Réfléchissons.Discernons. Décidons.

Sans délai.

 

14, 7 à 14

Trois conseils de sagesse spirituelle

 

Jésus observe les défauts courants et propose les moyens de les corriger.

*

Ne choisis pas systématiquement la meilleure place; Attends que les responsables t'offrent la place qui te convient. Sois heureux de cette place. Mais ne joue pas les faux humbles: ils ne sont que des orgueilleux naïfs vite démasqués.

 

*

N'invite pas pour être invité. Ne donne pas pour recevoir. Pratique une bonne part de gratuité. Sois généreux même si personne ne t'en est reconnaissant. C'est ainsi que Dieu agit envers les humains: il donne même à ceux qui ne comprennent pas sa générosité ou qui sont capables de la critiquer.

 

*

 

Mais quand tu es invité, réponds à l'invitation avec empressement et reconnaissance. Ne fais pas attendre celui qui t'invite.

Dieu invite sans cesse tous les humains à prendre place autour de lui, à la même table que lui. Son bonheur est de voir les humains réunis. Différents, côte à côte, réconciliés, capables de se parler, heureux d'être ensemble.

Ne te détourne pas de Celui qui t'invite à la Table de son Royaume. Ne t'isole pas dans ta prétention de ne jamais rien devoir à personne. Ne fuis pas la compagnie de tes frères et soeurs; ils sont aussi dignes que toi de l'invitation du Père Universel.

**

Les applications de ces trois conseils sont innombrables. Elles concernent aussi notre façon d'écouter les suggestions de la conscience, des événements, de nous comporter comme des gens modestes, de ne pas nous croire toujours les meilleurs.

 

14, 25 à 35

 

Luc réunit plusieurs considérations sur l'importance du choix de vivre selon la foi.

 

- Jésus s'adresse à tous, à la foule, et non pas à des spécialistes de la vie parfaite.

- Jésus ose s'identifier à Dieu. Il demande à chaque croyant de le préférer à toute autre personne. Il réclame la première place dans le coeur et l'esprit de chaque disciple.

- Il avertit que ce choix sera lourd à porter dans certaines circonstances: il sera comme une croix à porter courageusement.

- C'est pourquoi il invite tout disciple à bien réfléchir avant de s'engager. Il ne tend pas de piège: il n'essaie pas d'obtenir des adhésions à tout petit prix. Il est honnête. Il avertit.

*

En méditant ces paroles du Christ, pouvons-nous faire le point sur la solidité de notre engagement de chrétien ? Engagement de façade, superficiel ? Engagement sociologique, pour faire comme nos parents ou nos proches ? Engagement conditionnel: OK tant que cela ne gêne pas, ne remet pas en cause nos habitudes ? Engagement sérieux, joyeux, courageux, pris avec la certitude que Dieu et les autres nous soutiendront aux heures difficiles - et qu'à notre tour nous les soutiendrons dans cette marche à la suite du Christ.

 

Le chrétien n'est ni fade, ni masochiste, ni naïf. Comme le sel, il donne de la saveur. S'il venait à manquer, le monde perdrait ce quelque chose qui donne goût à la vie.

 

 

 

14, 25 à 33

 

Partons des deux petites illustrations concrètes pour bien comprendre la pensée de Jésus. Si je veux construire une tour, une maison, je dois d’abord réfléchir, faire un plan de financement. Stupide serait celui qui foncerait tête baissée, sans aucun plan, en commençant tout de suite par mettre quelques pierres les unes sur les autres.

Jésus aurait pu prendre beaucoup d’autres exemples. Pour illustrer cette règle de sagesse : avant de partir, il faut savoir où on veut aller, avant de bâtir il faut savoir ce qu’on veut construire, prévoir les difficultés qu’on peut rencontrer, réfléchir, et finalement décider puis réaliser.

 

A tous ceux qui veulent marcher avec lui, le Christ demande de réfléchir. Il sait que le parcours comportera des passages difficiles. Il sait que les enthousiasmes accompagnent souvent les débuts mais risquent de se refroidir avec le temps. Il sait qu’il faudra faire des choix, accepter des renoncements, affronter des oppositions. Il ne veut prendre personne en traître. Il parle clair. Il souligne donc plutôt les difficultés, non pas pour décourager, mais pur obtenir une adhésion réfléchie, mûrement délibérée.

 

Et cela donne les petites phrases que nous ne devons ni oublier, ni déformer. Le Christ ne demande pas de haïr père et mère, d’abandonner tout ce qu’on possède, de mépriser sa vie, de se clouer sur la croix.

Le vrai sens de ces avertissements, le voici, donné par l’exemple du Christ. ?

Il n’a jamais haï ni méprisé sa mère : mais il ne lui a pas donné priorité.

Il n’a pas porté sa croix pendant trois ans, mais il n’a pas refusé de la porter quand ses ennemis l’ont posé sur ses épaules.

Il n’a pas attenté à sa vie, mais il a choisi de ne pas se rebeller contre la mort injuste et cruelle à laquelle ses adversaires l’ont condamné.

Il a reçu du Père céleste mission de dire aux humains la Vérité, la Justice, l’Amour, les Réconciliations. Et il a été fidèle à cette mission, il l’a accomplie jusqu’au bout, acceptant les humiliations et les rejets que lui ont valus son courage à dire la vérité.

 

 

Par expérience, le Christ sait donc ce qu’il en coûte de vouloir marcher avec lui. Et il avertit honnêtement, vigoureusement, ceux qui décident de le suivre.

 

Nous voici avertis, mais non pas découragés. Car la vie et l’enseignement de Jésus débouchent sur la Vie et la résurrection.

 

Chapitre 15

 

Les convictions de Jésus auxquelles nous avons de la peine à adhérer

 

- Dieu est triste de tout ce qui fait du mal aux humains. C'est pourquoi il est heureux chaque fois qu'il en voit un renoncer au mal et s'ouvrir au bien.

 

- Pour donner à toute personne la possibilité de reprendre la bonne route, Jésus n'hésite jamais à aller vers ceux qui vont mal. Il se met en recherche de ceux qui sont "perdus". Il prend place à la table des pécheurs.

 

- Dieu est un Père attentif au bonheur de ses fils. Il connaît leurs faiblesses, leurs erreurs, leurs torts.

Il sait que ses fils ne font pas confiance à l'expérience des autres. Il sait qu'ils croient seulement à leur propre expérience.

 

- C'est pourquoi il leur a donné la liberté, y compris de se tromper, de se faire mal, de se rendre malheureux. Un tel Père souffre du mal que se font ses fils: il supporte sans se plaindre le mal que lui font ses fils.

