Gehenne

GRÂCE

 

 

 

Plusieurs expressions courantes nous permettent de comprendre ce mot:obtenir la grâce, être grâcié évoque une remise de peine: rendre grâce signifie remercier ou féliciter: agir de bonne grâce, c’est investir sa bonne volonté dans une action: quant à l’état de grâce, il caractérise un temps, généralement limité, pendant lequel on peut prendre des décisions avec une large approbation: la grâce c’est enfin le charme et la beauté.

 

La Bible connaît et emploie les mêmes expressions pour caractériser les relations entre les personnes.

Quand la Bible parle des relations entretenues par Dieu avec les humains, elle donne généralement au mot grâce le sens d’un bienfait ou d’une faveur que Dieu donne gratuitement et de sa propre initiative: par exemple le pardon, la remise des fautes, ou le don de son amitié et de son amour.

Noé “trouve grâce aux yeux du Seigneur” (Gen 6.8). L’ange dit d’emblée à Marie:”Réjouis-toi, Marie, tu as la faveur de Dieu”, ou encore “tu es comblée de grâce, le Seigneur est avec toi”.

Dans la Bible grâce et joie vont ensemble.- gratuité et générosité de Dieu.- sans oublier la fidélité, la compassion et le pardon des péchés. Les mots hébreux et grecs relient. ces qualités quand ils parlent de la grâce de Dieu. Le Seigneur est la source de la grâce qui rayonne sur l’humanité: il est Dieu plein de tendresse et de miséricorde, de grâce et de fidélité, de pardon et de paix.

 

Dans leurs lettres aux premiers chrétiens, Pierre et surtout Paul donnent au mot grâce la plus large extension.

Jésus est la plus grande grâce que Dieu ait accordée à l’humanité. Sa personne, son enseignement, ses actes de bienveillance, sa vie entièrement livrée par amour, l’envoi de ses apôtres pour annoncer son message jusqu’au bout de la terre, sa résurrection qui rejaillit sur nous en vie éternelle, l’eucharistie sans cesse célébrée pour réaliser la nouvelle alliance et le pardon des péchés: tout cela est grâce. Le quatrième évangile le proclame dès le début: “La grâce et la vérité nous sont venues par Jésus-Christ... Nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce” (Jn 1.16-17).

Après avoir vécu sous le régime de la Loi transmise par Moïse de la part de Dieu, les croyants de la Nouvelle Alliance vivent maintenant sous le régime de la Grâce. Ils reçoivent tout, à commencer par l’amour que Dieu leur porte avant même qu’ils se tournent vers lui. Ils ont l’assurance d’être pardonnés même si leur comportement ne le mérite pas. Ils bénéficient de la faveur de Dieu qui vient au-devant d’eux jusqu’à ce qu’ils l’accueillent. Et Paul le répète :”C’est par grâce que vous êtes sauvés”.(Eph 2.5). La repentance, la régénération, l’amour de Dieu, le message évangélique: tout cela est grâce. Tout est grâce!

 

Aussi, lorsqu’ils se rassemblent, les croyants commencent par s’adresser un souhait totalement biblique::”Que la grâce de NS Jésus Christ soit toujours avec vous” (1 Tim 5.28)

 

L’ensemble de la Bible prend fin sur un souhait dont nous mesurons maintenant toute la densité : “Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous “ (Apoc 22.21).

 

Vue par la Bible, la grâce représente un ensemble de cadeaux d’un grand prix offerts par Dieu, surtout depuis le premier Noël de l’histoire. De là vient d’ailleurs l’habitude d’offrir des cadeaux durant les fêtes de Noël.

Lorsque nous bénéficions d’un cadeau, il nous reste à le reconnaître ; d’où l’expression:”rendre grâce à Dieu”, reconnaître que tout est venu de sa générosité. En grec, ceci a forgé le mot “eucharistie”, célébration durant laquelle nous assurons Dieu de notre “action de grâce” puisque lui-même nous y fait le cadeau de la présence réelle de son Fils Jésus, Parole donnée, pain consacré pour notre salut.

 

Ceux que Dieu comble de sa grâce de Dieu doivent donc l’imiter en répandant la grâce, la paix et la joie autour d’eux.

 

Mots de la Bible

Expressions bibliques

 

Gédéon

 

 

L’histoire de Gédéon est racontée par le livre des Juges. Un thème constitue la trame de ce livre: quand les Israélites adorent Baal, le dieu des habitant de Canaan, ils sont opprimés par la population: dès qu’ils retournent à Yahweh leur Dieu, ils retrouvent liberté et prospérité. Des personnages courageux et astucieux gagnent tous les combats s’ils les mènent selon Dieu. Ces chefs providentiels sont appelés: Juges. Hommes comme Gédéon, Jefté, Samson, femme comme Debora.

