JeanEvangil

JEAN (évangile)

JEAN

 

 

1, 1 à 18

 

Au commencement, au principe de tout, à l'origine de tout,

il y a Dieu et sa Parole (logos, en grec, verbum en latin, verbe en latin décalqué).

 

La première page de la Bible (Genèse 1, 1) commence par les mêmes expressions:

Dieu parle et cela est:

Dieu dit et sa parole devient réalité.

L'évangéliste (appelé Jean selon la tradition) choisit ces expressions

pour proclamer ce qu'il croit:

 

Jésus, le Ressuscité,

dont il va témoigner pendant 20 chapitres,

est l'expression plénière

de la Pensée et de la Parole intérieure du Créateur.

Indissociable de Lui,

tourné vers Lui, en dialogue permanent avec Lui,

il en est le Fils unique.

 

Il est entré un jour dans l'histoire humaine en devenant un être humain,

avec la grandeur et les limites de tout humain ( appelé chair) :

naître, se développer, penser, agir,

aimer et connaître un jour la mort.

 

"Il a planté sa tente parmi nous",

devenant pèlerin

- comme jadis le peuple de Dieu - :

sa demeure est en Dieu.

 

En vivant pour un temps au milieu des humains,

il leur a offert une ère nouvelle.

 

Ceux qui l'accueillent reçoivent le pouvoir

d'être illuminés par Sa Lumière,

animés par Sa Vie,

engendrés par Dieu.

 

Ceux qui le refusent

en restent à leur ascendance terrestre.

 

En cette Parole incarnée

l'Eternel entre dans notre temps.

Il se rend visible et audible.

Il s'exprime, révèle son intention ultime:

arracher chaque humain

à l'esclavage du provisoire, jour après jour, généreusement, gratuitement.

*

Dieu suscite un homme modeste et authentique,

le Baptiste, pour témoigner

que le moment est venu de

changer de pensée et de comportement.

Les gens du peuple comprennent:

ceux qui se prennent pour les meilleurs le récusent.

 

Les temps nouveaux sont commencés.

Les dernières pages de la Bible se profilent

(Apoc 21).

L'histoire franchit un seuil définitif.

 

*

Toute personne est invitée

à choisir librement

d'entrer ou non dans cette

Nouvelle Création.

 

*

En peu de lignes, dont chaque mot évoque

le début de la Bible

et sa plénitude finale (Apocalypse 21)

l'évangéliste nous emporte au croisement de l'Histoire et de l'Eternité,

du Divin et de l'humain.

 

Non seulement pour éclairer nos questions

concernant la personnalité de Jésus de Nazareth,

mais pour nous amener à entrer

dans sa Lumière

et dans sa Vie

que la mort n'arrête pas.

 

Cette invitation est lancée

à l'Humanité entière

jusqu'à la plénitude des Temps.

 

( Comparer avec Colossiens 1, 9 à 23 et I Jean 1, 1 à 10)

 

 

1, 6 à 28

Jean et Jésus

 

Le rédacteur du quatrième évangile affirme que "la Parole - le Verbe- s'est faite chair", est devenue un Humain. Or, toute personne humaine fait partie d'une famille. L'évangéliste parle donc tout naturellement du cousin de Jésus, Jean, fils de Zacharie et d'Elisabeth.

Il entrelace le destin des deux hommes (exactement comme le fait Luc, ch 1 et 2).

*

Jean est présenté sous deux angles de vue :

 

1. Par rapport à Jésus.

- il est un messager envoyé par Dieu

- sa mission centrale: témoigner que la Lumière existe, capable d'éclairer chaque humain

- cette Lumière est une personne vivante

- certains l'ont vue, ont vécu avec cette personne pleine de grâce, de vérité, resplendissement du Fils Unique du Père

- Jean l'a rencontré, lui en premier

- Il a attesté devant les autorités religieuses de Jérusalem qu'il existait avant cette rencontre et qu'il était plus important que lui.

 

2. Dans la prise de conscience de sa personnalité.

- Jean sait parfaitement qui il est lui-même. Il le dit avec clarté et sincérité.

- Il n'est pas le Messie (celui qui a reçu onction pour accomplir la mission de messie)

- Il n'est pas prophète à la façon d'Elie, le premier prophète historique.

- Il n'est pas celui qu'on appelait "Le prophète" chargé d'annoncer le grand Jour d'intervention de Yahvé (Malachie 3,23)

- Il est COMME ce Prophète dont Esaïe a parlé et qui annonce une excellente nouvelle: Yahvé va rendre la liberté à son peuple exilé.

- Jean explique ainsi la raison pour laquelle il accomplit son ministère dans le désert, habillé comme un prophète (alors qu'étant fils de prêtre il était prêtre et qu'il aurait dû officier dans le Temple de Jérusalem, y célébrant le culte, habillé en prêtre).

- Jean a conscience d'être un Juif très particulier, unique: il précède, il présente, il renvoie vers un autre, un homme de sa parenté mais qui est plus qu'un simple humain: l'Epoux venant épouser l'Humanité. Il en est seulement l'ami. (Jn 3,29)

- Et l'Humanité a grandement besoin d'être préparée aux noces, purifiée, convertie. Aussi Jean a-t-il choisi de plonger (baptiser) dans une eau de purification comme signe et preuve de conversion intérieure.

- L'Epoux, lui, plongera son épouse, l'Humanité, dans le feu de l'Amour et de l'Alliance, dans l'Esprit.

*

Incroyable richesse du regard de l'évangéliste dont tous les mots portent. A lire et relire pour en déployer tous les sens. L'évangéliste nommera Jean 18 fois pour compléter ce point de vue inaugural.

 

 

1, 19 à 29

 

Jean-Baptiste était prêtre puisqu'il était fils d'un prêtre, Zacharie. Telle était la tradition Juive. Or, il déserte le Temple où il devrait célébrer le culte. Il s'habille en prophète, vit au désert, au bord du Jourdain près de la mer morte. Sa personnalité intrigue ses collègues du temple qui lui envoient une délégation pour enquêter.

Qui es-tu donc ? Jean ne se dérobe pas. Il répond clairement à chaque question. Il a pleinement conscience de n'être ni le Messie, ni Elie, ni Le Prophète attendu par certains. Voici un homme franc, "droit dans ses bottes", humble. C'est déjà si rare!

Seconde question: "alors, pourquoi baptises-tu?" Cherches-tu à créer une nouvelle branche du Judaïsme? Es-tu un gourou? Jean s'explique: je suis la voix de quelqu'un qui désire une amélioration, un retournement des pensées, une conversion du coeur et des actes. Je suis seulement une voix répercutant la Parole d'un autre, de Dieu. Je ne suis ni la Source, ni l'origine: seulement un transmetteur.

Vient alors l'essentiel. Jean se définit comme un préparateur, un annonciateur, un précurseur. Je montre quelqu'un de beaucoup plus important que moi, déjà présent au milieu de vous, mais que vous ne connaissez pas. Il va vous plonger dans le feu d'une Vie nouvelle. Cherchez à le découvrir: il est là, regardez vers Lui et suivez-le. C'est lui le véritable Agneau de Dieu, celui dont parlent nos saintes Ecritures: l'agneau qui nous fait sortir de l'esclavage, l'agneau de votre mise en route vers Dieu, l'agneau de votre pâque, votre Libérateur, votre Sauveur, celui que vous allez persécuter et que vous immolerez. L'agneau que Dieu aime.

 

Les prêtres de la délégation ont-ils compris ? Qu'ont-ils rapporté à leurs collègues du Temple? L'évangéliste ne le précise pas. Il a seulement levé le rideau, frappé les trois coups: la scène s'ouvre, la Lumière apparaît: Jésus le Nazaréen va remplir l'horizon et toucher le coeur de millions de personnes.

 

Jean Baptiste, j'admire ta lucidité sur toi-même et ta mission. Tu n'attires pas à toi, tu montres Jésus. Puissent tous les chrétiens imiter ta lucidité. Puissent toutes les églises chrétiennes porter sur elles-mêmes un regard lucide et vivre loyalement leur mission: montrer le Christ en invitant à marcher avec Lui.

 

1, 29 à 34

 

L'évangéliste rapporte les déclarations de Jean Baptiste au sujet de Jésus.

 

Hier, il amorçait son témoignage en répondant aux prêtres et lévites de Jérusalem qui le questionnaient.

 

Aujourd'hui, Jean proclame ce qu'il pense de Jésus:

- Agneau de Dieu. Il situe Jésus au coeur de la sortie d'esclavage, du repas pascal rassemblant les croyants du Judaïsme. Cet agneau connaîtra une immolation.

 

- Il vient du fond des âges, du fond de l'Histoire. Il était déja là, avant tous.

 

- Il vient depuis l'univers de Dieu. Son origine touche aux origines du monde. L'Esprit de Dieu plane sur lui. Sa personnalité comporte quelque chose de divin.

 

- Deux signes en témoignent:

un signe visuel, rappelant la colombe qui annonça la reprise de la vie après les eaux dévastatrices du déluge- et la victoire de la paix

.

Et un signe auditif: une voix du Ciel, affirmant que cet homme a tellement partie liée avec l'Esprit qu'il a pouvoir de plonger dans l'Esprit ceux qui se rattachent à Lui.

 

*

Ayant bénéficié de ces signes et compris leur signification, Jean ATTESTE:

cet homme est LE FILS de DIEU.

 

Tout est dit.

Jean va désormais répandre ces attestations au près de ses propres disciples pour qu'ils se mettent en marche avec Jésus.

Dès "le lendemain".

 

Jean ne garde pas pour lui seul ses convictions ou ses disciples.

Il montre Jésus.

Il est le doigt qui montre,

la voix qui fait entendre la Parole de Dieu.

Le Grand Témoin.

Le Précurseur.

 

1,35-42

 

La mémoire d'un témoin

L'auteur du quatrième évangile est probablement l'un des deux hommes du récit.

Avec André (de Galilée) il cherche près de Jean Baptiste une vision approfondie du Judaïsme. Le Baptiste, prédicateur très ouvert lui aussi, leur montre Jésus, homme de Galilée, en le qualifiant d'Agneau de Dieu: l'agneau pascal, celui qui libère, celui que tout cet évangile désignera comme le véritable Agneau de la Grande Libération de l'Humanité.

 

Ces deux hommes ont le coeur touché: ils suivent Jésus dont la première interrogation porte sur ce qu'ils cherchent. Ils répondent:

"Où demeures-tu ?" : non pas ton adresse, mais ce qui occupe tes pensées, ce que tu aimes, le sens que tu donnes à ta vie.

 

Jésus ne fait pas de discours, n'explique pas: il propose de vivre avec lui, de faire une expérience, de plonger dans son intimité spirituelle.

 

Quelques heures suffisent à convaincre les deux hommes: le soir même, ils sont devenus disciples, les deux premiers disciples de Jésus.

André en parle à son frère Simon: celui-ci accepte à son tour de rencontrer Jésus qui lui donne un nom de mission:tu seras Pierre, un matériau de construction de mon Eglise.

Puis arrivent et sont appelés, Philippe et Nathanaël. Tous de vrais Juifs de Galilée.

 

Tels sont les cinq premiers disciples avec lesquels Jésus va repartir en Galilée.

Plus tard, Jésus appellera quatre d'entre eux "apôtres" (envoyés) .

Le second disciple, venu avec André, sera toujours appelé dans la suite de cet évangile, "Le disciple", "Le disciple que Jésus aimait". Ce disciple accompagnera Jésus, l'écoutera, retiendra ses paroles devenant son grand Témoin, l'auteur du quatrième évangile que nous appelons Jean.

*

Ainsi commence l'aventure chrétienne

Par une adhésion du coeur et de l'esprit à Jésus, le galiléen, l'Agneau Libérateur.

Jésus, je comprends mieux comment des hommes ont eu le coeur touché en t'écoutant et en osant t'accompagner. Malgré les moqueries de certains et l'indifférence de beaucoup. Touche aujourd'hui mon coeur pour que je devienne à mon tour un disciple que tu puisses aimer.

 

Deux mille ans plus tard, la même adhésion du coeur et de l'esprit constitue disciples du Ressuscité des humains libres et conscients.

 

 

1, 35-42

Observons ce qui a joué dans la rencontre avec le Christ et la découverte de sa personnalité de Messie en hébreu, Christ en grec, Oint en français (inutilisé):

1. Jean le baptiseur a vu et entendu les signes du ciel (décrits comme colombe et voix) invitant à voir en Jésus de Nazareth plus qu'un humain ordinaire. Il a fait confiance à ces signes.

2. Jean a relié ces signes à ce que disait la Bible sur la libération de l'esclavage vécu jadis par le peuple hébreu en Egypte. Il a conclu que Jésus était comme l'Agneau pascal , lié à une libération venant de Dieu.

3. Jean a désigné Jésus, le décrivant comme ayant reçu l'onction de libérateur, de messie - et capable de plonger (baptiser) les humains dans une relation directe avec l'Esprit de Dieu.

4. André et un autre disciple font confiance à Jean et "suivent" Jésus (mot ayant deux sens: marcher derrière quelqu'un physiquement - accompagner quelqu'un en devenant disciple).

5. Jésus invite à "demeurer" avec lui, à passer du temps à ses côtés, à l'écouter, à discerner son engagement spirituel profond.

6. André ne garde pas pour lui seul cette découverte de Jésus de Nazareth. Il en parle à son frère Simon , tout comme lui "bar Yonah", "fils de Yonah" (dont le nom signifie colombe en hébreu)

7. Et Simon accepte de rencontrer Jésus qui lui donne un nouveau nom: Képha, qui veut dire pierre: déjà se profile la mission que Jésus lui confiera plus tard.

***

Dans toute évangélisation nouvelle il y a ces éléments:

- des personnes qui disent leurs convictions profondes sur Jésus

- d'autres qui y attachent de l'importance

- et surtout la rencontre personnelle d'esprit et de coeur avec Jésus, le Christ, libérateur mis à mort et ressuscité, toujours Vivant et accessible à tous ceux qui lui donnent leur Foi dans un Amour plein d'Espérance.

 

1, 35 à 42

 

Recueillons ce que l'évangéliste nous dit en si peu de mots.

Jean le Baptiste a des disciples. En voici deux, l'un s'appelle André, il a un frère appelé Simon, pêcheur de profession dans le lac de Galilée, à 120 kilomètres au nord de l'endroit où Jean baptise. L'autre disciple n'est pas nommé: il ne sera jamais nommé par la suite, le plus souvent désigné comme "le disciple que Jésus aimait": probablement le rédacteur de ces lignes se rappelant fort bien sa première rencontre avec Jésus.

"Voici l'agneau de Dieu": dans la culture de son temps, le Baptiste évoque la fête de Pâque, la libération de l'esclavage, et l'agneau que chaque famille immolait et mangeait pour passer de l'esclavage à la liberté, pour entrer dans un retournement de vie, de pensée et de comportement. Jean Baptiste invite ainsi deux de ses propres disciples à se mettre à la suite de ce Jésus: il agit en précurseur: il est libre: il ne garde pas ses disciples pour lui.

Première parole de Jésus dans cet évangile: "Que cherchez-vous?". Qu'est-ce qui vous mobilise ? Quelles sont vos valeurs ?A quoi attachez-vous de l'importance? Trois mots pour piquer l'attention, pour faire réfléchir, pour se poser les questions radicales du sens de la vie.

Les deux disciples répondent: "Rabbi, Maître, Guide, Enseignant, où demeures-tu?". J'admire l'élévation de pensée et de recherche des deux disciples: ils cherchaient un Guide, ils pensent l'avoir trouvé. Où demeure spirituellement ce Guide ? Qu'est-ce qui habite sa conscience? Voilà ce qu'ils désirent connaître.

Et Jésus les invite à "demeurer avec lui", à dialoguer, à questionner, à écouter, à comprendre, à entrer dans une relation existentielle. Oui, d'abord une expérience et non pas d'abord une déclaration abstraite.

Convaincus par cette expérience, ils estiment que cet homme est le Messie, celui qui a reçu l'Onction d'en-haut, celui qui a mission de libérer, de sauver, d'élever, d'éclairer les humains se mettant à sa suite. Enthousiasmé, André conseille à son frère Simon de faire la même expérience. Et Jésus lui donne un surnom: Pierre, sans préciser davantage pourquoi: Simon le découvrira progressivement au cours des trois prochaines années.

Voici les trois premiers disciples. André est le premier, "l'autre disciple" le second, celui qui porte le nom de chacun de nous, de chaque nouveau disciple du Christ. Et Simon le troisième.

Demain, d'autres disciples se mettront à la suite de Jésus: Philippe, Nathanaël. Et d'innombrables autres au fil des siècles. Le "christianisme" commence: la communauté de ceux qui marchent avec le Christ prend naissance.

 

O Christ, tu me poses aujourd'hui la question: "Que cherches-tu?" - Guide ma réflexion: fais-moi reconnaître le sens que je donne à mon existence. Et surtout donne-moi l'envie de vivre une authentique relation spirituelle avec toi et tous ceux qui t'aiment à travers l'histoire passée et présente.

 

 

2, 1 à 12

 

 

1. Le troisième jour: expression biblique fréquente pour dire: maintenant Dieu intervient. Quelque chose de bon va se produire. C'est également ici le septième jour, jour du Seigneur, jour de joie et de reconnaissance: relisez les jours précédents de cet évangile et vous verrez qu'il s'agit bien du sommet de la semaine pendant laquelle Jésus de Nazareth est reconnu comme le Fils Bien Aimé dont Jean Baptiste vient de témoigner, tout comme André, Simon Kephas, Nathanaël (originaire de Cana), Philippe.

 

2. Il y eut un mariage.... La célébration a eu lieu, sous le dais rappelant la maison que vont habiter les deux époux. La cérémonie n'est pas ici mentionnée. Mais les festivités duraient une semaine, avec repas joyeux chaque jour. Voici le contexte de ce repas. On comprend que le vin vienne à manquer: mais l'évangéliste nous parle d'un autre vin qui manque à l’alliance.

 

3. Jésus transforme la religion de purification permanente et finalement inefficace (symbolisée par l'incroyable quantité d'eau ) en religion d'alliance festive, inépuisable, transformant l'intérieur des humains (symbolisée par un vin délicieux, imprévu, à boire dans les coupes que s'échangent les époux et qui créent de la communion entre tous les amis de l'époux et de l'épouse).

 

4. Jésus manifeste ainsi qu'il se comporte en véritable époux de l'humanité. Il vient dans ce monde pour l'aimer d'un amour plénier, se donner sans réserve, se livrer entre les mains de tous les humains. L'évangéliste rappellera que Jean le Baptiste se considère comme "l'ami de l'époux", se réjouissant d'entendre sa voix et de voir à quel point l'alliance entre l'époux et l'épouse produit le bonheur.

 

5. Ce signe, c'est le premier, le plus important, le principe même de tous les signes que Jésus va donner désormais (selon le quatrième évangile, ce signe est le premier de sept, le septième étant la vie redonnée à Lazare ). Ses disciples commencent à découvrir QUI il est. Ils entrent dans la Foi...commencent leur parcours de disciples du Christ.

 

6. Sa Mère manifeste aussi ce qu'elle est par rapport à son fils et par rapport aux amis de l'époux et de l'épouse. Attentive, inventive, modèle de confiance, active.

 

7. Les "serviteurs" sont ceux qui se laissent guider par "la Mère" et par Jésus. Ils "savent", eux, qui transforme la tristesse d'une alliance ne suscitant plus le bonheur (le vin épuisé) en Alliance parvenue à son plus haut niveau de qualité (le meilleur vin). Ce Créateur du bonheur entre époux, c'est Jésus. L'organisateur du repas, le célébrant , lui, ne le sait pas: il a tout prévu selon les anciens principes et il fait part de son étonnement aux époux bénéficiaires de l'intervention de "la Mère" et du Fils.

Que de symboles esquissés et toujours à découvrir dans ce "Premier Signe" offert aux disciples pour les mettre sur le chemin de la foi et la découverte de la Gloire du Fils.

 

Oui, voilà une superbe noce, un très grand septième jour éternel qui commence ! Chacun de nous est invité à observer, à décrypter, à trouve sa place et à la célébrer.

 

 

2, 13-25

 

Prenez le temps de comparer les 4 versions de cet épisode. Vous allez découvrir le style choisi par chaque rédacteur évangélique.

Vous constaterez que seul Jean place l'épisode dès le début de la vie publique de Jésus; les trois autres à l'approche de la passion.