 

- Il attend que ses fils aillent jusqu'au bout de la détresse dans laquelle ils se mettent librement, stupidement. Il sait que c'est seulement au fond du gouffre que les fils ont quelque chance de reprendre conscience et de s'ouvrir à la bonne décision: celle du retour vers le Père, au moins pour sauver leur peau, pour rassasier leur faim.

 

-.Le Père a tellement attendu ce moment de renaissance du fils perdu revenant du pays des morts, qu'il l'abrège en courant au-devant de celui qui veut enfin revivre. Il se jette à son cou, l'embrasse, et organise la fête avec toute la maison.

 

- Il réintègre dans sa dignité celui qui a perdu toute dignité, dans la relation celui qui avait fui la relation. Mieux qu'avant. Il n'humilie pas, tout au contraire. Il n'exige pas le récit détaillé des dégradations que le fils s'est imposées. Il laisse le temps d'une renaissance, d'une restructuration, de la découverte de l'Amour du Père.

 

- Ce Père tellement sage, aimant, fait le premier pas vers le fils aîné. Il essaie de le faire réfléchir, pour lui éviter de tomber dans le mépris du Père, le rejet du frère, la haine de l'autre et l'auto-exclusion de la maison et de la réconciliation.

 

- Ce Père n'a pas de chance. Il a deux fils, mais l'un des deux est toujours "ailleurs", dans le déni et le refus d'Amour.

 

- Ce Père n'a pas la moindre idée de se venger, de renier ses fils, de renoncer au bien de ceux qui le font souffrir. Il attend, patiente, jusqu'à ce que le malheureux prenne conscience de son malheur et change de comportement.

 

- Comment pourrions-nous croire que tel est l'Amour du Père envers nous ? C'est tellement loin de nos pratiques et de nos idées.

 

Et pourtant, Jésus en donne l'assurance: c'est exactement ainsi que le Père aime les personnes humaines.

 

Luc, 16, 1 à 13

 

Imaginons ce que pourrait être une autre utilisation de l'argent ! Celle que pratique cet intendant, de façon malhonnête certes, mais pleine de nouveautés intelligentes. Les richesses sont partagées: elles servent à faire des réductions, des remises de dettes, des dons qui font progresser la solidarité.

 

Bien sûr, le propriétaire n'y avait jamais pensé: mais, il ne rejette pas le système que met en place son intendant: il va même jusqu'à le louer pour son inventivité. Et Jésus commente sa parabole en proposant aux disciples d'imiter cette imagination dans une meilleure utilisation de nos richesses personnelles.

*

Où est la malhonnêteté du gérant ? Dans le fait qu'il se sert non pas de ses propres avoirs mais des biens qui ne lui appartiennent pas - et sans demander l'autorisation du propriétaire- et seulement à son propre bénéfice, pour garantir son avenir. C'est un détournement des biens d'autrui. Ni le propriétaire, ni Jésus n'approuvent ce détournement malhonnête. Mais Jésus ose nous inviter à utiliser autrement nos richesses..

*

Entendrons-nous ce message ? Accepterons-nous cette invitation à une plus grande générosité dans l'utilisation de nos biens ? Sans être figés sur le seul "droit de propriété" comme droit d'user et d'abuser ? En criant à la malhonnêteté quand ce droit est violé.

*

Si nous tenons compte du fait que la création appartient à l'ensemble des humains et qu'elle doit être utilisée pour le bien commun de tous les humains, nous commençons à comprendre que le droit de propriété protège parfois la bonne conscience de ceux qui se sont accaparés ces biens en en privant ceux qui avaient collaboré à leur augmentation.

Voici de bonnes questions à se poser en entendant cette parabole qui fait partie des enseignements de Jésus considérés comme "imbuvables". ou "incompréhensibles", ou "révolutionnaires".

 

16, 14 à 31

 

Luc place dans ces 4 versets plusieurs paroles du Christ sans les développer. Comme s'il avait sous les yeux des passages de Matthieu ou de Marc ou une source commune aux trois évangélistes.

Les pharisiens aiment l'argent (comme récompense de leur justice religieuse ?). Dieu juge en toute lucidité: les hommes n'en font pas autant. On n'entre pas dans le royaume de Dieu sans le chercher et faire des efforts: Jean Baptiste le disait déjà. On devient adultère soit en répudiant son épouse pour en épouser une autre, soit en se mariant avec une épouse répudiée. (voir Matthieu 19, 1 à 12; et Marc 10, 1 à 12)

*

Vient alors cette parabole comparant le destin du pauvre et celui qui menace le riche.

- Le pauvre a un nom, il s'appelle Lazare (Dieu a secouru): le riche n'a pas de nom, comme s'il était "monsieur tout le monde". Quel renversement par rapport aux usages sociaux où tous retiennent les noms des grandes fortunes et où personne ne retient le nom et l'histoire des pauvres .

 

- Dieu s'intéresse au pauvre pour que cesse un jour son malheur. Il s'intéresse également au riche mais désespère de voir le riche s'enfoncer dans l'aveugement et tout refus de changement.

 

- La pauvreté et l'indigence , Dieu les remarque. Il suit attentivement les malheurs des personnes, avec un grand respect. Il écoute le pauvre et ses prières. Comme si le pauvre était plus spontanément en harmonie avec Dieu. Tandis que le riche s'occupe beaucoup des questions de consommation et de luxe (il est au courant de tout dans ces domaines): mais il ignore totalement ce qui concerne le sens de la vie, la parole de Dieu, l'enseignement venant d'En-Haut..

 

- Le pauvre est toujours prêt au changement: il ne peut qu'y gagner. Le riche est obstinément fermé au changement: il ne peut qu'y perdre.

- Le pauvre peut voir l'invisible. Le riche ne voit que ce qui est matériel: c'est un grand aveugle qu'il faut plaindre.

 

- Le riche est "intouchable" dans le sens où rien ne peut toucher son esprit et son coeur: "Même si quelqu'un ressuscitait " ! Il court le risque de passer définitivement à côté des vraies valeurs, et certainement à côté des pauvres sans les remarquer. Or, Dieu s'est pauvre. En Jésus il a pris les dehors du pauvre. Comment le riche pourrait-il croire, aimer, espérer ? Son cas est "désespéré".

 

Finalement, le riche n'a pas de chance. Il sera difficilement sauvé. A la différence du pauvre que Dieu sauvera.Le riche n'est pas un "mauvais": c'est un homme à risque!