Gédéon illustre parfaitement le thème.Son nom signifie “lutteur, bagarreur”. A cette époque, les nomades Madianites venaient camper sur les terres des Israélites, détruisaient leurs cultures, s’emparaient de leur bétail. Du fond de leur misère, les israélites appelèrent le Seigneur à leur secours.

En réponse “l’ange du Seigneur” rend visite à Gédéon qui battait le blé, caché dans le pressoir familial pour ne pas être vu des madianites. Tous les mots clés d’une joyeuse annonce apparaissent dans le récit. L’ange est une façon de parler de Dieu qui donne un message. Le message commence par “le Seigneur est avec toi”. Gédéon garde les pieds sur terre: il rappelle les malheurs de son peuple puis demandera un signe qu’il obtiendra aussitôt que Gédéon aura commencé à obéir en offrant un sacrifice. Le message annonce une libération, un sauveur:Gédéon est appelé à cette mission de salut, malgré ses réserves. Dieu répond aux objections en affirmant qu’il s’engage à faire réussir cette mission: “Je serai avec toi”. Tous ces détails nous rappellent la vocation de Moïse, l’appel d’Abrham, l’annonce faite à Marie ou à Zacharie. Mais la lecture du texte lui-même est nettement plus savoureuse que le résumé que je viens d’en faire.Lisez sans faute le chapitre 6 du livre des Juges.

Et vous ne refermerez plus le livre avant d’avoir découvert la suite. Gédéon commence par démolir l’autel que son pèreYoach avait construit en l’honneur de Baal sur son domaine d’Ofra. Le culte des idoles recule tandis que s’épanouit celui de Yahvé. Gédéon est alors surnommé Yeroubaal, qui signifie “Que Baal se défende lui-même”, tout simplement parce que son père Yoach, sommé de punir son fils pour avoir détruit l’autel de Baal, avait répondu:” Si Baal est dieu, qu’il se défende lui-même, car c’est son autel qui a été détruit” (Jg 6.31-32)

Vient alors l’immense victoire de Gédéon sur les Madianites. Dieu commence par critiquer Gédéon qui a levé une armée considérable: pensez donc, 32.000 soldats contre les Madianites “aussi nombreux que des sauterelles avec des chameaux aussi nombreux que les grains de sable au bord de la mer” (Jg 7). Sur ordre du Seigneur, Gédéon renvoie 31.700 soldats et n’en garde que 300. Il les répartit autour du campement madianite, les équipe de trompettes, de pots de terre pour camoufler des flambeaux. Alors que dorment les madianites aprèsq la relève de lar garde à minuit, les 300 surgissent, sonnent de la trompette, cassent leurs pots de terre pour faire apparaître leurs flambeaux, font irruption dans le camp madianite en hurlant:”Pour le Seigneur et pour Gédéon”. Affolés par cette attaque surprise, aveuglés, les madianites tournent contre eux-mêmes leurs épées et s’entretuent. Les survivants fuient jusqu’au-delà du Jourdain où leurs chefs Oreb et Zeb sont capturés et mis à mort.

Délire de joie chez les Israélites. Ils veulent récompenser Gédéon en le choisissant comme Chef héréditaire. Gédéon refuse:”C’est le Seigneur qui sera votre chef!” Belle profession de foi.

Mais Gédéon va se laisser piéger. Il a demandé qu’on lui donne de l’or en cadeau. Avec cet or, “20 kilogs !) il fabrique une statue qu’il place au milieu de son village, à Ofra. Et le récit conclut:”Les Israélites se mirent à adorer cette idole, qui devint ainsi un piège pour Gédéon et sa famille.“ (Jg 8.27)

Le cycle infernal de l’idolâtrie va recommencer. Ainsi que la violence, familiale, terrible. . Gédéon eut.en effet “soixante dix fils car il avait de nombreuses femmes” (Jg 8.30) Abimélek, le soixante et onzième, né d’une épouse de second rang, se fit proclamer roi après avoir tué les soixante dix frères: un seul échappa, Yotam, le plus jeune qui contesta la légitimité d’Abimélek en le comparant à un buisson d’épines. Le sort se retourna contre le meurtrier: ses sujets se révoltèrent contre Abimélek au bout de trois ans. Une grosse pierre lancée par une femme pendant l’assaut de Tébès lui fracassa le crâne: se voyant perdu Abimélek demanda à un jeune soldat de l’achever car, disait-il, “il ne faut pas qu’on puisse raconter qu’une femme m’a tué”. (Jg 9.54)

