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Charles

de Foucauld

Charles de Foucauld et la Fraternité

universelle

 

En cours de rédaction

 

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Et l'Eucharistie

Et les Baptisés

Fraternité universelle

Et l'Evangile

Et Nazareth

Et le Désert

Et le Sacerdoce

Et la Violence

Et l'Islam

Charles de Foucauld et la Bible,

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En cours de rédaction.( Plan global de cette page)

 

Aujourd'hui, la Fraternité ?

Dans la société française

Dans les partis politiques, entre associations, dans les relations entre gens du privé et gens du public? Entre croyants et non croyants ?

 

Dans les relations à l'intérieur de l'Eglise catholique ?

Entre certains cardinaux et le pape ?

Entre évêques ?

Entre prêtres d'un même diocèse ?

Entre certains évêques et les prêtres ?

Entre générations pastorales ?

 

 

Fraternité entre le masculin et le féminin ?

50 % de la population mondiale est constituée par le monde féminin ?

Attitudes fraternelles ou dominatrices ?

Réflexion du Cardinal Gracias, membre du G9 choisi par le Pape François, archevêque de "Bombay"

 

Au commencement du christianisme, pas de discrimination

 

« Au commencement de l’histoire de l’Église, au temps de Jésus, explique le cardinal Gracias, il n’y avait aucune discrimination : dans l’esprit de Notre Seigneur, chacun a son rôle, sans la moindre trace de hiérarchie. C’est seulement ensuite que les choses ont changé dans l’Église : avec les années, en effet, les femmes ont été reléguées à des places et des rôles secondaires. Et le changement s’est produit parce que l’Église vit dans le monde et ce faisant, elle finit par en prendre la mentalité : et dans le monde, les femmes avaient une place de série B. »

 

Il ajoute : « Mais les choses sont en train de changer, même dans l’Église ! Le pape François le redit très souvent : pour la vie de la communauté ecclésiastique, il est important que les femmes aient des rôles de responsabilité. »

 

Et il parle « en qualité de canoniste, je voudrais défendre le droit canonique et dire qu’il n’a aucune responsabilité. Mais par ailleurs, je ne le défendrais pas au point de soutenir qu’il ne peut avoir besoin d’être revu ou modifié. Pourtant si nous regardons les normes en elles-mêmes, il y a très peu de restrictions qui excluent explicitement le féminin, comme c’est par exemple le cas de l’ordination sacerdotale. Le vrai point est plutôt ailleurs : la distinction entre clercs et laïcs, entre ce que peuvent faire les uns et les autres. Ceci pourrait être revu. Mais quand on parle de laïcs, je ne vois pas de différence substantielle entre les hommes et les femmes. Ceci n’exclut pas que le moment est peut-être venu d’entreprendre une action positive pour montrer clairement que les femmes font partie intégrante de l’Église. Nous en avons aussi parlé récemment au sein de notre conférence épiscopale. Certes, les choses sont très différentes selon les contextes et les sociétés : dans certaines conférences épiscopales, les femmes remplissent des rôles qu’elles n’ont pas dans d’autres ; la diversité est vraiment grande. Mais au fond, il faudrait que soit clair le fait que, puisque les hommes et les femmes sont différents, la spécificité féminine est une richesse pour la vie de l’Église. Il est important que tout le monde le comprenne et le mette ensuite concrètement en pratique. »

 

Comment alors concilier le droit et la miséricorde ? « C’est une question très intéressante, répond le cardinal Gracias. Nous avons organisé à Mumbai un congrès sur ce thème pour étudier la relation entre les deux. Le pape a souvent attiré l’attention sur l’une et l’autre, sur l’usage de la miséricorde et sur l’application de la justice. La question de fond est de savoir s’il y a ou non contradiction : je considère que la miséricorde et la justice ne sont pas en opposition parce que la justice de Dieu est miséricorde. C’est une question de gratuité, de pardon, de compréhension réciproque. Et, évidemment, aussi du fait que chacun soit à sa juste place. Nous devons donc redéfinir notre concept de justice, parce que la justice ne peut exclure la miséricorde. Autrement, ce serait une justice divine défectueuse. Une justice viciée. »

 

« J’ai profondément honte »

 