 

Seul le quatrième évangile parsème son récit de petits commentaires personnels. Ceux-ci mettent sur la route des sens que Jean donne à l'épisode:

1. d'entrée de jeu, Jésus fait une déclaration sur le vrai sens du culte: adhésion du coeur à l'amour envers Dieu - et non pas d'abord organisation pointilleuse de cérémonies cultuelles et d'immolations sacrificielles ou de dons financiers.

2. Déclaration sur le vrai temple que Dieu aime: non pas le temple de Jérusalem ou les millions d'églises construites à travers la planète, mais le corps et la personnalité de Jésus, entièrement habité par la fidélité, l'amour, la miséricorde, la compassion. Temple détruit par la mort infligée par les chefs religieux - et reconstruit trois jours plus tard par la Résurrection. Temple toujours debout, vivant.

 

***

En réponse à cette comparaison nous verrons mieux l'admiration à exprimer envers Jésus pour ces mises en perspective religieuse, pour son invitation à vivre le culte que Dieu aime dans notre relation personnelle avec le Corps du Christ et l'adhésion à sa Parole.

 

2, 13 à 25

 

 

Le rédacteur de cet évangile (que nous appelons Jean) situe cet événement: première Pâque de Jésus, en début de sa vie publique, année 28 probablement, dans l'espace public ou esplanade du temple - 14 hectares- où tout le monde pouvait circuler librement.

Les Autorités responsables du culte y avaient autorisé la vente de tout ce qui était nécessaire au culte: agneaux, boeufs, pigeons, monnaie.

Jésus désapprouve ce commerce (qui laissait de beaux pourcentages aux Autorités). Il chasse un certain nombre de vendeurs.

Immédiatement, les Autorités lui demandent au nom de quel droit il s'oppose aux coutumes locales.

 

Jésus répond en passant à un niveau supérieur. Il change de mot, parlant de sanctuaire (la construction sans laquelle les prêtres célébraient le culte).

Jean propose ainsi plusieurs sens à l'action de Jésus

1. Le vrai sanctuaire n'est plus une maison de pierres mais sa personne elle-même, son corps, que les Autorités mettront à mort (détruiront) dans deux ans mais qui sera relevé (reconstruit) d'entre les morts.

Jean précise que les disciples ne comprirent cette allusion qu'après la résurrection.

 

2. Le vrai Culte que Dieu (appelé Père) apprécie n'est plus fondé sur des offrandes matérielles (immolation d'animaux, monnaie) mais sur l'offrande que Jésus fera de sa personne (son temps, son enseignement, sa vie) . Symboliquement, Jésus met fin au culte pratiqué dans ce temple de Jérusalem (qui disparaît en 70, sous les coups des Romains, entraînant la disparition définitive des sacrifices d'animaux dans le Judaïsme).

 

3. Le vrai Culte annoncé en filigrane sera célébré par l'assemblée des disciples du Christ, s'offrant eux-mêmes au Père et à leurs frères humains, librement, par amour, pour réaliser la Volonté du Père: sauver les humains, les arracher aux péchés qui les oppriment: violence meurtrière, course aux richesse, etc.

 

4.Les autres évangélistes évoqueront cet épisode lors de la Pâque où Jésus sera condamné et crucifié. Jean explicite davantage l'aspect anticipateur de l'épisode comme annonce de ce que Jésus vient apporter comme renouveau religieux.

*

Jean tient à souligner qu'un certain nombre de personnes vivant à Jérusalem, y compris parmi les gens proches des Autorités, commencent à croire en Jésus, à voir en Lui un Rénovateur spirituel

Toute la suite du quatrième évangile sera consacrée à cette découverte de l'identité de Jésus, à partir des signes (gestes significatifs, porteurs de Sens, ou Paroles révélant la pensée du Père).

Mais l'évangéliste, en voix off, avertit déjà: la foi n'est pas toujours confiance envers Jésus, elle peut-être floue, manquer de sincérité ou de profondeur. Jésus en a pleinement conscience dès le début.

*

Deux questions pour les disciples du Christ aujourd'hui:

- leur culte est-il participation personnelle ou ritualisme répétitif ?

- leur foi est-elle relation avec le Ressuscité ou adhésion à des formules traditionnelles ?

 

 

3, 1-8

Nicodème : un beau nom signifiant « Peuple vainqueur ». Jean l’évangéliste en parlera trois fois pour montrer son évolution dans la relation à Jésus. Première rencontre, de nuit pour ne pas être critiqué, car Nicodème est un Pharisien notable et cultivé. Plus tard, quand Jésus sera mis en accusation, il prendra discrètement sa défense au sein du grand Conseil du Judaïsme. Finalement, lorsque Jésus aura été crucifié, il viendra l’ensevelir.

Nicodème ose donc une première rencontre très discrète avec Jésus. Pour connaître mieux la doctrine de ce nouveau Rabbi qui vient de faire parler de lui en s’élevant contre l’environnement commercialo-cultuel du temple de Jérusalem.

Or, avant même qu’il ait posé une question, il entend Jésus affirmer solennellement (c’est le sens de cet amen, amen, en vérité, en vérité je te le dis) : « Si quelqu’un n’est pas engendré d’en-haut (ou une seconde fois) il ne peut pas entrer dans le Royaume de Dieu ». Jésus va insister. Comme quelqu’un énonçant une vérité fondamentale pour la valeur spirituelle de chaque personne humaine.

Le royaume de Dieu, c’est tout ce qu’un humain pense, croit et fait pour plaire à Dieu, pour lui rendre un culte véritable, pour devenir un bon sujet de son royaume.

Impossible donc à un humain de plaire à Dieu s’il ne se laisse pas engendrer par le Souffle divin, s’il n’accepte pas de naître une seconde fois, non plus de sa mère, mais de Dieu même.

Jésus développe sa vision de l’être humain. Grâce à son père et à sa mère, l’humain reçoit une existence qu’il doit développer jusqu’à la maturité culturelle, professionnelle, relationnelle. C’est déjà considérable : la Bible dit depuis toujours que tout fils d’homme est image, icône de Dieu.

Jésus ajoute que pour entrer dans le monde de Dieu, et non pas seulement dans le monde humain, il faut recevoir une nouvelle Vie, un autre type d’existence : devenir fils ou fille de Dieu, recevoir le Souffle Saint qui va s’emparer de toute la personnalité pour donner une dimension éternelle à tout ce que pensera, dira et aimera cet enfant de Dieu.

 

Voici donc la grande question à se poser. Est-ce que je me laisse engendrer par l’Esprit de Dieu ? Ai-je ,un jour, pris conscience de cette existence spirituelle ? Est-ce que je m’efforce de la développer avec autant d’ardeur que j’essaie de développer toutes mes facultés ?

Sans doute suis-je aussi étonné que Nicodème en entendant Jésus affirmer l’importance d’une seconde naissance pour devenir une personne pleinement épanouie !

Que résonne en toi la parole capitale de Jésus : « En vérité, en vérité, je te le dis : tu dois te laisser engendrer par le Souffle de Dieu si tu veux entrer dans le monde de Dieu ».

 

3, 5 à 21

 

Voici les premiers enseignements de Jésus(dans ce quatrième évangile). Il les donne à un homme cultivé de Jérusalem, haute autorité religieuse, venu le questionner en cachette, à l'insu de ses coreligionnaires.

 

1. Toute personne doit naître deux fois, la première de ses propres parents, la seconde à partir d'une immersion, d'une plongée (baptême) dans l'eau (source de toute vie) et dans l'Esprit de Dieu (Souffle des toutes les vies: biologique, humaine, spirituelle, religieuse, cf. Gn 2,7).

Cet engendrement d'En-Haut permet à l'humain d'entrer dans l'univers de Dieu,(le Royaume) dans ses pensées, actions et engagements. A partir de cet engendrement d'Esprit l'humain est conduit par l'Esprit; il innove, devient lui-même, unique, capable d'apporter sa part personnelle dans la construction de l'Humanité.

 

2. Cet enseignement est donné par un "fils de l'homme", un humain "branché" sur le ciel, faisant dialoguer le ciel et la terre. Ce "fils de l'homme" est difficile à croire par les personnes trop "terre à terre" culturellement.

 

3. L'identité de ce "fils de l'homme" sera révélée. Le monde la comprendra seulement lorsqu'il sera "élevé", dressé en haut, comme jadis le serpent de bronze. Ceux qui regardaient en face ce serpent étaient guéris de la blessure des serpents. De même, ceux qui regarderont en face ce "fils d'homme" élevé sur une croix, seront guéris des blessures causées par l'antique serpent, l'opposant à Dieu. Ils verront le résultat de la haine homicide, de la violence injuste, du mal causé aux justes. Ils reconnaîtront le mal qui est en eux, leurs blessures intimes: et ils en seront guéris par l'influence de ce "fils de l'homme" venu pour guérir et sauver.

 

4. A l'origine de cette guérison, l'humanité reconnaîtra l'Amour bienveillant de Dieu, seule explication de sa générosité. Il donne son Fils bien-aimé pour qu'il puisse guérir ceux qui croient en Lui. Il le donne pour qu'il transmette la Vie engendrée d'Esprit.

 

5.Les intentions de Dieu ne sont pas celles d'un Juge passant son temps à noter les fautes pour les punir impitoyablement (ajoutant ainsi du mal au mal!) mais d'un Juste passionné par la guérison et le salut de ceux qui se portent mal.

*

Formidable enseignement qui laisse Nicodème- et les gens cultivés - pleins d'interrogations, mais sans doute bouleversés et tout proches de l'entrée dans le Royaume de Dieu.

 

3, 11 à 21

 

Jésus termine son dialogue avec Nicodème en prenant ses distances avec l'univers intellectuel du Judaïsme officiel qui ne parvient pas à s'ouvrir au vrai monde spirituel d'en-haut. D'où les expressions: "vous ne croyez pas", mais Moi "Je " témoigne de ce que j'ai vu.

*

Jésus se présente aussitôt comme le véritable Signe et moyen de Salut et de Vie pour ceux qui croient en lui. Signe ambivalent comme le fut jadis le serpent de bronze brandi au milieu du peuple comme un étendard à regarder pour obtenir la guérison (Nb 21,4 à 9).

 

- Jésus, Fils de l'homme descendu du ciel, ayant pris le statut d'homme ordinaire que les autorités religieuses vont condamner à mort et clouer sur une croix, comme un damné dont on doit détourner le regard . Jésus crucifié comme blasphémateur en révolte contre Dieu

 

- Jésus en réalité élevé sur la croix, exalté, glorifié, devenant Source de Salut pour ceux qui comprennent que sa mort prouve son engagement d'amour pour guérir et sauver les humains de leur complicité avec le Mauvais, le Serpent, l'Opposant. Jésus qui retourne le sens de la mort par sa victoire sur la mort , sa résurrection.

 

Jésus humilié et exalté: condamné et réhabilité: subissant la mort et la terrassant; rejeté mais attirant à lui tous les hommes (Jn 12,32). Jésus qui accepta l'existence humaine courante, y compris dans ses pires échecs, mais qui reçoit de Dieu le Nom propre de Dieu (Phil 2, 6-11)

*

Quiconque adhère à ces deux réalités apparemment inconciliables accède à la Vie malgré ses blessures.

Croix et Résurrection ont été annoncées ensemble: elles sont indissociables.

 

C'est ainsi que la Sagesse de Dieu se propose.

Elle sauve sans nier la mort et toutes nos blessures.

Elle n'abandonne personne à la mort ou au Mauvais.

Les intentions de Dieu envers toute personne sont définitives: il veut sauver, rendre juste, faire vivre intégralement. Il se propose. Jamais il n'exclut.. Tel est l'Amour d'agapè du Père que Jésus met en actes de Nazareth à Jérusalem, de sa naissance à sa passion et à sa Résurrection.

*`

Le christianisme affirme et la Croix et la résurrection.

Il proclame la traversée de la mort comme entrée dans la Vie, la traversée des ténèbres comme espérance de la Lumière. En tout, il célèbre l'Amour Tout-Puissant du Seigneur.

 

3, 14-21

 

Naître à une Vie selon l'Esprit, naître une seconde fois, naître d'en-Haut, voici l'enjeu pour chaque personne humaine.

Beaucoup se contentent de recevoir la vie de leur mère et de leur père sans entrer dans le monde des humains spirituellement vivants.

On peut être hautement cultivé, y compris en matière de "religion", sans être spirituellement développé.

Dieu désire pour tous un développement de l'esprit, du cœur et des actes

qui les rende semblables à Lui.

 

Jésus conclut son entretien avec Nicodème par des affirmations capitales.

- Le fils de l'homme doit être "élevé", montré, mis en valeur pour permettre à quiconque regarde vers lui en avouant son besoin de guérison soit délivré de son mal. (évocation de Nb 21,8-9, Moïse élevant un serpent de bronze sur l'ordre de Yhwh pour sauver de la mort ceux que les serpents du désert avaient mordus).

- Dieu aime d'agapè tous les humains. Il veut leur bonheur. Il n'est pas d'abord soucieux de juger mais de sauver.

- Seuls sont déjà jugés ceux qui refusent de croire alors qu'ils ont eu les moyens de le connaître.

- Quel est le point clé du discernement ? L'engagement au service de la Lumière et de la Vérité (Dieu depuis le premier jour, Gn 1,1 et Jn 1, 4).

 

Par contre, toute personne préférant les œuvres des ténèbres,

celles qu'on fait contre sa conscience, est déjà condamnée intérieurement.

 

Le choix de ce qui est mauvais est-il possible ?

- Oui, pour celles et ceux qui se camouflent, qui refusent d'écouter la voix de leur conscience,

qui rejettent les opérations vérité sur eux-mêmes,

soit par prétention, en désirant passer pour meilleurs qu'ils sont,

soit parce qu'ils sont victimes des jugements d'autrui

et qu'il leur serait insupportable

d'y ajouter encore un jugement négatif venant d'eux-mêmes.

 

Quelle sagesse, quelle profondeur de regard

porté par Jésus sur les replis de la conscience !

 

A Nicodème, représentant l'enseignement des hautes Autorités du Judaïsme,

Jésus donne le conseil essentiel:

choisir la Vérité et la Lumière (rappel du choix que Yhwh demande vigoureusement en Deut. 30, 15 à 20 - et que la Sagesse propose à ceux qui ne sont pas stupides, Sag.7,22 à 30), à la différence de "Dame Folie", en Proverbes 9, 13 à 18)

 

 

Note sur la traduction: le grec comporte un seul terme signifiant juger, jugement. Certaines traductions des années 1950 à 1990 emploient les mots condamnation et même damnation quand il s'agit des humains "ne croyant pas". Ce choix déforme manifestement le sens voulu par le disciple rédacteur du quatrième évangile.

 

3, 16 à 18

 

Jésus conclut son entretien avec Nicodème par des affirmations capitales.

 

Dieu aime le monde des humains.

Il veut leur bonheur, leur vie plénière.

 

Contrairement à ce que certains pensent, Dieu n'est pas d'abord soucieux de juger mais de sauver.

 

Seuls sont jugés ceux qui refusent de croire au Fils Unique alors qu'ile ont eu les moyens de le connaître.

 

Sur quoi porte le jugement.? Sur les oeuvres, les engagements profonds. Si l'humain travaille au profit du Bien, de la Lumière: il est jugé positivement. S'il travaille à faire progresser les ténèbres, les oeuvres de l'ombre, celles qu'on fait en se cachant, en ayant mauvaise conscience: alors le jugement devient négatif, méritant condamnation..

*

Note sur la traduction: le grec comporte un seul terme signifiant juger, jugement. Certaines traductions des années 1950 à 1990 emploient les mots condamnation et même damnation quand il s'agit des humains "ne croyant pas". Ce choix déforme manifestement le sens voulu par le disciple rédacteur du quatrième évangile.

 

4, 3 à 42

 

 

Brèves évocations

Jésus "devait" traverser la Samarie, pour évangéliser ses habitants, et réunir Judéens et Samaritains séparés depuis plus de sept siècles.( Lire 2 Rois, 17, 24-41)

Une femme va en être l'évangélisatrice. Elle vient à la sixième heure ( pleine lumière sur le Christ-Lumière ) au puits de Jacob (lieu historique de rencontre hommes/femmes en vue du mariage, rappel du sixième jour de la création).

 

Jésus, un homme Juif, prend l'initiative d'un dialogue à deux niveaux: celui des réalités matérielles (eau, soif, époux, nourriture) pour accéder aux réalités spirituelles ( eau inépuisable, soif de sens, mariage d'amour fidèle).

La femme, qui symbolise la Samarie, écoute, comprend, découvre le sens de sa vie à partir de cet homme juif qu'elle appelle Rabbi, plus grand que Jacob, Seigneur, Prophète et finalement Messie.

 

Dialogue sur la vraie tradition des ancêtres, et sur le culte essentiel: adoration d'un Dieu Père, selon l'Esprit et la Vérité, sans lien prioritaire avec un lieu officiel de célébration religieuse. Chacun est temple ou montagne, lieux bibliques de la rencontre avec Yahvé

 

Cette femme adhère avec enthousiasme. Elle abandonne sa cruche, l'instrument de son existence quotidienne; elle part avec empressement faire partager sa découverte intérieure à ses compatriotes .Elle n'a reçu aucune mission: elle évangélise spontanément. Elle communique, elle propose, elle interpelle: "ne serait-il pas le Messie?". Elle conduit au Christ et lui laisse toute la place.

 

Et les gens de Samarie écoutent, respectent la conviction de cette femme qui les amène à Jésus. Ils invitent Jésus, l'écoutent pendant deux jours. Ils adhèrent et proclament: "Nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du Monde".

 

L'identité de Jésus est dévoilée, révélée, accueillie dans la Foi. Le lien entre le Christ et les Samaritains est solidement établi (les Actes des Apôtres en parleront, au chapitre 8). Les Samaritains cesseront d'être des étrangers infréquentables: Jésus les mettra en valeur, notamment dans la parabole du "bon samaritain". Mais ses opposants le traiteront de "samaritain" (Jean 8,48) pour mieux le rejeter.

*

L'évangéliste accentue les contrastes:

 

- entre cette femme que Jésus approuve et ceux qui méprisent encore le monde féminin ( le plus long passage d'un évangile consacré à une femme!)

- entre la pleine lumière révélée aux Samaritains et la "nuit" dont Nicodème le notable de Jérusalem demeure prisonnier dans la rencontre cachée avec le Christ,

 

- entre la compréhension des choses de la foi dont fait preuve la Samaritaine et la compréhension très terre à terre qui caractérise les disciples de Jésus, hommes juifs qui s'estiment probablement supérieurs à cette femme

 

- entre les nourritures terrestres que les disciples recherchent et La Nourriture qui apaise la faim du Christ: la Volonté du Père qui consiste à sauver tous les humains.

 

- entre les semailles et les récoltes des champs et la mission de Semer la Parole de Dieu pour en faire le Pain substantiel apaisant les vraies faims humaines.

*

L'évangéliste a injecté dans ces lignes les clés d'une harmonieuse compréhension de la personne du Christ, de la Femme, de l'évangélisation, du témoignage, des réalités quotidiennes , du culte, des réconciliations après des siècles d'ignorance ou de mépris...

 

Qui peut prétendre en épuiser le sens ?

Ces lignes furent écrites par un grand spirituel inspiré d'en-haut.

A méditer sans modération.

 

Jean 4, 5-42

 

L’évangéliste souligne que le monde est en train de s’améliorer : tout le monde !

La Samaritaine voulait seulement puiser de l’eau : elle accepte le dialogue avec un Juif qui lui propose d’avoir un cœur vivant comme une source, d’honorer Dieu « en esprit et en vérité », de s’interroger sur sa relation insatisfaisante avec les hommes. La voilà sidérée par la perspicacité de ce Juif. Elle lui fait confiance comme au Messie : elle invite ses compatriotes Samaritains à croire en lui. Et grâce à elle, dans son village de Sychar, beaucoup adhèrent à l’enseignement que Jésus offre pendant deux jours. La femme à la réputation sulfureuse est transformée en grand témoin du Messie.

Les apôtres pensaient surtout aux nourritures terrestres. Ils découvrent qu’il leur faudra désormais s’occuper prioritairement de ce qui nourrit et abreuve vraiment les humains : en priorité ce qui sort de la bouche de Dieu, « car l’homme ne vit pas seulement de pain ». Ce travail de moissonneur pour nourrir le monde doit commencer sans délai : les champs sont mûrs, les épis dorés à point. Jésus est à pied d’œuvre, lui le semeur et le moissonneur. Il faut le suivre : il a besoin d’ouvriers, maintenant et jusqu’à la fin des temps. Ne restons pas seulement en stand by !