- Un grand, énorme abîme sépare le statut du riche et celui du pauvre. .

*

Nous avons un immense besoin de méditer sur notre rapport aux richesses et aux pauvres à la lumière de cette parabole puissante que Luc est seul à insérer dans son évangile.

 

17, 1 à 10

 

Luc rapporte ici quatre enseignements de Jésus

*

 

Attention: se comporter en devenant une occasion de chute (scandalon, en grec, francisé scandale, obstacle destiné à faire tomber celui qui ne le remarque pas) pour les frères et soeurs,

c'est grave.

Il faut y réfléchir.

 

C'est un peu comme si on se mettait autour du cou une corde avec un poids énorme.

 

La société sera inévitablement occasion de chute:

mais le disciple, lui, ne devrait pas l'être.

 

*

 

Chaque fois qu'un frère ou une soeur offense un disciple ET le reconnaît,

en sollicitant le pardon, il faut lui pardonner.

 

Mais il faut également avertir

celui qui offense les autres.

Se taire, ne rien faire,

c'est se faire complice en quelque sorte.

Il faut aider les frères à changer de comportement (Lév. 19,17; Ez. 33,8-9)

 

*

 

La foi, la confiance ? On n'en a jamais suffisament. On en a généralement trop peu.

Ne cesser de demander au Seigneur d'augmenter notre confiance en lui. Les situations évoquées par Jésus sont typiquement excessives, forçant le trait pour faire pressentir sa pensée. Jésus, qui avait une foi exceptionnelle, n'a jamais déplacé de montagnes...

 

*

Le serviteur ayant une mission à accomplir et l'ayant accomplie n'a pas de raison de croire qu'il a fait une chose exceptionnelle. Ou qu'il est une personne exceptionnelle.

Pourquoi chercherait-il des applaudissements ou même de la reconnaissance ?

Il est un serviteur correct, normal, accomplissant sa mission, courant, non exceptionnel ( pas du tout inutile).

 

Mais quand le Christ parle du service des hommes qu'il accomplit,

on peut comprendre rétrospectivement qu'il a toujours fait passer

le service des autres

avant son propre service , avant ses propres avantages.

 

(Lire Luc 12,37...le maître de maison est tellement satisfait du bon serviteur qu'il l'invite à se mettre à table et que, lui, maître, sert son excellent serviteur)

Et aussi Luc 22,27 et Jean 13)

 

 

17, 11 à 19

 

 

Relevons deux "attentions" de Jésus

*

Son respect des prescriptions légales concernant les lépreux: il se tiennent à distance, hors du village semble-t-il, et Jésus ( ce jour-là) ne va pas vers eux, ne les touche pas, mais il écoute leur demande d'avoir pitié (le kyrie eleison de nos célébrations), compatissant à leur détresse et à l'exclusion sociale dont ils étaient victimes au nom de la loi fondée sur l'hygiène et la non prolifération de la lèpre.

Et Jésus leur demande d'aller se montrer au prêtre (juif, selon les prescriptions du. Lévitique 13, 9-15 et 45; 14, 1-32)

Apparemment, Jésus ne fait rien d'autre au bénéfice de ces dix lépreux - à la différence de son attitude envers d'autres lépreux.

Si bien que 9 sur 10 n'ont pas pris conscience de l'attention portée par Jésus sur leur détresse. La rencontre de Jésus ne les a pas marqués.

*

Cet homme était Samaritain

Lui seul comprend que ce Jésus est le véritable auteur de sa guérison, le guérisseur des humains qui lui font confiance.

Lui seul décide de proclamer sa reconnaissance envers Dieu, mais en se prosternant devant Jésus: il affirme ainsi qu'il y a un lien entre cet homme Jésus et Dieu.

Lui seul reconnaît", rend grâces (en grec on lit un verbe correspondant à "faire eucharistie").

Lui seul entend le jugement porté par Jésus: Relève-toi, ta foi t'a sauvé. Jésus reconnaît en lui désormais un nouveau disciple, non seulement guéri, mais en cours de résurrection par la foi.

*

Et, une fois de plus, Jésus fait observer à ceux qui l'accompagnent, notamment ses apôtres, juifs, que la Foi existe y compris hors du peuple choisi, y compris chez les vieux ennemis Samaritains que les Juifs traitaient d'hérétiques et de totalement étrangers au peuple fidèle.

Cette remarque a-t-elle fait réfléchir les apôtres ? Nous fait-elle réfléchir ? En comprenons-nous les applications possibles aujourd'hui ? La foi chrétienne n'habite pas seulement dans nos assemblées, dans nos églises: elle peut naître en dehors de nos églises.

 

17, 26 à 37

Sur les jours de Noé, lire Genèse ch 6 à 9

Sur les jours de Loth, et de Sodome , lire Genèse ch 19

 

18, 1 à 8

 

Luc expose le but poursuivi par Jésus: il faut prier sans jamais se décourager.

 

La parabole essaie de prouver que l'insistance "paie" toujours, même avec les gens les plus iniques et les plus méprisants: pour avoir la paix, ils finissent par vous écouter et vous donner éventuellement satisfaction.

 

Bien évidemment, Dieu, lui, nous écoute toujours. Ils nous donne ce qui est "juste" et bon pour nous. Ne pas hésiter, cependant, à répéter sa prière sans se lasser.

 

Toutefois, Dieu ne nous donne pas exactement ce que nous lui demandons, même avec insistance et en étant persuadés de la justesse de notre demande. Parce qu'il analyse mieux que nous ce qui nous conduira au meilleur bien. Et c'est cela qu'il nous donnera, au risque de nous décevoir pour un moment.

*

La petite phrase finale a-t-elle été dite par Jésus dans ce contexte ? Luc est le seul à la rapporter.

Elle nous pose plusieurs questions selon le sens que nous donnons aux mots employés.

La foi disparaitra-t-elle de la terre avant la venue du Fils de l'homme ?

Quand il viendra, ne trouvera-t-il que des gens non croyants?

La foi des chrétiens est-elle en train de s'atténuer, de s'affadir sur la terre ?

Est-ce que l'ardeur de la prière est en train de s'éteindre ?

Est-ce que les chrétiens ont encore ou auront toujours suffisamment de foi pour prier jour et nuit ?

De toutes façons, cette petite phrase fait réagir. Une phrase-choc pour toutes les époques de l'histoire...