Giulia Galeotti évoque aussi le scandale soulevé par des viols en Inde, et le cardinal répond : « J’ai profondément honte de la violence contre les femmes qui traverse l’Inde. Les épisodes sont tellement nombreux, en particulier dans certaines zones du pays. Ce qui est vraiment grave, dans cette situation, c’est le sentiment d’impunité qui accompagne la réception de la chronique de ces horreurs. S’il y a une tentative pour changer les lois et les rendre plus dures, nous devons cependant garder à l’esprit qu’on ne peut pas changer la société uniquement avec des dispositions normatives : la majeure partie des personnes sont convaincues que c’est la faute des femmes qui provoquent les hommes, qu’au fond, ce sont elles les vraies responsables, que les victimes de ces épisodes sont des femmes « mauvaises », coupables par leur comportement. Sous toutes ses formes, la misogynie est minimisée et banalisée. C’est cela qui s’apprend à la maison et dans la société. Et c’est cela qui doit changer. »

 

Il souligne que l’Eglise travaille « sans répit depuis des décennies pour l’émancipation des petites filles et pour améliorer la dignité des femmes, à travers nos apostolats éducatifs, sanitaires et sociaux : c’est seulement quand les enfants, garçons et filles, seront traités de la même façon à la maison que nous serons en mesure de vraiment attaquer le cœur de la misogynie et de la violence. Nous devons travailler tous ensemble, à tous les niveaux.

 

« Maintenant, par exemple, précise le cardinal indien, nous sommes en train de mettre au point un protocole sur le comportement des personnes qui travaillent dans l’Église, dans les paroisses, qu’il s’agisse de religieux ou de laïcs. D’ailleurs, nous avons le modèle des congrégations féminines qui, dans notre pays, font vraiment énormément pour aider les femmes violentées, violées, maintenues dans l’esclavage, appauvries… »

 

Il évoque la canonisation de Mère Teresa qui « a été une source de joie énorme » : « Elle est vraiment un exemple de christianisme. C’est un don de l’Inde au monde, au monde chrétien mais aussi au monde laïc. Elle était aimée et suivie par tous, sans aucune distinction : jusqu’aux athées qui l’aimaient avec une grande intensité. Elle a vraiment été un modèle de compassion et d’amour passionné pour les plus pauvres et les personnes marginalisées en général. Une vie, sa vie, vécue à l’enseigne de la miséricorde. Chaque minute de chaque journée de son existence a été un hymne à la miséricorde. La canonisation de Mère Teresa est aussi un appel concret. C’est un modèle pour tous, dans tous les domaines.

 

Et ce que les « femmes occidentales peuvent apprendre des femmes indiennes » ? « Je dirais une certaine gentillesse. Certaines femmes occidentales luttent pour leurs droits de manière très masculine et je crois que c’est une erreur. »

 

 

 

UNITE des CHRETIENS :

leur plus grande désobéissance au Christ depuis des siècles.

Prière pour l'Unité des chrétiens

(à redire jusqu'à la fidélité à la prière du Christ: Jean 17)

 

 

PRIERE POUR L UNITE

Seigneur Jésus, à la veille de mourir pour nous,

Tu as prié pour que tous tes disciples soient parfaitement un,

Comme toi en ton Père et ton Père en toi.

Fais-nous donc ressentir jusqu'à la douleur

L'infidélité de notre désunion.

Donne-nous la loyauté de reconnaître

Et le courage de rejeter

Ce qui se cache en nous d'indifférence, de méfiance,

Et même d'hostilités mutuelles.

Accorde-nous de nous rencontrer en toi,

Afin que monte incessamment de nos âmes et de nos lèvres,

La prière pour l'unité des chrétiens.

Telle que tu la veux, par les moyens que tu veux.

En toi. qui es la Charité parfaite.

Fais-nous trouver la voie qui conduit à l'unité

Dans l'obéissance à ton amour et à ta vérité.

 

Père Paul Couturier Apôtre de l'unité,

décédé le 24 mars 1953

 

 

 

 

 

 

Charles de Foucauld et sa pratique de la Fraternité

- Avant 1908: donner et être fraternel vis-à vis de tous

- à partir de 1908: donner et recevoir, vivre au même niveau

- sa proposition pour tous les baptisés dans l'Union

 

 

 

 

Dans la Bible, que dit-on du Frère et de la Soeur ?

