divorces remaries

Divorcés et remariés

Textes de 1991- 1997

Jean Charles THOMAS (1991-1992)

et la Pastorale familiale (1997)

du diocèse de Versailles

ATTITUDES PASTORALES:

«CHEMINER AVEC LES PERSONNES »

( livret vert, page 20 à 24)

Réflexions rédigées par les chrétiens de l'équipe diocésaine de la Pastorale familiale en 1997

 

1
‐
Recevoir,
écouter,
laisser
 s'exprimer
 la
 personne


 

"
Qui
 vous
 accueille,
m'accueille moi‐même,
et
 qui
 m'accueille,
accueille
 Celui
 qui
 m'a
 envoyé". (Matthieu
10,
40‐42)
,

Le
 Christ
 nous
 invite
 à 
écouter 
les 
personnes.
A 
ses 
apôtres 
qui 
avaient
 tendance 
faire
 le
 vide
 autour
 de
 lui,
 il 
 a 
rappelé 
qu'il 
était 
là 
pour 
tous,
 les
 malades,
 les
 pécheurs,


les
 enfants.


 

•
 Le
 dialogue
 avec
 toute
 personne
 blessée
 au
 cœur
 commence
 toujours
 par
 une


longue
 écoute, 
silencieuse, 
sans 
mise 
au 
point 
immédiate 
chaque 
fois 
qu'une 
expression


peut
 sembler 
excessive 
ou 
injuste. 
La
 personne 
n'est 
pas 
un
"cas",
moral 
ou 
canonique,


mais
 une
 histoire 
douloureuse
 qui 
a
 causé 
des 
blessures
 rarement 
cicatrisées.


 

•
L'important,
pendant
 cette 
période, 
c'est
 une
 attitude 
d'accueil 
positif 
et 
d'écoute


fondée
 sur 
l'attitude
 du
 Christ.
Il 
ne 
s'agit 
pas 
de 
s'abriter 
derrière
 des
principes
 ou
 des


refus
 qui 
condamnent.


 

2‐
 Vivre
 un
 temps
 de
 «compassion»



«Jésus
 parcourait
 toutes
 les
 villes
 et
 les
 villages,
 il
 y
 enseignait
 dans
 leurs synagogues,
 proclamant
 la
 Bonne
 Nouvelle
 du
 Royaume
 et
 guérissant 
toute 
maladie
et
 toute
 infirmité.
 Voyant
 les
 foules,
 il
 fut
 pris
 de
 pitié
 pour
 elles,
 parce
 qu'elles
 étaient
 harassées
 et 
prostrées 
comme
 des
 brebis 
qui 
n'ont 
pas
 de
 berger.»
(Matthieu
 10,35­36)

Un
 échec 
dans 
la 
relation 
amoureuse
 marque 
toujours 
profondément.



•
Le 
fait 
d'en 
parler 
ravive
 la 
souffrance.
L'écoute 
de 
cette
 souffrance
 est 
inséparable
 d'une
 attitude
 de
 compassion.


 

Le
 Christ
 fut
 souvent
 bouleversé
 jusqu'au
 fond
 de
 lui-même.


 

•
Mais 
le 
fait 
de 
pouvoir 
en 
parler 
amorce 
aussi 
la 
guérison 
de 
la
 blessure.
Celui 
qui écoute 
doit 
donc 
compatir, 
soutenir, 
accompagner
 et 
encourager.


 

 

3
‐
Inviter
 la
 personne
 à
 analyser 
son
 histoire

«Comment
 vas­-tu
 dire
 à
 ton
 frère:
 "
 Attends
 que
 j'ôte
 la
 paille
 de
 ton
 œil"
 ?


Seulement
 voilà:
 la
 poutre
 est
 dans
 ton
 œil!
 Homme
 au
 jugement
 perverti,
 ôte


d'abord
 la
 poutre
 qui
 est 




dans 
ton 
œil, 
alors 
tu
 verras 
clair
 pour
 ôter
 la
 paille
 de
 l'œil
 de
 ton
 frère».
(Matthieu
 7,
4­5)



 

En
 général, 
la 
première 
expression
 des 
personnes 
blessées 
dans 
leur 
amour
 est
 un


jugement
 porté 
sur 
le 
comportement 
des 
autres: 
premier 
conjoint, 
famille, 
Eglise.



 

Après
 avoir
 écouté
 la
 souffrance,
 il
 faut,
 paisiblement
 et
 avec
 bonté,
 inviter
 la


personne 
à 
s'exprimer 
sur 
ellemême:
 sur 
la 
manière 
dont 
elle
 se
 perçoit en 
conscience,


autrement
 dit 
aux 
yeux 
de 
Dieu.


 

Elle
 peut 
alors 
évoquer 
aussi 
ses 
limites, 
ses 
propres 
erreurs,
 reconnaître 
sa 
part 
de


responsabilité
 dans 
la 
souffrance 
vécue.


 

Ceci
 suppose
 un
 climat 
de 
confiance, 
d'entière 
discrétion, 
de 
foi,
de 
prière 
intérieure,


de
 prudence 
et 
de
 patience.


 

 

4
‐
Ouvrir
 les
 coeurs 
à 
une 
attitude
 de
 «non‐jugement»

«Laissez
 le 
blé 
et 
l'ivraie 
croître 
ensemble 
jusqu'à 
la 
moisson»
 (Matthieu
13,
24-43)

«Femme,
 personne
 ne
 t'a
 condamnée?
 ­
 Moi
 non
 plus,
 je
 ne
 te
 condamne
 pas».

(Jean 8,10­-11)

 

Le
 Christ 
n'a 
pas 
condamné 
la 
femme 
adultère. 
Il a 
amené
 ses
 accusateurs 
à 
la


respecter.
 Par 
le 
silence,
 il les 
a 
conduits 
à 
ne 
pas 
la 
condamner.
Il 
a 
ainsi 
amené


la
 femme
 à
 retrouver
 sa
 dignité,
à
 s'interroger 
elle‐même
 en
 lui
 disant:
«Va.
et, désormais,
ne
 pèche
 plus».

 

Nul 
ne 
doit 
se 
substituer 
à 
Dieu: 
le 
jugement 
lui 
appartient 
sur 
le 
fond.


Le
 Christ
 nous
 rappelle
 aussi
 que
 ce 
jugement‐là
 ne
 sera
 porté
 qu'en
 finale.


 

En
 attendant, 
le 
bon
 et 
le 
moins 
bon
 se 
mêlent 
dans 
ce 
temps, 
comme
 le
 bon
 grain et 
l'ivraie.

 

L'humilité
 sur
 soi‐même
 et
 l'infinie
 délicatesse
 sont
 inhérentes
 à
 tout jugement.


 

Cette
 attitude 
évangélique, 
préalable 
à 
tout 
bon 
discernement, 
est 
nécessaire,


et
 au
 divorcé
 qui
 ressent 
le
 poids
 de 
jugements 
injustes
 et
 dévastateurs
 portés


sur
 lui,
 et 
à 
tout 
chrétien 
ou 
pasteur 
qui 
peut, 
en 
se 
croyant 
juste 
en 
tous 
points,


en 
venir 
à 
juger 
les 
autres
 en
 oubliant 
ses 
propres 
faiblesses.


 

 

5
‐
Évoquer
 le
 pardon
 à
 accorder



 

«Pardonne­-nous
 nos
 offenses 
comme 
nous 
pardonnons 
nous-­mêmes 
à 
ceux


qui
 nous
 ont
 offensés..
Oui,
 si
vous
 remettez
 aux
 hommes 
leurs 
manquements,


votre
 Père
 céleste
 vous
 remettra
 aussi;
 mais
 si
 vous
 ne
 remettez
 pas
 aux


hommes,
votre
 Père 
non 
plus 
ne
 vous
 remettra
 pas vos 
manquements.»
(Matthieu
 5,


12‐15 & 18,
15‐35)


 

Ce
 point
 est
 délicat,
 difficile
 à
 aborder.
 Mais
 il
 conditionne
 la
 libération
 du cœur,
 la
 cicatrisation
 de
 la
 souffrance.
 Jésus
 en
 a
 fait
 l'objet
 d'une
 demande permanente.


 

Aussi
 faudra‐t‐il
 évoquer
 le
 chemin
 du
 pardon:
 le
 pardon
 reçu,
 le
 pardo accordé.
 Comment
 pardonner
 au
 premier
 conjoint,
 surtout
 s'il
 est
 considéré


comme
 ayant 
eu 
la 
responsabilité 
principale 
du 
divorce
?



 

Mais
 comment
 espérer
 être
 soi‐même
 pardonné
 si
 on
 se
 refuse
 à
 toute hypothèse
 de
 pardon
?