 

18, 9 à 14

 

L'intention de Luc est claire: Jésus s'adresse à -

-"certains" (donc pas à tous)

-"persuadés en eux-mêmes d'êtres des justes" ( c'est--à-dire conformes à ce que Dieu déclare juste, bien en phase avec la religion telle que Dieu la veut)

- "et méprisant le reste" des humains, tous les autres, tous ceux qu'ils estiment différents d'eux, les représentants de la norme, du religieusement correct.

**

L'homme du type "pharisien" se tient droit en lui-même; il se parle à lui-même tout en s'adressant à Dieu pour le prendre à témoin de sa fidélité religieuse. Lui, au moins, est différent du "reste" des humains qu'il qualifie de voleurs, injustes, adultères, notamment cet autre qui prie dans le temple mais qui est un taxateur, un publicain, donc un humain religieusement non conforme, non correct.

Sa conformité religieuse s'appuie seulement sur deux pratiques: le jeûne, la dîme. Rien de ce que la Loi d'Alliance ne met au premier plan, l'amour, la miséricorde, la vérité.

Ce type d'humain ne prie pas, il se contemple. Il ne demande rien puisqu'il possède tout. Il ne s'adresse pas à Dieu puisqu'il est plein de lui. Il croit ce qu'il dit de lui-même et non pas ce que Dieu voit dans son coeur.

**

L'homme du type "publicain" , par contre, "se tient à distance", conscient de s'adresser à Dieu qui est le trois fois saint, le tout autre, le meilleur. Il "n'ose même pas lever les yeux vers le ciel", autre façon de reconnaître qu'il ne peut pas regarder Dieu en face, qu'il n'en est pas digne. Il se frappe la poitrine, se désignant ainsi lui-même comme responsable de ses actes, bons et mauvais. Et il s'adresse à Dieu (et non pas à lui-même) en lui faisant cette demande "Sois favorable", montre-toi favorable, accorde moi une faveur, ta faveur, car j'en ai besoin. En effet, moi, je le reconnais, je suis un être pécheur, j'ai des torts, j'ai fait selon mes idées et non pas selon ce que Tu commandes.

**

Verdict du Christ, au nom de Dieu. Lorsqu'ils ont terminé leur prière, le "pécheur" est devenu juste; il a obtenu la faveur de Dieu, il est pardonné, le voici conforme à ce que Dieu demande.

Par contre, l'autre qui se prend pour la norme religieuse, repart tel qu'il était arrivé. Il n'a pas prié, il n'a pas changé, il n'a rien reconnu. Il demeure un homme plein de lui, prétentieux, méprisant, très éloigné de l'esprit d'Alliance que Dieu attend de ceux qui l'aiment.

**

Cette parabole ne touche que ceux qui reconnaissent leurs fautes, leurs limites spirituelles. Elle irrite ceux qui sont persuadés d'être meilleurs que les autres et qui passent beaucoup de temps à se comparer ou à s'admirer dans un miroir.

*

Question: suis-je touché ou irrité ?

 

 

19, 1 à 10

 

 

Zachée réalise en un jour le plus beau parcours dont nous puissions rêver.

1. Il mène une existence peu recommandable, pratique sans doute corruption, escroquerie, mépris des gens qui ne savent pas défendre leurs intérêts.

 

2. En est-il conscient ? Probablement. Le passage de Jésus réveille-t-il ses scrupules ?

 

3. Il bouge, amorce un mouvement: il "cherche à voir qui est Jésus". Il ose. Est-il vraiment petit ? Ou a-t-il peur d'être reconnu par cette foule...dont certains ne l'aiment pas du tout ? Il prend ses précautions.

 

4. Et le voilà découvert par ce Jésus qu'il cherche à connaître. Mis en relief, rouge de honte ?

 

5. Touché par l'attention de cet homme qui s'invite chez lui, le taxateur critiqué. Donc, quoi que détestable, il n'est pas détesté par tout le monde, et surtout pas par ce Jésus.

 

6. Il ouvre sa maison, ses secrets intérieurs, sa table. Il parle. Il écoute. Il découvre comment il pourrait mieux vivre désormais.

 

7. Il y consent. Il se laisse retourner, convertir. Et il ose le dire sans tarder, sans rien camoufler.

 

8. Voilà donc ce qu'il va faire, et ce n'est pas rien ! Donner la moitié de ses biens aux pauvres - c'est plus que généreux - et restituer quatre fois qu'il n'a escroqué.

 

9. Jésus voit en lui un homme "sauvé" alors qu'il était en train de se perdre.

- Sauvé de ses mauvais choix

- Sauvé en acceptant d'orienter sa nouvelle vie selon le message de ce Jésus.

- Guéri

 

Le texte de Luc invite à se réjouir de l'heureuse réorientation de Zachée.

Rencontrer le Christ, ça vous retourne un homme..

 

 

 

19, 11 à 28

 

Jésus vient de quitter Jéricho où il a rencontré Zachée. Il monte résolument à Jérusalem où il sera d’abord accueilli triomphalement puis livré à sa passion. Certains pensent qu’il va prendre le pouvoir. Jésus veut les détromper en tissant deux comparaisons : celle de dix serviteurs testés sur leur capacité à prendre des responsabilités et celle des adversaires qui détestent leur compatriote sur le point de recevoir la royauté.

Dix serviteurs reçoivent chacun exactement le même capital évalué à une mine :soit trois mois de salaire. Ne confondons pas avec la parabole des talents où trois serviteurs reçoivent un capital différent, adapté à leurs capacités. Ici tous ont le même capital de base. Ils vont être testés sur leur aptitude à faire des affaires, à développer, à assumer des responsabilités pour le compte de l’homme de grande noblesse.

Nous pouvons tout de suite penser à ceux et celles qui reçoivent des missions ou ministères dans l’Eglise du Christ. Trois types de serviteurs sont présentés : la parabole ne parle plus des 7 autres. Les deux premiers se sont montrés très fidèles dans la gestion de leur petit capital : le Roi leur confie donc 10 ou 5 villes à gérer, autrement dit un certain nombre de personnes à faire vivre ensemble. Le troisième se montre infidèle, inefficace, inutile et même méchant vis-à-vis du Roi. Celui-ci le critique vertement et lui retire toute responsabilité en la confiant à celui qui s’est montré compétent et courageux.

Nous pouvons voir ainsi illustré le principe : quiconque se donne de la peine avec courage et intelligence dans de petites responsabilités matérielles sera reconnu apte à assumer de plus grandes missions près de ses frères et sœurs humains : très certainement dans la communauté des disciples du Christ en attendant son retour, autrement dit tout au long de l’histoire humaine. Mais quiconque profite de l’absence du Roi pour ne rien faire puisque personne ne le surveille – ou quiconque demeure passif et indifférent se verra privé de toute responsabilité et finalement condamné comme irresponsable, incapable ou ayant l’œil mauvais envers le Maître de l’histoire.