Les Samaritains étaient fiers d’habiter un village au passé tellement célèbre : pensez-donc, le grand Jacob a vécu ici, il a bu de notre eau ! En offrant à Jésus l’hospitalité, en acceptant de l’écouter, ils découvrent qu’il y a plus grand que Jacob : c’est le Messie Jésus qu’ils hébergent et dont ils diront : Il a fait halte chez nous, il a ouvert des horizons sur l’avenir de la vraie religion, non pas celle qu’on pratique ici ou là, dans les temples ou dans les montagnes, chez les Juifs ou chez les Samaritains, mais la vraie religion qu’on pratique d’abord en intime conviction, dans un cœur plein de bonté et de vérité. Ce ne sont pas les institutions religieuses qu’il faut changer mais les cœurs et les consciences qu’il faut d’abord évangéliser.

Tout ceci commence à la sixième heure du jour, l’heure où le soleil est au plus haut du ciel. L’Heure de Jésus, celle qui marque l’arrivée du salut. Et Jésus a commencé sa mission chez les gens de Samarie à la sixième heure de ce jour-là. Jésus est la vraie Lumière qui éclaire toute personne qui l’accueille. Il est venu d’abord pour ceux qui ont besoin de lumière, pas pour ceux qui prétendent tout savoir des choses de Dieu. Il est venu pour ceux et celles dont la vie n’est pas très brillante : tel est le Monde qu’il veut servir en priorité.

 

Comme à la Samaritaine, Seigneur, tu me proposes aujourd’hui de devenir source jaillissante de Vie éternelle, d’apaiser mes soifs, de répondre aux attentes de mon esprit et de mon cœur, d’améliorer ma relation à Dieu, de devenir ouvrier répandant la Bonne Nouvelle. Donne-moi le désir de te croire, d’espérer, d’aimer et de collaborer à ton œuvre pour que le monde, tout notre monde, progresse vers les vraies Valeurs et s’améliore. Et que brille le Soleil de Midi.

 

6, 1 à 15

 

Les quatre évangiles en témoignent:

Jésus a nourri une foule, dans un endroit désertique, un jour, en Galilée.

 

Chaque évangéliste raconte le fait.

Chacun dans son style pour souligner des points de vue complémentaires. *

 

L'évangéliste Jean, pour sa part, suggère particulièrement:

- le lien de l'événement avec la Pâque juive (libération de l'esclavage et du génocide en Egypte, célébrée par un repas familial et mémorial dont l'agneau pascal constitue la nourriture principale).

- l'évocation de l'Alliance scellée entre Yhwh et son peuple sur le mont Sinaï,

- la foule qui suit Jésus parce qu'il guérit des malades et fait du bien à tous,

- l'attention de Jésus au besoin quotidien de toute personne: manger pour vivre.

- l'invitation lancée à ses disciples: se préoccuper de la faim des humains en utilisant ce dont on dispose pour le répartir au mieux entre tous (dialogue avec Philippos et Andreas, ces deux galiléens aux noms grecs, vivant aux périphéries du Judaïsme)

- les gens s'allongent, comme pour prendre place à un festin,

- Jésus fait les gestes caractéristiques du repas eucharistique:

il prend les pains,

rend grâces,

partage et donne à chacun.

- Il y en a pour tous: personne n'est privé, pas de privilégiés ni d'accapareurs.

Il en reste dès lors que tout a été mis généreusement à la disposition des invités.

 

Les chiffres et les nombres sont à comprendre selon leur utilisation habituelle dans la Bible: trois, quatre, cinq, sept, douze, quarante, cent, mille: mille, ou multitude, beaucoup de monde non comptés mathématiquement.

 

- La foule considère Jésus comme le Prophète: elle veut s'emparer de lui pour en faire son Roi.

Jésus ayant toujours refusé le pouvoir temporel se retire de nouveau sur la montagne, seul.

 

Beaucoup cesseront donc de le suivre, notamment quand il affirmera qu'Il est le Vrai Pain que Dieu donne.

- Jésus se livre entre les mains humaines.

Il est Parole de Vérité (à mâcher et ruminer) Pain eucharistique auquel chacun

peut communier,

créateur d'unité entre les humains,

galiléens ou judéens, grecs ou non,

juifs ou non-juifs.

 

- Jean est le seul à rapporter immédiatement le grand enseignement de Jésus sur la vraie nourriture que Dieu offre à l'Humanité: son Fils Bien Aimé.

 

 

 

6, 24 à 35

Jésus a volontairement fui la foule qui voulait le faire roi. Mais la foule est tenace. Elle le poursuit jusqu'à Capharnaüm.

Jésus se rend alors à la synagogue pour y donner un enseignement solennel, officiel pourrait-on dire. (v.59)

 

Quatre fois, il donnera du poids à ses paroles en utilisant le :"Amen, Amen, en vérité, en vérité, je vous le dis!".

 

Que cherchez-vous ?

- des signes exceptionnels? Une nourriture facile?-

-cherchez plutôt ce qui nourrit vos véritables faims

- examinez d'abord ce dont vous avez faim.

- Cherchez d'abord à faire ce que Dieu attend de vous !

Jésus amorce un discours non conventionnel, inattendu. La foule est étonnée, prise à contrepied, remise en question.

 

Préoccupez-vous de croire en Celui que

Dieu vous envoie..

Jésus va répéter cette expression un certain nombre de fois pour décrire son identité : celle d'un Envoyé demeurant en relation avec Celui qui l'envoie.

La foule, piquée au vif, demande des précisions, un signe, aussi fort que celui qui a marqué l'histoire du peuple au désert: alors Moïse a nourri le peuple en lui donnant la manne qui lui permit de rester en vie, de ne pas mourir de faim. C'est l'Ecriture qui l'affirme !

 

La vraie nourriture vient de Dieu

et non pas d'un humain, fût-il Moïse.

Jésus remet les perspectives à leur vraie place. C'était Yahvé , et non Moïse, qui nourrissait son peuple. Aucun humain ne peut fabriquer la nourriture qui apaise la faim intérieure des humains.

- Donne-nous ce pain! Comme la Samaritaine avait demandé l'eau qui devait apaiser définitivement la soif.

 

En vérité, en vérité!

Moi, Je SUIS le Pain de Dieu,

le Pain qui descend du Ciel

le Pain de la Vie.

Jésus prend position sur l'essentiel: sa vraie personnalité.

Je viens du Ciel et non pas de la terre.

Je vous suis donné par Dieu.

Si vous croyez en moi, votre faim sera apaisée:

Je suis votre nourriture.

Je suis le Pain dont vous avez besoin.

*

Jamais Jésus n'avait encore été aussi clair dans la façon de parler de lui.

Et sa Parole commence par le solennel JE SUIS,

évocation directe de Yahvé dans les textes sacrés.

 

 

 

 

 

6, 30 à 36

 

Voici le coeur de l'enseignement de Jésus sur la vraie nourriture dont l'être humain a besoin.

 

Les gens de Galilée lui demandent un signe, une preuve qu'ils peuvent lui faire confiance. Jadis, Dieu a donné une preuve éclatante. Il a nourri son peuple en lui donnant une sorte d'aliment tombant chaque jour du ciel: les Ecritures le disent.

 

Jésus répond sans se faire prier.

"Amen, amen": cette répétition annonce des affirmations solennelles.

- L'aliment quotidien du peuple au désert n'était pas donné par Moïse, comme vous semblez le croire, mais par Dieu.

- Ce Dieu d'autrefois est aujourd'hui mon Dieu. C'est également "mon Père". Je Suis son Fils.

- Le Pain qu'il vous donne chaque jour descend vraiment du ciel: il n'est pas fabriqué sur terre.

- Un tel Pain apaise les faims humaines, les faims spirituelles de lumière et de sens.

 

Comme un seul homme, les Galiléens demandent ce pain-là. Tout comme la Samaritaine voulait l'eau qui apaise la soif et supprime l'obligation de venir puiser l'eau pour les nécessités courantes (Jn 4,15).

Or Jésus ne parlait ni du même pain ni de la même eau.

Il se situait à un niveau nettement plus capital.

 

Il prononce donc la phrase décisive: "Moi, je Suis le Pain de la Vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim; celui qui croit en moi n'aura jamais soif".

Les gens restent pensifs. Tous ne sont pas hostiles.

Jésus les connaît.

Il décrypte: "Je vous l'ai déjà dit; vous avez vu, et pourtant vous ne croyez pas!".

 

Quand Dieu promet des expériences spirituelles et réalistes, combien lui font confiance?

Quand Jésus essaie de nous tirer au-dessus des contingences pour aborder les solutions durables, combien le croient et le suivent ?

 

En toute sincérité, Seigneur, tu me désarçonnes. Tu m'invites à voir plus loin, plus profond. Eclaire-moi. Désormais, cependant, en priant le Notre Père, je penserai à Toi quand je dirai: "donne-nous, aujourd'hui, notre pain de ce jour" Tu es le Pain dont j'ai besoin pour vivre mieux.

 

6, 35 à 41

 

Jésus vient d'affirmer la réalité incroyable: "Je suis le Pain de la Vie. Celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim; celui qui croit en moi n'aura plus jamais soif".

C'est tellement incroyable que bien peu le croient. "Je vous l'ai déjà dit, vous avez vu, et pourtant vous ne croyez pas".

 

Comment expliquer cette résistance à la vérité ?

Le Père laisserait-il tomber les uns pour mieux privilégier les autres ?

Impossible, répond Jésus. Sa volonté est "que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés".

Or Jésus adhère indiscutablement à cette volonté du Père: "Je suis descendu du ciel non pour faire ma volonté mais la volonté de celui qui m'a envoyé".

 

Voici ce que veut le Père: que toute personne voyant le Fils, entendant parler de lui, se mette à croire en lui, se rapproche de lui, s'efforce de le suivre et de l'imiter. Alors, en toute logique, le Fils ne le jettera jamais dehors. Il ne l'exclura pas. Il ne rompra pas la relation. Il donnera les moyens de vivre en plénitude, dès maintenant et pour toujours.

Tel est bien le sens de la phrase: "Et moi, je le ressusciterai au dernier jour".

 

Je le crois. Tu es devenu homme non pour condamner, mais pour sauver: non pour exclure mais pour entrer en communion: non pour juger mais pour aider à faire de bons discernement.

Aide-moi à ne jamais croire le contraire, à rétablir la vérité quand certains la déforment.

 

 

 

 

6, 37 à 40

 

Jésus vient de se définir comme Pain, offert à tous les humains par le Père céleste.

Mais Il sait que beaucoup n'ont pas envie de ce pain-là. Dommage ! Car seul ce Pain donné par Dieu apaise les faims humaines: besoin d'être reconnu et aimé, sens possible de la vie terrestre, espoir de voir la justice et la vérité l'emporter sur la haine...

Comment refuse-t-on ce pain ? En refusant de croire, alors qu'on voit lucidement qu'on devrait croire en Jésus.

D'où vient ce refus ? Probablement de la mauvaise idée qu'on peut se faire de Dieu: un être désireux de s'imposer, de voler notre liberté, de nous forcer à obéir à des prescriptions stupides pour lui faire plaisir ou pour ne pas être condamné.

 

Jésus répond clairement en affirmant :

- premièrement, "celui qui vient à moi je ne le rejetterai pas". Je n'exclus jamais celui qui s'ouvre à moi, qui me fait confiance. Ne croyez pas ceux qui disent le contraire.

- deuxièmement, "la Volonté (du Dieu unique, du vrai Père qui est Dieu), c'est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés", aucun de ceux qu'il conduit vers moi.

- troisièmement, j'apprécie la Volonté de mon Père, et j'y suis toujours fidèle, avec grande joie.

- quatrièmement, mon Père veut que les humains se comportent comme des vivants, dès maintenant et pour toujours. "Celui qui croit en moi, Je le ressusciterai au dernier jour", lorsqu'il sera arrivé au terme de sa vie terrestre, afin qu'il soit pour toujours avec moi et le Père.

 

Voici l'irréfutable présentation des intentions de Dieu le Père par son propre Fils, son meilleur interprète.

Dès lors, peut-on avoir des raisons valables pour se méfier de Dieu, pour lui refuser sa confiance?

 

6, 41 à 51

 

Jésus vient de se définir comme Pain, offert à tous les humains par le Père céleste.

Mais Il sait que beaucoup n'ont pas envie de ce pain-là. Dommage !

Pourquoi refuse-t-on ce pain ? Probablement parce qu'on se fait une fausse idée de Dieu, en l'imaginant comme quelqu'un cherchant à s'imposer, en nous forçant à obéir à des prescriptions stupides.

 

Jésus s'efforce de rectifier en affirmant :

- premièrement, "celui qui vient à moi je ne le rejetterai pas". Je n'exclus jamais celui qui s'ouvre à moi, qui me fait confiance. Ne croyez pas ceux qui disent le contraire.

- deuxièmement, "la Volonté (du Dieu unique, du vrai Père qui est Dieu), c'est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés", aucun de ceux qu'il conduit vers moi.

- troisièmement, j'apprécie la Volonté de mon Père, et j'y suis toujours fidèle, avec joie - quatrièmement, mon Père veut que les humains se comportent comme des vivants, dès maintenant et pour toujours. "Celui qui croit en moi, Je le ressusciterai au dernier jour", lorsqu'il sera arrivé au terme de sa vie terrestre, afin qu'il soit pour toujours avec moi et le Père.

Telles sont les intentions de Dieu révélées par son propre Fils, son meilleur interprète.

Ayant affirmé sa relation exceptionnelle avec le Père, Jésus en tire une conclusion: quiconque adhère à cette proclamation reçoit Vie éternelle dès cet instant et assurance de résurrection.

*

Beaucoup crient à l'excès, à la prétention de Jésus.

Comment peut-il descendre du ciel puisqu'on connaît parfaitement son père, Joseph et sa mère? Comment peut-il prétendre être le vrai Pain des humains? et rabaisser à sa dimension terrestre la manne jadis mangée par les ancêtres dans le désert ?

*

Jean l'évangéliste enchaîne les déclarations étonnantes de Jésus, objet de débat entre lui et les Juifs fidèles au monothéisme.

Il va aller encore plus loin en employant les équivalence de mots qui vont faire scandale: toute personnes humaine étant faite de chair et de sang, les croyants doivent manger sa chair et boire à la coupe du sang de l'Alliance.

 

6, 40 à 51

 

Jésus vient d'affirmer sa relation exceptionnelle avec le Père. Il en a tiré une conclusion: quiconque adhère à cette proclamation, accordant pleine confiance à Jésus, reçoit Vie éternelle dès cet instant et assurance de résurrection.

*

Trop, c'est trop ! Beaucoup crient à l'excès, à la prétention de Jésus. Il ne peut pas descendre du ciel puisqu'on connaît parfaitement son père, Joseph, et sa mère.

 

Jésus persiste: non seulement il vient du Père, mais il en est l'interprète parfait, l'image visible et la voie d'accès au monde de Dieu.

 

Et il conclut donc légitimement qu'il est le vrai Pain nourrissant la Vie éternelle chez celui qui croit. Par contraste, il ramène à sa dimension terrestre la manne qu'ont jadis mangé les pères dans le désert. La preuve que cette manne ne donnait pas la vie éternelle, c'est qu'ils sont tous morts.

 

Et Jésus réaffirme l'un des éléments constitutifs de sa personne: possédant en lui la Vie de Dieu, il la communique à quiconque croit en Lui. Il est donc le Vrai Pain Vivant qui donne la Vie éternelle.

*

L'évangéliste enchaîne les déclarations étonnantes de Jésus, objet de débat entre lui et les Juifs fidèles au monothéisme.

Il va aller encore plus loin.

 

6, 48 à 59

 

 

Le quatrième évangile est le seul à rapporter cet enseignement de Jésus faisant le rapprochement entre le repas qu'il vient d'offrir à la foule ( multiplication des pains ) et la nourriture qu'il offre à ses disciples.(Repas eucharistique)

 

Cette catéchèse se situe au milieu de la vie publique de Jésus, en Galilée, à l'approche de la fête de Pâques (de l'année 29 très probablement).

Elle va susciter le murmure et l'incompréhension d'une partie de la foule et des disciples. Beaucoup vont prendre leurs distances avec Jésus, le quitter.

 

Simon-Pierre et un petit groupe vont rester avec lui parce qu'il dit des paroles qui les font vibrer intérieurement, même s'ils n'en comprennent pas toute la portée: celle-ci se révèlera pleinement après la Résurrection, lorsqu'ils célèbreront le Repas eucharistique.

 

Jésus manie les rapprochements audacieux et les symboles avec une grande audace qui peut choquer nos habitudes de pensée et notre culture rationnelle.

 

Il évoque la manne que Yahvé donna pour nourrir son peuple dans la traversée du désert: nourriture ultra périssable, pour le corps, incapable d'empêcher la mort.

 

Par contraste, Jésus affirme qu'il offre aux humains une nourriture gratuite, permanente, illimitée, capable de rassasier leurs faims spirituelles.

Il en est la source, l'origine, puisqu'il est égal à Dieu qui nourrit toujours son peuple.

 

Jésus affirme qu'il est lui-même cette nourriture donnant la Vie éternelle.

 

Jésus affirme que le contenu, la substance même de cette nourriture, c'est indissociablement

- sa Parole, la Pensée de son Père, qu'il faut accueillir, comprendre, mâcher, ruminer, savourer sans modération,

- sa Personne entièrement offerte à tous, par amour, sans réserve ( Lui-même, chair et sang, corps livré, sang répandu pour sceller l'Alliance).

 

"Le disciple", rédacteur du quatrième évangile, nous invite à comprendre que ces expressions sont équivalentes. Dès le début de l'évangile, il a dit: au commencement, en tête de tout, il y a la Parole de Dieu (le Verbe, en latin, le Logos en grec). Cette Parole parle, ordonne, affirme - et il en est ainsi.

La Parole réalise.

Ce qu'Elle dit devient Réalité.

 

Cette Parole, un jour, dans le temps, est devenue chair et sang: elle s'est Incarnée: "et le Verbe s'est fait chair et il a planté sa tente parmi nous".

 

Le Verbe fait chair,

la Parole devenue Humaine:

La Parole descendue du Ciel.

 

Le Fils Unique devient notre Nourriture.

Il demeure en nous,

et nous demeurons en lui.

Communiant à ce Pain de la Vie,

nous communions entre nous.

 

La même énergie divine

s'empare de nous.

Elle anticipe déjà

Résurrection et Vie éternelle.

 

Jean 6, 52 à 59

La déclaration de Jésus sur sa « chair » lance le débat entre ses auditeurs. Selon leurs habitudes, ils se bloquent sur le mauvais sens littéral:le corps physique. Jésus emploie alors l'expression qui caractérise l'être humain en son entier, « la chair et le sang ».

Jésus rappelle ainsi qu'il est la Parole de Dieu incarnée, autrement dit devenue « chair et sang », avec tout ce que cela comporte de réalisme et de limites humaines. (Jn 1,14). «  A ceux qui le reçoivent, il donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu, en se laissant engendrer de Dieu et non pas seulement d'un vouloir « de chair , d'un vouloir humain » (1, 12-13).

Les mots « chair et sang » ne disent rien de plus, rien de nouveau par rapport à pain descendu du ciel, pain donné par Dieu, pain vivant donnant la Vie.

Toutefois, pour nous, encore plus que pour les habitués du langage biblique, ces mots « chair et sang » suscitent une réaction psychologique négative. La comparaison avec le Pain de Vie et la Coupe de l'Alliance nous convient davantage. Et encore mieux celle d'un Repas festif de Communion entre Dieu et son peuple pour rendre resserrer les liens d'Alliance et rendre grâce à Dieu se faisant tellement proche qu'il s'offre en nourriture pour devenir Un avec chacun, dynamisme de vie spirituelle et de cohésion fraternelle.

En bref, celui qui communie demeure en Jésus le Vivant et Jésus le Ressuscité demeure en Lui : il vit déjà de la Vie éternelle.

Voilà ce que Jésus enseigna dans la synagogue de Capharnaüm, conclut l'évangéliste. Il en a dit plus, ce jour-là, que les autres évangélistes rapportant l'institution du Repas eucharistique par Jésus après le repas pascal du Judaïsme.

 

 

 

Jean 6, 60 à 71

 

 

Selon son habitude après les discours de Jésus faisant débat, l'évangéliste mentionne les prises de position des auditeurs.

Jésus fait d'abord un constat:

- certains murmurent, étonnés, à la limite du scandale. Ils interprètent mal les mots choisis par Jésus : Pain de Ciel, chair sang à consommer comme source de Vie. Ils n'en comprennent pas le sens spirituel, mystique, symbolique.

- d'autres cessent de croire, perdant confiance en la parole de ce Maître qui les enthousiasmait jusqu'à présent.