 

6
‐
Proposer
 un 
temps
 de
 cheminement
 spirituel



 

«Venez
 à
 moi,
 vous
 tous
 qui
 peinez
 sous
 le
 poids
 du
 fardeau,
 et
 moi
 je


vous
 donnerai
 le
 repos.
 Prenez
 sur
 vous
 mon
 joug
 et
 mettez‐vous
 à
 mon


école,
car
 je
 suis 
doux 
et 
humble,
et 
vous 
trouverez
 le
 repos 
de
 vos
 âmes. 
Oui,


mon 
joug
 est
 facile 
à
 porter 
et 
mon 
fardeau
 léger.»
 (Matthieu
11,
28‐30)

 

Tout
 chrétien
 placé
 devant
 un
 tel
 appel
 à
 la
 perfection
 de
 l'alliance
 peut
 traverser
 un
 moment
 de
 révolte
 intérieure
 ou
 exprimer
 son
 sentiment
 d'impuissance


à 
réaliser 
ce
 que
 le 
Seigneur 
demande.


 

Ceux
 qui
 ont
 vécu
 le 
divorce 
ou 
la 
séparation 
ne 
sont 
pas 
les 
seuls 
à 
éprouver ces
 sentiments.


 

Tout
 disciple
 du
 Christ
 est
 affronté,
 un
 jour
 ou
 l'autre,
 à
 la


nécessité
 de
 pardonner,
à
l'attente
 d'un
 pardon
 qu'il
a
 sollicité
et
 qui
 ne
 lui 
est pas
 donné. 


Celui 
qui 
s'estime 
victime
 d'une 
séparation 
ou 
d'un 
rejet 
a
 beaucoup
 de
 peine 
à
 croire
 qu'il
 peut 
lui 
être
 demandé
 de
 pardonner.


 

Celui
 qui
 s'est
 déjà
 remarié
 depuis 
un 
certain 
temps 
ressent 
comme 
impossible 
le 
retour
 en
 arrière.


 

Celui
 qui
 a
 choisi
 de
 ne
 pas
 se
 remarier 
a 
aussi
 beaucoup
 de 
mal 
à 
accepter
 de


pardonner
 à
 son
 conjoint.


 

Il
 faut
 souvent 
un 
long
 temps
 de
 cheminement 
spirituel 
pour 
s'ouvrir 
 au pardon.


 

•
Ce
 cheminement 
peut 
être 
vécu 
comme 
un 
temps 
personnel, 
comprenant 
la


prière,
 la
 méditation
 des
 paroles
 du
 Christ,
 l'approfondissement
 de
 la
 foi
 et
 sa


mise
 en 
pratique.


 

•
 Pour
 certains,
 l'entrée
 dans
 un
 groupe
 spirituel
 pour
 époux
 divorcés,
 répudiés
 ou
 abandonnés
 renonçant
 à
 tout
 nouveau
 mariage,
 constitue
 une


perspective
 durable 
et 
réconfortante
 vers 
la 
perfection 
dans 
l'amour 
fidèle.


 

•
 Pour
 d'autres,
 la
 meilleure
 solution
 sera
 la
 participation
 à
 des
 rencontres
 avec
 d'autres
 personnes
 divorcées,
 remariées
 ou
 non,
 conjoints
 de
 divorcés,


désireuses
d'échanger
entre
elles.


 

L'expérience
 montre
 que
 des
 clarifications
 s'y
 produisent
 sur
 le
 passé,
 sur


l'échec,
 sur
 les
 possibilités
 de
 cheminement
 spirituel,
 sur
 les
 possibilités
 de


collaboration
 à
 la
 vie
 de
 la
 communauté
 chrétienne,
 sur
 l'invitation
 au
 pardon.


Entre
 eux,
les
 divorcés remariés 
se
 sentent 
moins 
jugés 
et 
s'ouvrent 
au 
dialogue.

 

 

 

Le
 fait
 de
 constituer
 ces
 groupes
 de
 chrétiens,
 en
 raison
 de
 leur
 Fo chrétienne
 et 
en 
accord 
avec 
la
 communauté
 chrétienne,
leur
 permet
 d'évacuer


progressivement 
le 
sentiment
 de
 rejet
 ou d'exclusion.

 

 

7
‐
Ne
 jamais
 oublier
 la
 vraie
 Miséricorde:


celle
 de
 Dieu


 

«Ce
 ne
 sont
 pas
 les
 bien‐portants
 qui
 ont
 besoin
 de
 médecin,
 mais
 les


malades;
 je
 suis
 venu
 appeler
 non
 pas
 les
 justes,
mais
 les
 pécheurs.»
 (Marc 2,17)

 

Nous
 connaissons
 tous 
l'attitude 
du 
Christ 
avec 
la 
femme
 adultère
(Jean,
8,
1‐11),
 la
 Samaritaine
 (Jean
4,7‐30).


Nous
 connaissons 
auss i
les 
paraboles
 de 
la
 brebis
 perdue
 et
 retrouvée
 (Luc15,
4‐7),
 du
 père 
de 
l'enfant 
prodigue 
et 
du 
fils 
aîné
 qui
 refuse 
la
 miséricorde
 du


père
 (Luc
15,
11‐32), 
des 
collecteurs 
d'impôts 
et 
des 
prostituées 
(Matthieu
21,28-31).


 

Nous
 ne 
comprendrons 
sans
 doute 
jamais 
jusqu'où
 va 
la 
Miséricorde 
divine.






On
 a
 fait 
payer 
cher
 à
 Jésus
 l'accueil 
qu'il 
accordait 
à 
ceux‐là
 et 
celles‐là
 que,
par


leur
 faute
 ou 
non, 
la
vie 
avait 
marqués 
et 
qui 
se 
voyaient 
mis 
à 
l'écart 
selon 
les
 jugements
 des
 hommes.


 

La
 Miséricorde 
manifestée
 par 
le
 Christ
 est
 accordée
 à


toutes
 les
 blessures
 et
 à
 tous
 les
 échecs,
 même
 à
 ceux
 qui
 sont
 dus
 à
 des
 manquements
 effectués 
volontairement 
en 
toute 
conscience 
et 
liberté.

 

«
La
 réconciliation 
par 
le
 sacrement 
de 
pénitence 
peut 
être 
accordée 
à 
ceux


qui
 se 
sont 
repentis 
d'avoir 
violé
 le 
signe 
de
 l'Alliance 
et 
de 
la 
fidélité 
au 
Christ,
et


sont
 sincèrement
 disposés
 à
 une
 forme
 de
 vie
 qui
 ne
 soit
 plus
 en
 contradiction


avec 
l'indissolubilité 
du 
mariage».
 (Familiaris
 consortio,
n°
84)


 

La
 célébration
 de
 cette
 réconciliation
 sacramentelle
 est
 particulièrement
 opportune
 au
 terme
 de
 ce
 cheminement.
 Les
 prêtres
 n'hésiteront
 pas
 à
 la
 proposer.


 

 

8
‐
Avec
 toute
 l'Église,
 progresser
 en
 actes
 et
 en
 réflexion


 

Depuis
 quelques
 années
 les
 démarches
 et
 les
 attitudes
 d'accueil
 ont
 été
 de
 plus
 en 
plus 
nombreuses. 
Elles 
émanaient
 aussi 
bien 
de 
pasteurs 
que 
de 
membres


des
 communautés 
locales.


 

Le
 forum
 du
 13
mars
 1994
 a 
été
 pour
 beaucoup 
le
 signe
 que
 l'Eglise 
locale
 avait
 fait 
un 
grand 
pas.


La
 première
 partie
 de
 ce
 document
 a
 précisément
 pour
 but
 d'amplifier
 ce mouvement
 d'accueil,
 d'écoute,
 de
 réflexion
 et
 de
 miséricorde
 dans
 l'ensemble


des
 communautés 
chrétiennes.

 

Cette
 démarche
 est
 dans
 la
 droite
 ligne
 de
 l'Exhortation
 apostolique
 déjà citée:

 

« Avec 
le 
synode, 
j'exhorte 
chaleureusement 
les 
pasteurs 
et 
les 
communautés


de 
fidèles 
dans
 son
 ensemble 
à 
aider 
les 
personnes 
divorcées 
et 
réengagées. 
Avec une
 grande
 charité,
 tous
 feront
 en
 sorte
 qu'elles
 ne
 se
 sentent
 pas
 séparées
 de


l'Église,
car
 elles
 peuvent 
et 
même 
elles 
doivent, 
comme
 baptisées, 
participer 
à 
sa
 vie. 