Décidément, la Bible raconte très souvent ce qu’il ne faut pas faire:. C’est en cela qu’elle débusque les jalousies, violences ou idolâtries qui sommeillent dans le coeur des humains.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(personnage de la Bible), juge et général des Hébreux. Voyant ses compatriotes opprimés par les Madianites, choisit les 300 plus braves, les munit de vases de terre renfermant des flambeaux allumés puis entra avec eux dans le camp ennemi, en leur ordonnant de sonner de la trompette et de secouer leurs flambeaux tous à la fois. Les Madianites, épouvantés de cette attaque nocturne, ainsi que de ce bruit et de cet éclat inattendus, et croyant les Hébreux en grand nombre s'entretuèrent ou furent pris par l'ennemi. Les Hébreux, affranchis offrirent le sceptre à Gédéon; mais, il se contenta, du titre de juge. Il mourut très âgé, laissant 70 enfants qui furent tous à l'exception de Joathan, tués par Abimélech, leur frère naturel. (A19).

 

 

 

(litt.«frappeur »,«bagarreur »). Le juge qui conduisit Israël à la victoire sur les Madianites, un peuple bédouin qui dominait alors le centre de la Palestine (Juges 6). Il était aussi appelé Yéroubbaal (peut-être«Baal frappe ») à la suite de son premier acte de défi lorsqu'il mit à bas l'autel de Baal de son père Joas qui, par sa présence d'esprit, sauva son fils de l'exécution. L'armée de Gédéon fut réduite, selon le commandement de Dieu, de 32 000 à 300 hommes et son attaque éclair, de nuit, démoralisa l'ennemi et conduisit à une déroute totale. Gédéon fut invité à établir une monarchie héréditaire mais refusa; il fit cependant fabriquer un«éphod » (probablement une idole) à Ophra, qui devint une cause d'apostasie (Juges 8:27). En Hébreux 11:32, Gédéon est placé parmi les héros de la foi.

 

Pour l'épisode de la toison, voir ROSÉE.

Rosée

 

L'humidité de l'air venant de la mer est en grande partie responsable des fréquentes chutes de rosée à l'ouest de la Palestine; le nombre de nuits de rosée par an varie de 250, sur le sol sablonneux de Gaza et les pentes du Mont Carmel, à 100-150 dans les régions montagneuses de Juda. Il y a deux sortes de rosée: la rosée qui tombe et humidifie le sol mou en été, et la rosée qui monte du sol, résultat de la condensation de la vapeur d'eau du sol humide, plus fréquente en hiver. Ceci peut expliquer le phénomène en rapport avec la toison de Gédéon (Juges 6:36ss), d'abord humide par la rosée d'en-haut quand le sol dur était sec, puis sèche quand le sol était rendu humide par la rosée d'en-bas. La rosée est bénéfique aux récoltes d'été et permet la culture sèche en l'absence de pluie. Elle était très estimée par les anciens (Genèse 27:28; Deutéronome 33:28) et était utilisée comme symbole de la résurrection (Esaïe 26:19).

 

Géhenne

 

Jésus a dit un jour: “Si ton oeil est pour toi une occasion de chute, enlève-le et jette-le loin de toi. Il est beau pour toi d’entrer dans la vie avec un seul oeil plutôt que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu” (Mt 18.9). Attention: ce mot piège en cache souvent un autre: le mot “enfer”, selon quelques traductions. Et, entre les deux, un troisième piège, l’expression “les enfers”, éventuellement un quatrième le “shéol” ou l’Hadès....

Essayons de clarifier. L’enjeu est important.

Et d’abord le mot “géhenne”, en hébreu, gen hinnon. C’était un lieu-dit,un ravin situé à l’ouest et au sud de Jérusalem. A l’époque des prophètes, 700 ans avant le Christ, on y brûla des garçons ou des filles en l’honneur du Dieu Molek (Moloch) . Le roi Achaz (736-716) immola un de ses fils “selon l’abominable pratique des nations” (2 Rois 16.3; 2 Ch 28,3), Manassé en fit autant (687--642) 2 Ch 33.6) malgré l’interdiction absolue de Dieu, rappelée par Jérémie : “Dans la vallée de Hinnon, ils ont aménagé un lieu sacré, le Tofeth, pour y brûler en sacrifice leurs fils et leurs filles. Je n’avais pourtant rien commandé de pareil, l’idée ne m’en serait jamais venue”(7,31-32).