- Beaucoup le quittent : première grande crise de rejet envers le compatriote Galiléen se présentant comme un proche de Dieu à titre exceptionnel.

A l'origine de ce rejet ? Un manque de foi envers un Dieu ayant l'Amour d'un Père envers son Fils.

 

Devant ces désertions, Jésus s'adresse aux Douze :

- « Et vous ? Voulez-vous aussi vous en aller? »

- Simon-Pierre répond Non, ne sachant quel autre Maître ils pourraient suivre.

Il proclame que Jésus est le Saint de Dieu et que ses paroles donnent la vie éternelle.

- Jésus conclut qu'il les a tous choisis, eux, les Douze , et pourtant que l'un d'eux le livrera, Judas de Simon Iscariote.

 

Selon l'évangéliste Jésus va désormais poursuivre son ministère en Galilée, malgré le désenchantement produit par le discours sur le pain de vie.

Il montera en Judée dans six mois seulement pour la fête des Tentes.

Certains Judéens cherchent en effet à le tuer.

Les chapitres 7 et 8 vont expliquer comment les Autorités religieuses de Jérusalem commencent à instruire le procès de Jésus

 

 

Jean 6

 

Dans la synagogue de Capharnaüm Jésus délivre un message qui nous concerne.

 

Il pose d'abord cette question: "Que cherchez-vous?", de quoi avez-vous faim?-

De croire, de donner du sens à votre vie?

On l'interpelle: "donne-nous un signe", une preuve que nous pouvons te croire! Nos ancêtres ont cru en Dieu parce que celui-ci les a nourris dans le désert.

Jésus répond: en vérité, en vérité, la nourriture solide, apaisant nos faims, est fournie par Dieu, depuis toujours. Et aujourd'hui, Dieu vous la fournit.

On lui répond: donne-vous cette nourriture.

 

Et Jésus proclame:

- C'est moi qui suis votre nourriture. Aujourd'hui. Votre vrai Pain. Je viens du ciel, je vis avec le Père de tous. Et le Père m'envoie pour apaiser vos faims.

Je ne suis pas le pain apaisant la faim du corps; ce pain, vous pouvez, vous devez vous le procurer en collaborant plus intelligemment au bénéfice de l'ensemble des humains.

Je suis d'abord le Pain capable d'apaiser vos faims intérieures, psychologiques, spirituelles. Or, de ce pain-là, vous n'osez pas parler. Vous avez collectivement décrété qu'il est sans importance, que la foi n'est plus de saison, qu'elle doit demeurer confinée dans le privé.

 

Et Jésus réitère sa proposition.

Je suis le Pain capable d'apaiser les faims dont vous ne parlez plus. Mais, regardez la réalité en face ! Vous êtes en panne d'espérance, vous n'accordez plus confiance à personne, vous souffrez de vous diviser en groupes fermés, inconciliables. Vous ne voyez pas comment vous débarrasser de la haine, du mépris, des murs que vous multipliez. Vous finissez par vous détester, devenant impitoyables les uns envers les autres. Vous souffrez des mauvais discernements que vous portez mais vous ne voulez pas les remettre en question publiquement. Continuez ainsi et vous mourrez de faim!

 

En parlant ainsi, Jésus essaie de nous réveiller, de nous remettre en marche.

Comment réagissons-nous? - Ce langage est inadmissible: nous ne pouvons plus le suivre !

Ou bien laissons-nous enfin la lumière éclairer nos conscience ? En disant:

Jésus, tu nous dis les paroles qui font vivre. Ton enseignement est Sage. Je choisis de te faire confiance. Tes paroles me construisent. Les idéologies que nous essayons depuis des siècles s'écroulent, ensevelissant des millions de morts ou dressant les uns contre les autres peuples, cultures et nations. C'est toi, Seigneur, que je veux écouter, imiter. C'est comme toi que je veux aimer pour que le monde vive.

 

 

 

Jean 7, 40 à 53

 

Jésus de Nazareth ne laissa personne indifférent. Pour tous il fut un problème, obligeant chacun à prendre position. Il en va ainsi aujourd'hui. Que pensez-vous de lui?

L'évangéliste Jean relate l'étonnante variété des réactions concernant le comportement de Jésus pendant la semaine sympathique où beaucoup quittaient leur maison pour vivre, sous la tente, la joie des récoltes, la convivialité, le souvenir de la traversée du désert après la fin de l'esclavage en Egypte. Jésus a publiquement invité les gens à le rejoindre. Il leur a promis un changement d'esprit, une nouvelle vitalité: chacun peut devenir source jaillissante grâce à l'Esprit de Dieu.

Les autorités religieuses estiment que Jésus déraille, qu'il se prend pour Dieu en promettant ce que Dieu seul peut offrir.

Elles envoient des gardes pour l'arrêter. Ceux-ci écoutent Jésus, et le laissent parler: "Jamais homme n'a parlé comme cet homme". Désobéissance civique, objection de conscience!

Dans la foule, certains pensent que Jésus est un prophète: il dit vraiment des pensées justes de la part de Dieu. Voilà le "christ", celui qui a reçu onction et mission pour libérer le peuple.

Objection, ripostent les spécialistes ! Nos livres saints disent que le "christ" viendra de Bethléem, village de David dont il doit être un descendant. Or Jésus vient de la Galilée, là-bas, à 120 km au nord de Jérusalem.

Les hautes Autorités confirment. Ceux qui pensent autrement sont des incultes, des maudits, des moins que rien.

Courageusement, Nicodème, un notable faisant partie des hautes Autorités, demande que la loi sacrée soit respectée: il faut d'abord convoquer Jésus, entendre son point de vue, avant de le condamner. Brouhaha! On renvoie Nicodème à son ignorance des Ecritures: "Examine, et tu verras qu'aucun prophète ne vient de la Galilée!".

Nicodème se tait. Mais il continue à penser que ce Jésus de Galilée pourrait bien être un vrai prophète, un vrai sage, méritant d'être écouté et, qui sait, méritant d'être suivi. D'ailleurs, quand Jésus sera mort, il viendra l'ensevelir, s'associant à Joseph d'Arimathie, un autre notable adhérant secrètement aux pensées de Jésus.

**

Aujourd'hui encore, ce Jésus tourmente bien du monde, sauf ceux qui n'ont jamais entendu parler de lui. A-t-il été un imposteur ? un paranoïaque ? un homme plein de bon sens ? un révolutionnaire ayant raté la prise du pouvoir ? un homme juste n'ayant fait que du bien à tous ceux dont il croisa la route ? Un homme de Dieu ? Une sorte de saint ? Un Humain extraordinaire dont toutes les réactions étaient divines ? Un grand Témoin spirituel ?

 

Jésus, qui es-tu pour moi ? As-tu du crédit à mes yeux? Est-ce que je pense à toi avec nostalgie faute d'avoir osé croire en toi ? Es-tu ma référence pour prendre les décisions capitales? Es-tu pour moi le porte-parole du Dieu Unique et Miséricordieux? Es-tu ma Lumière, mon Salut, mon Libérateur, celui que j'aime ?

 

 

8, 1-11

 

Génial, Jésus !

A vues humaines; le piège devait se refermer sur lui.

 

S'il applique la loi en vigueur, il perd sa réputation d'homme compréhensif, miséricordieux, légèrement rebelle par rapport à la loi.

S'il demande de ne pas appliquer la loi, il se met en tort par rapport à la religion en place et les autorités religieuses peuvent le faire condamner.

 

En peu de mots, Jésus se sort du piège. Quelle finesse, quelle intelligence.

***

 

Mais Jésus va beaucoup plus loin que l'ingéniosité et la sagesse.. Il révèle la façon de penser de Dieu et nous invite à la prendre comme modèle dans nos discernements.

 

1. Il n'abolit pas la loi: il fait comprendre que les prescriptions sont élaborées par des humains et qu'elles ne sont jamais des absolus. La plus haute loi, celle que Dieu demande de respecter, c'est de donner une orientation ( par exemple, "tu ne commettras pas d'adultère") et non pas de sanctionner ou de punir de mort celui qui n'est pas fidèle à la loi, à toute la loi.

 

2.Il rappelle que la prise de conscience de ce qu'on est est primordiale pour sanctionner punir. Impossible d'accuser ou de bien juger sans tenir compte de sa propre faiblesse et de la faiblesse partagée par les humains..

 

3. Il donne à chacun le temps de réfléchir au lieu d'appliquer automatiquement les règles établies. Chaque personne mérite attention, considération, et de son passé, et de son avenir possible.

 

4. Jésus fait réfléchir tout le monde: la foule, ses disciples, les spécialistes de la loi, ceux qui se prennent pour les meilleurs fidèles, et ceux qui ont péché. Les hommes qui accusaient cette femme avaient laissé partir l'homme qui avait commis l'adultère: complicité délibérée entre hommes et mépris de la femme.

 

5. Jésus ne décharge personne de son propre passé, de ses erreurs, de ses fautes. A proprement parler, il ne pardonne pas: il invite la femme à réfléchir à sa situation pour qu'elle en vienne à solliciter le pardon de Dieu et ...celui de son mari, sinon celui de l'épouse de l'homme adultère..

.

6. Jésus est plus attentif à l'avenir qu'au passé, à l'espace qui reste à parcourir et non aux chutes déjà vécues. Il relève, il ressuscite, il remet en marche. Comme Dieu disant "Ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau: il germe, ne le voyez-vous pas?" (Isaïe 43, 18-19)

 

7. Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour sauver le monde: non pas pour décourager mais pour encourager: non pour enfoncer mais pour relever, non pour faire mourir mais pour faire vivre.

***

N'oublions jamais l'Intelligence, la Sagesse et le Saint Amour de Dieu pour tous les humains.

Surtout quand nous avons la responsabilité de discerner, de juger, de sanctionner ou d'élaborer des règles de vie.

 

9, 1-41

Deux fils rouges constituent la trame de ce texte admirablement rédigé.

Le plus visible concerne l’enquête, la vérité des faits sur cet aveugle : est-ce bien lui ? Qu’en pensent ses voisins, ses parents, un groupe de Pharisiens ? Que s’est-il passé ?

L’autre fil rouge, le plus important, concerne l’identité de Jésus : qui est cet homme ? De qui tient-il cette capacité d’ouvrir les yeux ? Sa mission est-elle de sortir les humains de l’obscurité pour qu’ils regardent enfin les réalités primordiales ?

Les Pharisiens posent la bonne question : « Sommes-nous des aveugles, nous aussi ? » Et Jésus donne la bonne réponse qui concerne tous les humains : oui, vous êtes des aveugles dans la mesure où vous niez les évidences, où vous jugez les autres négativement et avec prétention, dans la mesure où vous refusez de croire.

L’aveugle représente ceux et celles qui mènent une vie simple, préférant le bon sens et se méfiant des idées toutes faites, jugeant avec une conscience droite, et demeurant ouverts à la grande question : où se trouve la lumière ? Et si la lumière sur le sens de la vie existe, comment la chercher ? Et si cette lumière se laisse trouver, puis-je laisser passer ma chance de l’accueillir pour la préférer désormais à tous les faux-semblants ?

 

Les disciples de Jésus, eux, cherchent les responsables : « Qui a péché ? Lui ou ses parents ? » Ils donnent à Jésus l’occasion d’affirmer que la création a ses limites imprévisibles et que le mal n’a pas pour seule cause les erreurs ou les péchés des humains. Mais aussi que Dieu cherche toujours à tirer quelque bien de ce qui n’est pas bon : il veille et agit pour que le mal n’ait pas toujours le dernier mot.

 

Autre constat: le regard porté sur Jésus, l’auteur de la guérison, n’est pas le même chez tous les voisins, chez tous les Pharisiens. La personne de Jésus fait l’objet de discernements différents, voire contradictoires. Aujourd’hui comme hier. La foi n’est pas une évidence, ni une conclusion scientifique. Croire, c’est choisir d’accorder sa confiance et déjà une part d’amour à celui dont la parole et la personnalité nous touchent l’esprit et le cœur.

 

Mais la foi ne rend pas aveugle. On ne donne pas aveuglément sa confiance. On a toujours de vraies raisons de croire. La foi ouvre nos yeux sur une nouvelle façon de penser dont on n’avait pas encore idée. Croire c’est regarder les réalités sous un nouveau jour, sous une autre lumière que les chrétiens appellent Jésus qui disait : « Je suis la Lumière du monde….Moi, lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres » (Jean 12,46)

 

Seigneur Jésus, fais-moi entrer aujourd’hui dans ton dialogue final avec l’aveugle :

-« Toi, crois-tu au fils de l’homme ? »

- « Et qui est-il, seigneur, pour que je croie en lui ? »

- « Tu l’as vu, c’est celui qui te parle ! »

- « Je crois, Seigneur ! »

 

9, 1 à 41

 

Le récit et les dialogues permettent aux lecteurs de comprendre comment Jésus est Lumière. Il fait passer de la non vue à la vision, de l'aveuglement à la reconnaissance de la vérité, de la non foi à la Foi, de la mauvaise foi à la bonne foi.

 

Ce miracle de l'illumination est création. Dès le premier jour du monde, Dieu dit" Que la Lumière soit! " et la lumière brille: non pas celle du soleil, (allumée seulement au 4è jour), mais la lumière comme attribut de Dieu.

Jésus se proclame ici Lumière pour le Monde, lui, comme Envoyé spécial du Père (évoqué par la piscine de Siloé-Envoyé, où l'aveugle devient voyant).

 

L'humain est né aveugle. Il a besoin d'être illuminé, de voir le réel, le dedans des choses, le coeur des coeurs humains. Cet aveugle nous représente tous. Il ne demande rien: a-t-il même conscience de ne pas voir? C'est Jésus , "passant", qui le remarque et prend l'initiative de le rendre voyant.

 

Boue et salive du Verbe de Dieu: créent l'humain voyant: comme terre et eau créent l'humain en Genèse 2.

 

Qu'est-ce que "LE péché" ? Essentiellement , répond Jésus, le refus de croire en celui que le Père envoie. (et non pas l'absence de conformité avec des codes de bonne moralité).

C'est bien cela qui caractérise certains pharisiens: ils prétendent savoir, ils prétendent lire et comprendre les saintes Ecritures mais ils récusent le réel, le bon sens populaire et religieux de l'aveugle devenu voyant qui s'adresse à leur bonne foi mais qui reçoit seulement leur mépris. La prétention de savoir et de croire, voilà le véritable aveuglement conclut Jésus.

 

L'être humain guéri de sa cécité, lui, cherche à savoir qui est le Fils de l'homme, , afin de croire en lui. Et, dès qu'il le voit et entend sa parole, il devient croyant, se prosterne et proclame "Je Crois, Seigneur".

 

Avec lucidité et intelligence subtile, l'évangéliste, autrement dit "le disciple", nous propose d'autres attitudes face au Fils de l'Homme.

- Celle des disciples, encore préoccupés de questions secondaires sur les pécheurs (v.2).

- Celle de la foule, des voisins, oscillant entre le pour et le contre, sans aller à l'essentiel, sans s'engager.

- Celle des parents qui s'efforcent surtout de ne pas se faire exclure de leur institution religieuse

- Celle des autorités religieuses, débattant à l'infini, discutaillant en cercle fermé, ne portant aucune attention aux personnes ou aux faits, intéressés seulement par leur conception du sabbat, du rapport à Moïse, de la conformité des gens de leur groupe, et finalement de leur pouvoir d'exclure ou d'admettre.

 

Les phrases capitales qui nous interpellent, nous, croyants, pour discerner la valeur de notre pratique religieuse, se trouvent aux versets 4 et 5.

" Tant qu'il fait jour, il nous faut travailler aux oeuvres de Celui qui m'a envoyé....Aussi longtemps que JE SUIS dans le monde, JE SUIS La Lumière du monde".

En écho, Jésus nous demande de prendre notre place: "Vous êtes la lumière du monde".

 

Quelle lumière émane de nous, chrétiens, aujourd'hui ?

 

 

 

10, 1-10

 

Jésus se présente comme la Porte donnant l’accès normal aux brebis ; celles-ci représentent les humains qui choisissent de se laisser conduire par Dieu, le Vrai Pasteur.

Jésus dit cela à deux reprises. D’abord en prenant une comparaison, ensuite sous la forme d’une explication.

- La comparaison rejoint ce que nous pensons de la porte d’entrée de nos maisons ou appartements. C’est le mode d’accès normal : le visiteur ami sonne à la porte, on lui ouvre et la rencontre commence. Le cambrioleur, lui, n’avertit pas, il force l’entrée, vole, détruit et commet toutes sortes d’exactions. Jésus affirme ainsi qu’il ne force jamais l’entrée de notre conscience : il signale sa proximité comme dit l’Apocalypse : « Voici ! Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un m’ouvre, je rentre et je prends avec lui le repas du soir, la cène ».

Par la même comparaison, Jésus attire notre attention sur ceux ou celles qui forcent l’entrée de notre conscience pour voler notre liberté et nous contraindre à les suivre. De tels gourous mercenaires existent toujours.

 

- Jésus développe alors une explication pour bien se faire comprendre.

« Je suis la Porte ». Allusion à l’expérience de la découverte de Dieu faite dans le désert par l’ancêtre Jacob qui conclut « Que ce lieu est redoutable! Ce n'est rien de moins qu'une maison de Dieu et la porte du ciel! » (Genèse 28,17)

« Si quelqu’un entre en passant par moi il sera sauvé ». Quiconque passe par Jésus Christ pour aller vers Dieu est sûr d’aboutir : il trouvera Dieu.

« Il pourra aller et venir et trouvera un pâturage ». Le Christ affirme ainsi qu’il respecte toujours notre libre décision de le suivre ou de lui tourner le dos.

« Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance ». Tel est le service que le Ressuscité veut rendre aux humains : leur proposer la vraie Vie, celle qui commence maintenant avec la Foi et que la mort biologique ne tue pas. La façon de se comporter selon les pensées du Christ, même si on n’a jamais entendu parler de Lui. Beaucoup d’hommes et de femmes en effet, sans le savoir, adhèrent à l’amour des autres et de Dieu sans employer ces mots pour définir le Sens qu’ils donnent à leur vie quotidienne.

 

Dieu Eternel, tu es toujours à la porte de ma conscience. Tu attends peut-être encore que je t’ouvre. Fais que je ne te laisse pas patienter trop longtemps avant d’ouvrir pour t’accueillir en ami et vivre en Ta présence.

 

10, 11-18

 

 

Qui n'est pas branché aujourd'hui ? connecté ? en temps réel? en direct ? en live ?

Et pourquoi ce besoin de connexion qui caractérise des milliards de personnes? Pour ne pas être traité de rétrograde ? par désir de suivre ce qui se passe et constitue l'actualité ? simplement pour savoir ? pour être prêt à intervenir, soit en rédigeant un commentaire sur les réseaux sociaux, soit en proposant son aide pour réconforter, donner de l'argent, mettre sa compétence au service de ceux que frappe une catastrophe ?

L'évangéliste que nous appelons Jean a retenu un enseignement de Jésus qui l'a vivement frappé.

Il en rapporte les éléments qui lui semblent essentiels.

- Depuis plus de 600 ans, le Prophète Isaïe a comparé le peuple de Dieu à une vigne pour laquelle Dieu a fait amoureusement le meilleur: choix du coteau bien exposé, du plant idéal, du terreau idéal, de la clôture protégeant contre les intrusions d'animaux destructeurs, construction d'une tour pour la production d'un vin de qualité.

Hélas, poursuit le prophète, tant d'amour n'a produit qu'une méchante piquette imbuvable.

A tel point que Dieu, déçu, envisage d'abandonner la vigne à la destruction. Cette comparaison a traversé les siècles. Jésus l'a évoquée pour inviter son peuple à répondre à l'Amour avec la plus grande qualité possible, au lieu de décevoir Dieu.

- Jésus ajoute d'autres éléments afin de susciter chez ses disciples une recherche de qualité.

- Dieu, Père, Vigneeron, aime les disciples de Jésus. Il attend d'eux des résultats, du fruit, le maximum de fruit: et non pas seulement des paroles.

- Il "purifie" les disciples improductifs, ou produisant des fruits avariés ou sans intérêt. Il émonde.

- Il rappelle le principe de "communion": tout disciple replié sur lui-même, débranché, sans relation d'écoute ni d'amour avec le Père et le Christ, ressemble à un sarment desséché et partagera le même sort: être délaissé et finalement brûlé. Comparaison !

A ne pas pousser hors comparaison en identifiant ce feu à une damnation éternelle.

- Le vrai disciple se laisse habiter par la Parole de Jésus, par la fidélité à son enseignement,

et par la priorité à l'Amour selon Dieu; l'amour de bienveillance, d'agapè, qui développe et construit celui qu'on aime.