 

On 
les 
invitera 
à 
écouter 
la 
Parole 
de 
Dieu, 
à 
assister 
au
 sacrifice 
de 
la 
messe,


à
 persévérer 
dans 
la 
prière, 
à 
apporter 
leur 
contribution 
aux 
œuvres 
de 
charité 
et


aux 
invitations 
de 
la 
communauté 
en
 faveur
 de 
la 
justice, 
à 
élever 
leurs 
enfant dans
 la
 foi
 chrétienne, 
à 
cultiver 
l'esprit 
de 
pénitence 
et 
en 
accomplir 
les 
actes,


afin
 d'implorer,
 jour
 après
 jour,
 la
 grâce
 de
 Dieu.
 Que
 l'Eglise
 prie
 pour
 eux, qu'elle
 les
 encourage
 et
 se
 montre
 à
 leur
 égard
 une
 mère
 miséricordieuse,
 et


qu'ainsi
 elle 
les 
maintienne
 dans 
la
 foi
 et
 l'espérance!"
 (Jean‐Paul
11‐ Familiaris
 Consortio
 ‐
1981
–
n°84)


 

 

Ce
 texte
 est 
encore 
trop
 peu
 connu 
des 
personnes 
divorcées 
et 
réengagées 
et


des
 communautés 
chrétiennes.


L'appartenance 
ecclésiale 
et 
active 
y 
est
 rappelée
 avec
 insistance,
 ainsi
 que
 la
 consigne
 d'accueil
 pastoral
 qui
 ouvre
 des
 perspectives
 que
 nous
 n'avons
 pas
 fini
 d'explorer.
Nous
 devons
 nous
 y
 engager plus
 résolument.
 Soyons
 convaincus
 que
 leur
 mise
 en
 pratique
 sera
 d'un


immense
 soutien 
pour 
les 
personnes 
blessées 
dans 
leur 
amour 
conjugal.


Texte rédigé par les couples de l'Equipe diocésaine de pastorale familiale du diocèse de Versailles

 

 

 

 

 

 

 

Après des années de vie conjugale dans un «second» couple:

S'OUVRIR A LA

MISÉRICORDE DE DIEU

 

•
 Considérer
 la
 situation 
dans
 toutes
 ses
 composantes

 

Refaire
 une
 vie
 de
 couple
 après 
l'échec
 d'une 
première
 union 
ne
 signifie
 pas
 forcément
 qu'on
 oublie
 les
 valeurs
 du
 mariage
 auxquelles
 on
 a
 cru
 et
 on
 croit encore. 
Cependant,
le
 fait
 de
 ne plus
 avoir 
accès
 aux
 sacrements
 du
 Pardon
 et
 de
l'Eucharistie
 donne
 aux
 divorcés‐remariés
 le
 sentiment
 d'être
 de
 trop,
 et 
même
 d'être
 en
 quelque
 sorte
 rejetés
 par
 la
 communauté
 chrétienne,
 ou,
 à
 la
 limite,


d'être
 seulement 
tolérés.


 

Pourtant,
le
 divorce
 ou
 une
 nouvelle
 union
 n'entraînent

pas
 de
 soi
 un
 abandon
 de
 la
 pratique
 religieuse
 ni
 la
 perte
 de
 la
 foi;
 ces
 épreuves
 sont
 parfois,
au
 contraire,
l'occasion
 d'un
 renouveau
 spirituel.


 

Très
 souvent
 ces
 personnes
 blessées
 ont
 le
 sentiment
 de
 subir
 une
 grande
 injustice,
 d'être
 considérées
 comme
 les
 seuls
 pécheurs
 à
 connaître
 une
 situation
 irréversible.
Ils
 se
 demandent
 pourquoi
 ne
 pas
 êtr e
admis
 pleinement
 dans 
cette Eglise,
 dont
 le
 Chef,
 Jésus
 le
 Christ,
 est
 modèle
 exceptionnel
 d'accueil,
 de


miséricorde,
de
pardon,
de
réintégration.

 

 

• 
Distinguer
 la
 diversité
 des
 situations



 

•
 Le
 pape
 Jean‐Paul
 II
 nous
 invite
 à
 un
 discernement
 face
 aux
 situations
 rencontrées
 par
 ceux
 qui
 furent
 blessés
 dans 
leur
 amour.



 

"Les
 pasteurs
 doivent
 savoir
 que,
par
 amour
 de
 la
 vérité,
ils
 ont
 l'obligation
 de


bien
 discerner
 les
 diverses
 situations.
il
 y
 a
 en
effet
 une
différence
 entre



ceux 
qui
 se
 sont
 efforcés
 avec
 sincérité
 de
 sauver
 un
 premier
 mariage
 et
 ont


été 
injustement
 abandonnés,


et
 ceux
 qui
 par
 une
 faute
 grave
 ont
 détruit
 un
 mariage
 canoniquement
 valide.






Il
 y
 a
 enfin
 le
 cas
 de
 ceux
 qui
 ont
 contracté
 une
 seconde
 union
 en
 vue
 de


l'éducation
 de
 leurs
 enfants,
 et
 qui
 ont
 parfois,
 en
 conscience,
 la
 certitude


objective
 que
 le
 mariage
 précédent, 
irrémédiablement
 détruit,
 n'avait
 jamais 
été


valide."
 (Familiaris
Consortio‐
1981)

 

•
Accéder
 au
 Pardon
 et
 à
 la
communion
 Eucharistique?


 

Les
 limites
 de
 l'accueil
 en
 Église
 tiennent
 finalement
 à
 la
 non
 participation
 aux
 sacrements
 du
 Pardon
 et
 de 
l'Eucharistie.
Nous
 ne
 pouvons
 pas
 et
 nous
 ne

voulons
 pas 
traiter
 
à la 
légère 
cette 
question
 difficile.


Le
 Pape
 Jean‐Paul
 II 
suggère 
une 
voie 
que 
nous 
ne 
pouvons 
pas 
passer 
sous
 silence.



 

La
 réconciliation
 par
 le
 sacrement
 de
 pénitence
 ‐
 qui


ouvrirait
 la
 voie
 à
 la
 communion
 eucharistique
 ‐
 peut
 êtraccordée
 «
 à
 ceux 
qui 
se
 sont 
repentis 
d'avoir 
violé
 le
 signe
 de
 l'Alliance
 ...
et
 sont
 sincèrement
 disposés
à
 une
 forme
 de
 vie
 qui
 ne
 soit
 plus
 en
 contradiction
 avec
 l'indissolubilité
 du
 mariage .

 

Vivant
 comme
 frère
 et
 sœur

 

Cela 
implique, 
concrètement,
que, 
lorsque
 l'homme 
et 
la
 femme
 ne
 peuvent
 pas,
 pour
 de
 graves
 motifs
 ‐
 par
 exemple
 l'éducation
 des 
enfants
‐
remplir 
l'obligation 
de 
la 
sépa




ration,
 ils
 prennent 
l'engagement 
de 
vivre 
en
 complète 
continence,
c'est‐à‐dire
 en
 s'abstenant
 des
 actes
 réservés
 aux
 époux»
 (
 Familiaris
 consortio
n°
84)






 

 

L'Eucharistie
 est
 sacrement
 d'unité
 et
 de
 communion
 avec
 le
 Christ.
 Le
 sacrement
 du
 mariage
 fait,
 des
 époux
 l'un
 des
 symboles
 de
 l'amour
 fidèle
 unissant
 le
 Christ
 et
 l'Eglise.


Une
 grande
 harmonie
 relie
 ces
 deux
 sacrements


d'Alliance.


 

Faut‐il,
 pour 
autant, 
en 
déduire 
que 
cette 
solution 
demeure
 la
 seule 
solution


et
 que 
nos
 frères
 et
 nos
 sœurs
 divorcés,
 remariés
 dans
 une
 union
 devenue
 stable,


doivent 
être 
irrémédiablement 
tenus 
à 
distance 
de 
la
 communion
 eucharistique?








*
 Sur
 ce
 point
 particulier,
 rappelons
 d'abord
 un
 passage
 important
 de
 «Familiaris
Consortio
»:


 

"L'Église,
 en
 effet,
 instituée
 pour
 mener
 au
 salut
 tous
 les
 hommes,
 et
 en


particulier
 les
 baptisés,
 ne
 peut
 abandonner
 à
 eux‐mêmes
 ceux
 qui,
 déjà
 unis


dans
 les
 liens
 du
 sacrement
 du
 mariage,
 ont
 voulu 
passer 
à
 d'autres
 noces.
Elle


doit
 donc
 s'efforcer,
 sans
 se
 lasser,
 de
 mettre
 à
 leur
 disposition
 les
 moyens
 de


salut
 qui
 sont
 les
 siens.»
(Familiaris
 Consortio
‐1981‐ N°
84)

 

*
La
 Conscience
:


voix
 de
 Dieu,
 le
 vrai
 Juge


 

Nous
 ne
 pouvons
 pas
 parler
 de
 la
 situation
 des
 divorcés‐remariés
 face
 à
 la Réconciliation
 et
 à
 l'Eucharistie
 sans
 parler
 du
 rôle
 capital
 de
 la
 conscience individuelle.