 

 

- Ancien testament

- Nouveau Testament

- Ce qu'en dit Jésus de Nazareth ( synoptiques et évangile selon Jean)

- Ce qu'en disent les Actes des Apôtres

- Ce qu'en dit PAUL et ce qu'il en a pratiqué

- Du meurtre d'Etienne à ses conseils aux frères et soeurs de chaque Eglise

- Les frères faibles (I Cor, à propos des viandes offertes dans les temples païens ....)

- Les frères "faux" (Phil 1,18-24...)

- Les désaccords fondés sont pris en compte par Paul. (Avec Pierre, notamment cf. Galates)

- Ce qu'en dit JEAN dans sa Première Lettre et dans l'Apocalypse

- Ce qu'en dit PIERRE dans sa première Lettre mentionnant deux fois le mot même de "Fraternité" (adelphotès) ( 2, 17 et 5,9)

 

Dans les élaborations théologiques sur la Fraternité

- La communauté des chrétiens comme "Fraternité" ( plus que comme Assemblée, ekklesia)

Les publications de Michel DUJARRIER sur les théologies depuis le premier siècle jusqu'à nos jours.

 

 

Autres enseignements ou expériences contemporaines

sur la FRATERNITE

 

 

POUR PROGRESSER DANS L'ATTITUDE FRATERNELLE

- entre chrétiens

- entre proches, vivant dans le même environnement culturel ou religieux

- avec ceux et celles dont nous ne partageons pas la culture ou la vision religieuse

- avec ceux que nous considérons comme des adversaires, des ennemis

- envers ceux dont nous sommes séparés depuis longtemps

 

 

 

CHARLES DE FOUCAULD

ET

L’APOSTOLAT DE LA BONTÉ

dans le contexte de la

nouvelle évangélisation.

 

 

AUJOURD’HUI

La nécessité d’évangéliser

 

« Nous percevons bien que, dans cette société en crise, éprouvée par une grande incertitude sur son devenir, traversée de manière nouvelle par le pluralisme des cultures et des religions, nous avons à nouveaux frais à proposer la foi.

Nous ne pouvons plus nous contenter de transmettre un héritage si riche soit-il. Nous avons à accueillir ce don que Dieu nous fait par la foi dans des conditions tout à fait nouvelles et à retrouver dans le même temps le geste initial de l’évangélisation : celui de la proposition simple et résolue de la Bonne Nouvelle du Christ. Il s’agit de retrouver dans toute sa radicalité et sa perpétuelle nouveauté le cri de Saint Paul : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile. » I Co 9,16

Jean-François BERJONNEAU, Assemblée internationale de Poissy, Novembre 2012

 

Comment évangéliser ?

 

Le Pape Paul VI, dans une encyclique véritablement prophétique « Evangelii nutiandi » ou « L’évangélisation dans le monde moderne » en 1975, a tracé le chemin de cette évangélisation.

Il souligne d’abord l’exigence du témoignage de la vie, « d’une vie authentiquement chrétienne, livrée à Dieu dans une communion que rien ne doit interrompre, mais également donnée au prochain avec un zèle sans limites » «

 

C’est donc par sa conduite que l’Église évangélisera tout d’abord le monde, c’est-à-dire par son témoignage vécu de fidélité au Seigneur Jésus, de pauvreté et de détachement, de liberté face aux pouvoirs de ce monde, en un mot de sainteté. » Il rappelle que « l’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou s’il écoute les maîtres c’est qu’ils sont des témoins. » N° 41

 

Il ajoute ensuite que ce témoignage de vie doit conduire à la prédication directe du Christ et aux sacrements.

Il précise que l’utilisation des médias et des moyens modernes de communication pour l’évangélisation, ne remplace pas le contact direct de personne à personne. N°45-46

 

Un peu d’histoire

 

L’apostolat de la bonté a toujours existé dans l’Église. Rappelons, quelques situations :

 

-La crise donatiste : face à tous ceux qui par peur du martyr avait renié leur Maître, Saint Augustin a pris le parti de les réintégrer moyennant une démarche pénitentielle.

 

-Des congrégations religieuses naissent au cours du Moyen Age, pour le rachat des prisonniers : St Jean de Matha et les Trinitaire, St Pierre NOLASQUE et le Mercédaires ; mais aussi pour le soin des malades atteints par la lèpre ou par le mal des Ardents : ce sont les ordres hospitaliers, dont le plus connu est l’ordre de St Jean de Dieu.

 

-François d’Assise, sans aucune ambition de pouvoir, se fait proche des partis qui s’opposent pour les inviter à la réconciliation, à la paix et à la conversion.