Et maintenant : Quel avenir pour ceux qui refusent l’idée que leur compatriote de haute noblesse reçoive pouvoir sur eux ? La comparaison fait allusion aux malheurs qui s’battront sur eux. Certains exégètes pensent que Luc évoquerait ainsi la ruine de Jérusalem sous les assauts des armées romaines en l’an 70, avec la destruction du temple et la mort de nombreux juifs. Il est également légitime de penser que ceux et celles qui rejettent radicalement l’idée que le Christ puisse régner sur leurs pensées et leurs actions en subiront les conséquences et ne parviendront pas à une existence heureuse ou épanouie parce qu’ils auront fait le mauvais choix : ils auront préféré ce qui conduit à la mort plutôt que ce qui s’épanouit en Vie dans tous les sens du terme.

Que ton Esprit Saint, Seigneur, nous rende de plus en plus conscients de l’appel que tu nous lances : veiller, rester éveillé, assumer nos responsabilités au jour le jour sans refuser les missions qui peuvent nous être confiées. Marcher en ta présence. Tenir nos lampes allumées. Savoir que Ton Règne approche : vouloir qu’il se réalise dès maintenant sur nous et sur les proches dont notre existence est solidaire.

 

19, 28 à 40

 

 

Luc insiste sur plusieurs points auxquels il donne de l'importance:

 

- Bethphagé, "maison des figues" . Cf l'épisode du figuier qui déçoit Jésus parce qu'il ne porte pas de figues. Est-ce le symbole d'un peuple qui ne porte pas de fruits spirituels?

 

- Jésus marche vers Jérusalem, "en tête", "en avant" de la foule. Comme le vrai Pasteur. Comme un prophète courageux qui va devoir affronter ses adversaires et sa mort.

 

- "Le Seigneur en a besoin". Répété à deux reprises. Très solennel. Pour dire: "Dieu a besoin de cet ânon, l'animal le moins guerrier qui soit, le plus familial. Jésus n'entre pas à Jérusalem comme un chef politique ou un messie victorieux. Il ne veut pas qu'on se trompe sur la signification de son entrée à Jérusalem. Jésus vient comme un humble serviteur.

 

-La foule est composée de disciples qui se réjouissent et louent Dieu pour les actions de Jésus. Ils reprennent ce que disaient les messagers du ciel au moment de la naissance de Jésus: paix et gloire. Gloire à Dieu et Paix sur terre

 

- Quelques Pharisiens sont associés à la foule des disciples. Jésus les invite à moins de prudence.

 

- En plein triomphe Jésus demeure un humain bouleversé, capable de pleurer sur les malheurs qui attendent les gens de Jérusalem qui n'ont pas reconnu que Jésus était Dieu lui-même venant les visiter.

 

- Jésus vide le temple des marchands qui permettaient aux fidèles de participer au culte d'immolation. Il annonce ainsi la fin de ce culte où le fidèle offre un substitut de lui-même. Désormais, le culte véritable touchera le coeur de chacun: ce sera l'offrande de soi-même à Dieu par amour. L'ancienne alliance va être profondément renouvelée comme l'annonçait Jérémie 31,31.

 

- Le vrai temple, le vrai lieu saint sera Jésus lui-même et tous ceux qui feront partie de son corps spirituel. Le culte ne sera pas une relation de type commercial avec Dieu: je t'offre ceci si tu m'accordes cela.

Historiquement, les Romains détruiront le Temple 40 ans plus tard et le culte sacrificiel disparaîtra définitivement.

 

- Jérusalem est divisée entre ceux qui veulent perdre Jésus ( des autorités du temple, des scribes et "les premiers du peuple" ou notables) ou continuer à écouter Jésus (le "peuple tout entier").

***

Quel culte rendons-nous à Dieu ? En esprit et vérité ? En nous offrant nous-mêmes du plus profond de notre conscience ?

Qu'est-ce qui est pour nous un vrai temple, une véritable église, un lieu saint ? Une construction de pierres ou le Corps du Christ?

 

20, 27 à 40

 

Les Sadducéens ne croyaient pas à la résurrection d'entre les morts, à la différence des Pharisiens.

Les trois évangiles synoptiques rapportent donc cet épisode qui s'appuie sur un genre de raisonnement auquel nous ne sommes pas habitués et qui nous frappe moins que la parole du Christ rapportée par le quatrième évangile:"Je suis la Résurrection et la Vie"..

Les Sadducéens veulent ridiculiser Jésus et ceux qui croient au relèvement d'entre les morts. Ils s'appuient sur une hypothèse rocambolesque de cette veuve que sept frères prennent pour femme en vue de susciter une descendance à leur premier frère, le premier époux.

Jésus répond:

1. les vrais croyants ne sont pas comme les Sadducéens: ils adhèrent sincèrement à Yahvé qui a créé la vie, qui les soutient dans l'existence, qui les a faits à "son image" pour devenir sa ressemblance, c'est-à-dire des gens vivant de la vraie Vie pour toujours.

2. Le monde à venir n'est pas à imaginer comme un retour à la vie actuelle. Il sera différent. Il est donc intellectuellement non fondé de raisonner comme si le monde à venir n'était finalement qu'un prolongement du monde actuel. avec quelques petites variantes. L'à-venir sera vraiment nouveau, imprévisible, inattendu.

3. D'un bout à l'autre des textes sacrés du Judaïsme, Yahvé est Le Vivant par excellence, en relation avec des vivants et non pas avec des morts incapables de penser, d'agir. Les grands patriarches demeurent en relation avec Yahvé. "Tous sont vivants pour Lui".

*

L'argumentation plait aux spécialistes des Saintes Ecritures. Ils approuvent Jésus....pour une fois.

 

21, 5 à 19

Jésus vient d'annoncer la destruction du temple de Jérusalem (qui se produisit en l'an 70). Ce malheur étant improbable quand Jésus parle, on lui pose la question: quand cela se passera-t-il?

*

Jésus ne donne aucune précision sur la date: il emploie plusieurs expressions pour faire comprendre que ce n'est pas imminent.

*

Il en profite pour inviter ses disciples à demeurer attentifs aux événements.

D'abord lucides: beaucoup se présenteront comme des maîtres spirituels à écouter à l'égal de Dieu: "Ne marchez pas derrière eux".

Ne pas s'affoler, même s'il se passe des événements dramatiques entre nations.