 

"
 Présente
 au
 cœur
 de
 la
 personne,
 la
 conscience


morale
 lui
 enjoint,
 au
 moment
 opportun,
 d'accomplir
 le


bien
 et
 d'éviter
 le
 mal.
 Elle
 juge
 les
 choix
 concrets,


approuvant
 ceux
 qui
 sont
 bons,
 dénonçant
 ceux
 qui
 sont
 mauvais
....
elle
 comprend 
la 
perception 
des 
principes 
de 
la
 moralité, 
leur 
application
 dans
 les
 circonstances
 données 


par 
un 
discernement 
pratique 
des 
raisons 
et 
des 
biens
 et,


en
 conclusion,
le
 jugement
 porté
 sur 
les
 actes
 concrets
 à


poser 
ou 
déjà 
posés. "






(Catéchisme
 de
 l'Église 
catholique 1992
– N°
1777 
et 
1780)

 

"La
conscience
 est
 le
 centre
 le
 plus


secret
 de
 l'homme,


le
 sanctuaire
 où
 il


est
 seul
 avec
 Dieu


et
 où
 Sa
 voix 
se


fait
 entendre."


(Vatican
2,

 "Gaudium
 et
 Spes"
 n° 16 )

 

 

 

•
 Éléments
 pour
 éclairer


le
 jugement
 de 
conscience:

 

Les
 trois
 pages
 qui
 suivent
 sont
 extraits
 de
 la
 finale
 du
 livre"
 Laissez­-vous
 réconcilier"
 de
 Mgr
 Jean­ Charles
 Thomas,
 Évêque
 de
 Versailles
 pour
 les
 Yvelines,
 Septembre
 1991
 (texte
 amélioré
 en
 1992
 et
 publié
 par
 l'évêché
 de
 Versailles
 en
 colonnes
 synoptiques
 reproduisant
 la
 position
 de
 plusieurs
 évêques
 allemands,
 le
11
 juillet
 1993 )


 

 

«Je
 vous
 invite
 à
 relire
 d'abord
 ce
 qu'en
 dit
 le
 Pape
 Jean‐Paul
 II
 dans
 son


Exhortation
 apostolique
 post‐synodale
 de
 décembre
 1984.
 «Réconciliation
 et pénitence
 dans 
la 
mission 
de 
l'Eglise
 aujourd'hui», 
Editions 
du
 Centurion,
1984, n°
34.

 

Il
 souligne,
 en
 accord
 avec
 les
 Pères
 du
 Synode
 de
 1983,
 deux
 principes






également
 importants:
 «Le
 premier
 est
 le
 principe
 de
 la
 compassion
 et
 de
 la


miséricorde
 ...
 (qui
 consiste
 à
 chercher)
 toujours
 à
 offrir,
 autant
 qu'il
 lui
 est


possible,
la 
voie 
du 
retour 
à 
Dieu 
et 
de 
la 
réconciliation 
avec 
Lui.
 L'autre 
principe


est 
celui 
de
 la 
vérité 
et 
de 
la 
cohérence».


*
 L'Eglise
 catholique
 n'oublie
 pas
 la
 réponse
 du
 Christ
 à
 ceux
 qui
 lui


demandaient
 si 
les 
époux 
pouvaient 
se 
séparer: 
«Que 
l'homme 
ne 
sépare 
pas 
ce


que 
Dieu 
a 
uni»
 (
Mat.
19,
1‐12). 
En
 fidélité 
à 
cette 
Parole, 
l'Eglise
 dit
 qu'aucune


autorité
 humaine,
 fût‐ce
 la
 sienne,
 ne
 peut
 dissoudre
 le
 mariage
 des
 baptisés.






Pour
 sa 
part 
et 
en 
conséquence, 
elle 
ne
 se 
reconnaît 
pas 
le 
droit 
d'accorder 
à 
un


nouveau 
couple, 
après 
divorce, 
qualité 
de 
mariage 
catholique.






*
 Des
 époux
 séparés
 peuvent
 demander
 à
 l'Église
 d'examiner
 la
 validité
 de


leur 
mariage.
 Lorsque 
l'Eglise
 reconnaît 
invalide
 ce
 mariage, 
il 
leur 
est
 possible


alors 
de
 célébrer 
un 
mariage 
catholique.

*
 En
 célébrant
 le
 mariage
 des
 baptisés,
 l'Eglise
 reconnaît
 l'engagement
 des


époux
 de
 vivre
 dans
 l'amour
 et
 leur
 rappelle
 qu'ils
 prennent
 la
 responsabilité,


devant 
l'Eglise 
et 
la 
société, 
de
 signifier 
l'amour 
de 
Dieu
 pour
 le 
monde, 
du 
Christ


pour 
l'Eglise 
et 
de 
Dieu 
pour
 son
 conjoint.


*
Rompre 
un 
mariage 
est 
donc 
un 
acte
 grave. 
La 
séparation 
des 
époux, 
ainsi


unis 
devant 
Dieu, 
les 
blesse, 
blesse 
l'Eglise
 et 
fragilise 
la 
société. 
Cette 
séparation


a 
pu 
intervenir 
soit 
du 
fait 
des 
deux
 époux, 
soit 
du 
fait 
de 
la
 responsabilité 
grave


d'un 
seul, 
l'autre 
devenant 
séparé 
sans 
qu'il 
y 
ait 
faute 
de
 sa
 part.

*
 Après
 avoir
 ainsi
 rompu
 un
 mariage,
 constituer
 un
 nouveau
 couple,
 soit


avec
 un
 célibataire
 ou
 un
 veuf,
 soit
 avec
 un
 autre
 conjoint
 divorcé
 est
 un
 acte


grave.
 Il
 est
 lourd
 de
 conséquences
 pour
 les
 époux,
 leurs
 enfants,
 l'Eglise
 et
 la


société.

 

*
Il 
n'en 
reste 
pas
 moins
 que,
 comme
 tout 
homme 
et 
tout 
chrétien, 
les 
époux


divorcés‐remariés
 restent
 soumis
 au
 jugement
 de
 leur
 conscience
 qu'ils
 ont
 le


devoir
 d'éclairer.

‐
 En 
effet, 
nul 
ne 
peut
 être 
jugé
 en 
état 
de 
séparation 
avec
 Dieu
 (état 
de 
péché


mortel)
 pour
 un
 acte
 même
 grave,
 qu'il
 a
 réalisé
 sans
 avoir
 conscience
 de
 sa


gravité
 ou
 parce
 que,
 à
 ce
 moment
 de
 son
 existence
 et
 de
 son
 évolution


personnelle,
 il 
ne 
voyait 
pas 
d'autre 
issue 
possible.


‐
 Dans
 sa
 miséricorde,
 Dieu
 les
 appelle,
 comme
 tous
 les
 pécheurs,
 à
 entrer


dans
 un 
chemin 
de 
conversion, 
de 
pardon 
et 
de 
réconciliation.


*
 L'Eglise, 
parce 
qu'elle 
est 
sacrement 
de 
la 
Miséricorde 
de 
Dieu, 
se 
doit 
de
 les


y
 accompagner 
par:


·
 la 
bienveillance 
fraternelle 
de 
tous 
les
 chrétiens,

·
 la
 prière
 pour
 les 
pécheurs,

·
 la
 célébration 
du 
Jour
 du
 Seigneur,

·
 les
 offres
 de
 participation
 à
 la
 vie
 de
 l'Eglise
 et
 au
 service
 des
 frères
 humains.


 

*
L'Eglise
 se 
doit 
aussi 
de 
les 
aider 
par 
l'éducation 
de 
leur 
conscience 
dans 
ce


retour
 à
 Dieu
 qui 
n'a
 jamais
 cessé
 de
 les
 aimer
 (Luc
 15) Dieu
 seul
 est
 Juge
 de


l'homme
 qui 
retourne 
vers 
Lui 
et 
accueille 
la 
réconciliation
 qu'II 
lui 
propose. 
Dieu


peut 
donc
 avoir 
pardonné. 
Cependant, 
l'Eglise 
catholique 
romaine 
ne 
se 
reconnaît


pas 
le
 droit
 de
 célébrer 
ce
 pardon
 par
 le 
sacrement 
de 
la 
Réconciliation.