 

-Vincent de Paul se soucie de tous ceux que la société délaisse, les galériens, les enfants abandonnés, les habitants des campagnes.

 

-Mère Térésa a pris le même chemin.

 

-Aujourd’hui, le pape François, conduisant toute l’Église à redécouvrir le cœur du message évangélique dans la miséricorde à partir de situations concrètes ; à travers des gestes forts comme son déplacement à Lampedusa, il appelle à contrer « la mondialisation de l’indifférence. »

Dans notre société éloignée de Dieu, ignorante des conditions de vie des autres, et tentée par la violence, l’apostolat de la bonté devient révélation du Dieu « tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ». (Ex 34,6)

 

 

 

CHARLES DE FOUCAULD

ET L’APOSTOLAT DE LA BONTÉ.

Un témoignage de vie.

Par une fidélité intérieure à la volonté de Dieu.

 

Pour Charles de Foucauld, l’Évangile n’est pas une doctrine, mais une vie !

« Quand on prêche, il faut donner l’exemple des vertus qu’on prêche. » Commentaire de St Matthieu, p. 168-169.

 

« Le fruit de l’apostolat ne dépend pas de la longueur du temps pendant lequel on s’en acquite, mais du degré de sainteté qu’on y apporte. » Commentaire de St Matthieu, p. 174-179

 

« Ce n’est pas par la science, ni la parole, ni les œuvres humaines, ni les moyens naturels qu’on glorifie Dieu ; mais uniquement par la fidélité courageuse,… c’est-à-dire en résumé, en obéissant continuellement à sa volonté, quoi qu’elle nous ordonne, malgré tous les obstacles de la nature, du monde et du démon. » Commentaire de St Matthieu, p. 216-219.

 

 

Ce qui intéresse Charles de Foucauld, ce n’est pas tant la prédication par la parole et son contenu doctrinal que le prédicateur et ce qu’il révèle de lui à travers toute sa vie. Ses œuvres de miséricorde en Palestine, et plus tard en Afrique de Nord sont pour lui une façon de manifester la miséricorde du Père qui vient au devant de toutes ces populations.

 

Dans sa retraite « à Éphrem », une retraite avec Jésus, en 1905, il contemple les vertus de Jésus pendant sa vie publique. Mais pour aller au cœur d’une vie évangélique, il se souvient de ce que lui disait l’abbé HUVELIN :

« On fait du bien par ce qu’on est, bien plus que par ce que l’on dit… On fait du bien en étant de Dieu, à Dieu. »

Lettre de l’abbé Huvelin, 18 juillet 1899. Correspondance inédite

 

Par la volonté de faire du bien.

 

Après son ordination, ses projets sont très vite formulés ; on sent sa fibre d’explorateur :

« Aller, préparer, commencer l’évangélisation de Touregs, en m’établissant chez eux, apprenant leur langue, traduisant le Saint évangile, me mettant en rapport aussi amicaux que possible avec eux. » 1903

 

Dans le directoire de l’Association des Frères et Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus, en 1909 il écrit :

« On fait du bien non dans la mesure de ce qu’on dit et de ce qu’on fait,

mais dans la mesure de ce qu’on est,

dans la mesure de la grâce qui accompagne nos actes,

dans la mesure en laquelle Jésus vit en nous,

dans la mesure en laquelle nos actes sont les actes de Jésus, agissant en nous et par nous !

Le degré de notre sanctification personnelle sera celui du bien produit par nos prières, nos pénitences, nos exemples, nos actes de bonté, nos œuvres de zèle. »

Règlement et directoires, p. 645 (1909)

 

De fait, nous trouvons des traces de cette volonté de faire du bien dans la correspondance qu’il établit avec l’abbé Huvelin pendant son séjour en Algérie :

 

« Mon Père bien aimé, je viens d’arriver à Béni Abbès, lieu de mon repos.… Priez Jésus pour votre enfant soit digne de sa grâce et fasse le bien qui est à faire, tant aux soldats qu’aux musulmans. » Lettre au Père Huvelin, Toussaint 1901.

 

Au cours d’un déplacement vers le pays touregs. « Le Bon Dieu m’a fait la grande grâce d’être depuis 4 mois dans un pays jusqu’à présent fermé à la Sainte Hostie, au saint Évangile… J’y fais ce que je puis : très prudemment, très discrètement, je tâche de mettre les indigènes, les Touaregs en confiance avec moi, de les apprivoiser de faire régner entre nous l’amitié… je sème, d’autres moissonneront. » Lettre au Père Huvelin, 15 juillet 1904.