Et surtout savoir que leur témoignage de foi en faveur de Jésus suscitera des oppositions: ils seront accusés, jugés, traités comme des opposants aux autorités en place, civiles, politiques ou religieuses. Les liens familiaux seront parfois brisés: "Vous serez livrés même par vos parents."

Ils ne doivent pas stresser: l'Esprit les assistera au moment voulu.

*

Deux petites phrases indiquent la juste compréhension des réalités à venir: "Vous serez haïs de tous à cause de moi...Par votre persévérance vous gagnerez votre âme", autrement dit votre vie, le sens de votre existence de croyants.

*

Retenons ces deux avertissements valables pour toutes les époques et tous les croyants.

 

1. La foi n'est pas "bien vue" par tout le monde. Elle suscite débats et oppositions. Il ne faut pas s'en étonner. C'est une constante de l'histoire.

Aujourd'hui, on ne nous persécute pas violemment, mais on nous tourne en ridicule ou on nous demande de ne pas montrer nos engagements de chrétiens.

 

2. La persévérance et l'endurance, la fidélité et la force intérieure sont indispensables pour "sauver" son âme, garder la foi, en témoigner, l'approfondir.

*

Nous ne sommes jamais seuls. Dieu veille. Il nous donne ce qu'il faut, au bon moment. Soyons-en certains. Confiance et paix du coeur.

 

21, 25-36

 

"Le Seigneur vient" chaque fois qu'une personne humaine lui ouvre la porte de sa conscience et lui accorde sa confiance.

 

C'est un événement capital pour cette personne. Elle "entre dans le Royaume de Dieu", dans une nouvelle façon de penser, de vivre, d'aimer, de s'engager.

 

***

 

Lorsque beaucoup de personnes en même temps ouvrent à Dieu la porte de leur conscience, l'événement prend une grande ampleur. C'est un grand Jour pour Dieu, un grand bouleversement.

 

Jésus dit que cet événement approche: et qu'une partie de l'humanité va être ébranlée par des questions nouvelles remettant en cause des façons de vivre apparemment bien établies.

 

L'heure de choisir ce qui donne du Sens à l'existence va sonner. Beaucoup en seront étonnés. Ils se réveilleront d'une longue léthargie. Enfin ils s'intéresseront à ce qui a de l'importance: non pas le buzz de certains medias, non pas les petites phrases téléchargées à des millions d'exemplaires…pendant quelques heures, obsolètes dès le lendemain.

 

Jésus reprend un style que ses contemporains connaissaient bien: une mise en scène de bouleversements du cosmos, soleil, lune, catastrophes. Une sorte de reconstruction de toutes les réalités considérées comme les plus stables. Autant d'images illustrant la force du message, mais qui ne sont pas le message lui-même.

 

 

Il faut donc se rendre attentifs aux signes avant-coureurs de ce bouleversement des pensées, des organisations sociales et politiques. Rester en éveil.

 

Ne sommes-nous pas en train de vivre une de ces périodes historiques ? A la veille de redécouvrir le vrai SENS de la Vie, de la Foi chrétienne ?

"Le Seigneur vient": beaucoup de choses vont changer, plus que nous l'imaginons. Soyons-en heureux. Voici le message positif de cet enseignement. L'Humanité ne va pas à sa disparition (comme dans certains films d'épouvante à grands effets spéciaux, extra-humains): l'Humanité avance vers son enfantement, sa renaissance. De nouvelles chances vont lui être offertes: il faut les saisir. Pas besoin d'attendre des millions d'années: "Amen, je vous le dis: cette génération ne passera pas sans que tout cela n'arrive" (32)

*

Luc termine par une précision topographique concernant les derniers jours de la vie publique de Jésus: " Il passait ses journées dans le Temple (sa vaste esplanade, pas le sanctuaire où les prêtres offraient les sacrifices d'animaux); mais ses nuits il sortait les passer à l'endroit appelé mont des Oliviers. Et tout le peuple, dès l'aurore, venait à lui dans le temple pour l'écouter".

 

 

22 et 23

La PASSION selon St Luc

Luc ajoute un certain nombre de précisions au récit de la Passion qu'il a en commun avec les autres évangélistes. Les voici. Elles nous donnent à contempler un Jésus très humain, miséricordieux, attentif aux foules qui l'entourent, aux femmes de Jérusalem, à l'un des bandits crucifié avec lui, à Joseph d'Arimathie. Il souligne les efforts de Pilate pour essayer de sauver Jésus de la mort. Mais il montre la méchanceté d'Hérode, celui qui fit exécuter Jean le Baptiste.

 

Comparer le récit de LUC

à celui des trois autres évangélistes

 

Traduction Louis Segond

 

Chapitre 22

En commençant le repas pascal Jésus déclare « J'ai désiré vivement manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir ; 16 car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. 17 Et, ayant pris une coupe et rendu grâces, il dit : Prenez cette coupe, et distribuez-la entre vous ; 18 car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusqu'à ce que le royaume de Dieu soit venu ».

Il ajoute à l'intention de Simon(Pierre) « Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. 32 Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères ».

Il leur dit encore : « Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac, et sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose ? Ils répondirent : De rien. 36 Et il leur dit : Maintenant, au contraire, que celui qui a une bourse la prenne et que celui qui a un sac le prenne également, que celui qui n'a point d'épée vende son vêtement et achète une épée. 37 Car, je vous le dis, il faut que cette parole qui est écrite s'accomplisse en moi : Il a été mis au nombre des malfaiteurs. Et ce qui me concerne est sur le point d'arriver. 38 Ils dirent : Seigneur, voici deux épées. Et il leur dit : Cela suffit »

Au moment de l'agonie « Alors un ange lui apparut du ciel, pour le fortifier. 44 Etant en agonie, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre. 45 Après avoir prié, il se leva, et vint vers les disciples, qu'il trouva endormis de tristesse »

Lorsqu'on l'arrête Jésus déclare : « J'étais tous les jours avec vous dans le temple, et vous n'avez pas mis la main sur moi. Mais c'est ici votre heure, et la puissance des ténèbres. »

Pierre vient d'affirmer qu'il ne connaît pas Jésus : « Le Seigneur, s'étant retourné, regarda Pierre. Et Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite »

 

Chapitre 23

« Ils se mirent à l'accuser, disant : Nous avons trouvé cet homme excitant notre nation à la révolte, empêchant de payer le tribut à César, et se disant lui-même Christ, roi. 3 Pilate l'interrogea, en ces termes : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Tu le dis.