 

 

 

 

*
 Plusieurs
 éléments
 doivent
 intervenir
 ensemble
 pour éclairer
 ce


«jugement 
de
 conscience»


 

1.
 La 
recherche 
de 
clarification 
sur 
le 
premier 
mariage.


 

En
 cas
 de
 doute
 sur
 sa
 validité
 et
 grâce
 à
 un
 entretien
 avec


une
 personne
 qualifiée,
 il
 s'agira 
non 
seulement 
d'un
examen
 sur
 la
 validité
 de
 ce
 mariage,
 mais
 surtout
 d'une
 relecture
 de
 sa
 vie
 pour
 s'interroger
 loyalement
 sur
 la
 qualité
 des
 essais
 de


réconciliation
 entre
 époux.
 Quelle
 que
 soit
 la
 conclusion
 de
 cet


examen,
il 
se
 peut
 qu'un
 des
 conjoints,
après
 une
 loyale
 recherche,
demeure
 convaincu
 de
 la
 nullité
 du
 mariage
 en
 conscience
 et
 en
 toute
 bonne
 foi.
(cf .
Familiaris
 Consortio,
1982,
n°
84)


 

 

2.
 La
 reconnaissance
 des
 dommages
 causés
 par
 la
 séparation.


 

Chacun
 doit 
faire
 des
 effort s
constants
 pour
 maintenir
 une
 attitude
 de
 charité
 et
 de
 justice
 envers 
le 
premier
 conjoint
 et
 les
 enfants
 de
 la
 première
 union.
L'aveu
 de
 la
 part
 de
 responsabilité
 qui
 appartient
 à
 chacun
 ouvre
 toujours
 le
 chemin
 du pardon.


La
 demande
 de
 pardon
 et
 le 
désir
 de pardonner
 en
 retour
 constituent 
un 
des
 signes
 de
 la
 conversion
 du
cœur
 et
 du
 retour
 vers
 Dieu.
«Pardonne‐nous 
nos
 torts
 envers
 Toi
 comme
 nous‐mêmes
 avons
 pardonné
 à
 ceux
 qui
 avaient
 des
 torts


envers 
nous»
(Mat.
6,
12‐15).

 

3.
 L'attitude
 non
 agressive
 envers
 le
 précédent
 conjoint,


ou 
envers
 l'Eglise.

Passer
 de
 la
 revendication
 et
 de
 la
colère
 à
 une
 attitude
 d'acceptation
 du
 réel
 et
 de
 compréhension
 de
 l'Evangile
 et
 de
 l'Eglise
 est
 le
 signe
 d'une
 vraie conversion
 qui
 commence
 dans
 l'épreuve
 elle‐même.


Peuvent
 aussi être
 considérés
 comme
vivant
 une
 attitude
 équitable
 ceux
 qui
 ne
 taxent
 pas
 d'intransigeance
 l'Eglise,
 même
 quand
 elle
 n'a
 pas
 reconnu
 la non validité de la première union. Un cheminement
 de
 discernement
 est
 indispensable
 pour
 éclairer
 la
 conscience
 individuelle
 sur la nullité
 du
 premier
 mariage
 en
 application
 des
 principes
 canoniques
 régissant
 la
 validité
 du
 mariage.


 

4.
 La
 durée
 et
 la
 qualité
 du
 second
 couple.


 

S'il
 s'avère 
stable,
 par
 exemple depuis
 une
 dizaine
 d'années,
paisible,
fidèle,
le
 jugement
 de
 conscience
 doit
 en
 tenir
 compte.
 La
 relation
 aux
 enfants
 et
 le
 soin


apporté
 à
 leur
 éducation
 constituent
 également
 un
 élément
 de
 jugement




 favorable.


 

 

5.
La
 qualité
 de
 la
 vie
 spirituelle
 des
 époux
 divorcés‐remariés.


 

Elle
 constitue
 l'une
 des
 marques
 les
 plus
 certaines
 de
 la
 «bonne
 foi»




 chrétienne.


Il
 ne
 manque
 pas
 de
 divorcés‐remariés
 qui
 ont
 pris
 conscience
 de
 la
 faiblesse
 de
 leur
 vie
 chrétienne
 passée
 et
 qui
ont 
été 
poussés 
intérieurement
 à
 une
 vie
 de
 foi
 beaucoup
 plus
 forte
 à
 partir
 de
 leur
 second
 mariage,
 individuellement
 ou
 en
 foyer.


Ils
 prient
 plus
 souvent,
 se
 nourrissent
 de
 la
 Parole
 de
 Dieu,
 célèbrent
 le




 dimanche
 en
 allant
 à
 la
 messe
 régulièrement,
 se
 reconnaissent
 humblement
 pécheurs
 appelés
 au
 pardon,
éduquent
 leurs
 enfants
 selon
 la

 Foi
 d'une manière
 plus
 décidée
 que
 jadis,
 participent
 à
 l'évangélisation,
 se
 montrent
 assidus
 à
 des
 groupes
 de
 prière
 ou
 d'apostolat.

Comment
 ne
 pas
 reconnaître,
 avec
 eux,
 que
 ce
 progrès
 est
 non
 seulement l'œuvre
 d'une
 conversion
 intérieure
 mais
 aussi
 de
 l'Esprit
 Saint
 qui
 souffle
 où
 Il
 veut 
et 
quand
 Il
 veut?
 (Jean
3,
8)


 

 

6.
 Le
 dialogue
 avec
 d'autres
 chrétiens
 est
 un
 dernier
 élément






dont 
il
 faut
 tenir
 compte.


 

Il 
prouve 
aux
 divorcés‐remariés
 l'ouverture
 et
 la
 sincérité
 de
 leur
 recherche, permet
 de
 rompre
l'impression
 d'un
 rejet
 loin
 de
 l'Eglise
 ou
 d'une
 exclusion:
il
 donne
 aux
 baptisés
 des
 éléments
 complémentaires
 de
 jugement
 de
 conscience,
 permet
 un
 discernement
 spirituel
 sur
 leur
 «état
d'âme»
 et
 leur
 relation 
à 
Dieu:
de
 toutes
 façons,
 il
 rompt
 l'impression
 d'une
 exclusion
 et
 d'un
 rejet
 de
 la
 Communauté
 des
 chrétiens.

 

• Lorsque,
 sur
 ces
 six
 points
 pris
 ensemble,
 le
 jugement
 de
 conscience
 est
 largement
 positif,
 il
 devient
 signe
 que
 les
 époux
 divorcés‐remariés
 ne sont
 pas
 en
 état
 de
 rupture
 avec
 Dieu
 mais
 proches
 de
 la
 communion
 avec
 Lui.
 Les
 aider
 à
 en
 prendre
 conscience
 et
 à
 en
 tirer
 de
 bonne
 foi,
 eux‐mêmes,
 toutes 
les 
conséquences
 pour
 leur
 vie
 chrétienne,
 après
 en


avoir
 parlé
 avec
 d'autres
 chrétiens,
 constitue
 une
 voie à laquelle
 nous
 devons
 penser,
eux
 et
 nous.


 

• Elle
 est
 une
 voie
 de
 miséricorde
 et
 de
 vérité
 à
 la
 fois
 pour
 les
 divorcés-remariés
 et
pour
 la
 Communauté
 chrétienne
 tout
 entière.
Elle
 ne
 change
 pas
 la
 situation
 canonique
 ou
 officielle
 des
 divorcés‐remariés
 mais
 elle
 éclaire 
et 
promeut
 leur 
liberté 
de 
conscience.


 

 

 

•

Elle
 peut
 les
 aider
 à
 progresser
 spirituellement
 dans
 la
 paix
 du 
cœur
 en
 s'en
 remettant
 à
 la
 miséricorde
 de
 Celui
 qui,
 seul,
 juge
 les
 reins
 et
 les
cœurs
 et
 jugera
 finalement
 nos
 existences
 de
 pauvres
 pécheurs,
 pardonnés
 et
 réconciliés
 dans
 la


Mort
 et
 la
 Résurrection
 du
 Christ.


Elle
 nous
 fait 
tous 
progresser 
sur 
le 
chemin 
de 
la 
Miséricorde 
de 
Dieu
 à
 l'égard


de
 tous
 les
 hommes».

(Fin
 du
 texte
 de
 Mgr THOMAS édition 1992)

Textes de mars 2016

Exhortation post synodale

du Pape François

" AMORIS LAETITIA"

291 Les Père synodaux ont affirmé que, même si l’Église comprend que toute rupture du lien matrimonial « va à l’encontre de la volonté de Dieu, [elle] est également consciente de la fragilité de nombreux de ses fils ».311

 

Illuminée par le regard de Jésus Christ, elle «se tourne avec amour vers ceux qui participent à sa vie de manière incomplète, tout en reconnaissant que la grâce de Dieu agit aussi dans leurs vies, leur donnant le courage d’accomplir le bien, pour prendre soin l’un de l’autre avec amour et être au service de la communauté dans laquelle ils vivent et travaillent ».312

D’autre part, cette attitude se trouve renforcée dans le contexte d’une Année Jubilaire consacrée à la miséricorde. Bien qu’elle propose toujours la perfection et invite à une réponse plus pleine à Dieu, « l’Église doit accompagner d’une manière attentionnée ses fils les plus fragiles, marqués par un amour blessé et égaré, en leur redonnant confiance et espérance, comme la lumière du phare d’un port ou d’un flambeau placé au milieu des gens pour éclairer ceux qui ont perdu leur chemin ou qui se trouvent au beau milieu de la tempête ».313

N’oublions pas que souvent la mission de l’Église ressemble à celle d’un hôpital de campagne.