- Le vrai disciple reconnaît l'influence déterminante du Père et du Christ quand il porte du fruit. Il ne se prend pas pour la source unique de ce qu'il pense ou réalise. Il n'oublie jamais qu'il a bénéficié d'un choix gratuit, aimant.

Il s'efforce donc de "demeurer" branché, de "demeurer" en Dieu, de "demeurer" dans l'Amour tel que Jésus l'a vécu et continue à vivre envers toutes les personnes humaines, bonnes ou non.

Relisons phrase par phrase,

laissons-nous habiter,

méditons sans modération

et passons aux actes.

 

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La traduction officielle utilise trois fois le mot "vie" alors que le grec emploie des mots différents pour faire comprendre la pensée de Jésus.

- Zoè, vie éternelle, la vie qui commence en celui qui adhère à la foi, qui s'épanouit, grandit, jusqu'à devenir Vie définitive, éternelle. "Je suis venu pour que mes brebis aient la Vie et l'aient en abondance".

- Psuchè, ce qui habite la conscience, l'intimité d'une personne. Le bon berger dépose sa psuchè entre les mains de ceux qu'il aime. Il ne garde pas égoïstement ses intimes convictions,

il en parle, il les partage.

Jésus dit qu'il a ce pouvoir de déposer ses convictions entre les mains de ceux qu'il aime et le pouvoir de ne pas les déposer,

le pouvoir de partager ou de garder pour lui (v. 18).

- Bios, la vie physique, biologique, l'existence, qu'on perd lorsqu'on meurt physiquement.

Jean n'utilise pas ce mot.

C'est faire un contresens que de laisser le lecteur penser que Jésus a le pouvoir de donner sa bios, sa vie physique et le pouvoir de la reprendre,

de mourir ou de revivre, à sa guise.

On embrouille la juste compréhension des paroles de Jésus si on utilise invariablement l'unique mot vie en français pour traduire la pensée de Jésus beaucoup plus subtile et compréhensible.

Ce ne sont pas là paroles d'un fou,

de quelqu'un qu'il vaut mieux ne pas écouter. (v.19 à 21)

L'évocation du berger mercenaire met en valeur le berger kalos, le beau, le vrai, le merveilleux, le berger idéal.

Ses caractéristiques ?

1. Il n'a qu'un but: tout faire pour que les humains soient bien vivants de cette vie, et non pas apathiques, endormis, abandonnés à eux-mêmes, sans protection.

Vivants dès maintenant en plénitude.

Cette vie s'épanouira en Vie éternelle

par la générosité de Dieu.

2. Le berger idéal connaît les personnes et se laisse connaître d'elles. Il cultive la relation. Exactement comme le Père connaît son Fils et comme le Fils connaît son Père. Une conversation chaleureuse les relie. La même conversation de cœur à cœur est proposée par le Fils à ses frères humains. Chacun peut en bénéficier, y répondre, y demeurer.

3. Le berger idéal se préoccupe de l'ensemble des personnes humaines.

Son regard se porte au delà des limites de l'enclos.

Selon la Bible, Dieu est Un.

Dire UN, c'est dire Dieu.

Le Fils Unique du Père Universel a partie liée avec ce qui est UN.

Il faut, il doit, il convient donc que l'Humanité devienne UN, unifiée.

Que cessent les divisions séparatrices,

les oppositions systématiques, les agressivités.

A l'horizon "il y aura une seule humanité et un seul berger".

Jésus rappelle qu'il a reçu cette vie terrestre à laquelle nous sommes tous attachés.

Mais il affirme aussi clairement qu'il en est maître, pleinement libre de la risquer, de se la laisser prendre par ceux qui ont décidé depuis longtemps de le mettre à mort.

Jésus proclame ainsi qu'il est moins attaché "à sa peau" qu'à la vitalité spirituelle des personnes humaines.

Il remet donc son existence entre les mains des humains pour qu'ils en tirent leur éveil intérieur.

Il sait que beaucoup, en voyant

comment il se donne avec Amour,

auront le cœur frappé, touché,

et mettront en lui toute leur confiance.

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Vie entièrement donnée

Au moins trois sens au mot vie:

 

1. Vie intérieure de l'esprit et du coeur, selon l'Esprit de Dieu. Jésus n'a qu'un but, tout faire pour que les humains soient bien vivants de cette vie, et non pas apathiques, endormis, Vivants dès maintenant en abondance. Cette vie demeure en Vie éternelle, alors pleinement épanouie par don gratuit, par la gracieuse générosité de Dieu.

 

Bien évidemment, Jésus est débordant de cette Vie et ne désire qu'une chose: la transmettre.

 

2. Valeurs qui font vivre, tout ce qui habite la psychologie de quelqu'un: son savoir être, son art de vivre et de penser, les secrets de l'esprit et du coeur.

 

Jésus demeure à la disposition de tous les humains pour leur transmettre ses perspectives de vie, ce qui constitue son "âme profonde". Il ne garde rien pour lui égoïstement. Il propose. Il donne à tout vent. Pendant son existence sur terre il se tient à la disposition des gens, les écoute, répond, interpelle, enseigne. Il transmet ses pensées tout en rappelant régulièrement qu'il les a reçues de son Père et qu'il a mission de les transmettre comme étant les pensées mêmes de l'Eternel.

 

3.La vie biologique, celle de la chair et du sang, celle qui coule dans nos veines et anime notre cerveau. Celle qui disparaît lorsque nous mourons.

 

Jésus rappelle qu'il a reçu cette vie terrestre à laquelle nous sommes tous attachés. Mais il affirme aussi nettement qu'il en est maître et qu'il a reçu pouvoir de l'offrir, de la risquer, de se la laisser prendre en toute liberté. Façon de dire qu'il est moins attaché "à sa peau" qu'à la vitalité spirituelle des hommes. Il remet donc son existence entre les mains des humains pour qu'ils en tirent leur éveil intérieur. Il sait que beaucoup, en voyant comment il se donne avec Amour, sans rien retenir pour lui, auront le coeur frappé, touché, et mettront en lui toute leur confiance.

Ils deviendront ses disciples. Ils auront envie de l'accompagner sur cette route de la générosité à donner largement pour que d'autres, à leur tour, comprennent ù se trouve la vraie Vie.

 

 

Au moins trois sens évoqués symboliquement à travers la comparaison du vrai, de l'unique, du merveilleux Berger

 

 

 

10, 1 à 21

 

 

Jésus développe plusieurs enseignements réunis par une même logique: celle de la vigilance du Pasteur.

*

1. Dans l'histoire passée, il y eut un certain nombre de voleurs et de brigands qui exploitèrent le peuple de Dieu.

Aujourd'hui encore: des personnes ayant responsabilité d'orienter les gens vers Dieu les asservissent, volent leur liberté.

Jésus vise ceux qui se comportent comme des brigands avec le petit peuple croyant.

L'évangéliste précise: ils ne comprirent pas ce qu'il voulait dire.

 

2.JE SUIS la PORTE des brebis.

Celle qui s'ouvre pour protéger la liberté d'aller et venir, d'entrer ou de sortir. Celle qui se ferme pour empêcher voleurs, brigands et loups d'entrer pour dévorer les gens.

 

Du temps de Jésus, il y avait une "porte des brebis" (porte probatique) par laquelle passaient les brebis destinées à être mises à mort pour les sacrifices dans le temple de Jérusalem.

L'évangéliste en a parlé, Jn 5,2.

On peut comparer ces deux portes: la porte des brebis sacrifiées, et Jésus , la Porte des brebis libérées et protégées.

 

3. JE SUIS le BERGER, le PASTEUR;

Une fois de plus, Jésus s'attribue le Nom de Yahvé. Façon de rappeler qu'Ezéchiel avait présenté Yahvé comme LE vrai Pasteur prenant soin des gens de son Peuple. (Ez 34, 8-23).

Jésus connait les humains. Il leur parle. Il les rassemble. Il les protège.

Il porte le souci de tous les humains de l'histoire:: il désire devenir l'Unique Berger attentif à tous.

 

4. "Le Père m'aime parce que je donne ma vie ".

Attention au sens véritable du mot vie dans ce passage. Non pas la vie biologique, celle à laquelle la mort met inexorablement fin, sans retour. En grec le mot employé ici est psychè: âme, esprit, contenu de conscience aimante.

Jésus affirme qu'il a le pouvoir de livrer ou de garder pour lui ce qui constitue ses pensées, son sens de l'existence.

Et Il a choisi de livrer sa psychè, de nous en faire bénéficier. Il nous aime au point de nous ouvrir son âme.

 

 

Il ajoute que le Père lui a demandé de nous livrer son âme, son intimité. Jésus a librement accepté cette demande du Père.

 

Le dernier soir, au Cénacle, Jésus dira la même chose sous une autre forme:

"Il n'y a pas de plus grand amour que de livrer sa psychè", son âme, son intimité,

ses pensées les plus secrètes, son sens de l'existence, pour en faire bénéficier ceux qu'il aime. (Jean 15, 13 à 15).

 

Jésus nous transmet ainsi les pensées les plus intimes de son Père.

.

 

 

10, 22 à 30

 

Jésus vient de se présenter comme bon pasteur, terme appliqué à Yahvé chez les prophètes. Les Juifs de Jérusalem ne savent plus quoi penser de lui. Une minorité agissante est décidée à l'éliminer: d'autres prennent sa défense.

Nous sommes en décembre, probablement en l'an 29. Pendant huit jours, les gens de Jérusalem célèbrent la purification et la remise en service du Temple qui eut lieu en 165 avant notre ère, après la profanation perpétrée par Antiochus Epiphane. C'est une fête de la lumière. Jésus ose y participer en circulant dans la belle galerie couverte dite de Salomon. Une fois de plus, l'évangéliste Jean précise les lieux, les temps et les ambiances. Il a vécu l'événement. Il s'en souvient. Il témoigne.

 

Il nous fait voir des Juifs entourer Jésus, le presser pour lui poser la question qui fâche: es-tu le Messie, oui ou non ?

Pour Jésus, ce mot de Messie ne convient pas. Il a souvent défendu à ses disciple de l'appeler ainsi. Il sait que beaucoup attendent un messie engagé politiquement dans la lutte contre les Romains, y compris par des actions violentes. Il ne peut donc pas répondre simplement par oui.

 

Il sélectionne des expressions pour faire comprendre ce qu'il est en vérité. Notamment et prioritairement son rapport à Dieu qu'il appelle son Père. "Le Père et moi, nous sommes Un...Je vous l'ai déjà dit. Mais vous ne me croyez pas."

Immédiatement, ces Juifs comprennent que Jésus prétend être en relation exceptionnelle avec Dieu. Il se prend pour Dieu. C'est un blasphémateur ou un fou. "Ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter" (v.31)

Jésus essaie d'expliquer la cause de leur faux jugement: "Vous ne me croyez pas parce que vous ne faites pas partie de mes brebis". Elles écoutent ma voix, elles me font confiance, je les connais. Je leur donne la vie. Vous, par contre, vous ne marchez pas avec moi, vous ne me faites pas confiance, vous me suspectez, vous m'accusez.

 

Jésus a conscience que son procès est déjà fait et qu'il se termine par une condamnation sans appel. Il s'éloigne donc de Jérusalem. "Il s'en alla de nouveau de l'autre côté du Jourdain, à l'endroit où Jean avait baptisé. Et il y resta" (v.40). Il y restera plusieurs mois, jusqu'à la mort de Lazare, environ deux semaines avant la Pâque de l'an 30 où il sera livré à Pilate comme "malfaiteur" (18,30), sans autre procès.

 

Nous mesurons l'importance historique de ce dialogue lors de la fête de la Dédicace, appelée aussi Hanouka. Le quatrième évangile est le seul à le rapporter. Jésus va vivre en proscrit les derniers mois de son existence terrestre. L'ambiance doit devenir lourde. Que pensent ses disciples ? De quoi parlent-ils avec Jésus pendant cette retraite forcée?

 

Lorsque les nuages s'amoncellent et nous menacent, apprends-nous, Seigneur, à trouver la réponse juste: sans hâter la catastrophe qui peut nous emporter: sans refuser les échéances inévitables: sans présomption ni capitulation. Donne-nous la paix du coeur, et tiens-nous dans l'espérance. Car tu veilles pour que le Mal ne nous emporte pas.

 

 

 

Chapitre 11

 

Voici le septième et dernier "signe", touchant les réalités physiques.

Il conclut la vie publique de Jésus dont le procès pour blasphème est ouvert depuis deux ans. La condamnation du Jésus transgresseur va être prononcée: il doit être éliminé.

Celui qui prétend donner la Vie éternelle mérite la mort.

 

Le récit met en relief l'extrême humanité de Jésus. Il a des amis: d'une même fratrie: un homme, Lazare, asthénique au point d'en mourir, enfermé dans sa maladie dont il faut le délier, le délivrer. Deux femmes "que Jésus aimait"; Marthe,active, et Marie, très attentive aux pensées de Jésus, hors norme, elle a fait un geste incroyable: oindre de parfum les pieds de Jésus et les essuyer de ses cheveux, et l'évangéliste nous dit qu'elle va récidiver par reconnaissance envers Jésus. Manifestement, Jésus a du coeur: il est troublé, il frémit et pleure: la foule s'en rend compte et apprécie.

 

Les deux soeurs n'hésitent pas à recourir à leur ami Jésus. Celui-ci ose se déplacer. malgré le risque qu'il prend de retourner en Judée où sa vie est menacée.

Le disciple Thomas apparaît dans cet évangile: comme très proche de Jésus auquel il s'associe courageusement. Les autres ? Ils suivent. L'évangéliste reparlera de Thomas comme du disciple central concernant la foi en la résurrection.

 

.Le dialogue avec Marthe prouve que Jésus choisit de révéler à des femmes des réalités et des enseignements de la plus haute importance concernant la Foi, la Vie Eternelle. Rappelons-nous le dialogue avec la Samaritaine (Jn 4).

 

Jésus fait passer Marthe d'un savoir sur une résurrection au dernier jour à la FOI envers Jésus comme Dieu lui-même (Jésus s'approprie le JE SUIS, Nom propre de Dieu) , Résurrection et Vie éternelle pour quiconque croit en lui. Elle croit Jésus sur parole: "Tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde". Sa profession de foi dit l'essentiel. Elle conclut la première partie du quatrième évangile. Simon Pierre en avait moins dit à Capharnaüm (6,69)

 

Marie, elle, court se prosterner aux pieds de Jésus...signe silencieux de sa foi qui bouleverse Jésus, lui rappelant sans doute le geste fou de l'onction de parfum reçue de cette femme hors du commun.(Est-ce d'elle que parle Luc ,7, 36-50?)

 

L'évangéliste multiplie les précisions prouvant que Lazare est physiquement mort.

 

Jésus s'adresse à son Père et non à la foule. Il lui renouvelle publiquement l'assurance de sa confiance absolue, "pour qu'ils croient que tu m'as envoyé".

Et alors, avec force, Jésus donne un ordre à Lazare: "Ici, dehors !". Lazare obéit à Jésus: il apparaît, pieds et mains liés, ayant encore besoin de ses amis pour être libéré des liens qui le retenaient dans sa vie antérieure. Il entre dans la dernière phase de son existence terrestre, libre, cette fois.

 

Une partie des témoins de ce septième signe se met à CROIRE en Jésus.

Certains, par contre, relatent le fait aux autorités religieuses. "Ils s'éloignèrent".

*

Croire demeure un acte libre. Personne n'est obligé de croire. Tous les faits sont susceptibles d'interprétations, bienveillantes ou malveillantes ou neutres.

Il en sera toujours ainsi.

 

"Même si un mort ressuscitait, ils ne seraient pas convaincus" (fin de la parabole du riche avec le "pauvre Lazare", Luc 16, 31)

 

12, 20-37

Voici venue "l'heure" de Jésus, celle dont il a parlé lors du mariage à Cana.

Le moment et les jours où il va incarner dans l'histoire la mission reçue du Père: vaincre le pouvoir du mal, de la mort, des ténèbres.

L'évangéliste Jean en situe le début le jour où Jésus entre solennellement dans Jérusalem, acclamé par la foule qui brandit les rameaux du triomphe.

Il en développe d'autres dimensions dont les trois synoptiques n'ont pas parlé.

1. Des Grecs, des non-juifs, sont là, touchés par le désir d'adorer en esprit et en vérité, et de "voir" Jésus, de croire en lui. C'est un moment capital. L'évangélisation du monde non-juif commence: elle durera jusqu'à la fin de l'ère. Jean tient à le souligner.

2. Ces heures et jours décisifs associeront le rejet, la condamnation, le mépris, la souffrance, la croix, la mort et la résurrection : l'échec apparent et la victoire définitive. Jésus en a conscience. La Voix du Ciel le réconforte et authentifie sa fidélité intérieure à l'amour du Père et à l'amour envers tous les humains. Comme cette Voix du Ciel avait affirmé lors du baptême et de la Transfiguration que Jésus était le Bien-Aimé et qu'il fallait l'écouter et le suivre.

3. La façon dont Jésus va traverser ces heures et ces jours touchera le cœur de beaucoup d'humains: elle suscitera la foi et l'amour de beaucoup. Ils le contempleront à la fois comme rejeté et préféré, comme immolé et toujours vivant, crucifié à la manière d'un esclave et roi, combattu et combattant, détesté mais toujours aimant.

4. Quiconque voudra être disciple de ce fils d'homme et Fils de Dieu apprendra, en le regardant, à choisir la Lumière qui rayonne de ces heures sombres et lumineuses, à préférer les pensées venant du Christ à celles venant des pulsions mondaines qui conduisent à la mort (c'est le sens du mot grec "psychè" mal traduit par "vie" ce qui engendre la confusion sur le sens de "donner sa vie" (biologique, mourir, s'immoler) alors qu'il s'agit de se livrer entièrement aux pensées de Dieu,

et de les "donner", de les "livrer" à ceux qu'on aime.

"Pas de plus grand amour que ce don de soi aux autres et à Dieu".

 

Compléments sur le sens de cette expression

5. L'évangéliste conclut alors la première partie de son évangile dans les versets 37 à 50. A lire absolument car ils font le point sur la foi et la non-foi, sur l'aveuglement intérieur ou l'ouverture aux réalités invisibles, sans oublier les peurs des croyants (être rejetés ou ridiculisés).

***

"Croyez en la lumière pendant que vous avez la lumière:

vous serez alors des hommes de lumière"

AINSI PARLA JESUS" (v.36)

 

 

12, 20 à 50

 

L'évangéliste Jean donne à l'entrée de Jésus dans Jérusalem, le jour des Rameaux, les dimensions d'une conclusion solennelle.

 

1. Les Pharisiens reconnaissent leur échec: ils ne parviennent pas à endiguer le rayonnement de Jésus.

 

2. Son rayonnement dépasse le monde juif. Les Grecs représentent l'universalité de l'intérêt porté à Jésus. Les deux Galiléens aux noms grecs jouent les intermédiaires dans cette ouverture à l'univers culturel des périphéries du monde.

 

3. Jésus est parfaitement conscient que son "heure" est arrivée, heure à deux faces: celle de son rejet par les uns et de sa glorification par d'autres, celle des ténèbres pour ceux qui refusent de croire et celle de la lumière pour les disciples, celle de la mort injuste et celle de la Victoire de la Vie ressuscitée..

 

4. Jésus y voit l'application d'une loi inscrite dans la création: le grain semble mourir alors qu'il devient germe, il affronte l'enfouissement solitaire alors qu'il va se multiplier.

 

5.Selon Jésus, il s'agit d'une loi cadre pour le développement de l'être spirituel. Il faut oser renoncer à ses visions terre à terre pour entrer dans la Vie durable et véritable. Il faut proposer aux autres le meilleur de ses pensées et de ses capacités, pour ne pas les perdre en les laissant inutilisées. En un mot, il faut franchir la peur de se perdre pour gagner.

 

Attention à ne pas faire de contresens. Jésus choisit le mot grec "psychè" (âme, vie) et non pas le mot "bios"(vie physique, terrestre). Jésus ne dit pas qu'il faut mourir biologiquement, se suicider.

Donner sa "psychè", ce qu'on a de plus personnel, c'est choisir la "psychè" de Dieu, la façon de voir de Dieu et de son Fils.

C'est renoncer à ce qu'il y a de moins bon par préférence pour le meilleur.

Jésus dira aussi qu'il n'y a pas de plus grand Amour (l'Amour de Dieu envers tous les humains) que de donner sa "psychè" au bénéfice de ceux qu'on aime.