4 Pilate dit aux principaux sacrificateurs et à la foule : Je ne trouve rien de coupable en cet homme. 5 Mais ils insistèrent, et dirent : Il soulève le peuple, en enseignant par toute la Judée, depuis la Galilée, où il a commencé, jusqu'ici.

6 Quand Pilate entendit parler de la Galilée, il demanda si cet homme était Galiléen ; 7 et, ayant appris qu'il était de la juridiction d'Hérode, il le renvoya à Hérode, qui se trouvait aussi à Jérusalem en ces jours-là.

8 Lorsque Hérode vit Jésus, il en eut une grande joie ; car depuis longtemps, il désirait le voir, à cause de ce qu'il avait entendu dire de lui, et il espérait qu'il le verrait faire quelque miracle. 9 Il lui adressa beaucoup de questions ; mais Jésus ne lui répondit rien. 10 Les principaux sacrificateurs et les scribes étaient là, et l'accusaient avec violence. 11 Hérode, avec ses gardes, le traita avec mépris ; et, après s'être moqué de lui et l'avoir revêtu d'un habit éclatant, il le renvoya à Pilate. 12 Ce jour même, Pilate et Hérode devinrent amis, d'ennemis qu'ils étaient auparavant.

« 13 Pilate, ayant assemblé les principaux sacrificateurs, les magistrats, et le peuple, leur dit : 14 Vous m'avez amené cet homme comme excitant le peuple à la révolte. Et voici, je l'ai interrogé devant vous, et je ne l'ai trouvé coupable d'aucune des choses dont vous l'accusez ; 15 Hérode non plus, car il nous l'a renvoyé, et voici, cet homme n'a rien fait qui soit digne de mort. 16 Je le relâcherai donc, après l'avoir fait battre de verges.

« 24 Pilate , ayant vu qu'il n'aboutissait à rien, mais qu'il s'ensuivait plutôt du tumulte, ayant pris de l'eau, se lava les mains en présence de la foue, disant : « Je ne suis pas responsable de ce sang ! Vous-mêmes, vous verrez ! » Et ayant pris la parole, tout le peuple dit : « Son sang , sur nous et nos enfants ! »

Jésus était suivi d'une grande multitude des gens du peuple, et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. 28 Jésus se tourna vers elles, et dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; mais pleurez sur vous et sur vos enfants. 29 Car voici, des jours viendront où l'on dira : Heureuses les stériles, heureuses les entrailles qui n'ont point enfanté, et les mamelles qui n'ont point allaité ! 30 Alors ils se mettront à dire aux montagnes : Tombez sur nous ! Et aux collines : Couvrez-nous ! 31 Car, si l'on fait ces choses au bois vert, qu'arrivera-t-il au bois sec ? »

« 34 Jésus dit : Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ». 35 Le peuple se tenait là, et regardait.

39 L'un des malfaiteurs crucifiés l'injuriait, disant : N'es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et sauve-nous ! 40 Mais l'autre le reprenait, et disait : Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? 41 Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce qu'ont mérité nos crimes ; mais celui-ci n'a rien fait de mal. 42 Et il dit à Jésus : Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne. 43 Jésus lui répondit : Je te le dis en vérité, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis ».

45 Le soleil s'obscurcit....

46 Jésus s'écria d'une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains ».

48 Et tous ceux qui assistaient en foule à ce spectacle, après avoir vu ce qui était arrivé, s'en retournèrent, se frappant la poitrine. 49 Tous ceux de la connaissance de Jésus, et les femmes qui l'avaient accompagné depuis la Galilée, se tenaient dans l'éloignement et regardaient ce qui se passait.

50 Il y avait un conseiller, nommé Joseph, homme bon et juste, 51 qui n'avait point participé à la décision et aux actes des autres ; il était d'Arimathée, ville des Juifs, et il attendait le royaume de Dieu

54 C'était le jour de la préparation, et le sabbat allait commencer.

55 Les femmes qui étaient venues de la Galilée avec Jésus accompagnèrent Joseph, virent le sépulcre et la manière dont le corps de Jésus y fut déposé, 56 et, s'en étant retournées, elles préparèrent des aromates et des parfums. Puis elles se reposèrent le jour du sabbat, selon la loi.

 

23, 33-46

Paroles d'un roi pas comme les autres:

Il pardonne largement.

Il demeure attentif au plus petit, au plus déviant qui reconnaît ses erreurs.

Il ouvre son paradis à ceux qui ne le méritent pas...au yeux des purs !

*

Voici Le Grand Serviteur de Dieu annoncé par les Saintes Ecritures du Judaïsme. Parce qu'il demeure amoureusement lié à Dieu, qu'il reconnaît comme son Père, il accepte d'être méprisé pour retourner les coeurs méprisants - d'être frappé pour désarmer les mains violentes - d'être crucifié pour convertir les intentions de ceux qui crucifient en paroles et en actes.

 

Il accepte d'être tué, de mourir victime innocente de pouvoirs injustes pour terrasser les pouvoirs de la Mort qui impose sa loi de peur et de terreur.

*

Les ténèbres envahissent le ciel pendant que le Juste entre en agonie. La Lumière jaillira à l'aube de sa Résurrection. Elle brillera ensuite jusqu'à la fin des temps.

*

Les humains découvriront les pouvoirs pervers de leur perversité intérieure. Ils en seront effarés et certains reconnaîtront qu'il n'est plus tolérable de vivre dans la perversité. Ceux-là sauveront leur âme et entreront dans la Vie.

*

Finalement, grâce à Dieu et à son Amour envers tous, en Christ, la Vie aura le dernier mot: elle ouvrira un Royaume de Vérité, de Justice, de Lumière et de Paix offert à la Multitude.

 

 

24, 1 à 12

Jésus est Le VIVANT

 

Comparer le texte de Luc

à celui des trois autres évangélistes

 

 

Luc choisit certaines expressions pour donner de l'ampleur à notre méditation.

- Le premier jour : une création nouvelle commence. Tout doit être considéré sous ce jour nouveau. La Vie est résurrection.

- A l'aube profonde, avant le lever du soleil. Un début de clarté filtre sur des événements encore pleins d'ombre.

-Elles viennent au tombeau, lieu où repose leur Bien-Aimé Seigneur qu'elles ont accompagné depuis la Galilée. La Madeleine, Jeanne, Mari la mère de Jacques "et les autres avec elles". Celles qui seront les premières à témoigner près des Apôtres. Des femmes. Déjà debout, vaillantes.

- Elles cherchaient le corps du crucifié: introuvable.