 

Être « une porte ouverte », dans la fidélité d’une présence…

 

Il passe beaucoup de temps à apprendre la langue et à préparer des traductions, pour trouver les moyens de communiquer profondément avec ce peuple touareg.

« Le temps qui n’est pas pris par la marche et le repos est employé à préparer les voies, en tâchant de lier amitié avec les Touaregs en faisant les lexiques, traductions indispensables à ceux qui viendront porter Jésus.…

 

Plus j’y pense, plus il me semble qu’il faut tenir cette porte ouverte jusqu’à ce que d’autres entrent, qu’il faut lier amitié, mettre en confiance, donner bonne impression, préparer le sol jusqu’à ce que les ouvriers puissent entrer dans le champ ; plus il me semble que puisque Jésus, par votre bouche, m’a renvoyé ici, il faut que je continue à tâcher d’y faire Son œuvre jusqu’à ce que d’autres me remplacent. » Lettre au Père Huvelin, 13 juillet 1905

 

Charles de Foucauld qui était partagé entre Beni Abbès, décide de s’installer à Tamanrasset le 18 août 1905 ;

il y construit « une cabane ».

« Bien aimé Père, me voici installé ici, fixé ici pour un temps que Jésus seul connaît… Je suis très content de m’être fixé ici : je vois qu’il fallait profiter de l’occasion ; toute hésitation a disparu … Jusqu’à quand y suis-je ? peut-être pour toujours, que sais-je ? peu importe ! Pourvu qu’on soit où Jésus veut… »

Lettre au Père Huvelin, 13 juillet 1905

 

« Faut-il employer les heures consacrées chaque jour au travail , entièrement au travail manuel du jardin ou à l’étude de la langue touarègue et à des travaux sur cette langue pour faciliter l’œuvre des ouvriers évangéliques, ou partie à l’un et partie à l’autre ? Je suis enclin au dernier parti, de ne pas délaisser tout à fait l’humble travail des mains, et cependant donner pour un temps, la part principale à la confection d’un lexique et d’une grammaire touarègue et la traduction en touareg de certaines parties de l’Écriture Sainte. »

Lettre au Père Huvelin, 26 octobre 1905.

 

Après sa retraite annuelle, il a reçu des lumières sur la direction qu’il doit prendre :

 

« Je dois faire tout ce que je puis faire de meilleur pour le salut des infidèles de ces contrées dans un oubli total de moi. Par quels moyens ! Par la présence du St Sacrement, l’oblation du St Sacrifice, la prière, la pénitence, le bon exemple, la bonté, la sanctification personnelle. »

Tamanrasset, lette au Père Huvelin, le 1er décembre 1905.

 

Le bon exemple, c’est sa manière de parler de témoignage.

 

Car il tient à montrer le Christ mais d’une manière bien particulière :

« Je dois aller dans l’univers entier par mes prière qui doivent embrasser tous les hommes… Je dois prêcher par l’exemple de ma vie, faire en sorte que ma vie soit une fidèle image de celle de Notre Seigneur, et par là crier l’Évangile sur les toits, faire voir l’Évangile vivant à tous ceux qui me voient, qui vivent autour de moi. »

Considérations sur les fêtes de l’année, au jour de l’Ascension, p.402

 

 

Ses amis ont peur qu’il s’enterre à Tamanrasset, mais il tient à son « œuvre de premier défrichement » ( comme il l’écrit au Père Caron les 3 et 20 avril 1906) et il explique :

 

« Cette mise en confiance des indigènes est un bien petit pas, bien loin encore de celui que nous supplions Jésus de leur faire faire, mais c’est un premier pas nécessaire, et je bénis Jésus de ce qu’il se fait peu à peu. »

Lettre au Père Huvelin, 7 novembre 1906.

 

Ce petit pas n’est pas un manque d’audace.

Charles de Foucauld ne veut pas forcer le temps de Dieu.

Dans sa prière, il supplie Jésus de se faire connaître à eux.

 

 

Un échange de « bontés »

 

Le 2 janvier 1908, il tombe malade.

Sans doute, à la suite d’efforts trop importants dans la rédaction des lexiques et grammaires, mais aussi à la suite d’une contrariété importante autour de la célébration de l’Eucharistie, car pour la première fois depuis 21 ans, il ne vit pas de la communion le jour de Noël.