 

6. Parce que Jésus livre ce message éminemment sage et profond, la Voix du Père l'approuve. Une certitude entre dans l'histoire humaine: ceux qui s'opposent à cette Loi de Vie finiront par perdre et se perdre. Ceux qui choisissent cette Loi de Vie, gagneront, s'élèveront, se grandiront et feront vivre l'humanité.

 

7. Cette Loi de Vie est Lumière.Elle rend lumineux celui qui l'dopte. Echo du prologue (Jn 1,4). Pourquoi certains préfèrent-ils l'ombre et les ténèbres? (Jn 9, 39)

 

8. L'évangéliste développe son explication de l'incroyance malgré les signes.

Il laisse ensuite la dernière parole à Jésus, Parole incarnée, Lumière offerte, Fils livré aux humains, Libérateur venu désserrer les liens du mal (v.44 à 50)

 

*

Cet enseignement éclaire l'histoire des personnes, des civilisations, des sociétés, des religions. Il faudrait périodiquement s'y confronter ensemble, surtout lorsque le Mal semble prendre le pouvoir et répandre la mort..

 

 

 

13, 1 à 16

 

L'évangéliste Jean livre ici un témoignage exceptionnel sur la personnalité de Jésus.

Homme authentique, il est parvenu au sommet de l'humanité: pleinement conscient de ce qu'il est, de ce qui va lui arriver, des travers de beaucoup de personnes, de la haine homicide en train de négocier sa mort. Divinement paisible, il demeure en totale communion avec son Père. Tendre et miséricordieux, il invite ses proches à un dernier repas.

L'heure est venue de quitter ce monde pour rejoindre l'univers de Dieu. Il le sait, il regarde la réalité en face.

Voici l'Homme, éveillé, illuminé de l'intérieur.

 

L'amour seul explique son comportement. Un amour délibéré, suscitant le bonheur et le bien pour les siens. Amour sans réserve, sans égoïsme, sans mièvrerie, sans fausses justifications. Un amour "abouti", amour extrême, jusqu'à la fin, jusqu'à l'extrême.

 

Par des gestes symboliques, il fait découvrir ce qu'il est depuis toujours et pour toujours.

Un homme en chair et en os, unifiant ses paroles et ses actes. Un homme harmonieux.

Une personne en relation: pas un solitaire. Indissociable des hommes et des femmes de son temps.

Un homme qui se livre: il s'exprime, il ouvre son coeur, il transmet ses pensées. Il sait qu'il n'y a pas de plus grand amour que de "donner sa vie", en disant ce qu'on pense, en exprimant ce qu'on croit et ce qui fait vivre. Il est le "maître", l'enseignant, la Parole incarnée.

Un homme conscient de ses responsabilités, de son devoir. Il est le Seigneur, il porte le Nom de Dieu Sauveur, Yahvé sauve, Jeshouah, Jésus. Nul n'est plus grand que Lui. Il préside.

Il est indissociablement homme de service, celui qui rend des services, le serviteur revêtant le tablier pour servir, nettoyer, attentif au bonheur des invités. Aucun service ne le rebute, même le plus simple: laver les pieds.

Il ne choisit pas de servir seulement les purs et les parfaits: d'ailleurs, y en a-t-il ?

Il se veut serviteur de tous, de Pierre qui va le renier, de Judas qui va le livrer, des autres qui vont l'abandonner. Oui, il lave les pieds de Judas, il les essuie amicalement, tout en pensant qu'il est en train de le livrer au pouvoir de ses adversaires; sans tenter une ultime démarche pour le faire changer d'avis, sans un mot perfide. Tel est l'Amour en majuscule.

Il discute avec Pierre, pour l'aider à reconnaître ses prétentions, son impulsivité, son désir de paraître et d'être toujours au premier rang.

Et à tous il lave les pieds.

Et à tous il demande d'agir comme lui, d'imiter son engagement et sa psychologie, son respect de la responsabilité et du service, son amour extrême envers tous et sans exclusive.

Avant de conclure par une certitude qui devient promesse: Vous serez heureux si vous agissez et aimez ainsi.

 

L'évangéliste Jean a tout vu, entendu, retenu. Cela se passait en ville de Jérusalem, dans une maison que Jésus fréquentait...et qui était probablement la sienne, d'où sa proximité d'hôte avec le Seigneur son invité à lui, "le disciple que Jésus aimait".

La Passion de l'Homme pour l'Humanité allait commencer.

 

Jésus, apprends-nous à aimer comme toi, à présider comme toi, à servir comme toi, à demeurer comme toi en communion avec le Père universel. Aide-nous à poursuivre ce bonheur-là.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

13, 1-15

 

Jésus est parfaitement lucide. Il voit clairement que son « heure » est arrivée : l’heure d’entrer dans la gloire de Dieu- et l’heure d’affronter les misérables comportements de ses proches et de ses adversaires.

Pour que ses disciples en prennent conscience, Jésus accomplit un geste symbolique du renversement des situations que sa mort et sa résurrection vont réaliser.

Il se met à genoux devant eux, lui Dieu devant de simples humains : il prend le tablier, tenue de service de l’esclave lavant les pieds de ses maîtres. Est-ce le monde à l’envers ?

Non ! c’est la révélation d’un nouveau rapport indispensable entre les humains : la vraie grandeur consiste à servir, le pouvoir à faire grandir.

 

C’est encore plus la révélation d’un Dieu dont la passion est de sauver ceux qui se perdent, dont le bonheur est d’éclairer les consciences pour qu’elles découvrent la Vérité ultime. Révélation d’un amour que rien n’arrête, fidèle jusqu’à l’extrême, choisissant d’aimer même s’il n’est pas aimé, préférant que les autres vivent même s’il doit lui-même en mourir.

Révélation de l’amour fou de Dieu, celui du Père et celui du Fils unique.

 

Les réactions de Pierre représentent nos pensées : tu ne dois pas faire une chose aussi folle, je le refuse personnellement ! La réponse de Jésus est clairvoyante : maintenant, tu ne peux pas comprendre ; j’espère qu’un jour tu comprendras à quel point j’aime ; je désire qu’un jour tu aimes les autres à ma façon. Ce jour-là, toi aussi, tu seras heureux !

 

Jésus a lavé les pieds de Judas. L’évangéliste précise plus loin que Jésus est bouleversé, troublé à la pensée que Judas s’est déjà engagé à le livrer. En lavant les pieds de Judas, Jésus prouve que son amour est offert à tous sans aucune exception.

 

« C’est un exemple que je vous ai donné pour que vous fassiez, vous aussi, ce que je vous ai fait ».

Aimer même ceux qui ne nous aiment pas. Faire du bien même à ceux qui nous veulent du mal. Exercer nos responsabilités pour faire grandir les autres et non pour se faire valoir. Etre prêt à servir bénévolement même si cela ne nous rapporte rien. Avoir le souci prioritaire de ce qui peut aider les proches à découvrir le vrai sens de la Vie. Quand l’heure en est venue, s’engager courageusement contre ce qui crée du malheur dans le monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

13, 31 à 35

 

Jésus vient de donner une bouchée à Judas et de lui dire: ce que tu fais, fais-le vite.

Les disciples pensent que Judas part accomplir une mission: acheter quelque chose pour la fête ou donner de l'argent aux pauvres.

L'évangéliste, lui, est beaucoup plus circonspect. Il a révélé que Judas prenait dans la caisse commune une partie de ce que Jésus y mettait ( Jn 12, 6). Et il ajoute, avec son génie des formules à sens multiples: "Il était nuit". Deux sens possibles: c'était la nuit - ou- Judas était nuit, sous l'emprise de Satan, prince des ténèbres.

***

Sans transition, Jésus dit "maintenant, le Fils de homme est glorifié, Dieu est glorifié, tout de suite Dieu le glorifiera".

Judas quitte le groupe pour "livrer Jésus". Maintenant Jésus voit que les événements vont s'enchaîner. Jésus s'est livré intérieurement, par amour, entre les mains des hommes.

Et Judas déclenche le processus de cette "mise à disposition" des humains par amour. Maintenant donc, l'amour de Jésus va se manifester: Au coeur des événement de la passion et de la mort, l'amour éclatera, l'emportera: il sera éternellement la Gloire de Jésus, la Gloire du Père.

***

Jésus rappelle que, pour l'instant, les disciples ne peuvent le suivre, ni en traversant la mort, ni en vivant intérieurement le niveau d'amour qui anime Jésus. Pierre, une fois de plus, croit que lui, il le peut: et Jésus lui dit qu'il va nier le connaître avant le chant du coq (v.37-38)

***

Solennellement, Jésus énonce son commandement, le seul commandement nouveau, celui de la Nouvelle Alliance: aimez-vous COMME je vous ai aimés. Alors TOUS (l'humanité, les humains, vos proches) connaîtront que vous êtes mes disciples. Par contre, si vous ne vous aimez pas, PERSONNE ne pourra connaître que vous êtes mes disciples.

Jésus y reviendra en parlant de l'Unité indispensable entre les disciples "pour que le monde puisse croire" que Jésus vient de la part du Père pour manifester que l'Amour est son seul mobile (Jn 17, 20-23).

***

Rien de compliqué dans l'expression.

Un commandement d'une totale limpidité, et d'une incroyable efficacité. L'évangélisation en dépend. La crédibilité des disciples en dépend. La gloire du Christ en dépend. L'honneur de Dieu en dépend.

 

14, 1 à 14

 

Simon-Pierre vient de questionner Jésus: "Où vas-tu?"

Il se propose de le suivre partout où il ira.

Jésus répond: "pas pour l'instant, mais plus tard".

Et il invite à ne pas s'inquiéter devant ce délai et cette incertitude provisoire. A terme, tous seront réunis: "Vous serez là où Je suis".

*

Thomas et Philippe insistent. Ils veulent en savoir davantage. Où vas-tu?

Jésus répond alors clairement:

Je vais vers mon Père. Je suis sans cesse en communion avec le Père. Nous sommes UN. Je partage ses pensées, son Amour envers vous. Je suis le Visage du Père, la voix du Père.

Nous agissons ensemble. A tel point que vous voyez le Père lorsque vous me voyez agir. Vous entendez la Voix du Père lorsque vous écoutez mes Paroles.

 

Je suis le chemin vers le Père. Je vous dis les vérités du Père. Je vous propose la Vie avec le Père.

*

Et Jésus interpelle Pierre, Thomas, Philippe puis Jude:: "Il y a si longtemps que je suis avec vous et vous ne me connaissez pas encore !".

*

Il ne suffit pas d'avoir quelques idées sur Jésus, de connaître sa vie et ses paroles. Il faut entrer dans une expérience de communion avec lui et avec le Père, grâce à l'Esprit. Expérience de paix intérieure, de joie profonde, de méditation, d'imitation, d'amour..

 

Cette expérience intérieure fut indispensable aux Douze: ils la vécurent seulement après la mort et la résurrection du Christ, alors qu'ils ne le voyaient plus physiquement.

Tout disciple se trouve dans la même situation: sans voir, adhérer d'esprit et de coeur, imiter, aimer, agir, témoigner, rayonner.

Etre habité par La Lumière pour devenir lumière pour ses proches.

Etre habité par l'Amour pour devenir amour et miséricorde envers ses proches..

Demander que la volonté du Père se réalise et elle se réalisera: Jésus s'y est engagé. Il ne cesse d'intervenir pour qu'il en soit ainsi jusqu'à la fin des temps.

 

D'où cette Paix intérieure et cette absence d'inquiétude qui devraient caractériser chaque chrétien

 

 

.

14, 6 à 14

Jésus dialogue avec deux disciples, Thomas et Philippe.

 

Thomas demande la route à prendre pour rejoindre la place préparée près du Père. Et surtout : "Jésus, Où vas-tu ?". Jésus répond: "Je Suis", deux mots qui définissent le Nom propre de Yahvé dans les saintes Ecritures. Deux mots que Jésus s'est déjà appliqués plus de 15 fois. En parlant ainsi, Jésus se définit comme Fils unique retournant vers le Père qui l'a envoyé.

Et il ajoute: "Moi, Je Suis le chemin, et la Vérité et la Vie: personne ne vient au Père sinon par moi. Si vous me connaissiez vous connaitriez mon Père. Et dès maintenant vous le connaissez et vous l'avez vu". Thomas reçoit cette affirmation d'une densité exceptionnelle. Nous la répétons depuis des siècles. Comme Thomas, nous avons de la peine à en comprendre la portée considérable. Jésus ose donc se présenter comme Dieu, et donc comme La Vérité sortant de la bouche de Dieu, la Vie dont Dieu est la source, la vie dans tous les sens du terme, les multiples vies que Dieu ne cesse de répandre généreusement: vie de l'esprit, vie du coeur, vie de l'amour, de la relation: la vie qui était, aui est et qui sera.

Jésus ose donc prétendre que celui qui veut connaître le Père en a l'image parfaite en sa propre personne. Il est l'icône du Père. Tel Fils, tel Père.

 

Philippe demande alors carrément :"Montre-nous le Père, et cela nous suffit". Pourquoi un intermédiaire ?

Et Jésus persiste. Il fait pressentir l'incroyable communion qui le relie au Père: Je suis dans le Père et le Père est en moi. Quand je vous parle, c'est le Père qui vous parle. Quand j'agis, c'est le Père qui agit. Et vous-mêmes, si vous croyez en moi, vous êtes aussi en incroyable communion avec moi. Vous aussi vous agirez comme moi. Vous ferez encore plus et mieux que moi parce que je vais être définitivement avec le Père. J'interviendrai pour qu'il réalise toutes les oeuvres que vous solliciterez en mon Nom.

 

 

14, 15 à 31

 

L'évangéliste développe les confidences de Jésus sur son rapport au Père, à l'Esprit Saint et à ses disciples. Il choisit la forme d'un dialogue de Jésus avec Pierre, Thomas, Philippe et Jude: un ultime entretien d'adieu où l'essentiel prend toute la place.

*

Je suis dans le Père et le Père est en moi.

Nous sommes UN ( caractéristique de Yahvé dans les Ecritures)

Mes Paroles sont celles du Père.

 

Le Père vous aime dès lors que vous agissez comme moi-même . Vos oeuvres sont celles du Père en vous. Vous les accomplissez grâce à l'Esprit de Vérité.

*

Celui-ci demeure en vous. Il crée la communion entre vous, Moi et mon Père. J'ai demandé au Père de le faire demeurer en vous : vous ne vous sentirez donc pas seuls quand je cesserai de vivre avec vous pour retourner vers le Père qui m'a envoyé.

*

Vous deviendrez ainsi notre présence au milieu de ce monde. Jusqu'à maintenant, j'assurais cette présence du Père: j'en étais le Signe. A votre tour, vous serez signes du Père . Le monde, d'ailleurs, ne vous reconnaîtra pas plus qu'il ne m'a reconnu.

Jour après jour, l'Esprit vous rappellera ce que je vous ai dit: il vous en fera comprendre le sens profond.

*

En vous quittant, je vous laisse ma paix intérieure, ma joie profonde, celle que le monde ne peut pas m'enlever Même l'Opposant systématique à Dieu ne peut pas me l'enlever: il n'a aucun pouvoir sur moi. Je ferai tout pour que vous ne tombiez pas en son pouvoir.

*

"Levez-vous ! Partons d'ici". Cette petite phrase ponctue la fin des ultimes confidences de Jésus en réponse à Pierre, Thomas, Philippe et Jude.

 

Sans aucun autre lien, l'évangéliste ajoute d'autres confidences de Jésus faites au dernier soir de sa vie, ou lors d'autres veillées à l'approche de sa mort (chapitres 15 et 16). Et il les terminera en transmettant le contenu de sa dernière (ou permanente ) prière au Père (17).

*

Aucun autre évangéliste n'a pris soin de rapporter aussi parfaitement ce qui constituait la pensée la plus intime de Jésus, à son heure dernière et certainement tout au long de sa vie terrestre.

 

 

 

14, 19 à 31

 

Jésus transmet à ses très proches plusieurs convictions qui valent pour tous les chrétiens.

 

1. Les disciples n'adhèrent pas à l'esprit du monde, à l'esprit mondain: ils adhèrent aux pensées du Père telles que Jésus les a transmises.

 

2. Ses disciples rendent visibles les pensées et les comportements du Père. Ils sont des transmetteurs, des "manifestants" montrant quelque chose de Dieu. Tel est le sens de la réponse à Jude qui se demande pourquoi Jésus va cesser de "se manifester" (mot préférable à "se montrer") directement. Si donc les disciples ne se manifestent pas comme habités par l'esprit et l'exemple du Christ, le monde peut imaginer que Dieu n'existe plus et qu'il n'a plus rien à dire aux humains.

 

3. L'amour d'agapè représente le coeur de la Lumière capable d'éclairer le monde. Il jaillit entre le Père, et le Fils, et les disciples du Fils. C'est la communion entre eux qui rend visible le Dieu invisible.

 

4. L'Esprit Saint demeure dans la communauté des disciples. Il enseigne, rappelle, fait comprendre tout ce que Jésus a enseigné en direct à ses plus proches. Sa mission prolonge celle du Christ jusqu'à la fin des temps et jusqu'aux extrémités du monde.

 

5. Tout disciple ainsi "habité intérieurement" est rempli de la Paix qui vient de Dieu. Il ne se laisse pas ébranler par les craintes de toutes sortes.

 

6. Jésus est habité par cette Paix, alors que ses adversaires ont décidé sa mort. Ces opposants désignés comme "le prince de ce monde" n'exercent aucun pouvoir négatif sur Lui, Jésus, parce qu'il demeure étroitement et amoureusement en communion avec le Père: il fait tout ce qui plaît au Père. Il vit, il enseigne, il rayonne, il aime à la folie parce qu'il est persuadé que seule cette folie d'amour bienfaisant peut faire enfin comprendre au monde l'Amour du Père.

 

 

 

 

15, 1-8

 

Qui n'est pas branché aujourd'hui ? connecté ? en temps réel? en direct ? en live ? Et pourquoi ce besoin de connexion qui caractérise des milliards de personnes? Pour ne pas être traité de rétrograde ? par désir de suivre ce qui se passe et constitue l'actualité ? simplement pour savoir ? pour être prêt à intervenir, soit en rédigeant un commentaire sur les réseaux sociaux, soit en proposant son aide pour réconforter, donner de l'argent, mettre sa compétence au service de ceux que frappe une catastrophe ?

L'évangéliste que nous appelons Jean a retenu un enseignement de Jésus qui l'a vivement frappé.

Il en rapporte les éléments qui lui semblent essentiels.

- Depuis plus de 600 ans, le Prophète Isaïe a comparé le peuple de Dieu à une vigne pour laquelle Dieu a fait amoureusement le meilleur: choix du coteau bien exposé, du plant idéal, du terreau idéal, de la clôture protégeant contre les intrusions d'animaux destructeurs, construction d'une tour pour la production d'un vin de qualité.

Hélas, poursuit le prophète, tant d'amour n'a produit qu'une méchante piquette imbuvable.

A tel point que Dieu, déçu, envisage d'abandonner la vigne à la destruction. Cette comparaison a traversé les siècles. Jésus l'a évoquée pour inviter son peuple à répondre à l'Amour avec la plus grande qualité possible, au lieu de décevoir Dieu.

- Jésus ajoute d'autres éléments afin de susciter chez ses disciples une recherche de qualité.

- Dieu, Père, Vigneeron, aime les disciples de Jésus. Il attend d'eux des résultats, du fruit, le maximum de fruit: et non pas seulement des paroles.

- Il "purifie" les disciples improductifs, ou produisant des fruits avariés ou sans intérêt. Il émonde.

- Il rappelle le principe de "communion": tout disciple replié sur lui-même, débranché, sans relation d'écoute ni d'amour avec le Père et le Christ, ressemble à un sarment desséché et partagera le même sort: être délaissé et finalement brûlé. Comparaison !

A ne pas pousser hors comparaison en identifiant ce feu à une damnation éternelle.

- Le vrai disciple se laisse habiter par la Parole de Jésus, par la fidélité à son enseignement,

et par la priorité à l'Amour selon Dieu; l'amour de bienveillance, d'agapè, qui développe et construit celui qu'on aime.

- Le vrai disciple reconnaît l'influence déterminante du Père et du Christ quand il porte du fruit. Il ne se prend pas pour la source unique de ce qu'il pense ou réalise. Il n'oublie jamais qu'il a bénéficié d'un choix gratuit, aimant.

Il s'efforce donc de "demeurer" branché, de "demeurer" en Dieu, de "demeurer" dans l'Amour tel que Jésus l'a vécu et continue à vivre envers toutes les personnes humaines, bonnes ou non.

Relisons phrase par phrase,

laissons-nous habiter,

méditons sans modération

et passons aux actes.

 

 

 

15, 9-17

 

Jésus livre le fond de sa pensée.