-Le tombeau est ouvert: ce n'est plus un tombeau. Le mort a disparu. La mort n'est plus au centre de ce Jour.

- Les "messagers" (ange, veut dire porteur de message) expliquent l'inattendu, l'incompréhensible, ce qui ne correspond à aucun mot connu. Ils emploient deux verbes: "se réveiller" (du sommeil de la mort) "se relever" (de la prostration du mort).

- Souvenez-vous ! Jésus vous l'avait dit: mais vous n'y aviez pas cru. Maintenant, l'heure est venue de regarder, de comprendre, de faire confiance au message de résurrection.

Et elles se souviennent!

- Et elles vont en témoigner près des hommes, près des chargés de mission, tellement absents depuis trois jours...``

- Et les hommes ne les croient pas, y compris Pierre, qui rentre chez lui, tout étonné. Qui demeure encore "hors de l'annonce" venant des Messagers du Ciel.

***

Sommes-nous plus proches des femmes au tombeau - ou des hommes qui ne pressentent rien de l'événement ?

Etonnés ? Remplis de doute ? Restant étrangers à la perspective de résurrection ? S'en retournant aux habitudes et pratiques religieuses sans leur donner une dimension de Vie, de renaissance, de résurrection?

Peut-on se prétendre chrétien sans croire que le Seigneur Jésus est Vivant. Il a ressuscité le troisième jour. Il demeure Vivant malgré le rejet dont Il a été victime de la part des Autorités religieuses.

 

24, 13 à 35

 

Luc compose un récit rempli de significations qui interpellent depuis des siècles ceux et celles qui en comprennent la trame.

 

Il s'agit de l'existence chrétienne. D'abord un coup de coeur pour l'homme Jésus, suscitant un espoir considérable. Puis des heures difficiles, des événements qui remettent tout en question. Et la mort, injuste, qui met fin aux enthousiasmes. Faut-il tout oublier, revenir à l'existence d'hier, courante, banale?

Quelqu'un nous rejoint. L'inconnu fait irruption. Il semble sorti de nulle part. Il ne voit pas les événements comme nous. Ceci nous questionne: nous amenant à rendre compte de notre expérience, de nos déceptions, de notre tentation de revenir en arrière.

Mais voici! Les Saintes Ecritures commencent à nous parler. Comme une clé, elles ouvrent les portes sur le Sens de l'Histoire humaine.

Tout ce que nous espérions est en cours de réalisation. Le destin mêle inévitablement joies et peines, réussites et échecs. Il ne peut pas en être autrement.

Un Homme exceptionnel en a fait l'expérience: il était attendu. Il a traversé l'horreur pour entrer dans la Gloire.

 

Les Ecritures ainsi décryptées réchauffent le coeur..Elles deviennent lumineuses, alors que le quotidien comporte tant et tant de réalités ténébreuses.

 

Après avoir marché et médité ensemble, on a besoin de prendre place autour d'une table. Repas de marcheurs, qui ont déjà beaucoup échangé.

Repas d'étape provisoire.

 

En voici le contenu essentiel: prendre le pain, rendre grâce et remercier Dieu, rompre le pain pour le partager, chacun en accueillant sa part, personne n'étant oublié ou mis à l'écart.

Et surtout, reconnaître en ces "actes eucharistiques" la présence du Ressuscité qui illumine, réchauffe, nourrit et donne envie de communiquer les convictions que le Repas du Seigneur suscite chez ceux qui y participent.

 

N'est-ce pas une évocation du parcours chrétien?

*

L'un des pèlerins s'appelait Cléophas. L'autre n'a pas de nom. Et si c'était chacun de nous?

Le quatrième évangile mentionne au pied de la croix une Marie, femme de Clopas (Cléophas? Le même ? Jean 19,25)

Et si c'était ce couple qui retournait à Emmaüs, leur village, invitant Jésus à prendre place à leur table, pour "demeurer" avec eux?

Avez-vous bien noté qu'il n'est nulle part question d'une auberge pour ce repas des pèlerins?

Il existe une icône, réalisée par une religieuse de Jérusalem, pour méditer sur le repas d'Emmaüs, dans la maison de Clopas et de Marie son épouse.

*

Personne n'est assuré de l'emplacement de cet Emmaüs, à 60 stades de Jérusalem (12 km).

Et si c'était le lieu de notre existence ? Là où nous sommes "chez nous", "à la maison", là où nous acueillons la Parole, la Présence et la Mission du Ressuscité ? Non loin des frères et soeurs chrétiens qui disent comme nous: "Il est ressuscité".

 

 

24,35-53

 

Luc compose la finale de son évangile en soulignant plusieurs éléments qui lui tiennent à coeur:

 

- Le Ressuscité est bien l'homme qui fut crucifié: le même, avec les traces de sa passion, Ce n'est pas un "autre", un sosie, un fantôme.

 

- le Ressuscité a traversé la mort biologique: en toute vérité. Il fut véritablement mort.. Ce n'est pas un "autre "qui aurait été crucifié à sa place

 

- Le Ressuscité répète exactement ce qu'il disait avant de mourir au sujet du Messie: son rejet et sa mort annoncés dans les Ecritures - tout autant que sa résurrection. La réalisation de ces annonces prouvent la continuité du dessein de Dieu et donne pleine valeur à tout ce qu'ont dit Moïse et les Prophètes (présentés comme auteurs de la majeure partie des Saintes Ecritures). Comprendre les Ecritures c'est mettre en relation les textes anciens et l'histoire contemporaine, hier, celle de Jésus, aujourd'hui la nôtre.

 

- Ce Message de Vie concerne toute l'Humanité. Il faut donc des porteurs de cette Bonne Nouvelle jusqu'aux extrémités de la terre: telle est bien la Mission .

En partant de Jérusalem, de l'univers du Judaïsme pour aller dans l'univers des Nations, des non-Juifs. Ce que développera précisément le livre suivant de Luc, les Actes des Apôtres.

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- L'Esprit Saint va inspirer, éclairer, soutenir, la conviction de Foi de tous les Apôtres - leur donner une Force intérieure venant manifestement d'En-Haut.

 

- Sans l'Esprit, il n'y aura pas d'évangélisation. Sans la foi envers le Ressuscité la prédication est vidée de son Sens: il n'y a que battage médiatique, mauvais prosélytisme ou recherche de succès mondain.

 

- Quant au Ressuscité, sa place est désormais à la Droite du Père.

- Mais ses Témoins, eux, doivent garder les pieds sur terre et marcher au milieu des humains, tout en ayant la tête dans le Ciel de Dieu.