Jacques

Jacques

JACQUES

 

 

Chapitre 1

 

Jacques écrit aux chrétiens d'origine juive et dispersés dans le monde gréco-romain, notamment en Syrie et en Egypte.

D'emblée il donne un certain nombre de conseils tirés du Judaïsme revisité par la pensée du Christ

*

 

L'auteur auquel est attribuée cette lettre

- ne fait pas partie des Douze

- n'est pas l'un des fils de Zébédée, les pêcheurs ( Jacques fait l'objet d'un culte à Compostelle)

- ni le Jacques fils d'Alphée.

 

Ce Jacques appartient à la famille de Jésus, comme José, Jude, et Simon (Marc 6,3). Paul l'appelle "frère du Seigneur" (Gal 1,19). Jean 7, 2 à 9, mentionne qu'il n'eut pas toujours confiance en Jésus.

Il est devenu un personnage influent dans la communauté de Jérusalem (Actes ch 12, 15 et 21). Son intervention fut déterminante lors de l'assemblée de Jérusalem (en 50/51).

Jacques écrit aux chrétiens d'origine juive dispersés dans le monde gréco-romain, notamment en Syrie et en Egypte.

 

Il donne un certain nombre de conseils tirés du Judaïsme revisité par le Christ.

Beaucoup sont mis à l'épreuve (foi, moeurs, opposition). Jacques les invite à en voir l'aspect positif. L'épreuve développe l'esprit d'endurance qui engendre souvent des progrès ou approfondissements.

Si l'épreuve dépasse les capacités de résistance, il faut prier en demandant un supplément de sagesse. Cette prière sera exaucée si elle est faite avec confiance.

 

Celui qui se laisse aller au doute ressemble à une vague qui va et vient sans jamais se stabiliser: il est trop instable pour progresser.

Certains regrettent de ne pas faire partie des personnes en vue, reconnues. Jacques leur rappelle que même le riche demeure fragile, comme la fleur qui finit toujours par se flétrir.

Mieux vaut rester fier de sa condition modeste.

Ne pas confondre l'épreuve et la tentation.

L'épreuve agit comme un test de qualité et de solidité quand on la traverse sans perdre confiance envers Dieu. Elle devient tentation quand on commence à pactiser avec le manque de confiance, à devenir complice des passions intérieures qui habitent en nous. En ce sens, Dieu ne nous pousse jamais à penser ou à faire ce qui est mal et qu'il désapprouve. Il n'est pas pervers.

Le Père nous comble. Tout ce qui nous est "donné" d'en-haut suscite chez le croyant du Bien et de la Lumière.

Les Paroles de Dieu ( lues dans les Ecritures ou proposées par les Envoyés du Seigneur, apôtres) sont un cadeau à accueillir, à apprécier, à comprendre et à mettre en pratique. Se contenter de les écouter ou d'en parler doctement ne sert à rien. Par contre, s'efforcer d'en comprendre le Sens pour en vivre devient source d'une vraie liberté et d'un grand bonheur intérieurs.

 

Les paroles ne constituent pas une preuve : elles peuvent tromper. Les actes, eux, donnent la mesure de notre engagement religieux.

En résumé, la religion pure et sans tache consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, à se garder de toute souillure due à l'influence de l'esprit de ce monde.

 

Chapitre 2, 1 à 5

 

Jacques a observé des comportements inadmissibles dans la communauté de Jérusalem (qu’il appelle d’ailleurs, en grec, «synagogue », vieille habitude ?). On y manifeste grande considération envers les riches et manque de respect envers les pauvres.

Jacques argumente :

- ceci contredit la foi « du » Seigneur qui n’a jamais agi avec partialité,

- vous devenez des juges au jugement perverti (c’est le qualificatif choisi par Jacques)

- vous déshonorez les pauvres que Dieu a comblés des richesses de la foi,

- et vous oubliez que ce sont généralement des riches qui vous oppriment, vous traînent devant les tribunaux et diffament le nom de chrétiens.

Pratiquez au moins la loi de Moïse en aimant votre prochain comme vous-même (Lev 19.18)

- En agissant avec partialité vous violez un commandement important, semblable à celui qui interdit le meurtre et l’adultère. Par conséquent : revenez à la Loi de liberté chrétienne selon laquelle vous serez jugés.

- Si vous traitez les autres sans compassion, nul n’aura compassion de vous. La compassion est supérieure au respect des prescriptions.

L’accusation est ferme: Jacques y reviendra en s’adressant directement aux riches (5, 1 à 6)

La forme demeure fraternelle : Jacques s’adresse à « ses frères bien-aimés », non à des inférieurs.

 

 

2, 14 à 26

 

La "lettre" adopte de plus en plus le style oral: celui d'un dialogue entre les tenants de deux thèses.

Chacun pousse à fond son idée:

- pas de foi véritable sans des actes conformes à la foi,

- pas de salut possible sans la foi qui sauve parce qu'elle prouve la confiance totale en Dieu, seul capable de sauver l'humain.

*

Jacques veut-il réfuter , corriger ou préciser la pensée de Paul donnant priorité à la foi comme fondement du salut ? ( cf Romains, ch 3,4,5 et 9).

Jacques veut-il prouver que ce sont nos actes qui nous sauvent ?

 

Paul et Jacques s'appuient sur l'histoire d'Abraham.

Paul insiste sur la confiance qu'il eut envers Dieu dès le début (Gen15 et 17).

Jacques insiste sur l'acte d'Abraham prêt à offrir Isaac en sacrifice (Gn 22).