 

Il révèle quelques aspects de sa maladie à sa cousine

« … quelque chose au cœur, je crois ; sans tousser, sans souffrir en rien de la poitrine, le moindre mouvement me rendait haletant au point d’être prêt à m’évanouir. Un ou deux jours, j’ai cru que c’était la fin.… Je garde une immobilité complète, un repos absolu, et je crois qu’il me faut pendant un mois entier interrompre tout travail ; puis ensuite travailler plus modérément que je ne faisais et sans veiller autant la nuit. »

Lettre à Marie de Bondy, le 26 janvier 1908.

 

 

En fait, il a fait l’expérience d’une pauvreté radicale dans son corps, mais en même temps l’expérience de l’amitié que lui portent ceux qu’il a pris le temps de connaître et de servir :

« On m’a cherché toutes les chèvres ayant un peu de lait, dans cette terrible sécheresse, à quarante kilomètres à la ronde »

Lettre au Père Guérin

 

C’est lors de sa visite à Paris en février 1909, qu’il va rencontrer une dernière fois le père Huvelin.

Il notera dans son carnet personnel à la suite de cette visite.

« Mon apostolat doit être l’apostolat de la bonté.

En me voyant, on doit se dire : « Puisque cet homme est si bon, sa religion doit être bonne. »

Si l’on demande pourquoi je suis doux et bon, je dois dire : « parce que je suis le serviteur d’un bien plus bon que moi. Si vous saviez combien est bon notre maître Jésus. »

 

C’est bien l’apostolat de la bonté qu’il choisit de vivre.

 

Avec des frères et sœurs…

 

Demandant à Dieu des frères et sœurs qui partageraient sa vocation auprès des musulmans, et ne voyant rien arriver, il en vient à imaginer des frères et sœurs laïcs ( l’Union), qui pourraient partager l’apostolat de la bonté.

 

« Les devoirs des frères et des sœurs, qui ne sont ni prêtres, ni religieux, envers les infidèles seront d’autant plus graves qu’ils peuvent souvent pour eux, plus que les prêtres, religieux et religieuses. Plus qu’eux, ils peuvent entrer en relation, se lier avec eux d’amitié, se mêler à eux, prendre contact avec eux.

 

Lorsque les infidèles ont de la répulsion pour les chrétiens, quand ils ont une religion leur inspirant une joie profonde, les prêtres, les religieux et religieuses leur causent de la défiance ; souvent aussi les prêtres et religieux manquent de point de contact, d’occasions de se mettre en rapport avec les infidèles ; de plus la prudence et les règles de leurs instituts les empêchent quelque fois, de dépasser certaines limites d’inimitié, de pénétrer au foyer des familles, d’entrer en relations étroites.

 

Ceux qui vivent dans le monde ont souvent au contraire, de grandes facilités pour entrer en rapports étroits avec les infidèles. Leurs occupations : administrations, agriculture, commerce, travaux quelconques, les mettent, s’ils le veulent en relations de toute heure avec eux. »

Lettre au Père Caron du 11 mars 1909.

 

Le sens de toute sa vie…

 

« Il n’y a pas, je crois, de parole d’Evangile qui ait fait sur moi une plus profonde impression et transformée davantage ma vie que celle-ci : « Tout ce que vous faites à un de ces petits c’est à moi que vous le faites .

 

Si on songe que ces paroles sont celles de la Vérité incréée, celle de la bouche qui a dit : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang » avec quelle force on est porté à chercher et à aimer Jésus dans ces « petits », ces pécheurs, ces pauvres, portant tous ces moyens spirituels vers la conversion des âmes, tous ces moyens vers le soulagement des misères temporelles ».

(Lettre à Louis Massignon, 1er août 1916).

 

Charles de Foucauld n’a pas simplement agi pour le Christ ;

ces paroles l’ont transformé en Christ.

Sa vie porte la bonté du Christ qui se dépossède pour donner la vie.

Il est « eucharistie » par sa présence au cœur de ce peuple.