Devenue maudite, cette vallée de Gen Hinnon fut transformée en décharge publique, brûloir permanent pour les ordures de Jérusalem. D’où ses caractéristiques: un feu inextinguible, la géhenne de feu, “où le ver ne meurt point et où le feu ne s’éteint point” (Mc 9.47-48.)

Pour faire bref, cette vallée de la géhenne étant réservée aux ordures, dire de quelqu’un qu’il méritait la géhenne équivalait à le traiter d’ordure, de rebut irrécupérable. Jésus parle assez souvent de cette vallée de Jérusalem: gehenne de feu.

 

Jésus utilise deux autres mot à la fin de la parabole dite du jugement dernier. Ceux qui auront fait le mal iront “vers le feu éternel qui a été préparé pour le diable” (Mat 25.41) , ou encore vers le “châtiment éternel”.

Or l’apocalypse évoque plusieurs fois un “étang de feu et de soufre” dans lequel sont précipités “la mort et l’Hadès” (mot grec désignant le lieu où descendent tous les morts pour une existence fantomatique: la bible appelant Shéol ce territoire souterrain, cette tombe commune à tous les défunts. La traduction latine la désigne en parlant des lieux inférieurs, inferna, enfers).

Les choses se compliquent dans la mesure où Jésus a également employé le mot Hadès: “et les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre mon église” (Mt 16.18).. De son côté, l’apôtre Pierre déclare, le jour de la Pentecôte: que “Dieu a ressuscité Jésus, le délivrant des affres de l’Hadès”, autrement dit de la mort. Dans le Credo, nous chantons que Jésus, aussitôt après sa mort, “est descendu aux enfers”: autre façon de dire qu’il a connu la mort, qu’il est descendu dans ce monde des morts, mais que, par sa résurrection, il en est remonté, ouvrant les portes de l’Hadès, entraînant avec lui ceux et celles qui y attendaient la résurrection. Les icones de la résurrection montrent Jésus empoignant vigoureusement Adam et Eve, l’homme et la femme, pour les faire sortir de la mort; les ressusciter.

Parce que les traducteurs n’ont pas été suffisamment attentifs à distinguer ces trois emplois de mots différents, des confusions sont nées et traînent encore dans l’imaginaire de beaucoup . La gehenne est devenue l’enfer, un lieu où brûleraient éternellement les “âmes” des défunts rejetés par Dieu, tout comme les démons chargés eux-mêmes d’entretenir ce feu. Les gens de mon âge ont certainement vu ces représentations effrayantes du catéchisme en image montrant une fournaise, des corps d’hommes et femmes, les réprouvés, tirés dans le feu par des démons apparemment adaptés à la très haute température. De la vallée de la géhenne, brûloir d’ordures, dont parlait Jésus comme d’une comparaison, l’imaginaire passait à la représentation d’un lieu ultra réel, l’enfer, dans lequel on pouvait être jeté définitivement pour avoir traité son frère de fou ou de méchant. D’où la peur de l’enfer chez ceux qui ne faisaient aucune différence entre l’image et sa signification, entre la comparaison et la réalité.

Entre les deux, la géhenne et l’enfer, la troisième expression désignant le séjour de tous les morts :le schéol, l’Hadès, en français “les enfers” au pluriel., que, bien malencontreusement, certains ont ainsi traduit: “et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre mon église”. Comme si Jésus avait été mis en enfer comme un damné pendant quelques heures...

Je vous le disais: nous voici en pleine confusion. Nous suscitons un imaginaire délirant si nous ne distinguons pas “les enfers” (schéol, hadès) terme utilisé jadis pour désigner le lieu des morts - la géhenne, désignant un lieu pour les rebuts de Jérusalem, et les mots de “châtiment”, de “feu éternel”.

La richesse du vocabulaire français permet de jouer sur ces mots : nous parlons de “descente aux enfers” pour parler de la déchéance de quelqu’un, de “feu d’enfer” pour caractériser un feu très fort, mais aussi de “pêche d’enfer” pour désigner une santé éclatante, de “vie d’enfer” pour parler de conditions de vie terrblement éprouvante, tandis que Sartre disait: “L’enfer, c’est les autres”..

Ne manipulons pas sans d’extrêmes précautions ces mots bibliques différents.

 

Copyright © All Rights Reserved