Deux insistances sélectionnées par deux théologiens ?

Deux pasteurs cherchant à équilibrer des points de vue différents faisant débat dans les communautés chrétiennes ? Pourquoi pas?

*

Mais les deux gardent en arrière-fond des affirmations de Jésus, formulées en paraboles. Elles se complètent:

- le jugement final porté par le Fils de l'homme sur les actes et omissions des humains (Mt 25, 31-46)

- le Samaritain approuvé pour ses (douze) actes de miséricorde (Lc 10, 29-37),

- l'arbre jugé à ses fruits

- et les vrais disciples qui disent et qui font la volonté de Dieu (Mt 7, 15 à 24).

*

Celui qui croit en Dieu met en pratique ce qu'il croit.

Celui qui prétend aimer agit selon l'amour qu'il déclare.

Peut-on croire quelqu'un qui proclame sa foi mais qui agit comme s'il n'avait pas la foi ? *

L'apôtre Jean abonde dans le même sens (I Jean 3, 11-19).

Il doit y avoir une harmonie entre les paroles et les actes,

entre les déclarations de foi et le comportement selon la foi.

 

Parce que croire, ce n'est pas seulement penser, discourir, connaître.

Croire quelqu'un c'est s'engager dans une relation

et dans une histoire d'amour envers lui.

Paul, Jacques, Jean, Luc et Matthieu le disent tous, chacun à sa façon et avec son style.

 

 

3, 16 à 4, 3

 

 

Jacques demande aux gens de sa communauté locale, majoritairement Juifs d'origine, de faire un discernement pour distinguer

- la sagesse biblique (reconnaissable à ses fruits: paix, douceur, miséricorde, impartialité, authenticité) et les sagesses à éviter (celles qui engendrent jalousie, rivalités, orgueil, refus de la vérité).

- l'amour de ce que propose l'Ecriture inspirée par Dieu et les états d'esprit qui dérèglent le comportement (priorité aux plaisirs, à la convoitise, au pouvoir imposé aux autres) et suscitent meurtres et guerres. Jacques invite également

- à prier pour demander la sagesse que Dieu donne,

- à résister aux suggestions qui s'y opposent et qui viennent toujours du Diable, le grand opposant à Dieu. En grec, diable est composé de deux mots signifiant "diviser, disperser". Il personnifie la tromperie, le mensonge, la perversité et le meurtre.

L'Apocalypse récapitule: "Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit la terre habitée (oikoumenè, en grec). Il fut précipité sur la terre (gè), et ses anges furent précipités avec lui. (12,9)...Et j'entendis une grande voix dans le ciel disant: à présent est advenu le salut et la puissance et le règne de notre Dieu et l'autorité de son Christ parce que l'accusateur de nos frères a été jeté, lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu. Eux, ils l'ont vaincu grâce au sang de l'agneau et à la parole de leur témoignage. Ils n'ont pas aimé leur psychè (en grec)jusqu'à la mort. A cause de ceci soyez en fête, cieux, et ceux qui y ont dressé leur tente (skènè, en grec...) " Malheur à la terre et à la mer ! car le diable est descendu vers vous, animé d'une grande colère, sachant qu'il a peu de temps. (12,12)

"Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans. (20,10)

"Et le diable, qui les séduisait, fut jeté dans l'étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Et ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles. (20,10)"

 

" Au cours des âges, il a reçu bien des noms, plus ou moins bibliques:Asmodée Azazel, Béelzéboul, Belzébuth, Bélial, Béliar, Ilblis (dans le Coran) Lucifer, Mastema, Méphisto, Samaël, Prince des démons, Prince des enfers, Prince de ce monde, Démon, Dragon, Ennemi, Légionn, Malin, Mauvais, Pouvoir des ténèbres, Satan, Séducteur, Serpent, Tentateur, Vaurien..." (G. Billon, "539 mots pour goûter la Bible" , p.76 (Mame)

 

 

 

5, 1 à 6

Jacques vise très précisément les riches qui exploitent,

qui accumulent les biens

sans les faire produire au service des autres,

qui profitent de leur influence pour écraser, condamner injustement et faire périr des gens ordinaires et innocents.

Avec des accents dignes des prophètes Amos ou Isaïe, il somme ces riches de changer radicalement de comportement.

Il leur demande d'employer leurs richesses

à l'amélioration du sort des petites gens.

 

Jacques ne fait pas un réquisitoire contre la richesse, ou contre tous les riches.

Il vise très directement les « mauvais riches »

et les personnes influentes qui bafouent le droit des gens.

Pour les faire craquer,

Jacques il leur promet un avenir épouvantable.

 

Comparer avec la parabole

du pauvre Lazare et du riche

totalement aveugle sur le sort de son voisin,

assis à sa porte. (Luc 16,19-31).

 

Jésus souligne ainsi l’aveuglement courant du riche.

Jacques, lui, choisit la pédagogie de la crainte du châtiment.

 

 

 

5, 7 à 12

Jacques voit le temps passer et le Seigneur ne fait pas sentir sa proximité.

 

Il propose une spiritualité de l'attente, faite de

- patience::garder son calme malgré la lassitude

- être persuadé que la germination avance sans qu'on puisse la voir

- endurance et constance au lieu de s'énerver

- ne pas faire passer sur les autres son irritation intérieure.

 

*

Ainsi ont vécu les prophètes et le saint homme Job dans l'adversité.

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Dire les choses comme on les pense. Pas d'embrouilles ni de langue de bois.

*

Se laisser juger seulement par Dieu. Il est plein de compassion et de bienveillance dans ses jugements.