 

 

 

 

 

DES TEXTES DE RÉFLEXION

 

 

Madeleine DELBREL

 

« La bonté ? dans le monde contemporain, on a si honte d’elle qu’on ne rencontre plus son nom sur ce qui pourrait être un peu philanthropie… solidarité pour les uns ou assistance pour les autres.(…)

 

On se prend à penser parfois que la bonté a quitté le monde parce que le monde l’a chassée. (…)

 

J’étais dans une grande ville, il y a plusieurs années à l’étranger. C’étaient les dernières heures et quelques jours passés là. Je n’avais presque plus d’argent, j’étais très lasse, je souffrais de cette douleur qui frôle en nous l’animal dans l’animal raisonnable qui nous sommes : la douleur de la mort, de plusieurs morts, des morts de la même chair que la mienne.

 

Je ne crois pas que je représentais une catégorie humaine. Les vêtements que j’avais étaient sans particularité. Et moi-même je ne me sens pas remarquable.

 

Je marchais depuis plusieurs heures dans les rues pour attendre le moment du train. Pourquoi ne pas dire que je pleurais. Je ne m’en importais pas et j’attendais que ça passe. Étrangère. Inconnue. Un chagrin commun à tous les hommes qui suent les larmes, comme certains travaux la sueur.

 

Il s’est mis à pleuvoir ; j’avais faim, les pièces de monnaie qui me restaient fixaient ce à quoi je pouvais prétendre.

 

J’entrai dans un minuscule café qui donnait aussi à manger. Je choisis ce que je pouvais acheter : des crudités. Je les mangeai lentement pour les rendre nutritives et pour donner à la pluie le temps de finir. De temps en temps mes yeux s’égouttaient

 

Mais tout d’un coup, mes deux épaules ont été prises dans un bras réconfortant et cordial, une voix me dit : « Vous café, moi donner. » C’était absolument clair. Je ne me souviens plus de ce qui s’est passé après : c’est une chance car je suis sans goût pour le ridicule.

 

Mais si j’avais souvent parlé de cette femme, pensé à elle, prié pour elle avec une reconnaissance inusable, aujourd’hui cherchant la bonté en chair et en os, c’est elle qui s’est imposée à moi. Car ce qui donne à cette femme valeur de signe chrétien, d’image lointaine, mais fidèle de la bonté de Dieu : c’est qu’elle a été bonne parce qu’elle était habitée par la bonté, non parce que j’étais des siens, familialement, socialement, politiquement, nationalement, religieusement.

 

J’étais « l’étrangère », sans indice d’identité

.J’avais besoin de bonté, j’avais même besoin de la bonté quand elle se fait miséricorde. Elle m’a été donnée par cette femme.

Aujourd’hui elle est un exemple absolu de la bonté, parce que j’étais « n’importe qui et n’importe quoi » et que ce qu’elle a fait elle l’a fait parce que la bonté était en elle, non pour ce que j’étais moi. Dans son acte, je trouve tout ce que la bonté doit être pour être la bonne.

 

Dans Madeleine DELBREL « la femme, le prêtre et Dieu » 9ème tome p.238-241

 

 

« La bonté dont je parle ici, ce n’est pas avoir bon cœur, avoir naturellement bon cœur.

Mais cette bonté, elle, peut faire d’un mauvais cœur un bon cœur. Elle ne serait pas la bonté de Jésus-Christ si elle n’y arrivait pas.

Pourtant, le chrétien ne peut pas compter sur son cœur ainsi rénové comme sur un don définitif.

Ce qui lui est donné définitivement, c’est le cœur de Jésus-Christ, la faculté définitive de pouvoir y régénérer son propre cœur. »

Dans Madeleine DELBREL « la femme, le prêtre et Dieu » 9ème tome p.226

 

 

« Le bonté du Christ tient tout pour guérissable, elle nous apprend que ce nous-mêmes si malmené par le monde, a une valeur absolument indépendante de la richesse, de la puissance, du brio, de l’influence ; et de la force, de la réussite.

La bonté du Christ espère avec nous ; plus encore elle espère de nous, de chacun, quelque chose.

La bonté du Christ est avant toute chose une rencontre qui nous rend présents à nous-mêmes, qui avec nous-mêmes, marche dans une vie partagée. »

Dans Madeleine DELBREL « la femme, le prêtre et Dieu » 9ème tome p.228

 

 

 

 

Homélie du pape François, pour le dimanche du Christ, Roi de l’univers le 23 novembre 2014

 

« Et nous qui dans l’Eglise sommes appelés à être pasteurs, nous ne pouvons pas nous distancier de ce modèle, si nous ne voulons pas devenir des mercenaires. A cet égard, le peuple de Dieu possède un flair infaillible pour reconnaître les bons pasteurs et les distinguer des mercenaires.(…)

 

L’Évangile nous dit ce que le règne de Jésus demande de nous : il nous rappelle que la proximité et la tendresse doivent être aussi notre règle de vie, et que c’est sur cela que nous serons jugés, sur ce protocole de vie. C’est la grande parabole du Jugement dernier de Matthieu 25. Le Roi dit : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli ; j'étais nu, et vous m'avez habillé ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus jusqu'à moi !» (25,34-36).