 

292 Le mariage chrétien, reflet de l’union entre le Christ et son Église, se réalise pleinement dans l’union entre un homme et une femme, qui se donnent l’un à l’autre dans un amour exclusif et dans une fidélité libre, s’appartiennent jusqu’à la mort et s’ouvrent à la transmission de la vie, consacrés par le sacrement qui leur confère la grâce pour constituer une Église domestique et le ferment d’une vie nouvelle pour la société. D’autres formes d’union contredisent radicalement cet idéal, mais certaines le réalisent au moins en partie et par analogie. Les Pères synodaux ont affirmé que l’Église ne cesse de valoriser les éléments constructifs dans ces situations qui ne cor¬respondent pas encore ou qui ne correspondent plus à son enseignement sur le mariage.314

 

La gradualité dans la pastorale

293 Les Pères se sont également penchés sur la situation particulière d’un mariage seulement civil ou même, toute proportion gardée, d’une pure cohabitation où « quand l’union atteint une stabilité consistante à travers un lien public, elle est caractérisée par une affection profonde, confère des responsabilités à l’égard des enfants, donne la capacité de surmonter les épreuves et peut être considérée comme une occasion à accompagner dans le développement menant au sacrement du mariage ».315

 

D’autre part, il est préoccupant que de nombreux jeunes se méfient aujourd’hui du mariage et cohabitent en reportant indéfiniment l’engagement conjugal, tandis que d’autres mettent un terme à l’engagement pris et en instaurent immédiatement un nouveau. Ceux-là « qui font partie de l’Église ont besoin d’une attention pastorale miséricordieuse et encourageante ».316

En effet, non seulement la promotion du mariage chrétien revient aux Pasteurs, mais aussi « le discernement pastoral des situations de beaucoup de gens qui ne vivent plus dans cette situation » pour « entrer en dialogue pastoral avec ces personnes afin de mettre en évidence les éléments de leur vie qui peuvent conduire à une plus grande ouverture à l’Évangile du mariage dans sa plénitude ».317

Dans le discernement pastoral, il convient d’identifier « les éléments qui peuvent favoriser l’évangélisation et la croissance humaine et spirituelle

 

294 « Le choix du mariage civil ou, dans différents cas, de la simple vie en commun, n’est dans la plupart des cas pas motivé par des préjugés ou des résistances à l’égard de l’union sacramentelle, mais par des raisons culturelles ou contingentes ».319

Dans ces situations il sera possible de mettre en valeur ces signes d’amour qui, d’une manière et d’une autre, reflètent l’amour de Dieu.320

Nous savons que « le nombre de ceux qui, après avoir vécu longtemps ensemble, demandent la célébration du mariage à l’Église, connaît une augmentation constante.

 

Le simple concubinage est souvent choisi à cause de la mentalité générale contraire aux institutions et aux engagements définitifs, mais aussi parce que les personnes attendent d’avoir une certaine sécurité économique (emploi et salaire fixe).

Dans d’autres pays, enfin, les unions de fait sont très nombreuses, non seulement à cause du rejet des valeurs de la famille et du mariage, mais surtout parce que se marier est perçu comme un luxe, en raison des conditions sociales, de sorte que la misère matérielle pousse à vivre des unions de fait ».321

Mais « toutes ces situations doivent être affrontées d’une manière constructive, en cherchant à les transformer en occasions de cheminement vers la plénitude du mariage et de la famille à la lumière de l’Évangile.

Il s’agit de les accueillir et de les accompagner avec patience et délicatesse».322

C’est ce qu’a fait Jésus avec la samaritaine (cf. Jn 4, 1-26) : il a adressé une parole à son désir d’un amour vrai, pour la libérer de tout ce qui obscurcissait sa vie et la conduire à la joie pleine de l’Évangile.

 

295 Dans ce sens, saint Jean-Paul II proposait ce qu’on appelle la ‘‘loi de gradualité’’, conscient que l’être humain « connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les étapes d’une croissance ».323

Ce n’est pas une ‘‘gradualité de la loi’’, mais une gradualité dans l’accomplissement prudent des actes libres de la part de sujets qui ne sont dans des conditions ni de comprendre, ni de valoriser ni d’observer pleinement les exigences objectives de la loi. En effet, la loi est aussi un don de Dieu qui indique le chemin, un don pour tous sans exception qu’on peut vivre par la force de la grâce, même si chaque être humain « va peu à peu de l’avant grâce à l’intégration progressive des dons de Dieu et des exigences de son amour définitif et absolu dans toute la vie personnelle et sociale de l’homme ».324

 

 

Le discernement des situations dites ‘‘irrégulières’’325

296 Le Synode s’est référé à diverses situations de fragilité ou d’imperfection. À ce sujet, je voudrais rappeler ici quelque chose dont j’ai voulu faire clairement part à toute l’Église pour que nous ne nous trompions pas de chemin :

« Deux logiques parcourent toute l’histoire de l’Église : exclure et réintégrer […]. La route de l’Église, depuis le Concile de Jérusalem, est toujours celle de Jésus : celle de la miséricorde et de l’intégration […]. La route de l’Église est celle de ne condamner personne éternellement ; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un coeur sincère […Car] la charité véritable est toujours imméritée, inconditionnelle et gratuite ! »326

Donc, « il faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition ».327

 

297 Il s’agit d’intégrer tout le monde, on doit aider chacun à trouver sa propre manière de faire partie de la communauté ecclésiale, pour qu’il se sente objet d’une miséricorde ‘‘imméritée, inconditionnelle et gratuite’’. Personne ne peut être condamné pour toujours, parce que ce n’est pas la logique de l’Évangile ! Je ne me réfère pas seulement aux divorcés engagés dans une nouvelle union, mais à tous, en quelque situation qu’ils se trouvent. Bien entendu, si quelqu’un fait ostentation d’un péché objectif comme si ce péché faisait partie de l’idéal chrétien, ou veut imposer une chose différente de ce qu’enseigne l’Église, il ne peut prétendre donner des cours de catéchèse ou prêcher, et dans ce sens il y a quelque chose qui le sépare de la communauté (cf. Mt 18, 17).

Il faut réécouter l’annonce de l’Évangile et l’invitation à la conversion.

Cependant même pour celui-là, il peut y avoir une manière de participer à la vie de la communauté, soit à travers des tâches sociales, des réunions de prière ou de la manière que, de sa propre initiative, il suggère, en accord avec le discernement du Pasteur. En ce qui concerne la façon de traiter les diverses situations dites ‘‘irrégulières’’, les Pères synodaux ont atteint un consensus général, que je soutiens : « Dans l’optique d’une approche pastorale envers les personnes qui ont contracté un mariage civil, qui sont divorcées et remariées, ou qui vivent simplement en concubinage, il revient à l’Église de leur révéler la divine pédagogie de la grâce dans leurs vies et de les aider à parvenir à la plénitude du plan de Dieu sur eux »,328 toujours possible avec la force de l’Esprit Saint.

 

298

Les divorcés engagés dans une nouvelle union, par exemple, peuvent se retrouver dans des situations très différentes, qui ne doivent pas être cataloguées ou enfermées dans des affirmations trop rigides sans laisser de place à un discernement personnel et pastoral approprié. Une chose est une seconde union consolidée dans le temps, avec de nouveaux enfants, avec une fidélité prouvée, un don de soi généreux, un engagement chrétien, la conscience de l’irrégularité de sa propre situation et une grande difficulté à faire marche arrière sans sentir en conscience qu’on commet de nouvelles fautes.

L’Église reconnaît des situations où «l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs - par exemple l’éducation des enfants -, remplir l’obligation de la séparation ».329

Il y aussi le cas de ceux qui ont consenti d’importants efforts pour sauver le premier mariage et ont subi un abandon injuste, ou celui de « ceux qui ont contracté une seconde union en vue de l’éducation de leurs enfants, et qui ont parfois, en conscience, la certitude subjective que le mariage précédent, irrémédiablement détruit, n’avait jamais été valide ».330

Mais autre chose est une nouvelle union provenant d’un divorce récent, avec toutes les conséquences de souffrance et de confusion qui affectent les enfants et des familles entières, ou la situation d’une personne qui a régulièrement manqué à ses engagements familiaux. Il doit être clair que ceci n’est pas l’idéal que l’Évangile propose pour le mariage et la famille.

Les Pères synodaux ont affirmé que le discernement des Pasteurs doit toujours se faire « en distinguant attentivement »331 les situations, d’un « regard différencié ».332 Nous savons qu’il n’existe pas de « recettes simples ».333

 

299 J’accueille les considérations de beaucoup de Pères synodaux, qui sont voulu signaler que « les baptisés divorcés et remariés civilement doivent être davantage intégrés dans les communautés chrétiennes selon les diverses façons possibles, en évitant toute occasion de scandale.