Il choisit chaque mot pour sa force d'évocation.

La Gloire du Père vient des fruits produits par son Fils et par les disciples du Fils.

Celui qui Aime demeure dans

celui qu'il Aime.

L'Amour abolit les distances entre le Ciel et la Terre, entre l'Orient et l'Occident.

La Joie et le Bonheur intérieur habitent ceux qui aiment ainsi d'agapè,

quelles que soient les difficultés

auxquelles ils sont affrontés.

***

Donner sa Vie (psychè) , c'est d'abord livrer la source de sa Joie à ceux que la tristesse accable,

se mettre à leur disposition.

Jésus n'a cessé de le faire tout au long de son existence terrestre.

Donner sa Vie, c'est ouvrir son âme et sa conscience: tout le contraire de mourir physiquement.

C'est demeurer vivant pour travailler au salut des autres, y compris de ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas accueillir cette proposition de salut.

Donner sa Vie, c'est parfois, dans des situations extrêmes, aller jusqu'à perdre sa vie (bios) en suscitant un rejet absolu,

en se faisant mettre à mort par les violents auxquels on s'oppose.

Donner sa vie n'est jamais un suicide.

Quels que soient les mots choisis par les traducteurs, (certains utilisent à tort l'unique mot "vie" qui engendre des erreurs de compréhension).

Jésus a donné sa Vie dans trois sens

- il a fait connaître ses raisons de vivre et d'aimer

- il a risqué sa "peau", sa bios, sa vie physique en critiquant les adversaires qui voulaient le faire taire

- il a eu le courage héroïque de se laisser tuer sans crier vengeance, sans maudire ceux qui lui faisaient subir mépris, torture, et mise en croix comme un esclave.

***

A Simon-Pierre qui voulait lui interdire cette "livraison de son âme, de son existence et de son succès, Jésus a répliqué:

"Passe derrière moi, Satan! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des humains".

L'Eglise du Christ ne doit jamais l'oublier.

Elle ne doit jamais parler ou agir comme si elle remplaçait le Christ.

Sa seule raison d'être c'est de Rendre témoignage à son Seigneur

et de mettre en valeur ses pensées.

D'ailleurs, dès qu'elle prend trop de place, la plupart des humains cessent de l'écouter ou de lui faire confiance.

C'est un fait !

Vérifiable au long de l'histoire !

 

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Jésus livre le fond de sa pensée. Chaque mot est choisi pour sa force d'évocation.

 

La Gloire du Père vient aussi des fruits produits par son Fils et par les disciples du Fils.

 

Celui qui Aime demeure dans celui qu'il Aime. L'Amour abolit les distances entre le Ciel et la Terre, entre les points les plus extrêmes de la Terre.

 

La Joie et le Bonheur intérieur constituent l'ambiance intérieure de ceux qui aiment, quelles que soient les difficultés auxquelles ils doivent faire face.

 

***

Donner sa Vie, c'est d'abord livrer les secrets de sa Joie à ceux que la tristesse accable, se mettre à leur disposition. Jésus n'a cessé de le faire tout au long de sa vie terrestre.

 

Donner sa Vie, c'est travailler au bonheur des autres, y compris de ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas accueillir cette proposition de bonheur.

 

Donner sa Vie, c'est même parfois aller jusqu'à mourir ene suscitant un rejet absolu, en étant condamné à mort et exécuté par ceux auxquels on se dévoue corps et âme.

 

Jésus a donné sa Vie dans ces trois sens.

***

Le Seigneur garde l'initiative: nous le "suivons", nous "l'accompagnons" A Simon-Pierre qui voulait lui montrer la route à suivre, Jésus a répliqué:"Passe derrière moi, Satan! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des humains".

 

L'Eglise du Christ ne doit jamais oublier ce principe. Jamais elle ne doit parler ou agir comme si elle remplaçait le Christ. Sa seule raison d'être c'est de Rendre témoignage à son Seigneur et de mettre en valeur ses pensées. D'ailleurs, quand elle prend trop de place en faisant écran à l'Evangile du Christ, la plupart des humains cessent de l'écouter ou de lui faire confiance.

C'est un fait ! Vérifiable au long de l'histoire !

 

 

15, 26 à 16, 4

 

Jésus le sait par expérience : quiconque parle d’un Dieu Père suscite de l’opposition qui peut aller jusqu’à la haine

Avec délicatesse, il avertit ses disciples. Eux aussi seront contestés pour les mêmes raisons que Jésus : ils subiront mépris, rejet, condamnations, intolérance et parfois répression physique. L’opposition ne viendra pas seulement de ceux qui refusent de croire. La persécution et la mise à mort peuvent provenir de croyants se faisant une idée totalement fausse du culte qui plaît à Dieu : à leurs yeux, immoler des humains c’est rendre un culte à Dieu.

Jésus prévoit que ses disciples auront besoin d’une grande solidité intérieure pour garder la foi, pour ne pas succomber à l’épreuve intérieure, pour témoigner courageusement de ce qu’ils croient. Il connaît la faiblesse de ceux qu’ils a choisis : ce ne sont pas des surhommes, Judas a déjà changé de camp, Pierre va renier dans quelques heures et tous les autres vont l’abandonner.

Jésus annonce qu’un autre Défenseur leur sera donné. Un Paraclet, en grec, quelqu’un qu’on appelle à ses côtés pour bénéficier de ses conseils, de sa présence rassurante, de son soutien quand on risque de capituler. Ce Paraclet provient du Père, procède du Père : Jésus l’enverra pour conforter ses disciples, exactement comme lui-même assurait cette fonction tant qu’il était physiquement au milieu d’eux.

Mais ce Paraclet, cet Esprit Saint, demeurera au plus intime de leur conscience, à la base de leurs engagements et de leur témoignage.

Ce Paraclet agira en eux comme une source jaillissante, une lumière, une force intérieure, un soutien, un désir de rendre témoignage au Christ et au Père. Il fera comprendre tout ce que Jésus a dit de la part du Père. Il le rappellera au bon moment.

 

Le même Esprit Saint habite le cœur de tout chrétien. Il entretient le feu de l’Amour, redonne du souffle spirituel, projette une lumière sur les situations désespérées.

Prenons conscience de sa présence.

Reconnaissons qu’il est déjà la source de nos meilleures idées. Offrons-lui une plus grande place : « Viens, Esprit de sainteté, viens Esprit de Lumière, Viens Esprit de Feu, viens nous embraser ! »

 

15, 26-27

et 16, 12-15

 

Mais qu’est-ce donc que l’Esprit Saint ? Jésus choisit plusieurs mots pour le présenter à ses disciples.

C’est d’abord un Souffle, une réalité ou une personne invisible aux yeux mais dont on peut constater l’action. Ce Souffle crée de la Vie, déplace ceux qu’il pousse comme fait un grand vent, transporte intérieurement. Il sépare le grain et enlève la balle, garde le bon en faisant disparaître l’inutile. A certains heures, comme une tempête il déracine ce qu’on pensait immuable : à d’autres heures il apaise comme un souffle léger. Nous pouvons évoquer de multiples symboles quand nous préférons en français le mot choisi par Jésus : Souffle, et non pas esprit.

Ce Souffle est le Souffle de Dieu, sa respiration pourrions-nous dire. Ce Souffle circule entre le Père et le Fils. Souffle d’Amour, de réciprocité. Il unit, faisant communier aux mêmes valeurs, aux mêmes idées, aux mêmes décisions.

« Tout ce qu’a le Père est mien ». Jésus ose cette phrase qui fait de lui Dieu le Fils Unique. Et il la commente « c’est pourquoi j’ai dit qu’il prend ce qui est mien pour vous l’annoncer ». Le Souffle de Dieu entend les conversations entre le Fils et le Père, il les comprend parfaitement et les répercute fidèlement au plus intime des disciples croyants.

 

Car ce Souffle divin réside au plus secret des personnes humaines. Il les habite, il demeure en elles, comme nous le disons de l’âme et du corps. Sa présence est active, efficace. Il tient éveillés ceux qui accueillent son influence. Agissant comme une lumière intérieure, il fait comprendre le sens des réalités spirituelles, la portée des Paroles du Christ, l’originalité de son enseignement, la puissance de son exemple, le bouleversement opéré par sa mort et sa résurrection.

 

C’est pourquoi Jésus choisit un autre mot pour parler du Souffle de Dieu : il ressemble à un Paraclet. Ce mot, introuvable dans notre langage courant, assemble deux mots pour dire : celui qu’on appelle à ses côtés, l’homme de confiance sur qui on peut compter, celui qui saura réconforter, soutenir, défendre, expliquer. Privé de Paraclet, on se sent perdu, abandonné, isolé, en proie à tous les risques de l’existence.

Avec le Paraclet à ses côtés, ou plus exactement demeurant en lui, le disciple du Christ ne perd jamais confiance ni assurance.

S’il ne comprend pas le sens de telle Parole de Dieu, il demande au Souffle divin de lui en faire découvrir le sens. Il peut alors progressivement entrer dans la Vérité tout entière, aimer cette Vérité pour en vivre.

S’il doit affronter des épreuves à première vue insurmontables, il demande au Paraclet de le protéger, de lui donner courage et lucidité.

 

Et par conséquent, le Souffle divin ouvre la bouche de ceux qu’il habite, les amenant à rendre témoignage de ce qui les fait vivre, à parler de l’amour qui les rend heureux. Sans ostentation, mais sans prudence excessive.

 

 

Prions donc souvent l’indispensable Souffle divin.

 

Renouvelle la face de la Terre, le souffle des humains.

Suscite en chacun l’envie de ce qui fait vivre.

Réchauffe ceux qui sont devenus froids et sans amour.

Réconforte ceux que l’épreuve paralyse.

 

Viens, Souffle de Dieu, Viens, aujourd’hui et chaque jour.

 

15, 26 à 16,1

Dans ce dernier entretien avec ses proches Jésus décrit ce que fera l'Esprit Saint. Il prolongera la présence assurée par Jésus pendant sa vie publique.

Il l'assurera au plus intime de chaque croyant - et durant toute son existence - et à travers la planète et non plus seulement en Galilée, Judée ou Samarie.

 

 

- Il parlera au cœur, à la conscience : non plus comme une voix extérieure, mais à la façon d'une voix intérieure: non avec des mots destinées à une foule mais par des suggestions adaptées à chacun.

- Il n'inventera pas une religion nouvelle. Il fera comprendre ce que Jésus, le Fils unique, a reçu du Père pour le transmettre à ses proches.

Sa doctrine sera celle du Père et du Fils: Ils ont tout en commun.

- Il conduira les disciples jusqu'à la Vérité tout entière, progressivement, selon un rythme adapté à chacun.

Il la fera savourer, comprendre.

- A ce titre, il réformera les idées fausses que chacun peut se faire sur Dieu le Père, sur le Christ. Il les détectera, les mettra à nu.

Il mettra en valeur la vraie foi, la vraie justice, le vrai jugement.

 

En parlant ainsi, Jésus fait désirer la présence de l'Esprit au moment où lui-même va quitter physiquement ses proches en traversant la mort que ses opposants vont lui imposer.

Les disciples ne comprennent pas bien, ce soir-là. Mais, après sa résurrection, ils se souviendront des paroles de Jésus. Ils pourront y adhérer en s'ouvrant à la Vérité et à la Puissance du Souffle saint.

Chacun de nous est invité à méditer ces révélations sur l'action que Dieu par l'Esprit du Christ, aujourd'hui et demain comme dans les siècles passés.

Grâce à l'Esprit, nous ne sommes pas défavorisés par rapport à ceux et celles qui ont vécu du temps du Christ. L'Esprit Saint défend l'honneur du Christ.

Il connaît l'agressivité déployée contre lui par un certain nombre de personnes. Par une influence très subtile, au moment favorable pour chacun, il fait comprendre que

- le refus de croire est une erreur, un mauvais choix,

- le meurtre du Christ fut une immense injustice, fondée sur des accusations mensongères. En effet, relevé d'entre les morts par Dieu, le Christ a été reconnu comme le Juste par excellence.

- l'histoire prouve que les personnes humaines ne sont pas définitivement dominées par le Mauvais, le Pervers, le Perfide.

La victoire finale sera celle du Bien et de l'Amour sans frontières.

***

Au plus intime des consciences, l'Esprit Saint fait découvrir le sens des Paroles du Christ, la portée des Ecritures.

Il les remet en mémoire après les périodes d'oubli.

Il révèle que l'avenir appartient à Dieu et à ceux qui aiment.

Il fait comprendre l'Unité de pensée entre le Fils et le Père, entre les croyants et Dieu.

La communion s'approfondit entre ceux qui adhèrent à la Foi chrétienne: ils progressent vers l'Unité parfaite malgré leurs divisions et séparations historiques.

***

Oui, l'Esprit a fort à faire !

Mais Il ne cesse d'agir.

Il n'attend pas nos bonnes dispositions:

il les suscite.

 

 

16, 4 à 15

 

 

 

L'Esprit Saint défend l'honneur du Christ, hier et aujourd'hui.

Il connaît l'agressivité déployée contre lui par un certain nombre de personnes, un jour ou l'autre de leur vie.

Par une influence très subtile, au moment favorable pour chacun, il fait comprendre que

 

- le refus de croire est une erreur, un mauvais choix

- le meurtre du Christ a été une immense injustice, fondée sur des accusations mensongères. En effet, ressuscité par Dieu, le Christ a été reconnu comme le Juste par excellence.

 

- l'histoire prouve que les hommes ne sont pas définitivement dominés par le Mauvais, le Pervers, le Perfide. La victoire finale sera celle du Bien et de l'Amour sans frontières.

 

***

 

Au plus intime des consciences, l'Esprit Saint fait découvrir le sens des Paroles du Christ, la portée des Ecritures.

Il les remet en mémoire après les périodes d'oubli.

Il révèle que l'avenir appartient à Dieu et à ceux qui aiment.

Il fait comprendre l'Unité de pensée entre le Fils et le Père, entre les croyants et Dieu. La communion s'approfondit entre ceux qui adhèrent à la Foi chrétienne: ils progressent vers l'Unité parfaite malgré leurs divisions et séparations historiques.

 

***

 

Oui, l'Esprit a fort à faire !

Mais Il ne cesse d'agir.

Il n'attend pas nos bonnes dispositions: il les suscite.

 

 

 

16,29-33

Telles sont les dernières paroles adressées par Jésus à ses disciple avant d’être arrêté, condamné à mort et crucifié.

Retenons quelques affirmations extraordinairement fortes.

« Ne craignez pas, moi j’ai vaincu le monde ». Quelle force intérieure ! Jésus a l’intime conviction que sa mort ne sera pas un échec mais une victoire. Certes, la mort biologique va l’atteindre, violemment : mais son état d’âme d’homme infiniment juste, bon, sans idée de vengeance va transparaître. Et beaucoup comprendront qu’il n’a pas subi mais affronté la mort en lui ôtant sa capacité de nuisance. Il l’a dépouillée de son pouvoir. Il l’a traversée sans rester son prisonnier.

La mort va devenir pour Jésus la porte d’entrée dans une nouvelle existence, celle d’un ressuscité qu’aucune mort ne peut atteindre. Jésus a conscience de devenir l’éternel Vivant, le Premier-Né de tous les humains qu’il entraînera dans cette Existence éternelle.

Recevons cette invitation à bannir la peur devant la mort. Accueillons en nous l’état d’âme d’un vainqueur dominant les craintes multiples qui l’assaillent.

 

« Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde : à présent je quitte le monde et je vais vers le Père ». Autrement dit, la vie de Jésus en ce monde fut un grand pèlerinage : point de départ, le Père, point d’arrivée, un Dieu Père et, entre les deux, une relation chaleureuse et filiale entre l’Humain et le Divin. Jésus a conscience d’être un Fils unique pour son Père, et d’avoir vécu en Fils parfait.

Il avait reçu mission de faire connaître le Dieu véritable : mission accomplie. Il a transmis tout ce qu’il savait du Père : il n’a rien caché. Ses disciples le disent : « Maintenant, nous savons que tu sais tout, tu n’as pas besoin qu’on t’interroge. Nous croyons que tu es sorti de Dieu ». Apparemment, Jésus aurait donc réussi à faire connaître son Père ? Oui, pour une part, mais il reste beaucoup à faire pour que ses Paroles habitent le cœur des humains.

C’est pourquoi Jésus renvoie la question à ses disciples – et nous pouvons nous l’appliquer : « Est-ce que vous croyez à présent ? »

Et sans même attendre la réponse , Jésus, qui sait bien ce qui habite le cœur humain, les hésitations, les doutes, les heures d’engagement dans la foi et les moments d’apathie, Jésus, sachant tout cela, avertit : « Vous me laisserez seul ! Mais je ne suis pas seul, puisque le Père est avec moi ».

Jésus a-t-il voulu décourager ses disciples ? et nous rappeler indéfiniment nos faiblesses ? Certainement pas puisqu’il ajoute : « Je vous ai dit cela pour qu’en moi vous ayez la paix ! En ce monde, vous connaissez des heures de détresse. Mais prenez courage, moi j’ai vaincu le monde !»

 

Il est divin de parler ainsi quand approche l’heure de la mort.

Jésus parle comme un Dieu : Il est vraiment son Fils unique.

Béni soit-il ! Que sa Paix repose sur nous et sur notre monde !

Particulièrement aux heures de détresse.

 

 

 

17, 1 à 15

 

De quoi Jésus parlait-il lorsqu'il priait ?

Que demandait-il à son Père ?

Pour lui-même ? Pour ses disciples ?

Chaque jour de sa vie terrestre et particulièrement lors de ses dernières heures ?

 

Nous trouvons ici les réponses.

 

La grande prière de Jésus reprend l'essentiel de ce qu'il a dit concernant son rapport au Père, sa relation avec les humains (qui croient en lui ou qui le récusent), son parcours terrestre, ( apparemment loin du Père, mais bien plus réellement, accomplissement de la mission reçue de tout faire pour que les humains se tournent vers le Père et vers leurs frères et soeurs afin de guérir et sauver leur sens de la Vie).

 

Jésus montre à quel point il porte le souci de ses disciples. Comme lui, ils traversent un moment de l'histoire du monde et ont mission d'éclairer leurs frères et soeurs pour les aider à se tourner vers le Père universel.

 

Il n'est donc pas question de les retirer du monde, de les séparer des humains: ce serait anéantir à la racine leurs moyens d'exercer une influence bénéfique.

La seule chose qui compte, c'est qu'ils n'adoptent pas les principes du monde non-croyant, qu'ils ne se "mondanisent" pas, qu'ils ne capitulent jamais devant l'opposition, la persécution, la dérision. Qu'ils n'adhèrent jamais aux propositions du Mauvais, du Pervers, de l'Opposant permanent envers Dieu.

 

Par dessus tout, qu'ils demeurent UN, entre eux, avec lui-même, avec le Père.

Qu'ils écoutent et mettent en pratique ses Paroles .Qu'ils soient absolument convaincus que ses Paroles correspondent exactement aux Pensées du Père.

*

Prier avec cette prière de Jésus, en savourer spirituellement toutes les phrases, pour les faire faisant siennes: telle devrait être la pratique régulière de tout disciple du Christ, de toute communauté de chrétiens..

 

 

 

 

17, 11-19

 

Que demandait Jésus quand il priait?

- Il pensait à ses disciples, plus qu'à lui-même. A ceux et celles qui deviendraient ses disciples tout au long de l'histoire humaine.

- Il demandait à son Père de les préserver du Mauvais, du Pervers, du pervertisseur (comme dans la dernière demande du "Notre Père")

- Il ne demande pas de les retirer du monde réel dans lequel ils vivent, malgré ses erreurs, ses mensonges, ses perversions sans oublier ses bonnes réalisations,

- afin qu'ils puissent y témoigner des intentions du Père en faveur des personnes réelles,

- et y vivre une communion de pensée et d'amour entre eux, comme Lui et son Père.

 

Jésus consacre la première partie de sa prière aux disciples, demandant qu'ils deviennent saints, conduits par l'Esprit, comme il l'est lui-même. Qu'ils vivent dans la Vérité. Qu'ils se comportent en Envoyés, en Apôtres, comme il est lui-même l'Envoyé du Père. Qu'ils soient des gens profondément heureux: leur harmonie intérieure étant le meilleur témoignage qui puisse interpeller "le monde".

**

Jésus consacrera la seconde partie de sa prière à toutes les personnes qui deviendront croyantes grâce à la Parole. Il répètera cinq fois la demande que ses disciples soient UN, comme s'il pressentait que les divisions seraient l'épreuve principale tout au long de l'histoire.

Avec ses conséquences désastreuses sur la transmission de la foi chrétienne?