 

Alors les justes lui répondront :

« Seigneur, quand est-ce que nous avons fait tout cela ? »

Et il répondra: « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères,

c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,40).

 

Aujourd’hui l’Eglise nous donne pour modèle les nouveaux Saints qui, par leurs œuvres de dévouement généreux à Dieu et aux frères, ont servi le royaume de Dieu chacun dans son domaine, et en sont devenus héritiers.

 

Chacun d’eux a répondu avec une créativité extraordinaire au commandement de l’amour de Dieu et du prochain. (…)

 

Leur prédilection pour les petits et les pauvres était le reflet et la mesure de leur amour inconditionnel pour Dieu. En effet, ils ont cherché et découvert la charité dans la relation forte et personnelle avec Dieu, de laquelle se dégage le véritable amour pour le prochain. C’est pourquoi, à l’heure du jugement, ils ont entendu cette douce invitation : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. » (Mt 25,34).

 

 

 

POUR UN PARTAGE.

 

1 - Charles de Foucauld est un homme en recherche de fraternité,

« un tendre frère » avec une capacité extraordinaire pour créer des relations fidèles, qui vérifient leur vérité par le temps.

 

Pour tous les baptisés :

C’est un appel à « vivre en frères », un appel à valoriser et à développer toutes nos richesses d’humanité, d’affectivité, de cordialité dans la vie ordinaire. Car cette vie ordinaire, véritable vie de Nazareth révèle les beautés des cœurs, mais aussi leur fragilité. Comment s’exprime l’apostolat de la bonté dans notre vie ordinaire ?

 

Quelle sorte de bonté nous anime ? Une bonté spontanée ou la bonté du Christ ?

 

Pour des prêtres diocèsains :

Dans notre relation pastorale, sommes-nous des prédicateurs trop lointains, des pasteurs qui donnent des orientations générales ?

Prenons-nous le temps et les moyens pour être proches, pour réfléchir à partir des questions des personnes, pour marcher au pas du troupeau » Cf « Au plus petits de mes frères » p.115 Gn 33,13-14 cité par Ch de Foucauld en commentant Mc 6,31

 

 

 

 

 

2. - Charles de Foucauld est un « inlassable et discret éveilleur » à la présence du Jésus.

Il va à la rencontre des plus loin, il entre dans les richesses de la culture de groupes humains.

 

Petite Sœur Magdeleine témoignera, elle aussi, d’un amour d’une qualité rare, un amour délicat et respectueux, bien différent de l’amour généreux et invasif de la personne pressée et soucieuse d’efficacité.

 

Pour tous les baptisés :

En nous rappelant les premières communautés chrétiennes toutes simples, dans les Actes des Apôtres,

 

Comment faisons-nous vivre la fraternité dans nos lieux d’Église, et dans la société ? Quelles expériences heureuses ou malheureuses vivons-nous ?

 

Où retrouvons-nous l’élan pour faire des choix dans le sens de la communion ?

Un chrétien, c’est quelqu’un qui se cherche des frères, qui voit dans les autres des frères.

 

De qui nous faisons-nous frères ?

 

Pour des prêtres diocésains :

 

Un presbyterium nous est donné, par l’ordination sacramentelle.

Des frères diacres sont associés à note mission. Le peuple de Dieu nous est confié pour qu’avec lui toute l’Église soit témoin de la miséricorde du Père.

Ce sont nos premiers lieux de fraternité.

 

Avons-nous la volonté de nous accueillir, de nous connaître, de travailler ensemble au service du Christ ?

 

Quel temps prenons-nous pour des rencontres gratuites, amicales ?

 

Quelles démarches faisons-nous pour connaître notre peuple ?

Que faisons-nous pour vivre avec lui ? Quelles ouvertures essayons-nous de faire pour aller à la rencontre des périphéries ?

 

Comment y allons-nous avec tout le peuple de Dieu ?