La logique de l’intégration est la clef de leur accompagnement pastoral, afin que non seulement ils sachent qu’ils appartiennent au Corps du Christ qu’est l’Église, mais qu’ils puissent en avoir une joyeuse et féconde expérience.

Ce sont des baptisés, ce sont des frères et des soeurs, l’Esprit Saint déverse en eux des dons et des charismes pour le bien de tous.

Leur participation peut s’exprimer dans divers services ecclésiaux : il convient donc de discerner quelles sont, parmi les diverses formes d’exclusion actuellement pratiquées dans les domaines liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel, celles qui peuvent être dépassées.

Non seulement ils ne doivent pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme membres vivants de l’Église, la sentant comme une mère

qui les accueille toujours,

qui s’occupe d’eux avec beaucoup d’affection et qui les encourage sur le chemin de la vie et de l’Évangile.

Cette intégration est nécessaire également pour le soin et l’éducation chrétienne de leurs enfants, qui doivent être considérés comme les plus importants ».334

 

300 Si l’on tient compte de l’innombrable diversité des situations concrètes, comme celles mentionnées auparavant, on peut comprendre qu’on ne devait pas attendre du Synode ou de cette Exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique, applicable à tous les cas.

Il faut seulement un nouvel encouragement au discernement responsable personnel et pastoral des cas particuliers, qui devrait reconnaître que, étant donné que « le degré de responsabilité n’est pas le même dans tous les cas »,335

les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement être toujours les mêmes.336

 

Les prêtres ont la mission « d’accompagner les personnes intéressées sur la voie du discernement selon l’enseignement de l’Église

et les orientations de l’évêque.

 

Dans ce processus, il sera utile de faire un examen de conscience, grâce à des moments de réflexion et de repentir.

 

Les divorcés remariés devraient

se demander

comment ils se sont comportés envers leurs enfants quand l’union conjugale est entrée en crise ;

s’il y a eu des tentatives de réconciliation ; quelle est la situation du partenaire abandonné ;

quelles conséquences a la nouvelle relation sur le reste de la famille

et sur la communauté des fidèles ;

quel exemple elle offre aux jeunes qui doivent se préparer au mariage.

 

Une réflexion sincère peut renforcer la confiance en la miséricorde de Dieu,

qui n’est refusée à personne ».337

 

Il s’agit d’un itinéraire d’accompagnement et de discernement

qui « oriente ces fidèles

à la prise de conscience de leur situation devant Dieu.

Le colloque avec le prêtre, dans le for interne, concourt à la

formation d’un jugement correct

sur ce qui entrave la possibilité d’une participation plus entière à la vie de l’Église

et sur les étapes à accomplir

pour la favoriser et la faire grandir.

 

Étant donné que, dans la loi elle-même, il n’y a pas de gradualité (cf. Familiaris consortio , n. 34), ce discernement ne pourra jamais s’exonérer des exigences de vérité et de charité de l’Évangile proposées par l’Église.

 

Pour qu’il en soit ainsi, il faut garantir les conditions nécessaires

d’humilité, de discrétion,

d’amour de l’Église et de son enseignement, dans la recherche sincère

de la volonté de Dieu

et avec le désir de parvenir à y répondre de façon plus parfaite ».338

 

Ces attitudes sont fondamentales pour éviter le grave risque de messages erronés, comme l’idée qu’un prêtre peut concéder rapidement des ‘‘exceptions’’, ou qu’il existe des personnes qui peuvent obtenir des privilèges sacramentaux en échange de faveurs.

 

Lorsqu’on rencontre une personne responsable et discrète, qui ne prétend pas placer ses désirs au-dessus du bien commun de l’Église,

et un Pasteur qui sait reconnaître la gravité de la question entre ses mains,

on évite le risque qu’un discernement donné conduise à penser que l’Église entretient une double morale.

 

Les circonstances atténuantes dans le discernement pastoral

301 Pour comprendre de manière appropriée pourquoi un discernement spécial est possible et nécessaire dans certaines situations dites ‘‘irrégulières’’, il y a une question qui doit toujours être prise en compte, de manière qu’on ne pense jamais qu’on veut diminuer les exigences de l’Évangile.

L’Église a une solide réflexion sur les conditionnements et les circonstances atténuantes.

Par conséquent, il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite ‘‘irrégulière’’ vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante.

 

Les limites n’ont pas à voir uniquement avec une éventuelle méconnaissance de la norme. Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les « valeurs comprises dans la norme »339

ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute.

 

 

Comme les Pères synodaux l’ont si bien exprimé, « il peut exister des facteurs qui limitent la capacité de décision ».340

Saint Thomas d’Aquin reconnaissait déjà qu’une personne peut posséder la grâce et la charité, mais ne pas pouvoir bien exercer quelques vertus,341 en sorte que même si elle a toutes les vertus morales infuses, elle ne manifeste pas clairement l’existence de l’une d’entre elles, car l’exercice extérieur de cette vertu est rendu difficile : « Quand on dit que des saints n’ont pas certaines vertus, c’est en tant qu’ils éprouvent de la difficulté dans les actes de ces vertus, mais ils n’en possèdent pas moins les habitudes de toutes les vertus ». 342

 

302 En ce qui concerne ces conditionnements, le Catéchisme de l’Église catholique s’exprime clairement : «L’imputabilité et la responsabilité d’une action peuvent être diminuées voire supprimées par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les affections immodérées et d’autres facteurs psychiques ou sociaux ».343

Dans un autre paragraphe, il se réfère de nouveau aux circonstances

qui atténuent la responsabilité morale, et mentionne, dans une gamme variée, «l’immaturité affective, […]

la force des habitudes contractées, […]

l’état d’angoisse

ou [d’]autres facteurs psychiques ou sociaux ».344

C’est pourquoi, un jugement négatif sur une situation objective n’implique pas un jugement sur l’imputabilité ou la culpabilité de la personne impliquée.345

 

Au regard de ces convictions,

je considère très approprié ce que beaucoup de Pères synodaux ont voulu soutenir :

« Dans des circonstances déterminées, les personnes ont beaucoup de mal à agir différemment […].

Le discernement pastoral,

tout en tenant compte de la conscience correctement formée des personnes,

doit prendre en charge ces situations.

 

Les conséquences des actes accomplis ne sont pas non plus nécessairement les mêmes dans tous les cas ».346

 

303

À partir de la reconnaissance du poids des conditionnements concrets,

nous pouvons ajouter que

la conscience des personnes doit être mieux prise en compte par la praxis de l’Église

dans certaines situations qui ne réalisent pas objectivement notre conception du mariage.

 

Évidemment, il faut encourager la maturation d’une conscience éclairée, formée et accompagnée par le discernement responsable et sérieux du Pasteur,

et proposer une confiance toujours plus grande dans la grâce.

 

Mais cette conscience peut reconnaître non seulement qu’une situation ne répond pas objectivement aux exigences générales de l’Évangile.

De même, elle peut reconnaître sincèrement et honnêtement que c’est, pour le moment, la réponse généreuse qu’on peut donner à Dieu, et découvrir avec une certaine assurance morale que cette réponse est le don de soi que Dieu lui-même demande au milieu de la complexité concrète des limitations,

même si elle n’atteint pas encore pleinement l’idéal objectif.

De toute manière, souvenons-nous que

ce discernement est dynamique

et doit demeurer toujours ouvert

à de nouvelles étapes de croissance

et à de nouvelles décisions qui permettront de réaliser l’idéal plus pleinement.

Les normes et le discernement

 

 

304 Il est mesquin de se limiter seulement à considérer si l’agir d’une personne répond ou non à une loi ou à une norme générale,

car cela ne suffit pas pour discerner

et assurer une pleine fidélité à Dieu dans l’existence concrète d’un être humain.

 

Je demande avec insistance que nous nous souvenions toujours d’un enseignement de saint Thomas d’Aquin,

et que nous apprenions à l’intégrer dans le discernement pastoral :

« Bien que dans les principes généraux,

il y ait quelque nécessité,

plus on aborde les choses particulières,

plus on rencontre de défaillances […]. Dans le domaine de l’action, au contraire, la vérité ou la rectitude pratique n’est pas la même pour tous dans les applications particulières,

mais uniquement dans les principes généraux ;

et chez ceux pour lesquels la rectitude est identique dans leurs actions propres,

elle n’est pas également connue de tous […]. Plus on entre dans les détails, plus les exceptions se multiplient ».347

 

Certes, les normes générales présentent un bien qu’on ne doit jamais ignorer ni négliger, mais dans leur formulation,

elles ne peuvent pas embrasser dans l’absolu toutes les situations particulières.

 

En même temps, il faut dire que, précisément pour cette raison, ce qui fait partie d’un discernement pratique face à une situation particulière ne peut être élevé à la catégorie d’une norme.