Nos divisions séparatrices, les condamnations que nous portons les uns contre les autres, églises chrétiennes contre églises chrétiennes, anéantissent nos plus beaux plans d'évangélisation du monde actuel.

Nous ne sommes plus crédibles.

Nos comportements doivent être reconnus et convertis.

 

Nous devrions jour après jour reprendre et méditer cette prière du Fils au Père.

En la plaçant ici, juste avant la Passion, l'évangéliste Jean

lui donne la dimension de

suprême volonté du Christ,

de permanente "passion"

du Fils Unique.

 

 

 

 

17, 20 à 26

 

Nous voici au sommet et au coeur de la prière du Christ.

Une vision de l'histoire des chrétiens avec leurs failles et un appel centré sur la réalité essentielle à vivre: la communion entre les humains et Dieu, entre chrétiens, à l'image de l'amour d'agapè reliant sans faille le Fils Unique et le Père Universel.

 

Prière qui retentit comme un avertissement solennel: si la communion est brisée, si la désunion s'installe, l'Humanité sera privée du Signe prouvant que le Christ demeure la Parole incarnée, l'Envoyé venu de la part du Dieu Unique pour être la Lumière, la Vie, le Pain nourrissant la Vitalité spirituelle donnée par Dieu.

 

****

Nous qui connaissons les deux premiers millénaires de l'histoire des chrétiens d'Orient et d'Occident, du Nord et du Sud, nous devrions méditer cette prière du Christ. Elle accuse pour mieux redresser, non pour faire désespérer.

Elle est répétée au Ciel jour après jour par ceux qui ont compris maintenant l'importance de la Communion d'Amour entre les Disciples.

 

 

"Délivre-nous du Mal", du Mauvais qui divise et disperse (diabolos en grec, diable en français). " Ne nous laisse tomber dans la tentation" de s'affirmer contre les autres, à part des autres, supérieur aux autres.

 

Il ne suffit pas de prier pour l'Unité des chrétiens: il faut accomplir des gestes d'unité, ressentir comme une douleur la souffrance des désunions entre chrétiens. Quiconque se sépare de ses frères et soeurs en organisant sa solitude et son opposition tombe dans la plus grave de toutes les fautes aux yeux du Seigneur.

 

18, 28 à 19, 16

Le quatrième évangile évoque brièvement le passage de Jésus devant les grands prêtres Hanne et Caïphe. Il a développé le procès de Jésus depuis le chapitre 7 (septembre année 29), au fil des accusations portées contre lui par les Autorités religieuses.

Celles-ci "livrent" Jésus à l'autorité politique dans le but d'obtenir sa mort.

 

L'évangéliste développe avec précision les méandres de la négociation subtile entre les pouvoirs religieux et politique.

Il décrit les lieux (hors ou dans le prétoire), les accusations portées, le discernement qu'en fait Pilate, les hésitations et les intimes convictions du Politicien affronté à la détermination des Religieux qui veulent en finir avec Jésus.

 

Il faut relire cette page attentivement, crayon en main, pour percevoir l'intensité du procès de Jésus, à la fois politique et religieux.

Manifestement, l'évangéliste était là, notant tout pour nous faire comprendre ce qui s'est joué en cette matinée du vendredi 7 avril de l'année 30, veille de la Pâque juive, quelques heures avant l'immolation de l'agneau pascal au soir du 14 nisan.

*

Que cherche donc à nous dire l'évangéliste ?

- Jésus, ce "fils d'homme" d'environ 37 ans, utilise depuis plusieurs mois des expression ou images donnant à penser qu'il est aussi Fils de Dieu, envoyé dans ce monde pour révéler les pensées divines, montrer la façon de vivre d'un Juste selon Dieu , s'engager pour combattre l'hypocrisie spirituelle et mettre en Lumière la Vérité qui ouvre à la Vie.

- Jésus ne laisse personne insensible. Face à lui, beaucoup prennent parti. On est pour ou contre. C'est un homme de bien ou un diviseur, blasphémateur, malfaiteur, perturbateur de l'ordre public. Chacun a son idée ou se laisse emporter par sa passion.

- Aux yeux de Pilate, ce n'est pas un malfaiteur, il est victime d'autorités religieuses de mauvaise foi, il ne mérite pas la mort. Est-il roi des Juifs ? certainement pas au sens politique. Mais il prétend avoir mission de témoigner en faveur de la plus haute Vérité: peu importe, ce n'est pas une vraie question, ou plutôt une question insoluble, estime Pilate.

- Est-il un Témoin du monde Spirituel? "Il s'est fait Fils de Dieu!" accusent les Juifs. Pilate prend la chose au sérieux: "D'où es-tu?" Jésus répond en évoquant l'origine des pouvoirs, ceux qui viennent d'en-bas ou ceux-qui viennent d'En-Haut.

- Pilate essaie de toucher les accusateurs pour se débarrasser de cet homme encombrant: il le livre aux soldats qui le traitent comme un pauvre type se prétendant roi: couronne d'épines sur la tête, manteau de pourpre et gifles...Pilate le présente à la foule en disant "Voici l'homme".

- Pilate lâche Jésus quand il entend l'ultime menace "Si tu le relâches, tu n'est pas un ami de (l'empereur) César". Afin de ne pas compromettre sa carrière, il livre Jésus pour qu'il soit crucifié, se lavant les mains et la conscience de son intime conviction.

*

L'évangéliste percute ainsi notre conscience.

- Qui est pour moi ce Jésus?

- "Voici l'Homme" . Un naïf? le révolutionnaire d'un jour,? l'homme qui a tout perdu ? l'homme qui retourne les situations ? le défenseur des méprisés? le Sage courageux? la victime victorieuse? l'agneau pascal qui libère? l'homme qui livre son intimité pour délivrer les consciences repliées sur elles-mêmes?...

- Le Grand Témoin Eternel de l'Amour Sauveur

- et encore...

*

Et que sont les grands de ce monde ? Gouverneurs, Romains délégués du pouvoir central, Grands Prêtres, Membres du Grand Conseil, défenseurs du culte, religieux chargés d'éclairer la foule...Et que sont individuellement les membres de cette foule ? Et que pensent les absents?

Est-ce un non événement ou l'un des plus grands événements de l'histoire humaine?

Et encore ?

 

 

 

 

 

20, 2 à 10

 

Depuis vendredi, Jésus est étendu dans le tombeau.

Le crucifié repose en paix après les dernières heures horribles de sa vie terrestre.

Et voici ! C'est l'aurore: un premier jour commence, le premier d'une nouvelle création.

Une femme chemine vers le tombeau où celui qu'elle aime repose dans le sommeil de la mort.

Elle vient se souvenir, pleurer, envahie par les ténèbres d'une existence désormais sans sa présence.

Et voici: le tombeau est ouvert !

Un tombeau ouvert, ce n'est plus un tombeau. Un cadavre disparu, c'est un enlèvement ou une illusion.

Elle court chercher deux témoins, deux hommes connaissant bien le défunt.

L'un s'appelle Simon, que Jésus appelait Pierre.

L'autre avait comme nom propre

"le disciple que Jésus aimait".

Eux aussi se mettent à courir.

Le disciple bien-aimé,

poussé par l'amour, court plus vite:

la course de l'autre est ralentie

par le souvenir de son reniement.

Tous les deux constatent:

leur témoignage sera recevable, officiel selon les principes de l'époque.

Le cadavre du crucifié a disparu:

où donc est le mort? Illusion ? Impossible:

les linges dans lesquels il fut enseveli sont toujours là:

affaissé le grand linceul,

enroulé à la même place le suaire qui entourait sa tête.

Les deux témoins sont envahis

par une énorme question:

qu'est-ce que tout cela signifie?

Le crucifié a-t-il été enlevé ?

et par qui?

et où peut-on maintenant

le reprendre à ses ravisseurs, probablement ceux qui

voulaient le voir disparaître,

le faire taire,

l'enlever à ses amis ?

Les questions se bousculent dans l'esprit des deux témoins.

Simon-Pierre regarde, observe et reste sans réponse.

Le "disciple que Jésus aimait" regarde, observe,

se souvient de certaines

paroles du Maître

citant les Saintes Ecritures,

parce que Jésus les évoquait souvent.

Et voilà que certaines expressions bibliques lui remontent en mémoire, petites lueurs d'abord,

grande lumière finalement:

Jésus avait répété au moins à trois reprises: "il faut que le Fils de l'homme souffre, soit rejeté, mis à mort, se réveille du sommeil de la mort, et se relève".

Et si c'était l'explication

de l'inconcevable,

l'imprévisible de ce

troisième jour naissant ?

Le disciple se souvient:

la clarté commence à refouler

les ténèbres.

Le disciple voit:

"il vit, et il crut", il adhéra à la nouveauté entrevue.

Et le rédacteur du quatrième évangile ajoute ce commentaire:

" Jusque-là; en effet, les disciples ne comprenaient pas que, selon l'Ecriture, il fallait que Jésus se lève des morts".

Pour le disciple,

voici la Lumière et la Vérité:

le crucifié vit encore,

il a traversé la mort,

il est toujours debout.

Très vite, une nouvelle expression va traverser l'histoire:

Jésus est ressuscité.

Et l'évangéliste ajoute:

" Ensuite, les disciples s'éloignèrent à nouveau chez eux" (v.10) Tandis que Marie Madelaine reste là, prête à découvrir la même réalité inouïe qu'elle résumera ainsi: "J'ai vu le Seigneur" (v.18)

Se réveiller du sommeil de la mort,

se relever d'entre les morts: c'est cela la résurrection.

Devenir éveillé.

Se remettre debout.

Vivre debout. Jésus en a fait l'expérience.

Et nous pouvons la faire à sa suite, dès maintenant et de façon durable. Puisse ce bonheur nous habiter tous les jours de la vie.

 

 

20, 19-31

Le quatrième évangile développe ici plusieurs thèmes liés à la Résurrection:

 

1.Dès sa résurrection le Christ répand son souffle, le Saint Esprit de Dieu, qui apporte Paix et Pardon des péchés. En d'autres termes, Pâques et Pentecôte sont indissociables. Celui qui entre dans la Foi reçoit au même moment l'Esprit Saint, la Paix intérieure et le Pardon. Il reçoit sa place à l'intérieur de la communauté croyante. Tous sont envoyés en mission de réconciliation des humains avec Dieu et entre eux.

 

2.L'Esprit du Ressuscité construit jour après

- et la vitalité spirituelle de chaque croyant (lui donnant le souffle intérieur qui purifie de la complicité avec le mal)

- et la vitalité de la communauté des croyants (son unité, son audace, son rayonnement)

L'Esprit du Ressuscité re-crée, remet en marche, soutient la joie. Il réanime ceux qui frôlent la mort spirituelle..

C'est le Souffle intérieur du Christ qui demeure au coeur des disciples. Il les anime. Il aide ceux qui sont en responsabilité à s'investir contre les maladies spirituelles des humains.

 

3. Accorder sa foi au Ressuscité suppose toujours un bon minimum de confiance envers ceux et celles qui témoignent de la Résurrection. L'apôtre Thomas demeure le type même de celui qui commence par croire seulement ce qu'il voit, qui récuse le témoignage des autres et qui finit par reconnaître que donner sa Foi au Christ c'est autre chose que tirer une conclusion intellectuelle de ce qu'on voit. Donner sa foi à une personne, c'est en même temps accorder sa confiance et répondre déjà par amour à l'amour qu'on discerne chez celui en qui on croit.

 

4. L'évangile est un témoignage rendu à "Jésus, Messie, Fils de Dieu", Celui qui fait entrer dans la vraie Vie. Ce témoignage rapporte seulement quelques "signes" donnés par Jésus pour qu'on puisse le reconnaître comme Venu de Dieu et retournant à Dieu avec ceux et celles qui choisissent de l'accompagner dans cette marche vers l'Eternel.

 

 

En relisant maintenant le premier chapitre de l'Evangile de Jean, tout s'éclaire et devient intelligible et intelligent.

Croire n'est ni stupide ni une capitulation aveugle, encore moins un produit de la peur. Croire c'est voir en pleine Lumière le sens caché de l'Histoire. Croire, c'est faire confiance à Jésus comme Envoyé par le Père pour guérir et sauver tous les humains. Croire c'est choisir librement de marcher avec ce Fils Unique, l'imiter, se comporter en fils et fille du Dieu Unique. C'est se laisser engendrer par Dieu jour après jour et entrer ainsi, dès à présent, dans la Vie sans limite.

 

 

 

21, 1 à 15

 

Beaucoup de commentateurs des évangiles pensent que ce chapitre 21 a été composé par un rédacteur différent, et collé dans les manuscrits après les 20 chapitres précédents qui forment un ensemble et une finale structurés. Cela ne nous interdit pas d'en savourer la qualité.

 

Le rédacteur annonce son intention: raconter une ultime "manifestation" (c'est le mot choisi) de Jésus après sa mort. Non plus à Jérusalem mais au bord du lac de Tibériade où il a passé de nombreux mois à rencontrer, guérir, enseigner, se révéler.

Manifester, c'est affirmer publiquement ce qu'on pense. Ici, Jésus manifeste devant sept amis, sept disciples: un nombre symbolique de totalité et de perfection, rappelant le septième jour, ce jour de Dieu revenant chaque semaine et rythmant le déroulement de la vie.

Tout se passe comme dans la vie courante. Simon, le pêcheur surnommé Pierre, part à la pêche, de nuit. Comme s'il n'avait rien changé à ses habitudes. Les fils de Zébédée, pêcheurs eux aussi, l'accompagnent évidemment. Son frère André n'est pas mentionné. Par contre, Thomas est nommé aussitôt après Simon-Pierre: il mérite cette seconde place puisque sa profession de foi constitue le sommet des 20 chapitres précédents: "Mon Seigneur et mon Dieu". Et "deux autres disciples", l'un étant "le disciple que Jésus aimait": ils assument la fonction des deux témoins certifiant la vérité des faits.

Les sept ne pêchent rien. Inefficacité. Un seul être est absent et tout a perdu sens.

Voici l'aube, ce moment où la clarté fait reculer l'obscurité. Et Jésus, La Lumière, se tient sur le rivage. Se laisse voir, envisager. Par ceux qui le cherchent dans la pénombre du quotidien.

Evidemment, le premier à le reconnaître est "le" disciple. A quels signes ? Trois signes. L'homme du rivage les appelle avec tendresse "enfants". Il leur demande s'ils ont de la nourriture: or, c'est tout près d'ici que Jésus a donné un long enseignement sur le pain de vie. Il leur conseille de jeter le filet sur la droite, bibliquement le côté où Dieu agit avec puissance: et le filet se remplit si bien qu'ils ne peuvent plus le remonter.

"C'est le Seigneur" s'écrie le Disciple. Simon-Pierre se jette à l'eau pour rejoindre Jésus sans délai; il est à moins de cent mètres (deux cents coudées).

Le Ressuscité prend l'initiative d'inviter à table, comme la veille de sa mort au Cénacle, comme si souvent il a mangé avec ses disciples. C'est donc bien lui qui partage les poissons comme lors d'un fameux repas offert à la foule. Ils le reconnaissent mais n'en disent rien.

Simon-Pierre se donne de la peine pour tirer le filet plein de 153 poissons de bonne grosseur: une pêche miraculeuse, évidemment, puisqu'elle a été conduite selon l'ordre du Ressuscité. Il en sera ainsi jusqu'à la fin de temps, tant que les pêcheurs d'hommes feront ce que leur dit le Seigneur.

De quoi parlent-ils tout en mangeant? Probablement de ce qui fait l'actualité. Mais le plus étonnant demeure la présence de celui qu'ils ont vu mort.

Jésus s'adresse à Simon. Non pour lui reprocher son reniement mais pour le questionner sur l'essentiel: "M'aimes-tu?" De l'amour de charité dont je t'aime ? Simon n'ose pas l'affirmer. D'un amour de fraternelle affection ? Et Simon répond oui.

Jésus peut alors lui confirmer sa confiance et sa mission: fais paître les humains, conduis-les vers ce qui est bon pour eux, agis à la manière d'un bon pasteur, sans te prendre pour le Bon et Unique Pasteur que je demeure.

"C'était la troisième fois que Jésus ressuscité d'entre les morts se manifestait à ses disciples". La troisième et dernière, tout comme il avait été relevé d'entre les morts le troisième jour.

Tout est symbolisé, manifesté et affirmé comme réalité permanente et durable.

 

Ils furent témoins de ta mort et de ta résurrection. Ils ont affirmé que tu demeures Vivant. Fais, Seigneur, que j'imite leur assurance intérieure en assumant mes responsabilités de Témoin au quotidien.

 

 

 

Jean 21, 1 à 19

C’est la troisième fois et dernière fois que le Ressuscité se manifeste.

Simon est nommé, ainsi que Nathanaël dont l'évangéliste nous rappelle qu'il est "de Cana en Galilée". Thomas occupe la seconde place après la belle profession de foi qu'il vient de faire. Deux disciplessont pas nommés: est-ce pour rappeler le premier appel de ceux qui ont suivi Jésus en premier ? André en ferait-il partie, lui le premier à avoir suivi Jésus avec l'autre disciple?

L'évangéliste veut-il nous faire réfléchir sur l'appel rapporté par les Synoptiques après une pêche miraculeuse ?

Les Sept font donc une pêche exceptionnelle grâce au Seigneur. Le plus inoubliable pour eux demeure cette conviction relatée par l’évangéliste : « Sachant que c’était le Seigneur, personne n’osait lui demander : Toi, qui es-tu ?»

 

Après le repas préparé par le Ressuscité – allusion aux repas dont Jésus est lui-même la nourriture ?- Jésus entame un dialogue avec Simon, fils de Jean, qu’il avait surnommé Pierre.

A trois reprises, Jésus interroge Simon sur son amour.

La première fois en lui demandant : m’aimes-tu plus que ceux-ci ? En grec il s’agit de l’amour d’agapè, le plus grand qu’il soit possible d’avoir envers quelqu’un, l’amour généreux ne cherchant que le bonheur de l’autre. Pierre sait qu’il n’aime pas à ce point. Il se contente de répondre : j’ai de l’amitié envers toi.

La seconde fois, Jésus se contente de demander : m’aimes-tu d’agapè ? Et Pierre se contente de redire son amitié. Alors, pour la troisième fois, Jésus se met au niveau de Pierre en lui demandant : m’aimes-tu vraiment d’amitié ? Cette troisième question rappelle à Simon qu’il n’a même pas été capable de dire qu’il connaissait Jésus : par trois fois, dans la nuit de la passion, il l’a renié ; Jésus a croisé son regard et Pierre a fondu en larmes devant son peu de courage. Au bord du lac, à cet instant, Pierre revit la scène du triple reniement que le Ressuscité évoque avec une immense bienveillance, preuve du pardon déjà accordé.

 

Maintenant que Simon a reconnu la faiblesse de son amour, le Ressuscité lui confirme sa mission : faire paître, nourrir, protéger, encourager ses frères et sœurs dans la foi, jeunes ou vieux. Simon ne devra jamais se comporter comme s’il remplaçait le Pasteur et le Seigneur : il devra seulement servir, veiller, exhorter, faire tenir ensemble dans la Foi chrétienne les frères et sœurs de l’Unique Pasteur, en se souvenant qu’il est leur frère, un disciple, un être humain avec ses limites, ses erreurs et ses qualités. Méfions-nous des traductions fausses "Sois le pasteur de mes brebis" : elles donnent à penser que Jésus laisserait son troupeau entre les mains d'un humain. Non ! Le Ressuscité demeure l'Unique Pasteur.

 

En guise d’ultime conseil, Jésus rappelle à Pierre qu’il doit accepter son statut d’homme mortel, apprendre à mieux aimer, à vieillir et à se laisser aider par les autres. Et demeurer disponible en accompagnant le Pasteur éternel, y compris dans la mort qu’il ne choisira pas.

 

Les eucharisties dominicales, "repas du Seigneur", ressemblent à ce repas que Jésus prépare, en utilisant aussi notre apport de la semaine, en nous invitant à reconnaître le niveau souvent faible de notre amour envers lui, et en nous renouvelant sa confiance pour prendre notre part à l'évangélisation et au ministère pour le bénéfice de nos frères humains et non pour notre gloire..

 

Et si le Seigneur me posait aujourd’hui les mêmes questions qu’à Simon Pierre ? De quel genre d’amour pourrais-je l’assurer ? En revoyant mon passé, pourrais-je me vanter de ne l’avoir jamais oublié, renié ou aimé de façon tiède ? Seigneur, toi qui sais tout, tu sais comment je t’aime. Et moi, je sais de quel amour tu m’aimes.