Cela, non seulement donnerait lieu à une casuistique insupportable, mais mettrait en danger les valeurs qui doivent être soigneusement préservées.348

 

305 Par conséquent,

un Pasteur ne peut se sentir satisfait en appliquant seulement les lois morales

à ceux qui vivent des situations ‘‘irrégulières’’, comme si elles étaient des pierres qui sont lancées à la vie des personnes.

C’est le cas des coeurs fermés, qui se cachent ordinairement derrière les enseignements de l’Église « pour s’asseoir sur la cathèdre de Moïse et juger, quelquefois avec supériorité et superficialité, les cas difficiles et les familles blessées ». 349

Dans cette même ligne, s’est exprimée la Commission Théologique Internationale :

«La loi naturelle ne saurait donc être présentée comme un ensemble déjà constitué de règles qui s’imposent a priori au sujet moral, mais elle est une source d’inspiration objective pour sa démarche, éminemment personnelle, de prise de décision ». 350

 

À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu,

qu’on puisse aimer, et qu’on puisse

également grandir dans la vie de la grâce

et dans la charité,

en recevant à cet effet l’aide de l’Église.351

 

Le discernement doit aider à trouver les chemins possibles de réponse à Dieu et de croissance au milieu des limitations.

En croyant que tout est blanc ou noir, nous fermons parfois le chemin de la grâce et de la croissance, et nous décourageons des cheminements de sanctifications qui rendent gloire à Dieu.

Rappelons-nous qu’« un petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés ».352

 

 

La pastorale concrète des ministres et des communautés ne peut cesser de prendre en compte cette réalité.

 

306 En toute circonstance, face à ceux qui ont des difficultés à vivre pleinement la loi divine, doit résonner l’invitation à parcourir la via caritatis.

 

La charité fraternelle est la première loi des chrétiens (cf. Jn 15, 12 ; Ga 5, 14). N’oublions pas la promesse des Écritures :

« Avant tout, conservez entre vous une grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés » (1P 4, 8).

« Romps tes péchés par les oeuvres de justice, et tes iniquités en faisant miséricorde aux pauvres » (Dn 4, 24).

« L’eau éteint les flammes, l’aumône remet les péchés » (Si 3, 30).

C’est aussi ce qu’enseigne saint Augustin : « Comme en danger d’incendie nous courons chercher de l’eau pour l’éteindre, […] de la même manière, si surgit de notre paille la flamme du péché et que pour cela nous en sommes troublés, une fois que nous est donnée l’occasion d’une oeuvre de miséricorde, réjouissons-nous d’une telle oeuvre comme si elle était une source qui nous est offerte pour que nous puissions étouffer l’incendie ».353

 

La logique de la miséricorde pastorale

307 Afin d’éviter toute interprétation déviante, je rappelle

que d’aucune manière l’Église ne doit renoncer à proposer l’idéal complet du mariage,

le projet de Dieu dans toute sa grandeur : « Les jeunes baptisés doivent être encouragés à ne pas hésiter devant la richesse que le sacrement du mariage procure à leurs projets d’amour, forts du soutien qu’ils reçoivent de la grâce du Christ et de la possibilité de participer pleinement à la vie de l’Église ».354

La tiédeur, toute forme de relativisme,

ou un respect excessif quand il s’agit de le proposer,

seraient un manque de fidélité à l’Évangile

et également un manque d’amour de l’Église envers ces mêmes jeunes.

 

Comprendre les situations exceptionnelles n’implique jamais d’occulter la lumière de l’idéal dans son intégralité ni de proposer moins que ce que Jésus offre à l’être humain.

 

Aujourd’hui, plus important qu’une pastorale des échecs est l’effort pastoral pour consolider les mariages et prévenir ainsi les ruptures.

 

308 Cependant, de notre prise de conscience relative au poids des circonstances atténuantes

– psychologiques, historiques, voire biologiques –

il résulte que « sans diminuer la valeur

de l’idéal évangélique,

il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour » ouvrant la voie à « la miséricorde du Seigneur qui nous stimule à faire le bien qui est possible ».355

 

Je comprends ceux qui préfèrent une pastorale plus rigide qui ne prête à aucune confusion.

Mais je crois sincèrement que Jésus Christ veut une Église attentive au bien que l’Esprit répand au milieu de la fragilité :

une Mère qui, en même temps qu’elle exprime clairement son enseignement objectif,

« ne renonce pas au bien possible même si elle risque de se salir avec la boue de la route ».356

 

Les Pasteurs, qui proposent aux fidèles

l’idéal complet de l’Évangile

et la doctrine de l’Église,

doivent les aider aussi à assumer

la logique de la compassion avec les personnes fragiles

et à éviter les persécutions

ou les jugements trop durs ou impatients. L’Évangile lui-même nous demande

de ne pas juger

et de ne pas condamner (cf. Mt 7, 1 ; Lc 6, 37).

Jésus « attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du coeur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse. Quand nous le faisons, notre vie devient toujours merveilleuse ».357

 

309 Il est providentiel que ces réflexions aient lieu dans le contexte d’une Année Jubilaire consacrée à la miséricorde, car face également aux diverses situations qui affectent la famille,

« l’Église a pour mission d’annoncer la miséricorde de Dieu, coeur battant de l’Évangile, qu’elle doit faire parvenir au coeur et à l’esprit de tous.

L’Épouse du Christ adopte l’attitude du Fils de Dieu qui va à la rencontre de tous, sans exclure personne ».358

Elle sait bien que Jésus lui-même se présente comme le Pasteur de cent brebis, non pas de quatre-vingt-dix-neuf. Il les veut toutes.

 

Si on est conscient de cela, il sera possible qu’« à tous, croyants ou loin de la foi, puisse parvenir le baume de la miséricorde comme signe du Règne de Dieu déjà présent au milieu de nous ».359

 

310 Nous ne pouvons pas oublier que

« la miséricorde n’est pas seulement l’agir du Père,

mais elle devient le critère pour comprendre qui sont ses véritables enfants.

 

En résumé, nous sommes invités à vivre de miséricorde parce qu’il nous a d’abord été fait miséricorde ».360

Il ne s’agit pas d’une offre romantique ou d’une réponse faible face à l’amour de Dieu, qui veut toujours promouvoir les personnes, car

« la miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Église. Dans son action pastorale, tout devrait être enveloppé de la tendresse par laquelle on s’adresse aux croyants. Dans son annonce et le témoignage qu’elle donne face au monde, rien ne peut être privé de miséricorde ».361

 

Certes, parfois « nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs.

Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile ».362

 

311 L’enseignement de la théologie morale ne devrait pas cesser d’intégrer ces considérations, parce que

s’il est vrai qu’il faut préserver l’intégralité de l’enseignement moral de l’Église,

on doit toujours mettre un soin particulier à souligner

et encourager les valeurs plus hautes

et centrales de l’Évangile,363

surtout la primauté de la charité comme réponse à l’initiative gratuite

de l’amour de Dieu.

Parfois, il nous coûte beaucoup de faire place à l’amour inconditionnel de Dieu dans la pastorale.364

Nous posons tant de conditions à la miséricorde que nous la vidons de son sens concret et de signification réelle,

et c’est la pire façon de liquéfier l’Évangile. Sans doute, par exemple, la miséricorde n’exclut pas la justice et la vérité,

mais avant tout, nous devons dire que

la miséricorde est la plénitude de la justice

et la manifestation la plus lumineuse de la vérité de Dieu.

 

C’est pourquoi, il convient toujours de considérer que « toutes les notions théologiques qui, en définitive, remettent en question la toute-puissance de Dieu, et en particulier sa miséricorde, sont inadéquates ».365

 

312 Cela nous offre un cadre et un climat qui nous empêchent de développer une morale bureaucratique froide en parlant des thèmes les plus délicats,

et nous situe plutôt dans le contexte d’un discernement pastoral empreint d’amour miséricordieux,

qui tend toujours à comprendre,

à pardonner,

à accompagner,

à attendre,

et surtout à intégrer.

 

C’est la logique qui doit prédominer dans l’Église, pour « faire l’expérience d’ouvrir le coeur à ceux qui vivent dans les périphéries existentielles les plus différentes ».366

 

 

J’invite les fidèles qui vivent des situations compliquées, à s’approcher avec confiance de leurs pasteurs ou d’autres laïcs qui vivent dans le dévouement au Seigneur pour s’entretenir avec eux.

Ils ne trouveront pas toujours en eux la confirmation de leurs propres idées ou désirs, mais sûrement,

ils recevront une lumière qui leur permettra de mieux saisir ce qui leur arrive

et pourront découvrir un chemin de maturation personnelle.

 

Et j’invite les pasteurs à écouter avec affection et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le coeur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à mieux vivre et à reconnaître leur place dans l’Église.